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25/05/2005

Sur le Bosphore

Une amie très chère m'envoie ces photographies de cinémas sur le Bosphore :
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Vous noterez que ce sont des salles soutenues par Eurimage. l'Europe, déjà !

24/05/2005

J'ai pas pu résister...

Je suis passé chez SugarK et je suis tombé sur cette photographie craquante. Epoque Quand la ville dort, il me semble. Quel noir et blanc ! Quelle lumière ! Quelle jolie jambe !
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20/05/2005

Westerns all'dente

Je traverse une période westerns italiens. Un peu comme quand je décide de relire l’ensemble des albums d’Astérix ou de Tintin. Avec le plaisir de la découverte en plus. Outre ma passion habituelle pour tout le western, je trouve dans ces films italiens des années 60 une véritable fraicheur, un esprit de cinéma populaire qui me manque beaucoup aujourd’hui (voir mes réflexions sur Star Wars). Pour ceux qui comprennent suffisamment la langue de Dante, je recommande un coffret pas trop cher : Colt Collection avec deux films qui m’ont beaucoup impressionné : Le Mercenaire de Sergio Corbucci et Colorado de Sergio Sollima.
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Le Mercenaire avec Franco Nero, Tony Musante et Jack Palance, c’est le type même du film d’aventures révolutionnaires, assaisonné d’une réflexion politique, le tout emballé avec un humour et un sens de l’action qui arrive encore à me faire sautiller sur mon siège. Le mercenaire en question est un polonais, pas un plombier, mais un expert en armements qui se retrouve à aider un péon un peu libérateur, un peu truand et pas très doué. Le duo fonctionne sur un rapport de méfiance réciproque, d’admiration et de coups fourrés, préfigurant le duo John-Juan du Il était une fois la Révolution de Léone. Dans ces films (auxquels on peut ajouter Companeros, Tepepa et quelques autres) les réalisateurs italiens ont su trouver une façon originale et divertissante de parler des rapports nord-sud, rapports qu’ils vivaient d’une certaine façon au sein même de l’Europe de cette époque. Mais cette réflexion ne prend jamais le pas sur l’action (ah ! la charge en automobile), ni sur le baroque macabre de certaines images, comme l’arrivée de Franco Nero dans un bâtiment rempli de pendus. Musique avec sifflement inoubliable de Morricone.
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Colorado (la Resa Dei Conti en VO) est tout aussi excitant, peut être même encore mieux maîtrisé. Lee Van Cleef joue une nouvelle fois un chasseur de primes, lancé à la poursuite de Tomas Milian dans le rôle de Cuchillo, un péon accusé de viol et de meurtre. Peu à peu, l’impitoyable chasseur va se rendre compte qu’il y a un problème avec sa proie. Au rayon des mauvais : de gros propriétaires, l’armée, un conseiller autrichien à monocle, un fils à papa pédophile, bref, pas un pour racheter l’autre. Là encore, un discours politique marqué, pas asséné, et de grands moments de pur cinéma : outre le grand double duel final, la fuite éperdue de Cuchillo à travers les champs sur les chœurs de Morricone. Autre moment surréaliste, la longue séquence du ranch de la veuve, variation sur le mythe de Circé digne du cinéma fantastique. Van Cleef joue de subtiles variations à partir de son personnage monolithique et Tomas Milian ce personnage haut en couleurs, bavard, vantard, débrouillard, mais avec un fond idéaliste, dont il deviendra le spécialiste.

18/05/2005

Que la force, etc.

Difficile pour moi de faire l’impasse. Je suis loin d’avoir encore le soulèvement d’enthousiasme de l’époque mais il reste encore un petit quelque chose. Je me souviens parfaitement de la séance de L’Empire Contre Attaque en 1980. De l’attente qui avait précédé, de l’émission de Temps X, d’articles dans les revues et des photographies fabuleuses. Je me souviens aussi de la sortie du Retour du Jedi, en 83. J’avais séché les cours pour être de la première séance du mercredi après midi. C’était bizarre parce qu’il n’y avait pas tant de monde. J’y suis retourné le lundi suivant, avec des amis, là, on a bien fait une heure de queue. Mais on était contents. Et je me souviens du numéro spécial de Starfix. A l’époque, on a défendu le film bec et ongles comme on dit. Ce n’est qu’après que les Ewoks sont apparus pour ce qu’ils étaient : L’insupportable symbole de l’échec du film. Mais il y a encore de beaux moments.

Lucas a eu tort d’arrêter si longtemps pour reprendre si tard. Nous n’avons plus 15 ans et ce que nous acceptions alors, ça passe moins bien aujourd’hui. C’est sans doute pour avoir oublié ça qu’il s’est lourdement planté avec l’épisode I, que nous ne sommes plus aussi sincères dans l’attente des épisodes II et, aujourd’hui, de cette Revanche des Siths. Et que l’on ne me dise pas que nous avons vieillis. Enfin, si, on est plus vieux, mais quand je regarde King Kong, Rio Bravo ou Indiana Jones, je retrouve toujours mon « âme d’enfant ». Et quand je regarde les deux premiers épisodes, ceux historiques, je marche toujours. Parce qu’alors, Lucas , qui ne savait pas encore bien où il allait, était encore capable de partager son innocence avec nous. Parce que les effets spéciaux, un peu imparfaits, participaient de la naïveté de l’entreprise. Parce que Leight Brackett et Lawrence Kasdan avaient écrit le scénario de L’Empire Contre Attaque et qu’ils savaient écrire des films d’aventure et de science fiction.

