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13/07/2005

Le Grand Sam

Dans le panthéon peu enviable des réalisateurs martyrs d'Hollywood, entre Welles, Gilliam, Cimino et Léone, Sam Peckinpah tient une place de choix. Je ne sais plus quel grand réalisateur actuel disait que, quand il voyait Major Dundee, il en pleurait de rage de voir ce qui avait été fait de ce film. Et bien, ce réalisateur et les amateurs du grand Sam pourront un peu sécher leurs sanglots puisque sort, enfin, une édition « extended » de ce superbe western, un peu trop vite traduit en français par « intégrale ». la sortie DVD est prévue pour fin août, mais aux pays Bas, c'est déjà fait. Du coup, je l'ai vu, il n'y a pas deux heures.
Il faut un petit peu modérer son enthousiasme. Cette version comprend 12 minutes supplémentaires, un commentaire audio de trois spécialistes de Peckinpah, deux documentaires et, c'est une première, une toute nouvelle composition musicale écrite pour le film. Mais nous sommes encore loin du compte puisqu'il manque environ 20 minutes pour arriver à la version qui mériterait le nom d'"intégrale", telle que voulue par le réalisateur.

Major Dundee, il faut le rappeler, est la première grosse production de Peckinpah après son coup d'éclat de Coups de feu dans la Sierra en 1963. Le film se monte autour de Charlton Heston qui considérera toujours ce rôle comme l'une de ses créations majeures. On ne peut pas lui donner tort. Dépassé par la logistique du film, tourné au Mexique, Peckinpah se brouille avec le producteur, s'engueule copieusement avec Heston qui ira jusqu'à le menacer de son sabre. Ceci n'empêchera pas Heston, lorsque le film risquera d'être arrêté, de renoncer à son salaire et de prendre la défense du réalisateur. Rien n'y fait, Le producteur finit par virer Peckinpah, réduira drastiquement la longueur du film et imposera une partition musicale envahissante de Daniele Amphiteatrof (avec une marche militaire de Mitch Miller) qui désespéreront le réalisateur. Peckinpah mettra quatre ans à remonter un projet. Ce sera La Horde Sauvage.

Pourquoi ce film, aujourd'hui, au-delà de son statut de « film maudit » est important ? Parce qu'il est le maillon nécessaire qui permet de faire La Horde Sauvage. Tout y est déjà. Amos Dundee est un homme qui se lance dans l'Aventure à la poursuite d'un improbable apache, Sierra Charriba, avec une troupe disparate composée de nordistes, de prisonniers sudistes volontaires, de soldats noirs et de vauriens de toutes sortes. Dundee est au sommet d'un triangle, à la recherche d'un Destin à la hauteur de son idéal. Le chef confédéré (Richard Harris) partage ce sentiment, mais l'exprime à travers une feinte aristocratie sudiste à la Reeth Butler. Au troisième coin du triangle, L'indien Charriba qui répète plusieurs fois « Et maintenant, qui allez vous m'envoyer ? » lui aussi, cherche un adversaire à sa taille pour « pouvoir en parler autour du feu de camp pendant mille ans ».

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Major Dundee, c'est la prolongation du discours de Peckinpah sur le mythe du western. C'est aussi le film où il règle ses comptes avec Ford, prétendant rétablir la vérité esthétique de l'Ouest, avec ses cow-boys crasseux, ses cavaliers dépenaillés, sa violence. Il y a une très jolie scène de sortie de fort, comme en a fait Ford plus d'une fois, où chaque groupe de la troupe hétéroclite de Dundee chante son air « communautaire » : Dixie pour le Sud, When Johnny Comes Marching Home pour le Nord, l'appel de la cavalerie pour les réguliers et My Darling Clémentine pour les convoyeurs. Au bel ordonnancement de Ford se substitue la cacophonie et le chaos.

Mais Peckinpah admire aussi Ford, c'est son paradoxe et la force de son cinéma. Ses héros cherchent toujours à se raccrocher à des valeurs, aux valeurs supposées de l'Ouest des pionniers. Ces valeurs, ce combat suceptible de les illustrer, ils le trouvent souvent, malgré eux, sur l'autre rive du Rio Grande. Ici, Peckinpah passe pour la première fois le fleuve pour aborder la terre mexicaine avec sa politique compliquée, son authenticité, son sens de la fête, ses enfants si vivants et ses femmes si bien en chair. Dundee a une belle scène avec une mexicaine qui annonce celles avec Pike (William Holden) dans la Horde Sauvage, ou d'autres encore dans Pat Garrett et Billy the Kid ou Apportez Moi la Tête d'Alfredo Garcia. On retrouve également une longue séquence de fête dans un village délivré avec départ déchirant à l'aube très proche de celle de La Horde Sauvage.

