08/01/2006
Souvenirs
« Quand la légende est en contradiction avec les faits, imprimez la légende » Cette phrase de Ford dans L'Homme Qui Tua Liberty Valance s'applique parfaitement à François Mitterrand et à l'atmosphère de commémoration qui entoure le dixième anniversaire de sa mort. Bâtir sa légende, être obsédé par la place que l'on va laisser dans l'histoire, sont des traits essentiels de son action. Plus qu'une figure historique, plus qu'un président, plus qu'un leader politique, il est aujourd'hui un personnage romanesque, un personnage de film que j'aurais bien vu joué par Welles même si son unique incarnation, très réussie à mon goût, est celle de Michel Bouquet chez Guédiguian.
Mais aujourd'hui, rien n'évoque mieux ce que Mitterrand a pu représenter pour moi que le court métrage de Stéphane Brisset : Le Grand Soir. L'action du Grand Soir se situe le 10 mai 1981. Le héros est un jeune garçon qui vient d'avoir seize ans. Il joue au foot, roule en 103 Peugeot, porte un bandana rouge et anime une émission rock sur une radio pirate, diffusant les Pretenders, Starshooter et sans doute Téléphone. Né en 1964, même sans rouler en Peugeot ni jouer au foot parce que je n'aime pas ça, je me suis senti très proche de cette situation de base. Notre héros a un père pharmacien qui pense que la victoire des socialistes serait le signal de la nationalisation de son officine. Néanmoins, en homme de foi, il a mis du champagne au frigo et le sort à 19h55 alors que toute la famille est réunie devant le poste de télévision. Le plan sur les visages décomposés à l'annonce des résultats est un grand moment tout à la fois d'hilarité et de vérité. Vérité de ce que cela a signifié, ce jour là. Bien sûr, chez moi, mon père avait fait pareil, mais le champagne, on l'a débouché avec des cris de joie. Mais l'intensité de l'émotion, c'était bien ça. Rien que pour avoir su faire revivre ce moment, Brisset a réussi son film.

Mais le reste est bien aussi. Notre jeune héros est amoureux de la soeur de son copain, très jolie fille et militante aux jeunesses communistes. Figure classique, féminine et sensuelle de la Révolution. Celle que l'on désire mais qui reste inaccessible. Mais elle va pousser notre héros à s'affirmer. « et bien moi je suis content » déclare-il sous les yeux horrifiés de sa famille. Une gifle de son père plus tard, le voilà parti errer dans les rues de la ville où la gauche fait la fête. Il y a une autre jeune fille, jouée par l'excellente Julie Durand qui sera récompensée à Clermont Ferrand pour ce rôle. C'est l'amie de la famille. Elle est transparente pour notre héros. Elle n'est pas engagée, ne comprend pas vite, ne semble pas si jolie et pourtant c'est avec elle que notre héros va graver de façon indélébile cette soirée du 10 mai 1981 en perdant, presque par hasard, son pucelage. Jolie métaphore, jolie image. Elle est le passage à la vie adulte, elle est la vraie vie et une sorte de renoncement aux rêves. Mais elle est jolie malgré tout et elle est le bonheur. Ici et maintenant. Quand j'y repense c'est une bonne analyse de ce qu'auront été les années de pouvoir de François Mitterrand, les espoirs qu'il aura incarné, les désillusions inévitables et les véritables avancées. Stéphane Brisset ne semble pas avoir fait de film après ce court, c'est vraiment dommage.