Difficile aujourd’hui de regarder un des nouveaux Star Wars autrement que comme le nouveau « blockbuster ». Fini le temps du film exceptionnel qui repoussait les limites de l’imaginaire. Dès le Retour du Jedi, Lucas est devenu prisonnier de sa réussite. C’est un peu pathétique de le voir, aujourd’hui, essayer de raccrocher les wagons en élaborant à posteriori une philosophie globale pour les 6 épisodes. Dans la première trilogie, on riait pas mal avec les héros, des héros avec lesquels on pouvait s’identifier. Dans la seconde série, on ri peu, avec une créature virtuelle moche comme un pou, et le héros, censé nous ressembler, reste trop lisse. Ah ! Où sont la maladresse de Solo, les timidités de Luke, les crises d’autorité de Leia ?

Ce qui est amusant aussi, c’est tout le baratin que l’on fait sur le côté sombre et pessimiste qui dominerait la série. Comme si l’ensemble de la saga n’était pas d’un optimisme avéré. Lucas ne fait qu’appliquer les règles de bases de la dramaturgie : plus la chute est profonde, plus le mal est puissant, plus le mérite des héros est grand.

Il pourrait rester les films, mais non ! Même pas depuis que Tonton Georges a cru bon de les reprendre et de les tripoter. Ca, c’est vache. Retirer comme cela une part d’enfance à ses fans… Mais bon. Pas le choix. J’irais quand même voir la fin du début de l’histoire. Il parait que c’est pas mal. Avant, si j’ose dire, c’était merveilleux.

27/04/2005

Caen : 5 jours tout courts

Ce n'est pas que je sois très régulier, mais ce mois de mai, je me déguise en courant d'air !

Pour commencer, je serais du 3 au 8 mai au festival du court métrage de Caen : 5 jours tout courts. Il y aura un hommage à Chris Marker, du Tex Avery, 5 programmes de compétition et une thématique autour du court métrage belge. Je vous laisse le plaisir de découvrir le programme sur leur site.
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J'ai décidé cette année de faire l'impasse sur Cannes, le grand festival que la terre entière nous envie. Pourtant, le programme est alléchant, le jury avec Kusturica, Varda et Woo est séduisant, les premières déclarations d'intentions prolongent l'excellent état d'esprit de l'année dernière. Mais, mais, mais, les conditions d'accès aux films, les files de CRS en guise de commité d'accueil et l'obsession de la sécurité m'ont franchement pompé l'air en 2004. Ce n'est pas ma conception d'un festival de cinéma. Pas de Cannes donc.

Caen, je ne connais pas. Le festival, 8e du nom, est organisé par l'Atelier du film court, l'association Lezardus et le cinéma Lux. Depuis le temps que je rencontre leurs responsables à Vendôme ou Clermont, j'avais vraiment envie de leur rendre visite. Ca devrait être plus conforme à l'idée d'une manifestation décontractée, festive et pleine de découvertes, un peu comme à Nice il y a trois semaine.

Je vous raconterais ça à mon retour.

21/04/2005

Marilyn

Marilyn Monroe a payé le prix fort à devenir un mythe. Ce qui m'a toujours un peu désolé à son sujet, c'est combien ce mythe a pu faire passer au second plan ses qualités d'artiste et de femme. On oublie trop souvent que derrière ses photographies si glamour, il y avait une actrice véritable, une chanteuse très honorable, une musicienne, une danseuse (pas Ginger Rogers, mais bon), et encore une productrice avisée et ambitieuse, capable de choisir de véritables rôles et des metteurs en scène dignes de ce nom (Préminger, Wilder, Logan, Huston...).
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Marilyn ne s'est jamais cachée que son ambition, c'était d'être Bette Davis. Il y a des ambitions moins élevées. Magré l'énorme pression qui devait peser sur ses épaules de sex-symbol, elle a réussi à s'investir dans des rôles parfois risqués et à enchainer sur dix ans (de 1952 à sa mort) une filmographie digne des plus grandes et quasiment sans faute. Si l'on compare avec nombre de "grandes actrices" de l'époque comme d'aujourd'hui, il y des leçons à tirer. Mais bon, à chacun de la redécouvrir d'un oeil neuf dans les films.
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Ceci dit, si j'écris sur Marylin, c'est surtout pour vous conseiller, pour les amateurs de l'actrice, comme de la femme, comme du glamour, la viste d'un blog : Sugarland voué et dévoué à notre passion commune. Des images, encore des images, et même des vidéos. Ca me plait tellement que je vous l'ai mis en lien sur la gauche.
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Amitiés à Sugarkane

13/04/2005

La théorie du bon navet

Personnellement, j’aime assez voir à l’occasion un véritable bon mauvais film. Je ne sais pas si cela relève d’un goût pervers ou d’une soupape de décompression à une cinéphilie classique, mais j’aime le cinéma dans sa globalité ce qui inclus le navet authentique.

Attention à l’importance des expressions !
Série B se réfère à un phénomène économique, celui des films de « première partie », plus courts, au budget réduit. Une série B peut être un grand film. Et dans l’absolu, on ne fait plus de série B depuis plus de 30 ans sauf John Carpenter.
Série Z ne correspond à rien, si ce n’est une façon de dire que le budget comme les intentions sont particulièrement misérables. Mais si l’on recrute de bons navets dans les séries Z, on y trouve surtout des films insignifiants, ennuyeux et simplement mal fichus.

Alors, attention, un bon navet, tout d’abord, c’est rare. Pour approcher d’une définition, je dirais que le bon navet est d’abord réjouissant et généralement pas dans le sens que le réalisateur et son équipe ont voulu lui donner. Un bon navet est souvent drôle, mais involontairement. Un bon navet ne pratique pas le second degré, puisque c’est dans le décalage entre les intentions et le résultat que le spectateur va trouver son plaisir. Un bon navet doit se prendre, un peu, au sérieux et c’est pour cela que les comédies ne donnent qu’exceptionnellement de bons navets. Une comédie est faite pour faire rire. Si elle échoue, c’est qu’elle n’est pas drôle, donc elle devient nulle et ne suscite que l’affligement.
Le bon navet relève très souvent du cinéma de genre ou cinéma d’exploitation, peplum, fantastique, western, polar… mais pas toujours. Un film ambitieux qui se plante peut donner un joli navet. Ce n’est pas non plus un problème de budget, il existe de superbes navets qui ont coûté la peau des fesses.