Major Dundee n'est pas un chef d'oeuvre, mais il n'en est pas loin. Il est la répétition générale des sommets à venir. Il est la naissance d'un style et l'affirmation d'un discours. Il est aussi la naissance d'une famille puisque l'on retrouve une très belle distribution avec James Coburn, Senta Berger, Slim Pickens, Ben Johnson, Warren Oates, LQ Jones et quelques autres gueules que l'on retrouvera dans la plupart de ses films. Encore une façon de se mettre dans la lignée de Ford.

Je termine par une anecdote que j'aime beaucoup. Peckinpah voit un film de Ford et lui dit : « Mais pourquoi vous montrez ces soldats si bien habillés ? vous savez que ce n'était pas comme ça, John ». Et Ford lui réplique : « Oui, mais sur fond de coucher de soleil, c'est tellement beau ». Le poète et le moraliste.
 
Le DVD 

12/07/2005

Les mots pour le dire (2)

La série ci-dessous mérite quelques explications. Je voulais réagir à une note de Ludovic, réagissant lui même à l'une des chroniques de Louis Skorecki à propos des Anges du Péché de Robert Bresson.

De Skorecki, j'ai déjà écrit un petit quelque chose un peu plus bas (conversation). J'ai du mal avec ceux qui font un peu les malins quand ils font de la critique, même s'ils peuvent dirent des choses intéressantes par ailleurs, cet "humour", cette distance qu'ils mettent dans leurs articles sert plus à leur propre image que à la cause des films ou des auteurs. Par ailleurs, ce n'est pas la première fois que je lis ce genre de discours sur ce film de Bresson. A croire que certains veulent l'assimiler à Catherine Breillat. A croire que l'on ne peut parler d'érotisme sans employer les mots de la pornographie. Dommage.

Je me suis donc posé la question et je pensais à cette scène, celle du cimetière dans l'Homme Tranquille, qui représente pour moi un sommet d'érotisme. Et je me suis demandé avec horreur comment elle pourrait être vue avec ces mots là.

16:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Blog, critique |  Facebook |  Imprimer | |

10/07/2005

Les mots pour le dire

J'avais eu quelques problèmes techniques avec ces photographies, mais ça me semble réglé.


05/07/2005

L'enfer et le paradis

C'est l'été Cimino, en France. Ressortent en salle ses trois sommets : Deer Hunter (Voyage Au Bout De l'Enfer - 1978), Heaven's Gate (La Porte Du Paradis - 1980) et Year Of The Dragon (L'Année du Dragon – 1985), parralèlement à leur sortie DVD. La plus significative est celle de Heaven's Gate dans sa version complète puisque, jusqu'ici, n'existait que l'atroce version courte imposée à la sortie par le studio.

C'est quand même un evènement que l'on retrouve ainsi, comme pour Hellmann, les grands moments du cinéma américain dans ce qu'il peut avoir de meilleur. Que le temps permette à de tels film de prendre leur revanche sur des décisions commeciales, la myopie de la critique, l'inattention du public. Cimino est emblématique de cela. Je n'ai jamais bien compris comment on a pu passer, en 1980, à côté d'un film comme Heaven's Gate. Il y eu une conjonction d'évènements qui ont littéralement assasiné le film. Les célèbres dépassements, la faillite d'United Artist, le charcutage du film par le studio, la présentation à Cannes en 1980 de cette version tronquée, les accusations de lecture « marxiste » de l'histoire, le sale caractère de Cimino, le contexte politique qui voyait le retour en force des conservateurs américain et puis, peut être le plus redoutable, l'inflexion de Hollywood en direction d'un public adolescent. Il faudra plus de dix ans pour retrouver cette Porte du Paradis intégrale, un film qui a la force épique de Lawrence d'Arabie, de la Horde Sauvage ou d'Apocalypse Now.

Le film était d'ailleur ressortit au début des années 90 en compagnie d'un autre martyr de l'époque : Pat Garrett et Billy The Kid de Sam Peckinpah. Il y a là plus qu'une filiation. Une communauté d'âme.

