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01/06/2007

Avec la barbe

Il ressemblait beaucoup à mon père dans ce film, physiquement je veux dire. Et il portait le canotier avec élégance.
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 (Photographie : filmmakermagazine)

31/05/2007

Big John

Le petit échange sur Rio Bravo avec Tepepa ainsi que l'appréciation d'Hyppogriffe m'a remis en mémoire cette vieille photographie : John Carpenter, l'air visiblement inspiré (il était très pâle) présente le film de Howard Hawks lors du 17e Torino Film Festival en novembre 1999. Un hommage lui avait été rendu à l'occasion et il avait fait une programmation de ses films fétiche.
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Photographie Vincent Jourdan 

28/05/2007

Sukiyaki western

Je savais qu'il y a au Japon des convention sur le western italien au cours desquelles des nippons à l'âge respectacle s'habillent comme Clint Eastwood ou Sartana. Mais là, j'avoue que les bras m'en sont tombés. C'est signé Takashi Miike dont je peux pas dire que je sois très amateur et ça se passe de commentaire. Chanté en japonais c'est... fascinant. (Merci à The quick and the dead).
 

26/05/2007

Marion Michael Morrison, né le 26 mai 1907

J’ai rêvé que John Wayne jouait merveilleusement du bassin au pôle Nord (Serge Daney)

Est-ce que ce n'était qu'un rêve ?

Parce que je l'ai vu saisir la main de Mary Kate Danaher et l'attirer à lui, avec la grâce et la force d'un Gene Kelly, dans le cottage d'Innisfree.

Je l'ai vu pivoter comme un Fred Astaire gigantesque pour frapper de sa winchester un des salauds qui humilient Dude dans le saloon de la bière sanglante.

Je l'ai vu, désespéré et héroïque, empalé sur la porte de l'église de la mission d'Alamo.

Je l'ai vu se fondre dans les profondeurs marines, prisonnier de son scaphandre, dans une dernière étreinte avec son navire, La sorcière rouge.

J'ai vu son doux sourire amusé quand il relève le visage vers Dallas, le corps plié dans la diligence : « Sorry, no gold cup ! ».

Je l'ai vu sortir d'un arbre creux. Si, si.

Je l'ai vu retenir ses larmes derrière ses petites lunettes rondes quand il regarde la gravure sur la belle montre en argent que vient de lui offrir son régiment pour sa retraite.

J'ai vu sa bouche réduite à un pli de colère quand il marche vers son fils adoptif, Matt, qui s'est opposé à lui et lui a piqué ses vaches du côté de la Red River.

Je l'ai vu tout jeune et tout gêné, se rendre compte qu'il a brisé les oeufs dans le paquet qu'il porte.

Je l'ai vu prendre son bras comme ça (voir fig.1).

Je l'ai vu souffler d'exaspération amoureuse face à l'insolente sensualité de Feathers.

Je l'ai vu balancer d'un large geste sa tasse de café la veille du débarquement, dans la salle où sont suspendus les parachutes.

Je l'ai vu tenter de rester debout une minute encore sous les balles de Long Hair et le regard de ses jeunes cow-boys.

J'ai vu son regard effaré devant la poitrine sublime de la pilote soviétique.

J'ai vu son grand corps pataud, n'osant se mouvoir dans les délicates maisons japonaises du XIXe siècle.

Je l'ai vu aussi, je m'en souviens bien, marcher au bord de l'épuisement dans un sombre canyon, avec les fantômes de ses amis à ses côtés, ses pieds trébuchant à chaque pas, le fils du désert dans les bras.

Je l'ai vu bien solidement campé, sa jambe droite légèrement pliée en avant, faisant face à Liberty Valance : « It was my steack, Valance ».

Je l'ai vu assis avec ses grosses lunettes de protection, sur l'aile avant de la vieille camionnette lancée à fond de train dans la savane tanzanienne, à la poursuite du rhinocéros femelle.

J'ai vu le trou entre ses larges épaules, sur la butte d'Iwo-Jima.

Je l'ai vu s'avancer dans la poussière du désert, son chien sur les talons, sa selle sur l'épaule.

Comment puis-je le haïr quand il soutien Barry Goldwater et l'aimer tendrement quand à la fin de La prisonnière du désert, il prend tendrement Nathalie Wood dans ses bras (Jean-Luc Godard).

Cela aussi, je l'ai vu.

Alors, ce n'est peut être pas un rêve, parce qu'il y a bien un film dans lequel John Wayne n'est pas très loin du pôle nord. Un vieux souvenir d'enfance, monsieur Daney? 

24/05/2007

Pensées du 23

Bruno Mattei est mort ce 21 mai, et avec lui sont morts Michael Cardoso, Norman Dawn, Pierre Le Blanc, Vincent Dawn, Bob Hunter, Frank Klox et la bonne vingtaine d'identités qu'il a pris au long d'une carrière bien remplie entre films de femmes en prison, péplums coquins, zombies approximatifs, cannibales de stock-shots, rats en tout genre et mercenaire en tutu vert. Qu'il me soit permis de rendre ici hommage à un grand maître de l'authentique série Z, qui ne recula devant rien. Absolument rien.