06:40 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : court métrage, Stéphane Brisset | Facebook |
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06/01/2006
Photographies - 1

Les galleries sur le site de A. Baumann : cliquez
Le site des éditions Les Imaginayres : cliquez
(Le livre semble toujours disponible)
07:10 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livre, photographie | Facebook |
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04/01/2006
Premier film en salle de l'année

18:40 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : affiches, comédie | Facebook |
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02/01/2006
2005
Je vais donc sacrifier, après nombre de mes camarades bloggeurs, au rituel de la liste. Je le fais avec plaisir parce que c'est une façon de revenir sur les bons moments de l'année, mais par catégories parce que j'ai du mal à rendre compte de ce qu'a été cette année avec un nombre type de films. D'autant que mes pratiques cinéphiliques évoluent avec une part toujours plus importante du DVD. Donc cela donne quelque chose comme cela :
Le chouchou
Seven Swords de Tsui Hark

Les meilleurs
Trois Enterrements de Tommy Lee Jones
Land Of The Dead de George A. Romero
Broken Flowers de Jim Jarmush
Le Promeneur du Champ de Mars de Robert Guédiguian
Pork and Milk de Valérie Mrejen
De Battre Mon Coeur s'est Arrêté de Jacques Audiard
A History Of Violence de David Cronenberg
Million Dollar Baby de Clint Eastwood
The Lift de Marc Isaacs
Les vraiment bien
Le Château Ambulant de Hayao Miyazaki
The Kid Stays in the Picture de Nanette Burstein et Brett Morgen
La Guerre des Mondes de Steven Spielberg
Travaux de Brigitte Rouan
Beyrouth Après-rasage de Hany Tamba
Crazy Kung Fu de Stephen Chow
Les Noces Funèbres de Tim Burton
Le Parfum de la Dame en Noir de Bruno Podalydès
My Beautiful Pigeot de Eric Bergel
Le spécial
La Vie Aquatique de Wes Anderson
Le pas si mal
Kingdom of Heaven de Ridley Scott
Les belles découvertes
La Fée Sanguinaire de Roland Lethem
Voyage à Deux de Stanley Donen
La Marque du Tueur de Seijin Suzuki
Un Seul Bras les Tua Tous de Chang Cheh
Le Mercenaire de Sergio Corbucci
Colorado de Sergio Sollima
Kéoma d'Enzo G. Castellari
Les belles retrouvailles
Major Dundee de Sam Peckinpah
Mon Nom est Personne de Tonino Valérii
20:10 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : liste | Facebook |
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24/12/2005
Joyeuses fêtes
Les vacances de fin d'année... Petits bilans et grands gueuletons. Je pars une dizaine de jours me mettre au vert et au calme.

Selon la formule consacrée, ou du moins ce que je m'en rappelle, je vous souhaite à tous une bonne fin de 2005, de joyeuses fêtes et de ne pas trop vous angoisser sur vos listes type "mes dix meilleurs films de l'année".


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23/12/2005
Revue des popotes
08:45 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : blog | Facebook |
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21/12/2005
Le roi
Je vais garder tout mon calme. Je vais aborder ce film sans à-priori. Si je me décide à aller le voir, ce sera l'esprit ouvert et le corps décontracté. Je pense donc attendre un peu mais il y a quelques réflexions que je préfère faire avant. Pour exorciser, on dira. D'une façon assez générale, je n'ai rien contre les nouvelles versions, les « remakes »; Ford, Hawks, Hitchcock en ont fait avec des résultats parfois estimables. Always de Steven Spielberg est un remake tout en étant l'un des films les plus intimes de son auteur. Rien de choquant à ce qu'un réalisateur donne sa vision d'une histoire déjà portée à l'écran, par un autre. Là où je tique, c'est quand la mise en chantier d'une nouvelle version répond à des besoins purement économiques ou traduit un manque d'imagination, une trouille d'actionnaire devant l'invention et l'imagination, la recherche ou le risque artistique. C'est l'attitude hollywoodienne moderne de base, enfoncée dans une impasse faite de remakes, suites et adaptations minables de séries télévisées. Cela conduit par exemple à l'édulcoration récente de classiques du cinéma indépendant fantastique (Massacre à la tronçonneuse, Zombie, Assaut...).