Bon, alors, ce navet trois étoiles ? Et bien, c’est un film dont l’un, plusieurs ou totalité des éléments constitutifs est complètement à côté de la plaque. C’est un acteur particulièrement mauvais jusqu’au risible (Brigitte Nielsen dans Red Sonja), un scénario plein de trous et de clichés (Le Pacte des Loups, pas un film fauché, hein ?), des dialogues qui laissent sans voix (Les Guerriers du Bronx, au hasard), un doublage surréaliste (Le zozotement du héros de Doc Savage Arrive !), des effets spéciaux touchants de naïveté (le Sixième Continent et ses suites), ou un peut tout ça à la fois (Godzilla contre Megalon qui est une perle).

J’insiste sur le fait qu’il est difficile de faire un bon navet, car il faut tenir la distance et ne pas perdre le spectateur susceptible de sortir en se disant qu’il perd son temps et sa vie devant une daube. Non, il faut de la constance dans le ridicule, du renouvellement dans les situations improbables et, quelque part, une certaine foi dans le cinéma. Et c’est pour cela qu’on peut aimer le bon navet. D’autant que la part de naïveté inhérente au genre peut donner d’étranges moments de poésie pure comme chez Ed Wood.

Assez de philosophie, des actes ! Quelques photos (sous copyright) pour illustrer mon propos et un lien indispensable (merci à Yohan) : www.nanarland.com

Ce site est non seulement indispensable si vous voulez tout savoir sur Max Thayer et la version turque de Star Wars, mais il est hilarant, plein d’extraits vidéo et audio, de photographies et de chroniques et même de philosophie. Un « must » comme on dit outre manche.

En anglais, donc, un autre site tout aussi fourni avec de nombreuses vidéos : www.badmovies.org

Allez-y, vous n’en reviendrez pas

Images lointaines

C’est fou ce que certaines images des films que nous voyons dans notre enfance peuvent nous rester. Au cours du festival du court métrage de Nice, je discutais avec un programmateur qui m’a demandé comment était venue mon « déclic cinéphile ». Quand je pense à ça, j’avance toujours le film de Howard Hawks, Rio Bravo. Mais il y a des images qui surgissent, que j’ai un peu de mal à dater, que j’ai l’impression d’avoir toujours connues et qui viennent de plus profond.
Il y a l’arrivée du train mitraillé dans Les Pirates du Rail de Christian Jaque avec ses cadavres pendant des portières. Il y a John Wayne marchant dans le désert entouré des fantômes de ses amis morts dans Three godfathers (Le Fils Du Désert) de Ford. Et il y a un film que je ne retrouve pas, une ambiance noir et blanc, une route exotique, dangereuse, un lien avec le vaudou et les morts qui marchent à la nuit tombée. Je me rends compte que ces images ont à voir avec la mort, j’étais impressionnable et je le suis resté longtemps.
Pour en revenir au film mystère, c’est peut être le Vaudou de Jacques Tourneur. Je me demande si ce n’est pas le White Zombie de Victor Halperin que j’ai revu hier soir. Il y a bien l’ambiance, la route, les morts vivants… mais je ne sais pas. Le film est beau, un peu lent, il y a de belles séquences mais l’ensemble est un peu daté. Si ces éléments évoquent quelque chose pour vous, faites moi signe.
Photographies : www.horrordvds.com

12/04/2005

Le Cauchemard de Darwin

Le cauchemar de Darwin, le documentaire de Hubert Sauper sera diffusé à l'initiative de l'ADN le jeudi 14 avril au cinéma RIALTO à Nice.


Il a reçu de nombreux prix : Grand Prix du Meilleur film au Festival de Copenhague, Prix du Meilleur documentaire au Festival de Montréal, Prix Europa Cinémas à la Mostra de Venise et Grand Prix Documentaire au Festival du film de l'environnement de Paris.

A travers l'histoire de l'introduction de la perche du Nil, un poisson introduit dans le lac Victoria (Tanzanie) il y a quelques dizaines d'années, le film est une dénonciation glaçante des ravages de la mondialisation et devrait vous inciter à changer de menu.

Pour plus de renseignements : le site ADN

10/04/2005

Rendez-nous leurs bobines ! Un festival de cinéma pour Florence et Hussein

Depuis le 5 janvier, Florence Aubenas, envoyée spéciale de Libération à Bagdad, est retenue en otage quelque part en Irak, et nous sommes toujours sans nouvelles de son accompagnateur, Hussein Hanoun El-Saadi.

Leur sort dépend de notre capacité à nous mobiliser, les cinéastes montent à leur tour au créneau. Avec Rendez-nous leurs bobines ! Un festival de cinéma pour Florence et Hussein, ils prennent date, chaque dimanche matin, à 11h, au MK2 Quai-de-Seine, Paris 19e (M° Stalingrad). C’est 5 euros l’entrée et la recette ira entièrement au comité de soutien.

Après Raymond Depardon qui proposait La Captive du désert, Tony Gatlif qui a présenter un western de Robert Aldrich : El Perdido. Une rareté qui ressortira le 20 avril en copie neuve dans les cinémas Action, une reprise proposée ici en avant-première.

Un festival pas comme les autres (celui-ci aspire à durer le moins longtemps possible…)

Rendez-nous leurs bobines ! n'aspire pas à faire réfléchir sur le sort des otages, mais fonctionne sur un principe simple : celui d’un point de ralliement. Chaque dimanche, un réalisateur vient offrir un film, en avant-première ou en reprise, drame ou comédie, peu importe... Le tout étant d’être là pour se retrouver, gamberger, et continuer d’en discuter au bord du canal de l’Ourcq. En les attendant...