Il y a une quinzaine, j'ai revu The Magnificent seven (Les 7 Mercenaires), le film de John Sturges, histoire de participer à la discussion sur le forum western movies. L'occasion était bonne. Cette nouvelle vision m'inspire des réflexions proches de celles d'Hyppogriffe et de Pierrot sur le cinéma actuel. Rien à voir ? Pas sûr. Les années 40 et 50 sont un âge d'or pour Hollywood, une réussite tant économique qu'artistique. Le film de Sturges est emblématique du tournant que prennent les années 60. C'est plus un concept marketing bien huilé qu'une oeuvre : situations fortes, distribution d'icônes d'où surnage le personnage angoissé de Robert Vaughn, imagerie d'Épinal et quelques bonnes répliques. La réalisation est correcte mais sans âme. L'année d'avant était sortit Rio Bravo de Hawks, antithèse absolue du film de Sturges. Le problème, c'est que ce n'est pas Rio Bravo qui a donné le ton de la décennie à venir. Il faudra 10 ans et une nouvelle génération pour que le cinéma américain s'en remette.

C'est là que je cesse d'être d'accord avec Hyppogriffe. Les « movie brats » ou le gang des barbus (Spielberg, Coppola, Cimino, Scorcese, de Palma...) voulaient renouer sincèrement avec cet âge d'or et je ne les vois certes pas comme des imposteurs. Ce que je peux éventuellement leur reprocher, c'est de s'être laissé déposséder du pouvoir qu'ils avaient obtenu, à quelques exceptions prés. Aujourd'hui, le cinéma américain, ce sont des rouleaux compresseurs comme 300 et Spiderman 3. Ces dernières année, il est devenu de plus en plus difficile de suivre des oeuvres, de reconnaître des signatures comme on reconnaissait un premier plan de Hitchcock ou de Ford. Et de Spielberg.

Est-ce que ce n'est tout simplement pas moi qui vieillit ? Qui ait perdu un peu de mon entrain juvénile ? Peut être que Ben Stiller c'est bien Jerry Lewis et que je ne sais plus ce que je vois.

La semaine dernière j'ai découvert Dio perdona, io no (Dieu pardonne, moi pas) le premier film de Giuseppe Colizzi avec le tandem Bud Spencer et Terence Hill en 1967. Ce qui m'a frappé, c'est qu'il y a plus d'inventivité, de cinéma, dans les cinq premières minutes avec l'arrivée du train plein de cadavres que dans tout le film de Sturges (Je me suis posé la question de savoir si Colizzi connaissait Les pirates du rail, un film de Christian Jaque de 1937 avec une scène proche). Mais voilà, depuis quelques temps, je me demande pourquoi je me sens si bien avec les grands classiques où avec le cinéma de genre, et si peu motivé au fond par la grande majorité de ce qui sort.

Et le cinéma français dans tout cela ?

Je vois ça un peu pareil. Quand le cinéma américain a battu de l'aile dans les années 60, il a été supplanté par les nouvelles vagues des films venus du japon, d'Italie, de Pologne, de Tchécoslovaquie, de France, d'Angleterre... En France, il y a eu une époque ou des auteurs pouvaient monter des projets ambitieux et trouver un public pour les suivre et leur donner les moyens nécessaires. C'est aussi comme ça que se fait le cinéma. J'aime bien cette idée qu'à l'époque, Belmondo pouvait passer de Verneuil et De Broca à Truffaut et Godard. Le problème aujourd'hui, enfin, l'un des problèmes, c'est que ça ne se fait quasiment plus, sauf Deneuve chez Garrel et Carax. Nous avons aujourd'hui une sorte de fracture toujours plus béante entre de grosses machines avec très peu de cinéma et beaucoup de moyens et de tout petits films, tout petits, petits, fait avec des bouts de ficelle et qui finissent non seulement par se ressembler tous mais encore par n'avoir guère plus de cinéma que les grosses machines. Tout le monde ne peut pas faire A bout de souffle où disons DjangoCarnival of souls, voilà qui serait marrant.

Christophe Honoré, par exemple. Je n'ai pas vu son film, Dans Paris, mais j'en ai lu beaucoup de bien, et puis aussi pas mal de mal : le fait d'être accroché à l'héritage de la nouvelle vague. 17 fois Cécile Cassard, déjà, il me manquait quelque chose malgré les 10 minutes de Balibar et Demy (tiens). Rebelote avec celui qu'il présente à Cannes : Les chansons d'amour. C'est une comédie musicale dans la ligne de Jacques Demy nous dit-on. Comme toutes les tentatives de comédie musicale depuis vingt ans, Resnais mis à part. J'adore Demy, mais je serais peut être plus excité si on me disait que la prochaine comédie musicale sera inspirée par Mark Sandrich ou Bob Fosse. Mieux, je rêve d'une comédie musicale violente et brûlante sur une musique de Noir Désir. Enfin quelque chose qui tranche un peu comme dans certains courts métrages étrangers que j'ai vu ici ou là.