Là où je tique aussi, et ou peut me saisir un bref moment d'énervement, c'est quand la mise en chantier d'une nouvelle version se fait prétentieuse et entend « moderniser », « dépoussiérer », « donner un coup de jeune » à la version précédente. C'est en particulier l'argument le plus pénible des tenants du tout numérique. C'est en numérique, donc c'est mieux, forcément. Argument minable d'esprits bornés qui confondent comme le chantait Brel « l'érotisme et la gymnastique ». Symbolique est le tripatouillage des trois premiers Star Wars au nom de la Nouvelle Perfection Numérique. On réactive les mythes d'hier ou d'avant-hier en pensant retrouver leur éventuelle magie via ce que j'appelle le syndrome de monsieur plus. Plus de figurants (digitaux), plus de vaisseaux spatiaux, des gouffres plus profonds, des châteaux plus hauts, des monstres plus gigantesques. Assez ! Assez d'armées d'ici jusque là bas. Assez de fleuves de cafards. Assez de héros en varappe sur le dos d'éléphants de dix mètres. Et assez d'avenues new-yorkaises des années trente avec des voitures comme si on y était.
Ce sont ces quelques plans dans les bandes annonces du King-Kong de Peter Jackson qui me font craindre le pire. Là où Ernest B.Schoedsack et Merian C.Cooper ne montrent de New York qu'un coin de rue et un café, Jackson y va de son avenue interminable et bondée. Là ou il y avait un tyrannosaure, on en retrouve trois. Là ou l'histoire était racontée en un peu plus d'une heure trente, il en faut le double à l'australien. Comment imaginer qu'il tiendra le rythme ? Bon, j'ai dit que je ne m'énervais pas. Jackson dit qu'il adorait l'original. Moi aussi, et alors ? Il paraît qu'il respecte l'histoire, très bien, alors, comme pour le Psychose de Gus Van Sandt, à quoi ça sert ? L'original étant un classique parfait, à quoi bon le refaire quasiment à l'identique. Jeux de couleurs (voir chez Sandrine) pour Van Sandt, effets numériques « époustouflants » pour Jackson. Tout cela ne me convainc pas. Je préfère, et de loin, l'attitude d'un Tarantino qui brode sur les oeuvres qu'il admire ses propres histoires. Ou encore l'hommage de Spielberg à King Kong et à Hatari dans Le Monde Perdu pour rester dans le registre grosses bêtes et bien que le film ne soit pas terrible.
Il y a en ce moment un très beau film à voir. Une grande oeuvre épique sans presque aucun effet spécial numérique. Un film ou chaque figurant, chaque cheval pèse son poids de chair et d'os. Où chaque pierre de chaque château est une pierre véritable. Ce film pourtant ne se refuse ni les grands combats, ni les grands sentiments. Ce film est aussi un hommage à un grand classique du cinéma, mais c'est aussi une oeuvre à part entière et un délice de mise en scène. Ce film, c'est Seven Swords de Tsui Hark. Respect.
19:35 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : remake, King Kong, Peter Jackson, Tsui Hark | Facebook |
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19/12/2005
Qu'est-il arrivé à Steve Kloves ?
Steve Kloves est le scénariste des trois derniers films tirés des aventures de Harry Potter ainsi que du prochain à venir en 2008. C'est au générique du dernier en date (et oui, j'avais promis) que j'ai noté son nom et que je me suis dit que je l'avais déjà vu quelque part. Vérification effectuée, il est également réalisateur et c'est à lui que je dois une sacrée émotion avec Susie et les Baker Boys (The Fabulous Baker Boys) en 1989. Kloves, c'est l'homme qui a fait se rouler Michelle Pfeiffer en robe rouge sur le piano noir de Jeff Bridges en sussurant « Makin' Woopee ». Une scène inoubliable qui aurait pu figurer en bonne place dans l'enquête de Pierrot. Le film, son premier, se situait dans la lignée prestigieuse des comédies sentimentales classiques américaines. Pfeiffer y était alors grande, belle, drôle, vulgaire, touchante, sexy et chantait d'une petite voie rauque délicieuse. Elle était aussi dans la période faste de sa carrière. Bridges jouait les ours taciturnes façon Mitchum avec classe aux côté de son frère Beau. Steve Kloves était un nom à suivre.