PROCHAINS RENDEZ-VOUS :

Dimanche 10 avril à 11h : Kes de Ken Loach présenté par Jacques Audiard

Dimanche 17 avril à 11h : avant-premiere du nouveau film de Michel Deville, Le fil a la patte avec Emmanuelle Béart

Pour le comité de soutien,
Philippe Piazzo (06 64 15 79 78) pour la programmation et la présentation des séances

FAITES PASSER LE MESSAGE

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03/04/2005

Eastwood, donc

La principale émotion que j'ai ressentie devant Million Dollar Baby est avant tout esthétique. Je me suis retrouvé devant le même choc visuel qu'à l'époque de Bird. Une façon de traiter l'écran comme une grande zone sombre avec de rares éclats de lumière. Une façon de sculpter les ténèbres, les visages et les corps réduits à des lignes lumineuses qui en appellent aux graphismes de Will Eisner ou de Franck Miller. Deux auteurs de bandes dessinées liées à l'univers du film noir.

Cet univers, Eastwood y est comme chez lui. Ce n'est certainement pas son intrigue et les péripéties de son entraîneur sur le retour qui décide de se mouiller une nouvelle fois en devenant le manger d'une jeune boxeuse qui innove. Non, on est en terrain connu, celui des salles de gym, des vestiaires minables, des combinaisons louches, l'univers déjà visité par Robert Wise, Stanley Kubrick ou Mark Robson. L'anecdote du poulain tocard qui va s'élever jusqu'aux sommets, c'est du classique aussi. Du classique au sens Fordien ou Hawksien. Quoique que pour le coup, nous sommes ici plus chez Ford (l'échec, les valeurs) que chez Hawks et son professionnalisme décontracté.

Mais à ce classicisme de la narration, on marche. On marche par c'est ce qui permet de mettre le spectateur dans le bain très vite et de l'emmener ailleurs. Un ailleurs de cinéma, du cinéma pur et du plus beau. Ce cinéma, c'est d'abord celui des acteurs, de l'émotion qui passe au niveau de cette relation de vieux couple entre Eastwood et Freeman, nouvelle variation de leur relation d'Impitoyable. Émotion du rapport entre l'entraîneur et sa boxeuse, Hillary Swank, terriblement attachante. D'ailleurs, et c'est sans doute un élément fondamental chez Eastwood, il reprend une nouvelle fois cette problématique de la relation père-enfant, souvent marquée par l'échec ou la mort, comme avec sa fille dans Jugé Coupable, le jeune soldat de Josey Wales ou le tueur débutant d'Impitoyable. Eastwood doit aimer ces personnages rongés de culpabilité, voyant leur échapper la transmission d'une génération à l'autre. C'est peut être ce qui agace certains dans son cinéma. Lui, le réalisateur comblé, lui l'interprète sûr de lui de Harry et autres héros de Léone, adore se mettre en scène en perdant, souvent, il faut le dire, magnifique.

Tout le monde est magnifique dans ce film et c'est cette justesse dans le jeu, cette apparente simplicité qui donne vie aux personnages et qui fait que l'on se passionne pour leur destin, même s'il est écrit d'avance, que l'on s'accroche à cette histoire comme si l'on vous la racontait pour la première fois.

Là où Eastwood va plus loin, là où il se révèle un grand metteur en scène, c'est dans sa démarche esthétique. Je suis resté cloué par la beauté de ses images comme devant celles, encore un fois de Ford ou de Hawks. Ce n'est pas une beauté virtuose, sophistiquée, mais au contraire, de cette simplicité qui ne s'obtient qu'avec la plus grande des rigueurs. Rigueur des cadres, rigueur des compositions, un exercice sur la lumière et les couleurs, ou plutôt sur un noir et blanc en couleurs, qui donne à son histoire une dimension quasi mystique. Le traitement du son appelle les mêmes éloges. La voix off dite par Freeman (pas de VF par pitié !) est l'une des plus belles que l'on ait entendue depuis longtemps. Musicale, comme un vieux blues, elle est autant sens dramatique que participante à l'atmosphère.

Bon, allez, je m'arrête, j'ai envie de faire des belles phrases pour vous parler de ce beau film. C'est idiot. Il se voit et il s'écoute. C'est du Cinéma.

23:40 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Clint Eastwood |  Facebook |  Imprimer | |

31/03/2005

Million Dollar Baby

Celui-là, j'en avais envie. Et puis j'ai envie d'écrire dessus, mais avec un peu de recul, un peu de réflexion. Là, je peux pas encore. Parler, oui, écrire non.
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Alors, je vous laisse deux photographies (© Mars Distribution) et un conseil : fuyez la Version Française comme la peste. Ce n'est pas qu'une question de principe : il y a un travail sonore sur les voix d'Eastwood et de Freeman fabuleux et ça contribue pour beaucoup à la magie du film.
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21/03/2005

Licence textes


Contrat Creative Commons

Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

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Assaut, Rio, Bravo !

Si vous suivez attentivement le générique d’Assaut, le film de John Carpenter, vous verrez que le monteur se nomme John T Chance. Ce pseudonyme cache John Carpenter lui-même, sans doute un peu gêné de voir son nom si présent puisqu’il signe déjà la réalisation, le scénario, la production et la musique.

Chance, c’est surtout le nom du personnage joué par John Wayne dans le Rio Bravo de Howard Hawks. Ce pseudonyme, c’est un acte de filiation. On connaît l’admiration de Carpenter pour Hawks, et, au sein de son œuvre, pour ses thématiques, son sens de l’espace et le dispositif minimaliste qui élève Rio Bravo au rang des grandes tragédies classiques.

Ce qui est moins connu, c’est que la véritable inspiration d’Assaut, c’est un autre western, moins aboutit, plus ancien, réalisé en 1953 par John Sturges : Fort Bravo, dans lequel des nordistes avec leurs prisonniers sudistes sont coincés dans un trou en plein désert, assiégés par une horde d’indiens invisibles qui les bombardent dans un silence coupé de sifflements par une multitude de flèches. Si on prend la peine d’analyser les situations des trois films, on voit bien qu’Assaut a bien plus à voir avec le Fort qu’avec le Rio.