Bon, ce qui manque, ce sont des films moyens, des films aux moyens moyens et donc susceptibles d'être autre chose que moyens. Des moyens à la hauteur de véritables ambitions. Un autre problème aujourd'hui, c'est que Rivette ou Podalydès ou Ferran ou Joffé ou même Beinex ait autant de mal à monter leurs projets et qu'ils tournent si peu. Et pendant ce temps là, les écrans sont saturés de pellicules improbables venues de transfuges de la télévision et de films qui tendent à devenir les bandes annonces du futur DVD collector à sortir sous six mois.

D'accord, tout cela reste assez général, quelques idées comme ça. Et puis j'exagère. En fait, le film dont je voulais vous parler, là maintenant, c'est Bouge pas, meurs et ressuscite de Vitali Kanevski. J'ai commencé à écrire et puis mon disque dur secondaire a sauté ce week end. Le texte est sans doute perdu, alors je suis un peu en rogne.

17/05/2007

Portfolio anniversaire

C'est marrant comme on parle beaucoup de Jésus Franco en ce moment dans quelques uns de mes blogs favoris. Ludo sur Série bis s'intéresse aux Maîtresses du Dr Jekyll, un film de sa grande époque classique, le bon Dr Orlof le cite toujours avec délectation et Cinébeats vient de lui rendre un vibrant hommage à l'occasion de son 77e anniversaire le 12 mai (superbe illustration). Ce n'est pas encore Manoel de Oliveira, mais on s'approche. Cet excellent blog anglophone signale également l'existence d'un incroyable I'm in a Jess Franco state of mind tout à fait dans l'esprit du maître. J'y ai d'ailleurs appris la disparition de Gordon Scott, ce qui m'a peiné mais ce n'est pas le sujet. Et je profite de l'occasion pour signaler à tous ceux qui vont se gargariser de « grindhouse » à l'occasion du nouvel opus de Tarantino d'aller jeter un oeil sur ce que c'est, vraiment. Voilà. Je ne pouvais oublier que l'une de mes toutes premières notes était dédiée au petit Jésus. Aussi, avec un peu de retard, bon anniversaire, monsieur Franco.
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Source : Carteles 

16/05/2007

Entretiens

Internet est fascinant quand il permet de diffuser des documents comme ceux-ci :


Chez Hyppogriffe, depuis mars, la traduction d'une conversation entre quatre cinéastes, Pierre Clémenti, Miklos Janscó, Glauber Rocha et Jean-Marie Straub, organisée par Simon Hartog à Rome en février 1970.

 

Partie 1

Partie 2

Partie 3


Sur Parole des jours, un entretien en 41 parties entre Jean-Luc Godard et Stéphane Zagdanski sur le cinéma et la littérature dont voici la première partie.

 


Chez Ludo « Z man », un entretien avec Jean Pierre Bouyxou en 8 parties dont voici la première. Au menu, l'auteur de la première histoire de la science-fiction au cinéma française y parle des films et des cinéastes qu'il aime : Rollin, Franco, Debord, O'Leary, Anger...



15/05/2007

Audace

Ce n'est que pour Stanley que j'aurais sauté dans le grand bain sans savoir nager.

Ce n'est que pour Stanley que je me serais installée au volant d'une voiture de sport sans savoir conduire.

Ce n'est que pour Stanley que j'aurais eu le culot de danser avec Fred Astaire.


Très joli texte d'Audrey Hepburn parlant de Stanley Donen paru dans le dernier numéro de Positif.

 

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Photographie : Harvard Film Archive

13/05/2007

Des barbelés sur la prairie

J'avais un souvenir très fort de Man without a star (L'homme qui n'a pas d'étoile - 1955) de King Vidor. Dempsey Rae, le personnage joué par Kirk Douglas est tabassé en pleine rue par Steve Miles (Richard Boone) et ses hommes. Entravé, ensanglanté, humilié, il gît dans la poussière, image vivante de la détresse. Alors qu'il se redresse, son revolver traverse soudain le champ pour tomber devant lui. Il se retourne pour découvrir Idonee, sublime Claire Trévor qui reprend là un personnage proche de la Dallas de Stagecoach (La chevauchée fantastique - 1939) de Ford. Elle apparaît dans une superbe contre-plongée, si forte et si digne. En lui lançant son revolver à la figure, elle lui rappelle ce qu'il est, un homme, « une espèce ancienne ». Et là, en un éclair, me revient la scène initiale de Rio Bravo de Hawks, tourné trois ans plus tard. Dean Martin, alcoolique, humilié, à terre, et l'irruption de la botte de John Wayne dégageant le crachoir dans lequel Martin va plonger la main pour récupérer un dollar et se payer encore un verre. Suit la même contre plongée et le même regard. Joli. Courage, déchéance, rédemption, violence, dignité. Tout est dit en deux plans et un geste. Tout ce qui fait du cinéma un grand art et de certains western du grand cinéma.

