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14/11/2020

Zoom Arrière n° 4 : le cinéma muet français

Après De Palma, Moretti et Oshima, le collectif de cinéphiles (il en reste !) Zoom Arrière, dont j'ai l'honneur et le plaisir de faire partie, propose son quatrième ouvrage pour meubler les heures de reconfinement. Cette fois nous nous sommes attaqués à une période, celle du cinéma muet français. L'équipe s'est étoffée de nouvelles plumes brillantes, le livre aussi, des frères Lumière à Louis Feuillade, d'Alice Guy (mais non elle n'est pas oubliée !) à Alfred Machin, de Germaine Dulac à René Clair, en passant par Méliès et Jean Epstein, 312 pages présentées ainsi :

Chronologiquement sont abordées les œuvres de 78 cinéastes de cette époque, à travers l'évocation de plus de 250 films. 16 contributrices et contributeurs (parmi lesquels 5 nouvelles signatures !) se succèdent pour dresser le panorama le plus large possible des 35 premières années d'un art vivant, privé de son mais éloquent. Des pionniers aux diverses avant-gardes, des réalisateurs vedettes aux artisans méconnus, des films d'art aux films clandestins, des burlesques aux serials, le continent s'avère immense, riche de sa diversité, pourvoyeur de découvertes et toujours sujet aux confrontations de points de vue.

L'ouvrage se commande via le site Zoom Arrière en cliquant simplement sur l'image ci-dessous.

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16/06/2020

Souvenirs

"Je sais aujourd'hui que le souvenir des films compte au moins autant que les films eux-mêmes, puisque notre relation avec eux est de l'ordre de l'intime. Ils nous regardent, comme nous les regardons. Ils nous prennent par la main et nous consolent, nous accompagnent comme nous les accompagnons. Ils grandissent ou s'éloignent. Mais ils nous appartiennent, ils font partie de notre vie."

Michel Boujut, Le Jour où Gary Cooper est mort (Rivages)

22/05/2020

Zoom Arrière n°3 : Nagisa Ōshima

Le troisième volume des ouvrages de l'équipe de Zoom Arrière vient de paraitre. Il est consacré au cinéaste japonais Nagisa Ōshima, figure de proue de la "Nouvelle vague japonaise" de la fin des années cinquante. Si ce mouvement était informel, il n'en a pas moins été puissant et passionnant, bousculant le cinéma de son temps et ayant une influence bien au-delà des frontières du Japon. Ōshima, c'est bien sûr Ai no korīda (L'Empire des sens, 1976) et Furyo (1983), mais c'est surtout une œuvre complexe et novatrice de 23 longs métrages, de courts métrages et de documentaires qui ont marqué leur temps. Nous vous proposons de la parcourir au long de cet ouvrage de 120 pages et 47 textes écrits par 7 membres de l'équipe. L'ouvrage se commande en ligne (cliquez sur la couverture ci-dessous), ou pour les personnes sur Nice et les environs, à la librairie Les Ateliers Illustrés (9 Rue Emmanuel Philibert, 06300 Nice) à partir de la fin de la semaine prochaine. Bonne lecture !

nagisa Ōshima

12/10/2019

Nanni Moretti par Zoom Arrière

L'équipe de Zoom Arrière, sous la houlette d’Édouard Sivière de Nage Nocturne, revient avec un deuxième ouvrage, entièrement consacré au réalisateur italien Nanni Moretti. Après Brian De Palma, nous poursuivons cette idée de revisiter l’œuvre de nos cinéastes favoris à travers un ensemble de textes issus de nos sites et blogs, avec de nombreux inédits.

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En quarante-cinq textes signés de neuf contributeurs, une balade (romaine) est effectuée, de film en film, le long d'une œuvre extrêmement personnelle. Les quatorze longs métrages qui la constituent (auxquels s'ajoutent plusieurs courts) sont successivement revisités en ces pages, ainsi que les thèmes récurrents la traversant du milieu des années soixante-dix à aujourd'hui : la famille, la politique, la religion, le sport, la cinéphilie...

Ponctuellement, d'un titre de la filmographie à un autre, ou en continu, pour saisir une évolution, plongez avec nous dans ce cinéma de l'intime et de l'universel, engagé et en décalage, rigoureux et ouvert.