Cimino comme Peckinpah, est un héritier direct de Ford, un héritier qui admire la forme, la force d'un cinéma homérique qui chante la naissance d'une nation. Mais un héritier qui n'arrive plus à croire au mythe parce qu'il est entré dans le temps du doute. Déjà Ford, en fin de carrière, se posait le problème de la légende. Peckinpah puis Cimino ont fait exister leur oeuvre en mettant en scène leur fascination tout autant que leur répulsion vis à vis de cette légende. C'est ce qui explique leur violence (la colère) et leur mélancolie (le regret). Je ne sais plus qui a dit « le cinéma, c'est la nostalgie de ce qui n' a pas existé ». Cela s'applique joliement à ces cinéastes.

Même si les trois grands films de Cimino ont connu auprès du public des fortunes diverses. Ils forment bien un tryptique cohérent, une même histoire. Un homme seul, accroché à des valeurs qu'il idéalise, se bat à contretemps pour retrouver l'idée qu'il se fait de la communauté. Mais il doute que cette idée ait même existé. Ce qui le fait tenir debout, c'est que c'est un buté.

Ce qui est symptomatique, c'est que les héros de Cimino sont toujours en retard : James Averill (Kris Kristofferson) n'empêche pas le massacre des pionniers ni la mort de Ella (Isabelle Huppert). Michael (Robert de Niro) ne sauve pas Nick (Christopher Walken) du Vietnam et de la folie, pas plus que Steven (John Savage) qui revient « pire que mort ». Stanley White (Mickey Rourke) provoque la mort de tous ceux qui lui sont proches (ou presque). Seul Michael, d'une certaine façon, trouve un peu de paix dans le final de Voyage Au Bout De l'Enfer. A quel Prix ?

Cette façon d'aborder l'histoire et le cinéma, c'est celle qui émergé à la fin des années 50, avec la chute du sytème des studios et la montée en puissance de la génération des Arthur Penn, Sydney Pollack... Dans les années 70, c'est la prise de relais des « Movie Brats » (Lucas, Coppola, Spielberg, DePalma...) dont la réussite va provoquer un virage radical des studios en direction du pur divertissement à grand spectacle. Aujourd'hui, à quelques miracles près, les grandes oeuvres des années 70 sont loin derrière leurs auteurs (Coppola, Cimino, Schrader), ou bien ils ont choisi de suivre le mouvement (Lucas, Spielberg une fois sur deux).

Il y a une discussion en cours sur Notre Musique sur le rapport entre les cinémas américains et français, la fascination du second pour le premier. Le cinéma de Michael Cimino donne des réponses et, aujourd'hui, de gros regrets.

04/07/2005

L'enfance d'Ivan

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02/07/2005

En sifflant l'Internationale

en début d’année, le cinéaste Pierre Merejkowsky a siffloté l'Internationale dans son film Insurrection/Résurrection pendant 7 secondes. La SACEM a alors exigé du producteur, les Films Sauvages une somme de 1000 € pour les droits d’auteurs. Les droits appartiennent à la société Le Chant du Monde et ne tomberont dans le domaine public qu’en 2014. De quoi être amer quand on sait que le film n'a eu qu'une diffusion confidentielle (300 entrées sur paris !). De quoi laisser rêveur quand on sait que la chanson a été écrite à l’époque de la Commune de Paris en 1871 par Eugène Pottier et qu’elle a été mise en musique par Pierre Degeyter en 1888 ! Et c’est d’autant plus délirant que la chanson a été exploitée à l’échelle d’un continent et que, aujourd’hui encore, elle est chanté dans les réunions publiques de plusieurs partis politiques sans donner lieu à la moindre perception. Interrogé à ce sujet par Libération, Alain Krivine s’est marré.

Bine sûr, le plus difficile à accepter, c’est qu’une telle chanson ne soit pas dans le domaine public. Illustration par l’absurde des dérives du droit d'auteur devenu aujourd'hui prétexte d'enjeux commerciaux énormes et qui n'ont plus rien à voir avec l'art, les auteurs et leurs droits légitimes.

Je voulais vous parler d'une revue originale : les Acharnistes, qui publie également sur la toile. Ce faisant, je suis tombé sur ce texte tout à la fois drôle et dramatique écrit par Pierre Merejkowsky, posant la question de fond sur le travail d'un cinéaste aujourd'hui. Une question lancinante : comment raconter le monde quand l'espace public est à ce point envahi par les droits de toutes sortes ? Je vous en offre, avec, je l'espère, sa permission, un extrait :

Je ne veux pas être manipulé. Je ne veux pas non plus m’exposer à un Procès.
Je ne suis pas suicidaire. Je refuse de sortir le premier de la tranchée. Et de me faire tirer dessus comme un petit lapin. Les petits lapins n’ont aucune défense face aux chasseurs. Je ne suis pas un petit lapin. Je suis un artiste itinérant employé par une association itinérante.
Je n’ai aucune raison de prendre inutilement des risques.
Par conséquent, et cette décision sera en ce qui me concerne irrévocable et définitive, je ne filmerai aucun visage, aucune tête, aucune main, aucun nez, aucune jambe, aucun sexe.

10:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : droits |  Facebook |  Imprimer | |

30/06/2005

Et 1000

C'est un peu facile, mais je suis trop content pour résister. J'ai passé les 1000 visites hier pour le mois. Je sais que c'est modeste par rapport à beaucoup d'autres, mais ça suffit à mon bonheur.

Je tiens à remercier tous ceux qui passent régulièrement ici, espérant qu'ils et elles y passent un petit moment agréable. Une pensée particulière pour Marie, Marie T, SugarK, Ludovic et Jean Pierre que je sais passer régulièrement.

Du coup, je me suis décidé à ouvrir un autre blog pour poursuivre ces échanges. Ce sera plus généraliste, il y a plein de choses qui m'intéressent, mais je ne veux pas mélanger avec ma passion première, le cinéma. Je vous donne donc rendez vous, pour le reste, sur l'Hispaniola.

09:25 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Blog, anniversaire |  Facebook |  Imprimer | |

29/06/2005

Non aux brevets logiciels

C'est ici et maintenant que ça se passe :
STOP Software Patents!

14:30 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : droits |  Facebook |  Imprimer | |

25/06/2005

Une gâchette en or

Ce n'est pas pour la profondeur de ses analyses que je fréquente régulièrement le site de Shobary. Mais pour un amateur de westerns italiens comme moi, c'est un très intéressant site ressource. L'amateur éclairé comme celui qui souhaite s'initier au genre y trouvera de nombreux extraits sonores, des images, des portraits d'acteurs emblématiques et surtout de nombreuses bandes annonces.

Côté critique, disons que nous ne partageons pas la même approche. Les films sont évalués à l'aide de ... cercueils. Quand on sait l'importance de cet objet dans l'imaginaire des westerns italiens (Les Forcenés et Django de Sergio Corbucci, les nombreux cimetiéres chez Léone... ) on peut penser à du second degré. Mais non, à la lecture, les films sont évalués selon des critères superficiels, le plus douteux étant celui du nombre de personnes tuées par chacun des protagonistes principaux. Voilà qui ne fera pas grand chose pour l'analyse du genre. Pour le reste, c'est une mine d'informations.

Pour ce qui est de textes réellement critiques, je vous incite à visiter A fistful of western, en anglais ou bien la base de données du western italien, en italien.

21/06/2005

La leçon de Stanley Donen

Samedi 18 juin, La Cinémathèque de Nice avait fait les choses en grand pour accueillir Stanley Donen. Un immense portrait du réalisateur de Cantons sous la pluie ornait la façade austère d’Acropolis et le tapis rouge avait été déroulé. Mince, plein d’humour et de simplicité, de cette décontraction si typiquement américaine, Donen a été reçu avec enthousiasme par une salle acquise et admirative. Il s’est alors prêté, pendant près de deux heures, à une leçon de cinéma, racontant sa carrière et commentant trois extraits : la danse de Gene Kelly avec la souris Jerry dans Escale à Hollywood, le fameux numéro de Mariage royal où Fred Astaire danse sur les murs et le plafond de sa chambre et, dans une copie aux couleurs éblouissantes, un ballet musclé des Sept femmes de Barberousse.
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Mais au final, la leçon la plus significative de cinéma qu’il nous a donné, c’est au bout de 40 minutes, quand il s’est tourné vers la salle pour dire (je cite de mémoire) : « Bon, j’ai peur de vous ennuyer, passons à autre chose ». Il s’est révélé là pleinement ce que les américains appellent un « entertainer » à mi chemin entre un artiste et un amuseur.

Cette obsession du rythme, cette densité de la création, ce cinéma qui est mouvement et vitesse, ce cinéma qui est l’humour et la grâce, léger comme les pas de Fred Astaire, c’est bien le sien. C’est tout ce grand cinéma hollywoodien à son meilleur, celui qui nous manque cruellement aujourd’hui. Le reste n’est qu’anecdote. Si Donen nous a parlé de ses trucs, de son métier de chorégraphe, de ses idées techniques de mise en scène, il n’a rien dit, vraiment, sur son art de cinéaste. Sauf quand il eu cette peur d’ennuyer son audience et puis, un peu pus loin quand il a dit que, si une idée pouvait passer par le cinéma, par son langage propre, c’était mieux.