 

Man without a star est un film à la drôle d'histoire. Il arrive à une époque ou les grands studios hollywoodiens sont en pleine mutation. Les acteurs stars et certains réalisateurs s'émancipent et deviennent producteurs. De fait le film est à l'initiative de Douglas, hyperactif, qui repère quelques semaines de libres entre deux tournages. Borden Chase écrit le film, lui qui a travaillé sur Red River (La rivière rouge – 1948) de Hawks et Bend of the river (Les affameurs – 1952) d'Anthony Mann. C'est encore Douglas qui engage King Vidor le légende hollywoodienne de The Crowd (La foule – 1928) ou de Duel in the sun (Duel au soleil – 1946). En 1954, il est tout à la fois un réalisateur toujours prestigieux mais en fin de carrière et se préoccupe surtout de son adaptation de Guerre et paix qu'il tournera l'année suivante. Douglas, lui, c'est la nouvelle génération débordante d'énergie. Entre les deux hommes, le travail sera électrique. Douglas est pressé par le temps et veut trousser un bon western de série à petit budget. Vidor, sans doute nostalgique des fastes de Duel in the sun entendprendre son temps. A l'arrivée, Vidor reniera plus ou moins le film tandis que Douglas en revendiquera haut et fort (coucou mon hébergeur) la paternité. Alors que ces problèmes auraient pu mener le film à l'échec, le miracle se produit et le film bénéficie des qualités combinées de deux hommes qui transcendent la modestie des moyens. Man without a star est l'un des plus beaux westerns des années 50 et le prototype de ce qui va devenir le western crépusculaire.

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Man without a star c'est l'histoire classique des gros éleveurs qui veulent faire paître leurs troupeaux librement en « open range » contre les petits éleveurs qui cherchent à se protéger et à clôturer les pâturages avec du fil barbelé. C'est une histoire de vaches, donc un vrai western. Si on a l'esprit mal tourné, on peut en faire une lecture marxiste, gros capitalistes venus de l'est contre petits éleveurs familiaux. C'est surtout l'histoire d'un homme pris au milieu de tout cela, un homme qui voit revenir un passé douloureux et devra l'affronter.

 

De Vidor, le film a l'élégance des mouvements de caméra, le langage expressif du muet comme dans la scène décrite en introduction, le sens de l'épopée et de l'épique. La poursuite finale a cet aspect légèrement accéléré qui rappelle les grandes chevauchées de Walsh et Ford. Il y a aussi la dimension tragique, plus grande que nature des personnages, hommes et femmes aux caractères entiers, aux ambitions démesurées, aux passions sans limites, à la force morale inébranlable, bien dans la lignée des grands personnages de Vidor comme l'architecte demi-dieu de The Fountainhead (Le rebelle – 1949) joué par Gary Cooper. Vidor est sans doute aussi à créditer des deux beaux personnages féminins forts, relativement rares dans le genre. Il y a donc Idonee, jouée par Claire Trevor toute en finesse pour une figure classique, la prostituée qui a réussi et a su devenir une femme respectée. Comme la Vienna de Johnny Guitar, elle est surtout émouvante par sa beauté de femme qui a vécu et la force des sentiments que l'on devine encore envers un homme épris d'action et de liberté. Plus originale, Jeanne Crain joue Reed Bowman, l'impitoyable patronne du grand ranch, venue de l'est avec sa salle de bain, grand élément de comédie dans le film. Reed mène les hommes à la baguette, engage des tueurs et utilise ses charmes comme instrument de management. Elle est l'incarnation de la civilisation en marche. On sait que dans l'univers du western, la femme est redoutable et redoutée parce qu'elle siffle la fin de la récréation.

 

De Douglas, le film reçoit l'énergie et l'humour déjà utilisés par Hawks dans The big sky (La captive aux yeux clairs – 1952). Sa composition de Dempsey Rae, le cow-boy rebelle, insolent, charmeur et chanteur qui déteste les barbelés, est toujours à la limite de l'explosion. Explosion physique littérale lorsqu'il arrache sa chemise pour révéler ses cicatrices. Explosions régulières de sa violence qu'il tente de maîtriser. Explosion morale d'un homme qui est en fuite de lui-même, qui tente de se perdre dans l'abjection mais qui va trouver la rédemption au service des autres. Une thématique classique du western américain exemplairement illustrée ici. Douglas impose sa forte présence physique, sa nervosité, son visage tendu de carnassier, son regard brûlant de vie. Il joue en contrepoint de sa décontraction quand il se vautre dans le salon de sa patronne, de son humour quand il chante en s'accompagnant au banjo comme dans 200 000 lieues sous les mers ou The big sky. Il sait aussi donner de l'espace au jeune William Campbell qui joue Texas, le jeune homme qu'il prend sous son aile (le film est aussi une histoire d'initiation). Avec sa façon d'être, Douglas impose au film son rythme (le film fait 86 minutes chrono).