Pour ma part, je me suis attaché à trois films fondamentaux, Palombella Rossa (1989), Caro diario (Journal intime, 1993) et Aprile (1997). Je me suis attaché également à la cinéphile militante de Moretti, vaste sujet, et proposé une somme de mes souvenirs d'un cinéma qui m'accompagne depuis trente années.

136 pages / Format : 14,8 x 21 cm

Tout ceci pour la modique somme de 5 € (+ 4 € de frais de port).

Pour le commander : Cliquer ici

Pour mes lecteurs et amis azuréens, ça peut passer par moi en direct.

10/10/2019

L'espace d'un instant secret

Cinématique des muses, un livre de Ludovic Maubreuil (Editions PGDR)

J'ai passé l'été avec vingt actrices remarquables, pas sur un écran pour une fois, mais dérivant avec délice au fil des pages du nouvel ouvrage de Ludovic Maubreuil, Cinématique des muses. Catherine Spaak, Claude Jade, Elsa Martinelli, Marie-France Pisier, Geneviève Bujold... elles ont toutes illuminé les écrans le temps d'une génération et d'un cinéma dont on sent bien aujourd'hui combien il manque. La muse inspire le poète avec ce que cela comprend de part de mystère, d'espaces troubles et fascinants où l'imagination, le rêve et le désir peuvent s'engouffrer. Au cinéma, sur l'écran, la muse s'incarne. C'est un corps, une voix, un pas, une attitude, un regard, un port de tête, un silence. Une femme. Les muses cinématographiques de Ludovic Maubreuil ont inspiré de grands cinéastes, de moins grands et d'obscurs. Mais toujours elles ont su toucher quelque chose de profond dans les spectateurs que nous sommes, amoureux sombrant sans regret dans leur sillage lumineux. Sur les pas de Luc Moullet et de sa Politique des acteurs (Cahiers du Cinéma, 1993), Maubreuil adopte une attitude de traverse. Ses vingt actrices, soigneusement choisies d'un élan que l'on devine du cœur, ont fait œuvre de leur présence à l'écran, déclinant leur essence au-delà des personnages issus des scénarios auxquels elles ont donné vie, en parallèle des visions et fantasmes qu'elles ont suscité chez leurs metteurs en scène. Ce n'est pas leur talent de comédienne, au sens technique, qui compte ici, même s'il est souvent remarquable, mais comme avec John Wayne ou Jean Gabin, cette faculté purement cinématographique d'une présence qui se joue à trois regards, celui de l'actrice, celui du réalisateur et celui du spectateur. Le nôtre.

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Chacune a son autonomie, douce mais résolue. Ludovic Maubreuil saisi leur essence par des phrases précises et poétiques à la fois : « Personne ne mérite vraiment Catherine Spaak » ; « Marie-France Pisier est de ce genre de femmes à qui l'on aime mettre des chapeaux » ; « Pour avoir une idée de la force d'âme, il suffit d'observer Ottavia Piccolo ». Et l'auteur est un observateur hors pair, un portraitiste délicat. J'aurais envie de citer toutes ces phrases qui sont à la fois hommage et définition, joignant l'amour du cinéphile à la rigueur du critique. Une encore sur Amanda Langlet chez Rohmer « Statue du Commandeur en maillot de bain bleu et blanc ». Certains de ces portraits ravivent des souvenirs de toutes celles dont on a croisé les « chères images aperçues  », passantes qui nous ont marqué quand tout le reste a été oublié. D'autres suscitent des évocations plus lointaines, comme un parfum longtemps oublié qui surgit à l'improviste. D'autres enfin sont de belles inconnues que l'on a envie de découvrir (pour moi : Cathy Rosier et Catherine Jourdan).