Donen fait partie, et il est l’un des derniers à Hollywood, de ces cinéastes qui pensaient cinéma et qui se sont, très généralement, refusé à théoriser leur travail. Je pense à Ford, Hawks, Walsh, Minelli, Lubitch, Capra... Ils avaient des tempéraments visuels avant tout. L’image, le rythme, le mouvement, formaient l’essence de leur cinéma.

En revoyant ses comédies musicales, des plus célèbres aux plus modestes, on ressent encore cette incroyable optimisme. La mélancolie viendra après, à l’époque des comédies sophistiquées qu’il réalisera quand les studios ne feront plus de comédies musicales. Pour l’heure, comment ne pas être positif quand, à 26 ans, on réalise son premier film avec son idole (Astaire). François Truffaut disait que la scène phare de Chantons sous la pluie était la séquence la plus euphorique de l’histoire du cinéma. Comment ne pas se sentir porté sur les ailes de la danse quand on a pu faire défiler devant sa caméra Astaire, Kelly, Cyd Charisse, Audrey Hepburn, Debbie Reynolds ou Cary Grant ?

Comment dès lors, mettre en mot ce qui sont pures sensations ? Sa façon de filmer les numéros musicaux, avec le minimum de coupes, parfois en plan séquence, tout au service du ou des danseurs, révèle à la fois son admiration pour leur art et sa fascination. Comment couper les évolutions de Kelly sous l’orage ? Ce n’est pas possible. Par contre la caméra est incroyablement mobile et souligne le mouvement de la danse. Jamais elle ne le crée artificiellement. C’est de cet effacement que naît la magie, de la capacité de Donen à nous faire partager son bonheur voir danser ses acteurs. Quelle belle leçon.

20/06/2005

La scène du téléphone

J'ai eu plus de mal à la trouver
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01:35 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : blog, théorie |  Facebook |  Imprimer | |

19/06/2005

Quelques couples de plus.

Cette idée me travaille. En continuant d'y penser, j'ai trouvé ces nouvelles propositions. Je pense aussi à Eyes Wide Shut de Kubrick et au Voyage en Italie de Rosselini, mais je les trouve trop évidents pour être honnêtes. Je peux me tromper.
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Et puis celui-ci, par pur plaisir, bien que je pense cette proposition critiquable dans le contexte. Mais je pense que c'est le film de Truffaut le proche de l'observation d'un couple en action.
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18:05 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : blog, théorie |  Facebook |  Imprimer | |

18/06/2005

Couples en images

J'illustre.
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Faire des blagues au téléphone
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Complices au travail
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Jardinage à deux
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Partager un même idéal
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Un moment de paix, seuls au monde
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Juste un regard

13:55 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : blog, théorie |  Facebook |  Imprimer | |

17/06/2005

Histoires de couples

Ludocic Maubreuil écrit beaucoup et très bien sur Cinématique. L'autre jour, je suis tombé sur une note qui m'a donné à réfléchir : lien

 Louis: Tu es si belle. Quand je te regarde, c'est une souffrance.

Marion: Pourtant hier, tu disais que c'était une joie.

Louis: C'est une joie et une souffrance.

Marion: Je vous aime.

Louis: Je te crois.

 
Le couple. Grand sujet de cinéma. Je me suis mis à réfléchir sur mes couples de cinéma, je veux dire ceux qui fonctionnent, qui sont dans le présent du film, qui nous montrent leur complicité, leur « confrontation réussie », leur fusion, si belle parfois que c'en est, au choix, douloureux ou exaltant. Question de couple. Question de cinéaste. Question d'expérience personnelle.

Vivian : Speaking of horses, I like to play them myself. But I like to see them work out a little first, see if they're front-runners or come from behind, find out what their whole card is, what makes them run.

Marlowe : Find out mine?

Vivian : I think so.

Marlowe :Go ahead.

Vivian : I'd say you don't like to be rated. You like to get out in front, open up a lead, take a little breather in the backstretch, and then come home free.

Marlowe : You don't like to be rated yourself.

Vivian : I haven't met anyone yet that can do it. Any suggestions?

Marlowe : Well, I can't tell till I've seen you over a distance of ground. You've got a touch of class, but I don't know how, how far you can go.

Vivian : A lot depends on who's in the saddle.