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L'un des aspects les plus intéressants de ce film est qu'il fait figure de précurseur des westerns dits crépusculaires. Des westerns qui vont interroger le rapport entre le passé et le futur, interroger l'histoire de l'Amérique en train de se construire. Pour schématiser, on pourrait dire que jusqu'à 1950, on raconte l'épopée, la naissance d'une nation. Puis les années 50 voient une plongée dans la psychologie du héros avec les films d'Anthony Mann, Bud Boetticher, The Searchers (La prisonnière du désert – 1956) de Ford et Rio bravo qui pourrait marquer la fin de ce cycle. A partir des années 60, avec l'arrivée de Sam Peckinpah et Sergio Léone, avec les remises en question de Ford, on porte un regard critique et se développe un discours sur les valeurs, l'arrivée de la civilisation souvent symbolisée, outre par la femme, par le chemin de fer. Le même chemin de fer qui introduit Dempsey Rae, cow-boy avec sa selle mais sans cheval. Douglas devait être sensible à cette thématique puisqu'il fera, en 1962, le très beau western crépusculaire et contemporain, Lonely are the brave (Seuls sont les indomptés) de David Miller. Man without a star c'est surtout cette histoire d'un homme qui a du mal à entrer dans le monde civilisé, de renoncer à sa liberté de sauvage pour une place dans la communauté. Rae est le cousin du Tom Doniphon l'homme qui tua Liberty Valance dans le film de Ford. Comme lui, il sait que son temps est passé, il accepte de se sacrifier en s'engageant à sa façon, violente et libre, pour faire triompher le progrès, un progrès tiède, tranquille et peu enthousiasmant à ses yeux, mais un progrès réel qui voit le triomphe du droit sur la loi de la force, qu'elle soit physique (Steve Miles le tueur à gage), ou économique (avec la belle Reed Bowman). Il passe le témoin à son jeune protégé et lui laisse l'avenir. La fin du film le voit repartir à cheval, solitaire, comme on dit dans Il était une fois dans l'Ouest : « Rien ne peut nous intéresser ni la terre, ni la fortune, ni la femme ». Rae s'éloigne vers un pays qui n'existe déjà plus mais il est du moins en paix avec lui-même.

 

A noter le visage encore jeune de Jack Elam dans un second rôle de brute, Jay C. Flippen en contremaître intègre, une musique peu marquante pour un western mais la belle balade chantée par l'inévitable Frankie Laine disparu au début de l'année.

 

 

Sur le western crépusculaire, Pibe-san me signale une belle programmation de la Cinémathèque de Toulouse (pour ceux qui sont dans la région).

Le DVD, belle restauration et présentation par Bertrand Tavernier

Skorecki sur le film

Francis Moury sur le film

Très belle critique sur Lumière.org

Photographies : source Soundtrackcollector et  El criticon

12/05/2007

Plongée / Contre plongée (à suivre)

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De haut en bas : Kirk Douglas et Claire Trévor dans Man Without a star de King Vidor (capture d'écran DVD Paramount), Dean Martin et John Wayne dans Rio Bravo de Howard Hawks (capture DVD Warner). 

11/05/2007

Entretien

Jeanne Balibar parle de politique, de culture et de politique culturelle sur la Télélibre.fr. Elle y est atrocement filmée, mais elle y dit de jolies choses pertinentes. Accrochez vous avec les commentaires, ça ne fait pas dans la dentelle. Entretien réalisée par Karine Yaniv à Marseille le 5 mai 2007 (le jour d'avant quoi).

05/05/2007

Volonté (Nothing is written)

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01/05/2007

Affiches, une base de données

Cela fait maintenant un petit moment que je voulais vous signaler un site assez extraordinaire : Carteles. C'est un site espagnol (Saludos Rodicio) consacré aux affiches de cinéma. L'affiche est généralement un élément un des éléments clefs de la cinéphilie, elle annonce, elle promet, elle informe, elle ment parfois, elle peut être bien plus belle que le film qu'elle annonce. Je regrette profondément celles d'aujourd'hui qui, pour des questions de droits sans doute, sont devenues très formatées avec toujours les mêmes dispositions des noms et des illustrations trop pensées pour être honnêtes. Mais restons à nos amis hispaniques. Carteles est une véritable mine d'or. Je serais bien en peine de vous expliquer comment fonctionne le site, n'étant pas hispanophone. Il faut s'inscrire, ça je l'ai compris. Les membres publient des centaines d'affiches venues de tous les pays, il y a des ensembles thématiques, du travail de restauration et, régulièrement, via un groupe Yahoo, vous recevez des fichiers compressés regroupant te ou tel thème (par exemple les affiches des films avec Philippe Noiret). Bref c'est le paradis ! J'avoue ne pas très bien savoir comment ils envisagent la question des droits. Sont-ce des collections privées ? J'en doute vu l'incroyable diversité des affiches. Toujours est-il que c'est un travail qui force le respect et que je vous invite à découvrir. Histoire de vous mettre l'eau à la bouche, voici la superbe affiche japonaise du film Woman Of the Year (La femme de l'année), un film de Georges Stevens tourné en 1942 avec le duo Katharine Hepburn et Spencer Tracy.