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Mais les muses de Ludovic Maubreuil ne sont pas de simples objets d'admiration. Leur évocation, au sens où l'on évoquerait des esprits bienveillants, fait resurgir tout un cinéma, celui dont je parlais en introduction, dont elles sont l'emblème d'audace et de liberté. Ce cinéma, surtout concentré dans les années soixante et soixante dix avec de jolies embardées, est défendu avec passion par l'auteur. C'est un cinéma aux bras grands ouverts, des films devenus cultes comme Les Yeux sans visage (1960) de Georges Franju aux explorations érotiques d'Alain Robbe-Grillet ou Walerian Borowczyk, d’œuvres majeures comme avec François Truffaut ou obscures comme Les Jambes en l'air (1970) de Jean Dewever, des fleurons du cinéma de genre signés Dario Argento ou Lucio Fulci au cinéma grand public des Aventuriers (1967) de Robert Enrico, des francs nanards comme T'es folle ou quoi ? (1981) aux œuvres télévisuelles, parfois superbes comme L'Île aux trente cercueils (1979). Au-delà des apparitions, même fugaces, des muses, tous ces films ont en commun l'expression d'une liberté dans leur pratique. Quelque chose d'une sincérité qui résiste aux approches commerciales comme au manque d'ambition parfois, un territoire à explorer sans se sentir tenu à l'air du temps où aux conventions du moment. « Mon amour du cinéma est plus fort que toute morale » disait Alfred Hitchcock. C'est le chemin qu'empruntent, guidés par leurs muses, les cinéastes cités plus haut et quelques autres. Un chemin parfois périlleux si l'on considère celui que fît prendre Bernardo Bertolucci à Maria Schneider. Mais un chemin où le plus souvent elles ont été actives et attentives. Bien ou mal, elles nous ont offert des modèles, éclairé nos ignorances, suscité des élans, suggéré des façons de vivre et d'aimer. Cette générosité méritait un hommage à la hauteur. Il éclate ici à travers ces vingt portraits.

24/07/2019

Argento vivo !

Alors que ses films n'ont plus de distribution significative depuis plus de trente ans en France et que ses admirateurs les plus farouches peinent à défendre ses films depuis le milieu des années quatre vingt, l'aura de Dario Argento reste vive. Il y a eu sa biographie Peur suivie des nouvelles réunies dans Horror, éditées par Rouge Profond. Il y a eu l'hommage rendu au Festival de La Rochelle cette année. Il y a eu la sortie toute récente du documentaire de Jean-Baptiste Thoret, Dario Argento, Soupirs dans un corridor lointain (2019). Étonnant, non ?

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Du coup, avec l'équipage d'Abordages, nous gonflons nos voiles de ces vents favorables et participons avec notre modeste brise, notre troisième numéro consacré au Tenebre (Ténèbres, 1982) du maestro. Giallo ultime, dernière œuvre majeure pour beaucoup, ce film en rouge et blanc a inspiré à l'équipe menée par le Capt'ain Jocelyn Manchec (qui signe une étonnante confession sur ses rapports avec le cinéma d'Argento) des textes enflammés écrits par Édouard Sivière, Vincent Roussel, Aurélien Lemant, Eric Aussudre (audacieuse approche féministe) et Ismaël Deslices, les calligrammes de Nicolas Tellop, les collages de Jocelyn sur un poème de Lucas Loubaresse, et un très beau dessin pointilliste de Lucienne Estere-Denuit. Pour sa part, votre serviteur s'est attaché à la figure du grand Giuliano Gemma, policier très professionnel de cette histoire, un article amicalement dédié à mon amie Marie-Thé. Tenebre a ainsi été abordé de multiples façons, explorant des pistes, des sens, des émotions, des souvenirs, des rapports (avec le cinéma de Brian De Palma pour Vincent R.). Bref une œuvre chorale mise en forme à l'ancienne, papier et ciseaux, pour un fanzine qui pourrait avoir été imaginé en 1982 et qui peut se commander via la page Facebook de notre fier galion.

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Dans le même esprit, mais sous une autre forme, La Septième obsession propose tout un numéro hors série à ce cher Dario. Même esprit car nous retrouvons Nicolas Tellop aux commandes de ce bel objet aux couleurs vives, rouge souvent, et les signatures d'Aurélien Lemant, Eric Aussudre, Ismaël Deslices, Lucas Loubaresse et du Capt'ain Manchec. Et nous nous sommes réjouis que plusieurs pages d'Abordages aient été reprises comme jadis Le Trombone Illustré dans Spirou. N'en concluez pas trop vite que ce serait la raison de ce petit texte. Non, tout amateur du maestro se doit de plonger dans ces 130 pages serrées, colorées, enthousiastes et critiques, séparés en trois chapitres sous le signe des mères ouvertes par un entretien romain avec le réalisateur en personne. Illustrant la position particulière d'Argento et de son œuvre, le numéro choisit de se limiter aux 25 premières années de sa carrière, soit du fondateur L'uccello dalle piume di cristallo (L'Oiseau au plumage de cristal, 1970) jusqu'à La sindrome di Stendhal (Le Syndrome de Stendhal, 1996). Même s'il y aurait à discuter de ce qui a suivi, c'est en effet là que réside l'apport essentiel d'Argento à l'histoire du cinéma, là qu'il réalise les œuvres uniques qui n'ont cessé d’inspirer d'autres cinéastes dont Yann Gonzales ou Bertrand Bonello ici questionnés sur le sujet. Cette revue explore elle aussi les voies tordues d'une cinématographie complexe, ses rapports (avec la peinture, avec le cinéma d'Antonioni, celui de De Palma à nouveau par Jérôme Dittmar) et ses apports à nos imaginaires. C'est indispensable et ça se trouve chez tous les bons marchands de journaux.