 
Est-ce que ces films sont si rares ? Je ne le crois pas. Moins nombreux sans doute parce qu'il est difficile, sans tomber dans le mélodrame, de montrer l'amour au travail, la fusion intense au quotidien. Voici donc quelques propositions de couples qui me semblent illustrer « l'échange radieux ».

James Stewart de Dona Reed dans La Vie est Belle de Franck Capra
John Wayne et Angie Dickinson dans Rio Bravo de Howard Hawks
Birger Malmsten et Eva Henning, La Fontaine d'Arethuse de Igmar Bergman
Maggie Cheung et Tony Leung dans In The Mood For Love de Wong Kar-Wai
Charlie Young et Nicky Wu The Lovers de Tsui Hark
Humphrey Bogart et Elizabeth Sellars dans La Comtesse aux pieds nus de Joseph L Mankiewicz.
John Wayne et Maureen O'Hara dans L'Homme Tranquille de John Ford
Charlie Chaplin et Paulette Goddard dans Les Temps Modernes de Charlie Chaplin
Alberto Sordi et Léa Massari dans Une Vie Difficile de Dino Risi
Cary Grant et Katharine Hepburn dans Indiscretions de Georges Cuckor

cinéma,blog,théorie

Feathers: I thought you were never going to say it.

John T. Chance: Say what ?

Feathers: That you love me.

John T. Chance: I said I'd arrest you.

Feathers: It means the same thing, you know that

15:00 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : cinéma, blog, théorie |  Facebook |  Imprimer | |

16/06/2005

Un petit coup de nostalgie, allez

Quelques mots d'explication sur le lien vers ce site : Coucoucircus, apparu depuis peu sur votre droite.

Il s'agit d'un site qui s'amuse à compiler un nombre impressionant de musiques de feuilletons télévisés. Bien sûr, nombre d'entre eux viennent tout droit de mon enfance. Pour situer : L'Ile Mystérieuse, Deux Ans de Vacances, Belle et Sébastien, Chéri Bibi...

Attention, arrivé là, je dois préciser que je ne cultive pas le côté régressif qui amène certains à se vautrer dans les Gloubi-Boulga nights. Non, mille fois non ! Mais j'apprécie de retrouver ces sons venus de l'époque ou il n'y avait que trois chaines de télévison.

Je vous laisse avec cette photographie, empruntée au site, avec une question : qui est- cette fine équipe ?
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10/06/2005

Balade ou Ballade sauvage ?

Marie soulève dans un commentaire fort pertinent, un problème sémantique fort intéressant. Badlands, le film de Terrence Malik, doit il être traduite par la Balade Sauvage (balade : promenade) ou part la Ballade Sauvage (ballade : forme poétique, destinée à être chantée). Je me suis amusé à chercher, et figurez vous que pour ce qui est du film, les affichistes n'ont pas tranché puisque l'on trouve les deux indifféremment :
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Etonnant non ? La forme promenade rapporte effectivement au "road movie", la forme poétique rapporte au côté mythe américain, proche en cela de la chanson avec deux "l" de Springsteen. De l'influence radicale de l'orthographe sur le sens.

13:10 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Terrence Malik |  Facebook |  Imprimer | |

08/06/2005

Malik, Springsteen et Hawks

I saw her standin' on her front lawn just twirlin' her baton
Me and her went for a ride sir and ten innocent people died


Ce sont, en version originale, les deux premières phrases de la chanson de Springsteen «Nebraska », de l’album éponyme de 1983. Ce pourrait être le résumé littéral de Badlands (la Ballade Sauvage) premier film tant admiré de Terrence Malik. Ce pourrait certainement l’être vu que Springsteen a toujours revendiqué l’influence de ce film sur son œuvre. Tous les deux ont pour base la cavale sanglante de ce couple de jeunes américains, Charles Starkweather et Caril Fugate à la fin des années 50.

La chanson, je l’écoute depuis des années, je crois même que c’est le tout premier CD que je me suis acheté. Le film, on m’en a beaucoup parlé, surtout à l’époque de La Ligne Rouge. Mais La Ligne Rouge, je n’aime pas tellement. Je n’aime pas la philosophie du film, ou plutôt le plaquage du discours philosophique sur le film dont la forme reste malgré tout si conventionnelle si on la compare à celles de Samuel Fuller, Raoul Walsh, Steven Spielberg ou Robert Aldrich (vous retrouverez sans peine les films auxquels je fais allusion).