Je l'ai suivi en 1993 sur Flesh and Bones, western moderne un peu dans le style Trois Enterrements avec une distribution de grande classe : Dennis Quaid, Meg Ryan et James Caan. Un beau film sombre, taiseux et fort comme une ballade folk. Steve Kloves confirmait. Et puis, plus grand chose jusqu'au sorcier de Pouldar. Péripéties prévisibles entre Star Wars et Le Seigneur Des Anneaux, maître des ténèbres et esprit de compétition à tous les étages, parcours initiatiques et bestioles digitales. Qu'est-il arrivé à Steve Kloves ? Il est devenu riche sans doute mais nous avons perdu un metteur en scène.
12:30 Publié dans Réalisateur | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Steve Kloves | Facebook |
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14/12/2005
Le roi, c'est moi

08:05 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : King Kong, fantastique, photographie | Facebook |
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13/12/2005
Les résultats

09:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Films érotiques, blog, liste | Facebook |
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12/12/2005
Ouais !

09:20 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Giulio Questi, western, Tomas Milian | Facebook |
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10/12/2005
Two For The road - bande image



08:10 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Blake Edwards, Audrey Hepburn, Albert Finnay, photographie | Facebook |
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08/12/2005
Two For The Road - texte
Il y a quelques mois, nous avions eu un échange avec Ludovic à propos du couple dans le cinéma. Coïncidence comme je les aime, moins de quinze jours après, je découvre Voyage à Deux à l'occasion de la rétrospective Stanley Donen organisée par la Cinémathèque de Nice. Et je tombe amoureux du film. J'en ai revu un bon morceau lors de sa diffusion sur ARTE, dans le cadre d'un cycle consacré à Audrey Hepburn. J'étais dans un hôtel à Rennes, en déplacement, et je suis immédiatement retombé sous le charme.
A l'image de ces voitures délicieuses aujourd'hui qui s'entrecroisent sur l'écran, Donen fait s'entrecroiser les temps et les sentiments du couple formé par Joanna (Audrey Hepburn) et Mark (Albert Finney). Trois voyages en terre de France, la vie à deux comme un voyage, ce film m'aurait sûrement ennuyé à quinze ans. Aujourd'hui je le trouve irrésistible. Si juste dans sa façon de saisir les petits mouvements, les petits moments qui forment le quotidien épique d'un couple. Le film est à fois une histoire simple et une grande aventure. Une plongée dans le couple aussi intense que chez Bergman ou Rossellini. L'exploration de ce qui fait que « ça colle » comme le dit Maureen O'Hara chez Ford. « L'amour au travail » comme le concevait Hichcock.
Je suis là.
Tu m'humilie... Tu m'humilie et puis tu me dis : « je suis là ».
Oui !
La force irrésitible entre deux êtres. La force de l'évidence. Une très belle idée : Mark n'a jamais son passeport avec lui. C'est toujours sa femme qui le lui retrouve. Elle sait. Il lui faut Joanna pour savoir qui il est. Quel homme il est. Et elle a besoin de lui comme de l'air qu'elle respire. Sans lui elle s'étiole. Elle a besoin de lui pour se sentir vivante.
Autre chose de si vrai : les coups de soleils et les moustiques. Quand c'est joué par quelqu'un comme Hepburn, ça fonctionne à un point incroyable parce que c'est trivial, mais que ça ne peut pas l'être. Un peu le même coup de génie que quand c'est John Wayne qui accepte de faire rentrer dans sa famille sa nièce enlevée par les peaux-rouges. Que ce soit Wayne donne une crédibilité inédite à l'acte.
Voyage à deux sort en DVD pour les fêtes.
Un article passionnant en anglais avec de nombreuses informations sur le site d'Audrey Hepburn
22:50 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Blake Edwards, Audrey Hepburn, Albert Finnay | Facebook |
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07/12/2005
Two for the Road - Bande son
If you're feeling fancy free,
come wonder through the world with me.
And any place we chance to be,
will be our rendezvous.