Alors, ça me fait un peu marrer, à l’occasion de la sortie du remake d’Assaut, d’entendre parler tout le monde de la filiation avec Rio Bravo. Du remake, rien à dire, je ne l’ai pas vu et puis j’irais pas. Comme pour L’Aube des Morts et Massacre à la Tronçonneuse, il s’agit de versions édulcorées, aseptisées, formatées, de grandes œuvres subversives des années 70. Roméro, Hooper et Carpenter faisaient de la vraie série B, des films engagés qui passaient par le fantastique et l’horreur pour s’attaquer violemment à la société de l’époque. Aujourd’hui, ils sont presque tous réduits au silence. Mais leur oeuvre est toujours très présente et le meilleur hommage que l’on puisse leur rendre, c’est de s’abstenir d’aller voir leur tristes clones qui seront oubliés dans deux ans.

13/03/2005

Les aventures maritimes de Steve Zissou

Steve Zissou a un joli bonnet rouge, un bateau d'exploration maritime et un très chouette bathyscaphe jaune canari. Il parcourt les sept mers et ramène des films tout à sa gloire. Oui, Steve Zissou est une version américaine et moderne de notre bon vieux commandant Cousteau.

Incarné par Bill Murray, Steve Zissou et son équipe sont les héros du nouveau film de Wes Anderson, réalisateur assez indépendant à qui l'on doit un premier film réalisé avec les frères Wilson : Bottle Rockett, inédit chez nous. En 1998, il se fait connaître avec l'original, Rushmore, histoire d'un étudiant atypique, avec déjà Bill Murray et La famille Tenenbaum avec, encore, Bill Murray au sein d'une distribution imposante.


Bill Murray donc, avec son air à la Jean Pierre Bacri, son flegme dépressif et son petit grain de folie douce, est cet explorateur sur le retour, dont le meilleur ami a été dévoré par un requin tigre, la femme (Angelica Huston) s'est éloignée, les finances sont dans le rouge, l'inspiration en berne et les subventions siphonnées par un rival rompu aux hautes technologies (Jeff Goldblum).

Néanmoins, sa dépression latente ne l'empêchera pas de repartir une nouvelle fois à l'aventure, déterminé comme Achab à se venger du monstre aquatique, entouré de son équipe à toute épreuve parmi laquelle on compte un second germanique (Willem Dafoe), un cameraman hindou (Waris Ahluwalia), un guitariste brésilien qui joue Bowie ( Seu Jorge), deux dauphins albinos idiots et une horde de stagiaires bénévoles corvéables à merci. Pour simplifier, il se greffe un pilote qui est peut être son fils (Owen Wilson) et une journaliste enceinte (Cate Blanchett).

On l'aura compris, le film est une comédie un peu complexe. Sa ligne dramatique principale linéaire est constamment parasitée par une foule d'intrigues secondaires basées sur les rapports entre les différents personnages, rapports marqués par des interrogations telles que le rapport de filiation, la réussite, l'échec, le couple, la mort...

Je n'ai personnellement pas été tout à fait convaincu que cet ambitieux programme fonctionne. Le film n'est pas aussi drôle que l'on pouvait s'y attendre. Il fonctionne plus sur un humour décalé, proche de la bande dessinée avec de nombreuses ellipses. Le film a des ruptures de rythme parfois brutales et semble parfois chercher sa direction, à l'image de son personnage principal. Parfois, le dérapage dans la folie tombe à plat comme lors de l'évacuation musclée des pirates par Zissou, seul contre tous. Mais souvent, il se dégage en contrepartie une poésie bienvenue, les intermèdes musicaux par exemple, ou les petits animaux farfelus dessinés par Henry Selik, complice de Tim Burton, ou encore les plans séquences virtuoses du bateau, en coupe, qui rappellent ceux de la pension de jeunes filles filmée par Jerry Lewis dans Le tombeur de ces dames.

Le film emporte quand même l'adhésion, si l'on accepte son ton original, parce que c'est tout sauf un film bateau (facile !), parce qu'il est ambitieux et volontaire, parce que Wes Anderson aime faire du cinéma et que ça se voit, et enfin par l'excellence de sa distribution, visiblement motivée par l'aventure, Murray en tête, dans une prestation digne de ses grands moments.

23:10 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Cinéma, Wes Anderson |  Facebook |  Imprimer | |

08/03/2005

Tire encore... si tu peux !

Lecteur internaute qui, intrigué par le titre sans doute, est entré dans cette chronique, laisse moi te parler à présent d’un film qui se mérite. Il ne s’agit pas d’une sortie récente (le film date de 1967), il ne s’agit pas d’un classique, il ne s’agit ni d’une sortie vidéo ni d’une sortie DVD et encore moins d’une reprise en salle. A ma connaissance, le seul à l’avoir passé ces dix dernières années, c’est Jean Pierre Dionnet dans son cinéma de quartier sur Canal +. En fait, Se sei vivo, spara (Tire encore si tu peux) est un Western spaghetti, un vrai, mais d’un style tout à fait particulier. Et celui qui aura la chance de tomber dessus va découvrir une petite perle rare qu’il n’aura de cesse de faire partager aux vrais connaisseurs.