J’ai donc pu découvrir La Ballade Sauvage ce week end, grâce à la programmation de Cinéma Sans Frontières, et je me suis retrouvé tout aussi perplexe que face à La Ligne Rouge. L’intéressant, c’est que le débat qui a suivi m’a permis de mieux comprendre ce qui me gênait. Sur la forme et, globalement sur l’interprétation, rien à dire. Malik est un grand cinéaste qui sait filmer la nature, la lumière, qui sait en donner une image lyrique, poétique, vivante et vibrante.

Sur le fond, j’ai bien l’impression que les deux films racontent la même histoire. De jeunes êtres humains (notre couple, les jeunes soldats) veulent « être » au monde et cherchent une sorte de paradis perdu en communion avec la nature (la cabane dans l’arbre, l’île paradisiaque). Mais, inadaptés comme tous les hommes, ils sont rattrapés par la violence et replongés de force dans la société humaine, celle de la guerre et du meurtre, sous le regard indifférent de la nature. Ils chercheront en vain à s’en sortir et trouvent le mort au bout du voyage (mort physique ou spirituelle). Morale, l’homme est une pièce rapportée dans la nature, inadapté il ne porte que la destruction en lui et ne peut atteindre au « divin ».

Bien. C’est une thèse. Mais j’ai du mal à la partager. Je me sens absolument plus proche de la vision d’un Renoir, d’un Ford ou d’un Hawks pour lesquels l’homme est capable de fusionner avec la nature, il s’y révèle et s’y épanouit, voire s’y transcende. Je pensais à des films comme la Captive aux Yeux Clairs ou Hatari !, qui représentent sans doute l’absolu hawksien en la matière et dans lesquels je me retrouve complètement.

C’est sans doute pour cela que je reconnais l’art de Malik mais qu’il me restera sans doute toujours un peu étranger. Curieusement, je n’ai pas ce problème avec Springsteen. Je l’ai toujours vu comme l’héritier rock de John Ford. Va savoir !

01/06/2005

Conversation

Deux amis à la terrasse d'un café. Il fait beau. Le pastis est frais. Appelons les Jules et Jim. Jim commence.
C'est marrant ces critiques de films sous forme de conversation
Ah oui
Oui
Ah
Ca se répand sur les blogs, maintenant
Vraiment ?
Oui, c'est vivant, une autre façon de parler des films
Tu veux dire, comme ces articles dans Libé ?
Skorecki, oui
Celui qui a écrit : « Rappeler que Ford est celui par qui le scandale arrive, celui qui boucle la grande période classique, là où ça ne cesse de parler en silence, de parler muet. Même dans ses films parlants, d'ailleurs, on peut dire que c'est muet. L'Homme tranquille aurait pu s'appeler l'Homme silencieux, non ? »
C'est cela même mon jaune ami. Ca influence sans doute les amateurs.
C'est beau comme de l'antique.
Skorecki, il dit des bêtises aussi.
Certainement.
Oui, mais il parle souvent de Ford, alors, il ne peut pas être totalement mauvais.
Sûr.
Quelqu'un a regroupé des tas de ses chroniques sur roses et poireaux
Bien, mais c'est pas un peu pompé sur les deux types de Wolinski ?
Oui

14:50 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Critique |  Facebook |  Imprimer | |

31/05/2005

Quelque chose de drôle

En passant sur le blog de Mr Swamp qui nous fait partager ses humeurs, je suis tombé sur ceci.

Allez y faire un tour si vous avez une quinzaine de minutes à vous. Si vous ne les avez pas, empruntez-les. C'est très amusant tout en étant une jolie oeuvre de propagande. Mais c'est pour la bonne cause. Et puis, le fichier (je ne vous dis toujours pas de quoi il s'agit, hein, je fais durer le suspense...) est sous Créative Commons. Ce qui veut dire que ça se partage, que ça se copie et que ça s'échange en toute liberté.

Merci, monsieur Swamp (bande son : le dernier Tiersen)

22:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Star Wars, blog |  Facebook |  Imprimer | |

26/05/2005

5 jours tout courts, petit compte rendu

Je vous l'avais écrit, je ne suis pas allé à Cannes mais à Caen. Le temps de finir un petit texte, je vous le livre avec quelques photographies (en attendant un album plus étoffé).

C'est beau, la Normandie en mai. Et quel beau festival que celui de Caen !

Vraiment. L'équipe est très accueillante, menée par Romuald Poretti qui allie un sens de l'organisation (et de la ponctualité, rare chez nous !), une disponibilité, une gentillesse et un véritable regard sur le court métrage d'aujourd'hui.