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30/04/2007

Parlons un peu de cul

Dieu me tripote, quel langage sur Inisfree ! D'expérience, je sais pourtant qu'il est très facile de créer un micro-évènement dans une manifestation, un festival de cinéma par exemple, en annonçant une séance pleine de sexe et de stupre. J'ai ainsi découvert lors du 7e festival du court métrage de Nice de mes amis d'Héliotrope le fameux (c'est comme cela que l'on dit) Destricted. Alors que les spectateurs s'étaient fait discrets pour les deux très beaux documentaires de Lucia Sanchez et Carolin Schmitz sur Benidorm (station balnéaire espagnole, j'y reviendrais), la séance suivante présentant le film à sketches pornographiques était blindée. L'appel de la chair est décidément irrésistible. Pourtant je pense que nombre de spectateurs ont du repartir quelque peu frustrés. Non pas que la publicité ait été mensongère, non, mais la chair de Destricted est bien triste.
De mon point de vue, ça manque d'humour à une exception près et de femmes. Hoist de Matthew Barney tient de la performance filmée. Un homme y copule laborieusement avec un engin élévateur, bonjour le symbole, de 50 tonnes. Il se frotte le pénis contre une sorte d'arbre à came, c'est insupportable, physiquement je veux dire, j'avais mal pour lui. Dans Death Valley de Sam Taylor-Wood (c'est une femme, photographe), un homme se masturbe dans le désert, mais ça ne marche pas bien. Il souffre. Moi aussi, j'avais mal pour lui. Sync de Marco Brambilla et House Call de Richard Prince sont deux expériences de ré-appropriation d'autres images, du found-footage. Le premier est rapide, virtuose et un peu vain. Le second est juste vain. Balkan érotic épic est l'exception côté humour et femmes. Marina Abramovic, la seconde réalisatrice de la collection soit dit en passant, y explore avec bonne santé quelques traditions sexuelles et paysannes des Balkans. On y découvre de belles images poétiques, un peu surréalistes, mêlant personnages réels et animation. Ca permet de souffler un peu. Le pire de tous, haut la main, c'est le We fuck alone de Gaspard Noé qui clôture l'ensemble. Là aussi, c'est un rejet physique. Le film fait littéralement mal aux yeux. Après quelques instants entre une femme et un ours en peluche, il faut subir une bonne vingtaine de minutes d'un homme (encore) faisant subir les derniers outrages à une poupée gonflable avec l'inévitable moment où il lui met un revolver dans la bouche. Le film est tourné comme la séquence de la boite de bruit dans Irréversible : effet stroboscopique en continu, bande son obsédante, répétitive, à vous briser les nerfs, couleurs rouge orangé et tristesse absolue. Glissons.
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Le morceau de roi, c'est bien sûr le segment de Larry Clark, centre du film et peut être sa justification. Impaled propose un nouveau regard sur les adolescents américains à travers leur rapport au sexe et comment il est conditionné par le porno. Clark a effectué un casting auprès de jeunes hommes désireux de tourner dans un film pro. Sa caméra les scrute au plus près tandis qu'ils parlent de leurs fantasmes, de leurs expériences, des femmes, de l'amour un peu aussi, mais surtout de leur fascination pour le monde de la pornographie. Comment ils ont calqué leur comportement sur celui des porn-stars, se rasant, se faisant tatouer, modifiant leurs pratiques. C'est tout à la fois fascinant et glaçant. Dans une seconde partie, celui qui a été retenu rencontre plusieurs femmes qui sont des professionnelles. On les découvre plus à l'aise, détachées, même si transparaissent souvent les nécessités économiques qui les ont menées à ce métier. Le jeune impétrant va choisir finalement d'assouvir son fantasme de femme mûre et de sodomie dans une scène qui, sans les embellissements de ce genre de cinéma (pas de musique, peu de montage, cadrage impitoyable de la caméra) se révèle d'une crudité absolue. Un peu l'antithèse de la scène finale de Ken Park. Un humour grinçant fuse par moment comme lors des brusques accès « pratiques » de la femme. On sent dans le regard éperdu du jeune homme qu'il réalise alors combien il est loin de ses rêves humides. Si Impaled laisse lui aussi un sentiment de tristesse, d'amertume, il est à des kilomètres loin du vide des autres films. Je ne peux pourtant pas m'empêcher de trouver désolant la tonalité générale de l'ensemble, comme si le sexe, merde, ça ne pouvait pas être quelque chose d'un peu plus excitant, plus amusant, plus beau.
 
Le site du film 

28/04/2007

Proposition

La 35e édition du festival international du film de La Rochelle (29 juin – 9 juillet) rendra hommage à John Ford en proposant une rétrospective en collaboration avec l'Institut Lumière. Il m'est venu l'envie de proposer à mes camarades bloggeurs de profiter de l'occasion pour organiser ce que nos amis cinéphiles américains appellent un blog-a-thon. Vous avez peut être en mémoire ceux auxquels j'ai participé sur Angie Dickinson et Alfred Hitchcock.