Barney, un métis incarné avec beaucoup de charme par Thomas Millian, organise un hold up avec une bande moitié américaine, moitié mexicaine. Au moment du partage, les Américains, laissant ressortir leurs instincts racistes, exécutent les Mexicains et s’enfuient à travers le désert. Barney s’en sort miraculeusement. Il est recueilli par deux indiens qui rappellent étonnamment celui de Dead Man de Jim Jarmush, et qui acceptent de l’aider à se venger à condition qu’il leur raconte ce qu’il a vu « de l’autre côté », lui qui a été si proche de la mort. Entre temps, la bande américaine arrive dans un village à l’ambiance très étrange, ambiance que l’on retrouvera dans High plains drifter (L’homme des hautes plaines - 1973) de Clint Eastwood, une ambiance de corruption et de dépravation assez impressionnante. A partir de là, tout le film bascule. L’intrigue brasse nombre d’éléments classiques du western italien en les décalant systématiquement, mêle des réminiscences baroques et fantastiques, tant sur le fond que dans le style.

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Barney sera ainsi perçu comme un « mort vivant » par Hoaks, le chef de ses ex-associés, on trouve un personnage de pasteur dépravé vivant avec une jeune femme une relation fortement teintée de sado masochisme, un gros rancher mexicain entouré d’un troupe de jeunes hommes tous vêtus de cuir noir qui ne dépailleraient pas un film de Pier Paolo Pasolini et des situations que l’on verrait bien dans les films de la série Allan Edgar Poe de Roger Corman (l’incendie final, la fin du pasteur…).

Question de style, Se sei vivo, spara surprend tout d’abord par ses premières séquences. Le générique, porté par la musique superbe de Ivan Vandor, alterne les plans d’inspiration fantastique de Barney s’extirpant de la fosse ou l’ont jeté ses ex-associés, puis étant soigné par les deux indiens philosophes, avec des images de l’exécution, montées très rapidement (c’est carrément du Eisenstein !), contrastant par leur lumière blanche de désert à midi, avec celles du « ressuscité », nocturnes et bleutées.

Gulio Questi, le réalisateur, n’a guère fait de films, et celui-ci est son unique western. Il s’en donne à cœur joie, même si certaines scènes paraîtront un peu pâles (l’attaque du début), il se rattrape par un montage très original, jouant sur le temps (la construction en flash back du début, les ellipses radicales) et l’espace (l’exécution des Américains, la mise à mort du chef). Il excelle surtout dans l’établissement de son climat baroque, à base de jeu sur les couleurs (les ambiances du saloon, les costumes noirs et blancs des « ragazzi » et de compositions étonnantes, dans un esprit très proche du surréalisme ou de Bunuel (l’arrivée des truands américains dans la ville est typique d’étrangeté). Sans multiplier les exemples, Se sei vivo, spara est un film hypnotique, un peu déstabilisant mais toujours surprenant.

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Question de fond, enfin, le film est assez virulent et, comme Il grande silenzio (Le grand silence - 1968) de Sergio Corbucci, surprendra par son ton acide, un peu cynique et un peu amoral, aux antipodes de la « morale » des westerns américains. Ici pas de fin heureuse, ici, le massacre de innocents se déroule sous les yeux impuissants de l’anti-héros dégoûté. Ce n’est pourtant pas là que le film est le plus original, les meilleurs westerns italiens (Leone, Damiani, Corbucci…) se sont toujours fait une spécialité de transposer dans cet univers si spécial des préoccupations politiques et sociales très européennes et souvent très « à gauche » (exploitation du Tiers-Monde à travers les personnages de Mexicains, dénonciation du gros capitalisme à travers les américains, réflexions sur la guerre du Vietnam, critique de l’église…). Se sei vivo, spara ne déroge pas à la règle et Barney est un parfait héros libertaire, leader à la Che Guevara d’une bande de Péons trahis par l’Occident.

Cher lecteur internaute, si ces quelques lignes ont su t’intriguer, te séduire, te donner l’envie, à toi de partir à la recherche de Barney et de découvrir ce film… si tu peux !

04/03/2005

Guédiguian et Mitterrand

Il y a une scène particulièrement émouvante dans Le promeneur du champ de mars, le nouveau film de Robert Guédiguian. On y voit François Mitterrand prononcer son fameux discours de Liévin, au cœur d’une usine en ruine, devant ceux qu’il n’a pas su aider. Une dernière fois, il leur parle pourtant de partage des richesses, de justice sociale et de socialisme, ce socialisme qu’il a incarné pendant 14 ans. La beauté toute cinématographique de cette scène vient du décalage entre les paroles, le verbe mitterrandien comme on dit, prononcées au cœur d’un décor désolé qui pèse comme un lourd reproche, et le silence des auditeurs, joués par d’authentiques mineurs. Le silence de ceux que le président socialiste n’a pas su défendre. Il y a là une série de gros plans de visages bouleversante, car on sent en cet instant que ces gens, ces ouvriers, cette pas encore « France d’en bas », croit, malgré toutes les désillusions, aux paroles du vieil homme. Et lui ? Y croit-il encore ? Y a-t-il jamais cru ?

L’une des forces du film de Robert Guédiguian est de ne pas donner de réponse, ce dont je lui suis gré. Il donne des pistes, des éléments, mais son film n’est ni un portrait à charge, ni une absolution, ni un cours d’histoire, ni une étude politique. C’est une tentative d’approcher l’homme à un moment clef de sa vie.

Le premier signe important du projet cinématographique, c’est que Mitterrand n’est jamais nommé. Il est le président. Il est un vieil homme, mais un homme de pouvoir. Il est un homme malade, aussi, et qui sait qu’il va finir par perdre son dernier combat. Cette façon d’envisager un personnage historique est à la fois audacieuse et permet de dépasser la simple dimension historique.

Il y a dans ce film quelque chose de Fordien, quelque chose de Vers sa destinée ou Lincoln n’est pas seulement Lincoln président légendaire, mais un jeune avocat de province avec les soucis, les joies et les peines d’un jeune avocat de province. Ce qui n’empêche pas le film de participer à la légende mais il lui donne un intérêt humain de premier plan.