Two for the road we'll travel down the years,
collecting precious memories.
Selecting souvenirs,
and living life the way we please.
In summer time the sun will shine,
in winter we'll drink summer wine.
And every day that you are mine,
will be a lovely day.
As long as love still wears a smile,
I know that we'll be two for the road,
and that's a long, long while.
As long as love still wears a smile,
I know that we'll be two for the road,
and that's a long, long while.
(Musique de Henry Mancini, Paroles de Leslie Bricusse)
14:40 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Blake Edwards, Audrey Hepburn, Albert Finnay, musique | Facebook |
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28/11/2005
Quien Sabe ? - Partie 2
El Chuncho est donc un bandit mexicain qui attaque les trains pour voler des armes qu'il revend au général Elias, héros révolutionnaire du moment. Au cours d'une attaque, il rencontre Bill Tate, jeune américain tiré à quatre épingles qui manoeuvre habilement pour intégrer la bande. On comprend vite que son objectif est d'approcher le fameux général. Arrivé à ce point, si vous n'avez pas vu le film et tenez à conserver le suspense, je vous déconseille de continuer. Bon. Le film fonctionne parce que son enjeu se déplace de cette intrigue somme toute banale sur l'étrange relation qui va se nouer entre Chuncho et Tate.
Le mexicain se prend d'une amitié brut de décoffrage pour le jeune et pâle gringo qu'il surnomme affectueusement « El Niňo », le gamin. Un gamin qui semble décalé et vulnérable au sein de cette humanité hirsute et débraillée. Mais d'entrée, Damiani nous montre un homme décidé, d'une arrogance tranquille, capable de tuer avec le plus grand sang froid et d'une intelligence redoutable dans la manipulation. Chuncho, lui, est frustre. Il a du mal à s'exprimer, il a du mal avec les mots qu'il semble toujours découvrir. Il s'emballe pour un oui, pour un non, mais son amitié pour Tate est entière et il ira jusqu'à tuer l'un de ses compagnons pour défendre El Niňo. Il est d'ailleurs le premier surpris de la violence du sentiment qu'il éprouve. Sous entendus homosexuels penseront certains. L'intelligence de Damiani et de Solinas est d'entretenir le doute tout en exploitant les pistes parallèles. Ainsi Tate est réfractaire aux charmes d'Adelita (sensuelle Martine Beswick) mais on ne sait jamais si c'est par goût sexuel ou par souci d'efficacité dans sa mission. Il y a aussi la belle scène, vers la fin, où Chuncho explore le sac de l'américain, scène à la fois troublante quand Chuncho découvre les objets de toilette et complètement intégrée dans l'intrigue par la révélation finale de la fouille. Lou Castel, qui venait de faire Les Poings Dans Les Poches de Marco Bellocchio, prête à Tate son physique délicat et joue habilement entre froideur et ambiguïté.
Dans le même temps, on ne sait pas vraiment quelle est la nature des sentiments réels de Tate pour Chuncho. Même s’il le manipule sans états d’âme et qu’il va jusqu’au bout de son mensonge, on le sent plusieurs fois ébranlé par cette sincérité qui émane du mexicain. Il comprend mal que Chuncho lui sauve par deux fois la vie, la première fois dans l’hacienda contre ses propres hommes et la seconde fois quand il refuse de l’abandonner en pleine crise de malaria. C’est peut être ces gestes qui l’amènent à l’étonnant retournement final lorsque Tate se révèle avoir « joué franc jeu » avec Chuncho et, après lui avoir remis sa part de la prime pour l’assassinat d’Elias, veut l’emmener aux Etats-Unis. Là ou il fait une erreur qui va se révéler fatale, c’est qu’il plaque sur le mexicain, homme de groupe et de bande, son schéma individualiste d’américain. Lorsqu’il passe, arrogant et raciste, devant le groupe de péons qui fait la queue au guichet de la gare, il amène Chuncho, bien qu’incapable d’analyser ce qui se passe alors, à se rendre compte d’une différence essentielle entre lui et le jeune homme. « Quien sabe ? » Chuncho se retrouve lui-même, refuse de suivre Tate, l’abat et découvre enfin la véritable nature des pulsions des révolutionnaires, lui qui n'en était que la caricature.