Festival étudiant à l'origine, il en a gardé la jeunesse de l'organisation et l'esprit festif tout en développant une solide ligne éditoriale. La programmation en est l'illustration : des choix forts, des films choisis pour leur proposition de cinéma, très variés dans les genre : expérimental, fiction, documentaire, animation... mais formant un ensemble intelligent qui dégage au final et comme disait l'autre, une certaine idée du cinéma.

De fait, ce festival est assez proche de celui de Nice, tant au niveau pratique que dans la démarche de fond, exigeante, faisant passer au public une haute idée du court métrage, envisagé comme une oeuvre à part entière. J'ai d'ailleurs retrouvé plusieurs films découverts à Nice comme à Clermont.

Le gros avantage de nos amis normands est d'avoir à leur disposition un très bel outil avec le cinéma Lux : deux salles parfaitement équipées de 200 places chacune, un véritable espace scénique, de la restauration, de l'espace, une vidéothèque. Le bonheur. Le Lux, c'est un cinéma à la longue histoire, ayant fêté ses 40 ans en 2000. La liste des cinéastes qui y est intervenue est impressionnante .

Autre atout de la manifestation, une vraie dynamique avec l'université, de nombreuses projections étant organisées à la Maison de l'étudiant, ainsi qu'avec la ville. Cette année, le festival avait investit l'église St Sauveur (désacralisée, ouf !) pour deux mémorables ciné-mix : Vampyr de Dreyer, mis en musique par Frédéric Deslias, Jean-Noel Françoise et José Gherrak, et le très déjanté Tetsuo de Shinya Tsukamoto mis en musique par Yannick Lecoeur (Princesse Rotative). Au même endroit, une programmation expérimentale sur le thème de la lumière, proposée par Philippe Côte. Une ambiance magique avec le ronronnement des projecteurs super8 et 16 mm.

La sélection proposait 4 programmes cinéma et 2 programmes vidéo. Le jury, mené par Jean-Noël Brouté, vieux complice des frères Podalydès (c'était lui dans l'horloge du Mystère de la Chambre Jaune !) n' a d'ailleurs pas entièrement rendu, à travers son palmarès, justice aux choix de programmation. Ex-aequo, French Kiss de Antonin Peretjatko et Le Droit Chemin de Mathias Gokalp, sont certes de bons films, maîtrisés, bien joués, drôle pour le premier, bien écrit pour le second, mais ils n'ont pas la force du beau documentaire de Valérie Mrejen Pork and Milk, qui nous fait découvrir les trajets de juifs ultra orthodoxes qui ont décidé de devenir laïques dans l'Israël d'aujourd'hui ; de Ensuite, ils ont Vieilli, de S.Louis, émouvant portrait de pensionnaires d'une maison de retraite, réflexion sur l'âge, l'amour et la mort ; ou encore de l'étonnant Demeure, premier film de Sibylle Pieyre de Mandiargue, qui explore la maison de ses parents et son enfance. Il faudrait encore citer La Femme seule de Brahim Fritah, Panorama de Marinca Villanova et son humour entre Vian et Blier, Raging Blues de Mathieu Lynnel et Vincent Paronneau, film d'animation à l'humour noir.

Côté vidéo, outre l'amusant remontage du Zombie de Roméro par Frédéric Desreumeaux, j'ai aimé Nuits Closes de Soufiane Adel, étonnant travail sur le réel tourné en une nuit avec son père et son frère ; J'ai Vomi dans mes Cornflakes, autre exemple de cinéma économique et intelligent, porté par un joli texte, de Pierrick Servais et, toujours très impressionnant, Le Secret des Dieux, du belge Olivier Magis, non seulement efficace mais troublante réflexion sur la puissance de l'image et les multiples possibilités de manipulation. Ouf.
Un festival vaut aussi par ses programmes parallèles. Ce sont ceux, libres de la pression de la compétition, ou l'on peut se lâcher et élargir une vision tributaire de l'actualité. Dans ce registre, outre les programmes expérimentaux et les ciné-mix, deux rétrospectives: l'une dédiée à l'immortel Tex Avery, l'autre à Chris Marker. Deux grands réalisateurs dans deux domaines bien distincts. Que dire sinon l'importance qu'il y a à découvrir ces films de cinéma en salle. Qu'ils remettent le court métrage dans une perspective historique. Que le court métrage a toujours été présent et qu'il fait l'histoire au même titre que bien des longs.

Je vous laisse avec quelques photographies, des souvenirs de moments chaleureux, de calva bien raide et une après midi au milieu des pommiers en fleurs. C'est cela aussi, un festival.