Le Mitterrand de Guédiguian est un vieil homme au seuil de la mort et il se pose les questions de tout homme dans sa condition. Sans doute la légende est présente comme en filigrane. Comme le dit un des personnages du film, « Tu es comme les autres, tu finis par l’aimer », Guédiguian, comme tant d’autres, cède à la fascination de François Mitterrand, « dernier des grands présidents ». Mais Guédiguian reste aussi le réalisateur de l’Estaque, l’ancien communiste qui s’est interrogé dans son œuvre, depuis 1980, sur les désillusions de la classe ouvrière et l'impuissance du socialisme à changer la vie.

Il arrive à faire de son personnage historique un archétype que je rattacherais encore à Ford, à celui de La dernière fanfare, un de ses derniers films avec Spencer Tracy dans le rôle d’un politicien qui s’engage dans sa dernière élection, un homme qui n’a pas pris la mesure des changements du monde et qui meurt, lui aussi, à la fin.

Il y a beaucoup de points communs avec ce film. A commencer par le fond politique. Car si le film de Guédiguian n’est effectivement pas une analyse ou une critique politique littérale, il fait passer avec beaucoup d’intelligence une idée forte sur l’échec du socialisme incarné par Mitterrand : celle du décalage avec son époque. Arrivé peut être trop tard, il aurait perdu prise avec les grands mouvements du monde moderne. On voit constamment dans le film que Mitterrand est un homme inscrit dans l’Histoire, connaisseur de l’Histoire, lettré citant Duras, Lamartine, De Gaulle et Blum, héritier d’une époque qui n’a plus rien à voir avec le présent. Et cela, c’est encore plus vrai aujourd’hui qu’en 1995.

Quand le journaliste lui parle de mondialisation, il répond que l’Europe est en paix depuis 14 ans. Mitterrand vient d’une Europe en guerre : guerre mondiale, guerre civile, guerres coloniales. Quelles sont ses réponses pour une génération, bientôt deux, qui n’ont connu que la guerre économique ? Il n’en a pas.

La force du film, c’est de donner une forme cinématographique à cette idée. Guédiguian met en place un dispositif, comme souvent inspiré de son goût pour théâtre, où Mitterrand est isolé entre le témoin qu’il s’est choisi, le jeune journaliste (bien plus jeune que son modèle réel, Georges-Marc Benamou, et donc encore plus lointain des références du président) et quelques silhouettes : secrétaire, docteur, chauffeur, garde du corps. Guédiguian se refuse à montrer et même à nommer les autres protagonistes de ces années : vous ne verrez ni Chirac, ni Rocard, ni Jospin, ni personne. Seule Mazarine, sans doute pour la dimension humaine et inclination pour la littérature, est citée.

Mitterrand est aussi constamment inscrit dans le paysage de la France « éternelle », parcourant villes et villages symboles de siècles d’histoire. Scène inaugurale dans la cathédrale de Chartres, scène proustienne où le président parcours les gisants de rois oubliés. Scène mélancolique entre les cartons pleins de souvenirs lors du départ de l’Elysée. Scène fordienne encore dans le petit cimetière puis, plus tard, scène ultime dans l’église où il s’allonge. Il est déjà un fantôme quand il monte l’escalier de pierre, déjà avec ses morts comme Truffaut dans La Chambre Verte.

Les livres enfin, irriguent tout le film. Mitterrand amoureux des livres, c’est le Mitterrand le plus sympathique. Les livres sont de (presque) tous les plans. Pas les livres produits à la chaîne d’aujourd’hui, écrits par ce que l’on ose appeler un écrivain (dont le journaliste fait partie, d’une certaine façon). Mais les livres avec un grand L. Cervantès, Duras, Lamartine, Hugo, Valéry, Lévi, j’en oublie sûrement. Des livres que l’on caresse comme des femmes, des livres que l’on possède, des livres compagnons, des livres qui sont, comme chez Truffaut, notre plus bel héritage.

L’attachement à cette culture de la littérature est un fossé de plus entre Mitterrand et les générations de l’image et de l’ordinateur. Elle est pourtant une ultime possibilité de communication : maladroite lors de l’épisode du livre choisi pour l’anniversaire, porteuse d’espoir lorsque le journaliste fait le rencontre d’une… bibliothécaire. On a là de nouveau un très beau motif de cinéma, enchâssé dans la trame du film et riche de signification.

Symboliquement, Guédiguian met en avant l’affaire Bousquet comme révélatrice de ce fossé. A l’indignation du jeune journaliste qui « n’avale » pas les relations ambiguës du président avec le régime de Vichy, répond l’obstination du vieil homme : « Vichy n’était pas la France », l’excuse de sa jeunesse et d’un contexte plus que troublé. Guédiguian ne tranche pas, n’accuse ni n’excuse, mais laisse plusieurs personnages (la vieille résistante, la jeune bibliothécaire) faire la part des choses.

Là encore, le personnage du journaliste, joué avec beaucoup de sobriété par Jalil Lespert, incarne les doutes et les questionnements des nouvelles générations. C’est sans doute pourquoi il éprouve le besoin d’aller visiter Vichy pour se rendre compte qu’il n’y a rien à voir, rien que puisse apprendre le Vichy de 1995 sur celui de la collaboration. Le « tu n’as rien vu à … » de Duras s’applique à tous ces lieux que nous avons chargés d’Histoire mais qui, par eux même sont incapables de nous parler aujourd’hui.

Je ne dirais rien sur le jeu de Michel Bouquet en Mitterrand. Même les détracteurs du film saluent sa performance et ils ont bien raison. Je crois plus nécessaire de souligner la qualité de la prestation de Jalil Lespert. Dans le dispositif de Guédiguian, il est le personnage principal qui porte les interrogations de l’auteur. Il doit, en même temps, faire valoir les qualités intellectuelles et de fascination de Mitterrand. Et c’est lui qui porte le poids de la partie purement fictionnelle, héritier en cela des personnages de Jean Pierre Darroussin dans Dieu Vomit les Tièdes ou le récent Mon Père est Ingénieur que l’on pourrait voir comme les versions mûries du jeune journaliste. Rude tâche dont Lespert s’acquitte avec la sobriété d’un James Stewart période Capra.