 

Le principe en est simple. Sur la période du festival, ceux qui le souhaitent publient sur leur blog une ou plusieurs notes sur le sujet et l'ensemble est mis en réseau à partir d'Inisfree (ce qui, en l'occurrence ne manque pas de sel). Nous devrions obtenir sans aucun doute un superbe ensemble critique aussi divers que nos écritures respectives. Je précise qu'il n'y a rien à gagner sinon le plaisir d'échanger sur le grand homme. Je vous propose donc la tenue du :

Blog-a-thon John Ford

29 juin au 9 juillet 2007

Si vous êtes intéressés, inscrivez-vous en commentaire. Pour les lecteurs qui souhaiteraient participer mais qui n'ont pas de blog, je serais ravi d'héberger leurs textes pour l'occasion. Qu'on se le dise !

 

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Quelques repères :

Filmographie sur IMDB

Dossier John Ford sur le littéraire.com

Fiche Wikipedia

John Ford sur le Ciné-club de Caen

Photographie : le maître dirigeant Tim Holt à Monument Valley lors du tournage de Stagecoach (La chevauchée fantastique). Source Moviediva

26/04/2007

Un cinéphile

Il ne le sait pas, bien sûr, mais il a été l'un de mes maîtres. Pendant une douzaine d'années, toutes les années 80, j'ai guetté chaque semaine la programmation du ciné-club d'Antenne2 de Claude-Jean Philippe. Il passait tard le vendredi soir, et mon père qui n'aimait pas trop que l'on reste debout jusqu'à minuit passé ne nous permettait pas souvent de voir les films. Alors, rampant dans le long couloir, espérant qu'il s'était endormi, nous filions dans le salon avec mon frère et mettions le son tout bas. Parfois, on se faisait choper, parfois non. Mais cet interdit qu'il fallait braver, c'était aussi renforcer le prix de ce cinéma là. Claude-Jean Philippe a donc contribué à mon éducation de cinéphile, comme Patrick Brion, Gérard Joud'hui, le magasine Cinéma-cinéma ou la cinémathèque de Nice. Même sans avoir, loin de là, vu toute sa programmation, le ciné-club a élargi mes goûts. D'abord, je conservais les coupures de journaux qui annonçaient les films et donc apprenais l'existence d'oeuvres dont on entendait parler nulle part ailleurs. Par exemple, La corne d'Anara d'Irakli Kvirikadze est un film qui m'a fait rêver sans que l'ai jamais vu. Et puis mon père regardait Apostrophe, l'émission littéraire de Bernard Pivot et Claude-Jean Philippe y présentait le film à venir après les informations. Du coup je l'entendais en parler même si je ne devais pas le voir. Et son style, son enthousiasme me plaisait plus que le ton un peu monocorde de Patrick Brion. Bref, sans que ça soit déterminé, j'ai accumulé là un « savoir » (c'est un peu prétentieux mais je trouve pas d'autres mots) aussi sûrement que si j'avais suivi des cours. Je lui dois entre autres la découverte des Marx Brothers et mon premier film japonais, Rashomon d'Akira Kurosawa. Claude-Jean Philippe, il faut le rappeler, fut aussi celui qui programma France, tour et détour de deux enfants de Jean-Luc Godard, celui là même qui disait de lui, un brin méprisant : « Oh lui, il aime tout ». Je me reconnaît sans peine dans cette formule lapidaire.

Le hasard qui fait bien les choses m'a conduit à la découverte de La nuit bienfaisante dans un bac à occasions. Claude-Jean Philippe y raconte sa vie, un peu, ses films surtout. Une véritable biographie de cinéphile. Il fait renaître avec ses souvenirs l'ambiance des années 50 et 60, lui qui présenta le concours d'entrée à l'IDHEC aux côtés de Jean-Marie Straub et de Danièle Huillet. Ce concours dont les deux réalisateurs refusèrent une épreuve qui portait sur le film Manèges de Yves Allégret qu'ils estimaient trop mauvais. Pudique et discret, Claude-Jean Philippe se fait volontiers lyrique lorsqu'il évoque ses films favoris et leurs auteurs : Jean Vigo, Hitchcock, Rossellini, sa rencontre avec John Ford, Eustache, Truffaut, Errol Flynn, Renoir, les salles de Casablanca puis de Paris.

J'avais envie de le voir, ce spectateur, livré à ses émotions, et contraint tout à coup de les formuler, mais sans le recours de ses instruments critiques, de ses arguments théoriques, ou de ses repères historiques. Je me devais de le prendre en flagrant délit de mauvaise foi, de naïveté, de snobisme, afin d'isoler et de retenir le meilleur de ses visions : certains rares moments d'intime compréhension, nécessairement liés à son caractère et à sa sensibilité.

Voilà pourquoi il me fallait aussi raconter son histoire -en dehors mais en fonction du cinéma – en prenant le risque de l'impudeur, et de cette complaisance qu'il ne détesterait pas tant s'il en avait réellement exorcisé le péril.


19/04/2007

Interlude

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09/04/2007

Et le lendemain...