Contrairement aux dispositifs des autres films du même genre, ce n’est pas l’étranger qui donne des leçons de révolution au péon (Le Mercenaire, Companeros, Il Etait une Fois la Révolution), ni l’étranger qui prend conscience de la justesse de la « cause » (dans les films américains souvent) mais le péon qui prend conscience par lui-même de la façon dont on l’utilise. Ces révélations douloureuses passent admirablement dans le jeu de Gian Maria Volonte, tour à tour hâbleur, excessif, contrarié, anéantit, abrutit, conquérant et, in fine, libéré. A l’image de ce personnage plus complexe qu’il n’en a l’air le film, malgré des sympathies évidentes, développe un discours nuancé alternant scènes d’actions, scènes presque bouffonnes (comme celle ou un soldat tire les moustaches de Chuncho) et scènes plus tragiques. Ainsi la complexe attaque de train du début se conclut par l’exécution sommaire des soldats survivants sur une musique poignante de Luis Bacalov. Là, Damiani se place du point de vue des femmes de ces soldats, présentes dans le train. Et l’on se rappelle les avoir vus ensembles lors des premiers plans, l’un avec sa guitare, l’autre en train de coudre. Et ces simples figurants acquièrent une dimension humaine qui rend insupportable leur exécution froide.
Alternativement la mise en scène met en avant la violence faite aux hommes, quel que soit le côté pour lequel ils combattent. Il y a de très belles idées comme lorsque le propriétaire terrien donne sa montre à son domestique avant d’aller se faire fusiller et lui dit : « Contento, no ? ». A l’exception de la pirouette finale, Damiani est proche de Léone qui dénoncera cinq ans plus tard les contradictions de la révolution et l’engrenage absurde de la violence. La plupart des personnages du film en font un usage immodéré et motivé par le pouvoir ou l’argent. Il est d’ailleurs significatif que le seul personnage qui se conduise de façon désintéressée soit un illuminé, « El Santo », joué avec sa sobriété habituelle par Klaus Kinsky (je me moque, j’aime beaucoup son jeu un peu barré). Proche mais quand même. Damiani (comme Solinas) est engagé, Léone est plutôt moraliste. Alors politique certainement, Quien Sabe est le bel exemple d’un cinéma capable d’intégrer la réflexion à l’action. Un cinéma capable de prendre parti et de le faire par la seule force de ses images.
Trois autres avis : Plume Noire, Pierrot et dvd Toile.
18:35 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Damiano Damiani, western | Facebook |
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24/11/2005
Des images pour une révolution- Partie 2




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23/11/2005
Quien Sabe ? - Partie 1
« Quien Sabe ? » (Qui sait ?), c'est la réponse lancée par El Chuncho à Bill « El Niňo » Tate qui lui demande pourquoi il doit le tuer. « Il doit y avoir un pourquoi ! ». « Quien Sabe ? ». Et Chuncho abat Tate sur la plateforme du train qui le ramène aux États Unis.
Quien Sabe est le premier western de Damiano Damiani, réalisé en 1966 sur un scénario de Salvatore Laurani adapté par Franco Solinas. Mais c'est un peu plus qu'un western : un film d'aventure politique situé dans le Mexique révolutionnaire des années 1910-1915. En cela, il est le film matrice de ce que l'on appelle le western Zapata, une forme particulière du genre qui trouve dans les révolutions mexicaines un prétexte à des aventures exotiques hautes en couleurs et propices aux réflexions sur les rapports nord-sud. Prétexte aussi, dans le contexte des bouillonnantes années 65-70 à des discours très engagés, notamment à la critique de l'interventionnisme des États Unis au Vietnam comme en Amérique du Sud.