Pour terminer, la question qui s’est posée quand on a su que ce serait le cinéaste de l’Estaque qui porterait ce sujet à l’écran, c’est comment allait-il passer d’un cinéma du soleil à un cinéma de la grisaille. Réponse : en beauté. Beauté de l’image de Renato Berta revendiquée par une tirade pleine de chaleur de Bouquet-Mitterrand en forme d’ode au gris (entendre le noir et blanc cinématographique). Le film est une succession de noir et blanc en couleur, du sable des plages du nord aux ardoises des villages, des ors passés de l’Elysée au fameux manteau et chapeau présidentiels, des gris infinis de Paris aux gris illimités des champs de province.

En relevant le défi d’un sujet à priori anti-cinématographique et éloigné de son univers marseillais, Robert Guédiguian s’en sort avec talent et honneurs. Comme quoi il faut se méfier des a priori. Ce projet qui pouvait lui sembler si étranger, il en a fait, d’une certaine façon, l’un de ses films les plus personnels de part les réflexions qu’il développe, synthétisant et prolongeant celles de ses plus belles réussites ; et l’un de ses films les plus réussis de part sa grande maîtrise de son art : celui du cinéma.

Photographies : © Pathé Distribution
Le DVD 

21/02/2005

Assassination tango

C'est un film sortit cette année très, trop discrètement au cours de l'été. J'ai pu le découvrir la semaine dernière à la Cinémathèque de Nice : ASSASSINATION TANGO, seconde réalisation de Robert Duvall après l'excellent LE PREDICATEUR en 1998.

Il y joue un tueur à gage dont on ne saura jamais s'il travaille pour une agence occulte ou pour le crime organisé. Toujours est-il que c'est l'un de ces tueurs qui a une éthique de son métier (un peu comme le personnage d'Eastwood dans LA SANCTION). Il vit avec une femme qui a une petite fille. Le tueur et la fillette s'adorent. Le tueur est aussi danseur de salon.

Quand on l'envoie pour une mission à Buenos Aires, il ne manque pas de visiter les salles de danse et rencontre Manuela, superbe danseuse dont le tango le fascine. Bien sûr, il y a un grain de sable dans la mission et notre héros aura tout le temps de s'initier à la sensualité technique du tango argentin. Manuela ne le trouve pas trop vieux et elle a, elle aussi, une petite fille.

Outre la mission, notre tueur devra mettre ses sentiments à l'épreuve. Fidélité à la parole donnée à la fillette américaine, amour réel et envie de s'engager vis à vis de sa mère, désir d'une nouvelle histoire avec cette danseuse si belle et si fine... le film reste dans l'irrésolution jusqu'au bout, à l'image de ce personnage un peu fou, original mais attaché, comme d'autres personnages de Duvall, à une certaine forme de morale.

Je n'en dirais pas plus. Le film est d'une facture originale, d'un rytme inhabituel pour le cinéma américain moderne, sachant prendre son temps, mais soumis à de vives accélérations, un peu comme un morceau de tango, quoi. Et Luciana Pedraza est incroyablement belle.

Le DVD sort en mars, surveillez les bacs. 

18/02/2005

Musique à l'italienne

Je suis tellement remonté contre les « majors » de la musique et du cinéma et leur politique répressive, que j’en oublie ceux qui proposent des offres intéressantes et font un véritable travail de découverte. Je veux donc ici vous parler de CAM Soundtrack, une société d’édition italienne de bandes originales de films. Non seulement leur catalogue est très riche, avec les œuvres de Nino Rota, Luis Bacalov, Ennio Morricone, Piero Piccioni et pas mal d’autres (italiens, mais aussi français, anglais, américains…) mais ils ont des tarifs tout à fait honnêtes, autour de 10 € le CD. Il est possible de commander directement, le port est gratuit à partir de 3 CD et ça fonctionne bien.


Ce petit label est vraiment idéal pour trouver des musiques rares, de westerns italiens, de peplums, de comédies mais aussi quelques grandes partitions assez difficiles à trouver (Amarcord de Fellini, Le Clan Des Siciliens de Verneuil) Pour vous donner un exemple, ils viennent de rééditer la musique du film la Maja Nue, de Henry Koster, mélo hollywoodien des années 50 inspiré de la vie du peintre Goya avec la sublime Ava Gardner. La musique est de Angelo Francisco Lavagnino et c’est de toute beauté.

Passez visiter leur site : CAM Original Soundtrack il y a plein d’extraits à écouter.

18:00 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, musique |  Facebook |  Imprimer | |

27/01/2005

Courts métrages


Je vais partir quelques jours pour le grand évènement annuel en matière de courts métrages : le festival de Clermont Ferrand. Cette manifestation, j'adore y aller ! C'est tellement plus agréable que Cannes, ses vigiles et ses castes. Là, pas de problème pour aborder un réalisateur dans la rue, il est presque aussi peu connu que vous.

Et puis, le court, c'est riche. Voir dix films en deux heures, c'est chouette. Mis à part les deux sélections, française et internationale, il y a du numérique, de l'animation, des rétropectives (Truffaut l'an dernier, très belle), des programmes spéciaux, parfois incroyables, bref, de quoi s'occuper toute la journée et la soirée. Ensuite, place aux afters...

Clermont existe depuis plus de vingt ans et ils ont fait énormément pour la reconnaissance du court. Malgré les critiques, comme la polémique de l'an dernier, cela reste le meilleur endroit pour découvrir les auteurs à venir du monde entier. Les programmations ont lieu dans toute la ville, toutes les salles, les amphis des facultés, les cinémas du centre et de la périphérie. C'est la fête.

Et puis, les gens sont agréables et compensent en chaleur humaine le froid qui peut être, en janvier, redoutable.

Les dates de cette année : 28 janvier - 5 février

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