Jeanne Balibar dirigée à nouveau par Jacques Rivette, j'en rêve depuis que Hyppogriffe me l'avait annoncé il y a de nombreux mois. Dès que Ne touchez pas la hache est sortit, j'ai laissé mon esprit vagabonder sur ce que je pourrais bien en écrire sur Inisfree, imaginant un texte baigné de l'admiration que j'éprouve pour la plus féline de nos actrices.

Première surprise, il me faut répartir également mes louanges entre Jeanne Balibar et son partenaire Guillaume Depardieu. Dès les premiers plans dans l'église du monastère si présente que j'avais l'impression d'en sentir le parfum, dès ce premier mouvement qui s'approche du dos massif du général Armand de Montriveau, Depardieu impose une présence physique qui appelle le souvenir des créations de son père à son meilleur pour Truffaut, Blier, Pialat ou Ferreri. Il est « une force qui va », massif, déterminé, maladroit un peu aussi, tentant de contenir l'énergie de l'ex-général d'Empire et explorateur africain, imposant cette densité au sein de la délicatesse immémoriale du couvent comme dans les précieux et vains salons parisiens de la Restauration.

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Face à cette force, le duchesse de Langeais est toute finesse de traits et de corps, presque fragile et pourtant animée d'un grand feu intérieur né de sa passion. Tout en elle est fait de contrastes violents : frivole et profondément amoureuse, coquette et idéaliste, calculatrice et abandonnée. Dans leur affrontement qui constitue le coeur du film, Rivette joue admirablement de leur complémentarité. J'avais pensé intituler cette chronique « Acier contre acier » selon les mots mêmes de Blazac repris par Rivette, mais le critique de Politis y a pensé avant moi. Du coup, celui que j'ai choisi est plus en relation avec le style du film. Car, seconde surprise pour moi qui ne suis pas un grand familier de l'oeuvre du réalisateur, Ne touchez pas la hache est un film dans la tradition des grands films muets. Précision des cadrages, majesté des plans et du rythme, force des ellipses, expression physique des acteurs, tout ramène à cet art devenu si rare. Et avec beaucoup d'humour Rivette utilise des intertitres qui scandent ses scènes : «Et le lendemain... », « trois mois plus tard » etc. La très belle scène finale m'a irrésistiblement fait penser aux histoires de vampires de Murnau ou Dreyer avec sa mer si étale, son navire, ses couloirs du couvent et la découverte du corps de la duchesse. Je suis persuadé que l'on pourrait voir le film avec un simple accompagnement au piano et que l'on s'y attacherait tout autant. Paradoxe à nouveau puisque c'est un film très dialogué et que la « tendre guerre » entre le général et la duchesse est une guerre des mots autant que des corps. Le film est construit entre ces deux niveaux : le verbal avec des dialogues brillants puisés à la source même du texte de Balzac et le non-verbal avec les mouvements des corps et les regards. Jeanne Balibar y excelle entre gestes calculés, gestes retenus, regards qui se perdent, éclairs de malice, bourrasques de passion. Rivette joue d'elle et avec elle comme d'un merveilleux instrument.

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Il est bon de se rappeler que les « cinéastes sources » de Rivette sont Alfred Hitchcock et Howard Hawks, tout deux maîtres de ce style formé à l'école du muet et sachant intégrer les ressources du son. Ce type de couple dans ce type de dispositif, pour peu que l'on y réfléchisse un instant, a donné chez eux de véritables sommets. Ce sont Cary Grant et Ingrid Bergman dans Notorious (Les enchaînés) et John Wayne aux côtés d'Angie Dickinson dans Rio Bravo. Plus j'y pense et plus je trouve que la scène ou Montriveau menace la duchesse qu'il a fait enlever de la marquer au fer rouge est l'équivalent de la scène ou Feather menace le shérif Chance de sortir avec sa guêpière. On retrouve la même insolence érotique chez Jeanne Balibar et le même mélange de séduction raide chez Guillaume Depardieu. Que l'un ait fait un drame et l'autre une comédie me semble accessoire. Je suppose aussi que l'on pourrait trouver des connivences secrètes avec le travail de Robert Bresson, surtout en ce qui concerne le lien à la religion, à la passion, à la croyance. Mais je ne n'aventurerais pas sur ce terrain qui m'est bien peu familier. Voici donc quelques réflexions qui voudraient faire sentir la richesse de cette oeuvre. Il faudrait aussi citer malgré ce que j'ai écris sur les références au muet, le travail sur le son, le craquement des parquets, la résonance des pavés, le frottement des étoffes. Il faudrait évoquer la photographie de William Lubtchansky avec ses ambiances à la bougie. Il faudrait étudier la façon que Rivette a, une fois encore, d'introduire l'esprit du théâtre dans son cinéma avec les jeux sur les rideaux, il faudrait parler des apparitions de Bulle Ogier et de Michel Piccoli. Il faut surtout voir ce film absolument et s'immerger dedans complètement.


Photographies : © Moune Jamet (source les films du Losange)

Site officiel du film

08/04/2007

Joyeuses Pâques

07/04/2007

Court métrage à Nice

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