Ne nous y trompons pas, le cinéma américain lui même, et le premier, a été fasciné par ces terres et ces époques troublées. De Viva Villa de Jack Conway et Howard Hawks à La Horde Sauvage de Sam Peckinpah en passant par Bandido Caballero de Richard Fleischer, Vera Cruz de Robert Aldrich ou Les Professionnels de Richard Brooks, on retrouve les éléments clefs du genre : américains désabusés ou idéalistes engagés au côtés des révolutionnaires, présence de troupes étrangères, intrigues politiques, armements modernes (ah, le fétichisme des mitrailleuses !) et réflexions sur le néo-colonialisme, l'impérialisme, le capitalisme et la révolution. Mais, grandes figures historiques mises à part (comme dans Viva Zapata d'Elia Kazan), le personnage principal est un américain bon teint, incarné par d'aussi fortes personnalités que Robert Mitchum, Gary Cooper ou Burt Lancaster.
Quien Sabe et le western italien à sa suite vont changer le point de vue. Son héros, c'est le mexicain, et pas un grosse tête, non, plutôt un bandido de base, un péon frustre, un révolutionnaire de proximité. Incarné par Gian Maria Volonte (Chuncho), Tomas Milian (Cucillo, Tepepa) ou Rod Steiger (Juan), ce nouveau héros répond d'abord à des considérations pratiques. Les acteurs et figurants italiens et espagnols (voire cubains comme Milian) sont bien plus crédibles en sud-américains qu'en yankees. Il suffit de voir les incroyables galeries de visages proposées par ces films tournés à Almeria ou Rome pour se convaincre de la justesse de ce choix. Le discours suit. En inversant le point de vue, les auteurs italiens éliminent les angoisses existentielles, les remords nostalgiques et les mauvaises consciences désabusées qui traversent le Rio Grande. La révolution reprend chair et sang. Elle expose ses véritables enjeux : la terre, le travail, le pain, la dignité, la justice... l'émancipation d'un peuple. Elle cesse d'être une sorte d'idéal romantique et désincarné comme le fait violemment remarquer Juan à Sean dans une mémorable sortie de Il Etait Une Fois La Révolution de Sergio Leone. Elle redevient l'expression violente de revendications sociales et politiques et le films ne font l'impasse ni sur ses contradictions, ni sur ses injustices, ni sur sa violence qu'elle soit exercée par les révolutionnaires ou par les forces de la répression.
Le western est un genre éminemment cinématographique en ce qu'il permet tous les récits, toutes les paraboles. Les italiens ont vite compris comment utiliser la forme particulière du western Zapata pour toucher un large public populaire avec un discours très engagé. C'est ce qui a séduit Franco Solinas quand il a travaillé sur Quien Sabe. Scénariste très à gauche, Solinas écrira d'autres films plus directement politiques comme Queimada de Gillo Pontecorvo ou Etat de Siège de Costa Gavras. Point commun, une étude très critique de la politique américaine dans les pays du sud. On pensera au Chili, à l'Uruguay ou au Vietnam de l'époque mais la grille de lecture peut s'appliquer sans trop de problèmes à la récente intervention en Irak. Solinas appréciera le résultat et récidivera avec le même schéma sur les scénarios de Tepepa de Giulio Petroni et Le Mercenaire, admirable, de Sergio Corbucci. Avec le recul, Quien Sabe, habillé des habits de lumière du western à grand spectacle a bien mieux vieilli que d'autres films plus didactiques, trop centrés sur une situation particulière.
(A suivre)
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21/11/2005
Des images pour une révolution- Partie 1




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20/11/2005
Les Oiseaux sont des Cons
- Ca vole, un con ?
- Comme un oiseau.
- Ca chante un oiseau ?
- Comme un con.
- Certains oiseaux sont'ils moins cons que d'autres ?
- Non, ils sont tous aussi con les uns que les autres.

Mes amis de l'association Héliotrope diffusent ce mardi un programme de courts métrages con-sacré au producteur Anatole Dauman, créateur d'Argos Films. Parmi les petits bijoux proposés, le film de Chaval : Les Oiseaux Sont des Cons de fameuse mémoire. En cherchant sur le toile, je suis tombé sur ce blog qui publie l'intégralité du texte avec des dessins tirés du film. Amusez vous bien.
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17/11/2005
Trois petits maux
Trois informations qui forment un faisceau que je n'apprécie guère. La première vient du site Ratatium et relate la lamentable tentative de l'opérateur italien 3 qui devait lancer son service UMTS H3G en diffusant en exclusivité des longs métrages sur son portail pour téléphones mobiles. Premier cobaye choisit : L'Interprète de Sidney Pollack. La belle idée s'est heurtée à un front de protestation des exploitants de salles qui ont réussi à faire plier l'opérateur. S'exprimant sur l'affaire, Roberto Benigni a déclaré « Voir un film sur le téléphone est une contradiction, presque un blasphème. La beauté du cinéma est la grandeur de l'écran » et « Le cinéma est désormais une industrie en péril et cette opération montre bien à quel point on le brade ». Il est certain que transformer un film en bonus publicitaire pour un téléphone ne relève pas d'une haute démarche artistique. Je m'interroge néanmoins sur l'intérêt qu'il peut y avoir à découvrir un film sur un écran si ridicule. Comment arrive-t'on à vendre des trucs pareils aux gens ? Parrallèlement, je découvrais dans une gallerie marchande le nouvel écran HD quelque chose, assez grand, belle image, vraiment. Son prix : 20 000 €. Question : combien de films peut on aller voir avec cette somme dans des salles qui seront, même pour les plus modestes, bien supérieures en qualité de projection que ce gadget de luxe ? (évaluation personnelle : j'en aurais pour dix ans).
Seconde information sur le site Cscinéma relative à Jean Jacques Beinex qui bataille depuis cinq ans avec Studio Canal Images : « Le film Diva que j’ai voulu et conçu en « son Mono », et dont la carrière n’est plus à commenter, a été remixé en « Stéréo 5.1 » sur autorisation abusive de la société Studio Canal Images, cela sans mon accord, sans ma supervision. Cette opération a sérieusement dénaturé l’œuvre et son esprit. » Et l'auteur de 37,2 le Matin de s'interroger sur ces majors qui combattent la piraterie au nom du droit d'auteur tout en le bafouant par ailleurs. Forcément, dit par Beinex, ça prend une dimension différente, je vous recommande de lire son texte ici.
Troisième partie, non moins triste, consacrée au massacre de l'une des plus belles séquences de l'histoire du cinéma par des publicitaires sans scrupules (pléonasme me dit'on). Je suis tombé dessus sur le blog d'Héliotrope animé par l'ami Yoann et je vous laisse découvrir l'étendue du désastre. Oui, il s'agit bien d'un remix façon hip-hop de Chantons Sous la Pluie de Stanley Donen. La problème n'est pas qu'ils aient fait une parodie. Ils auraient utilisé un danseur de hip-hop travestit en Gene Kelly et recréé la scène que ça ne m'aurait pas dérangé. Peut-être même que ça m'aurait fait rire. Mais là, usant et abusant des possibilités du numérique, il s'agit d'une déformation, d'une trituration du matériau d'origine, du travail du chorégraphe, de Kelly, de Donen, de toute l'équipe. Mis à part Donen à qui l'on a sans doute pas demandé son avis, tous sont morts. Et je parie que Kelly n'aurait pas trouvé la plaisanterie très drôle. Et tout ça pour vendre une bagnole. Quelle bêtise ! Brillante démonstration de ce que représentent la gestion des droits intellectuels aujourd'hui. Un moyen d'humilier les oeuvres du passé et une nouvelle façon de s'asseoir sur les droits des auteurs comme sur ceux des spectateurs. Quand Duchamp mettait des moustaches à la Joconde, il le faisait sur une carte postale et ce qu'il exprimait faisait sens. Aujourd'hui, ce que je vois me fait pitié.
23:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : droits | Facebook |
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