10/05/2019

Zoom Arrière spécial Brian De Palma

La chose s'est préparée dans la discrétion alors que nous achevons notre voyage dans le temps, revisitant chaque année de cinéma depuis 1945. L'équipe de Zoom Arrière, sous la houlette d’Édouard Sivière de Nage Nocturne, se lance dans l'édition en rebondissant sur plusieurs projets collectifs. L'idée est de revisiter l’œuvre de nos cinéastes favoris à travers un ensemble de textes issus de nos sites et blogs, avec de nombreux inédits.

Premier ouvrage autour du cinéma de Brian De Palma, 29 longs métrages et quelques autres formats, 55 textes, 138 pages signées par 13 contributeurs autour de ce cinéaste qui a nourri nos discussions, parfois enflammées. Pour ma part, outre l'actualisation d'un texte sur Obsession (1976), je me suis attaché aux films controversés Scarface (1983) et Casulaties Of War (Outrages, 1989), ainsi qu'à la collaboration de De Palma avec Bruce Springsteen pour ce qui reste l'unique clip du réalisateur et un moment fort de la légende du chanteur.

Tout ceci pour la modique somme de 5 € (+ 4 € de frais de port).

Pour le commander : Cliquer ici

Pour mes lecteurs et amis azuréens, ça peut passer par moi en direct.

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10/04/2019

Darrieux par Laurent

Danielle Darrieux, une femme moderne par Clara Laurent (éditions Hors Collection)

« Je ne vous aime pas, je ne vous aime pas, je ne vous aime pas »

Un bon livre de cinéma se doit de posséder deux qualités selon moi : donner l'envie de découvrir ou de revisiter des films, et posséder un point de vue sur son sujet. L'ouvrage consacré à la carrière de l'actrice Danielle Darrieux par Clara Laurent, Danielle Darrieux, une femme moderne paru aux éditions Hors collection les possède toutes deux. Au long de 400 pages d'une écriture fluide où transparaît son enthousiasme et sa fascination pour la femme comme pour la comédienne, l'auteure parcours l'imposante filmographie depuis Le Bal (1931), premier rôle de DD à 14 ans pour Wilhelm Thiele, jusqu'à son ultime prestation sous la direction de Deny Granier Deferre en 2010 dans Pièce montée. DD a alors 93 ans. Cette longévité exceptionnelle associée à des choix assez éclectiques permet d’évoquer les grands mouvements du cinéma français sur 80 décennies, ce qui n'est pas rien, on en conviendra. Défilent ainsi les films populaires des années trente, la période complexe de l'occupation, les grandes heures de la qualité française, l'irruption de la nouvelle vague, l'émergence de réalisateurs cinéphiles comme Paul Vecchiali ou Dominique Delouche, celle des réalisatrices Marie-Claude Treilhou, Annick Lanoë ou Anne Fontaine, et les nouvelles générations au tournant du siècle.

danielle darrieux,clara laurent

Clara Laurent procède par ordre chronologique à l'intérieur duquel elle dégage des thèmes liés aux prestations de l'actrice. La partie biographique est présente mais discrète. Elle donne l'essentiel, surtout à propos des heures sombres de l'Occupation et des relations de Darrieux avec les allemands. C'est une période qui se couple chez la jeune femme avec un moment compliqué de sa vie sentimentale. Divorce avec le réalisateur Henri Decoin, histoire passionnée avec Porfirio Rubirosa, play-boy mais aussi anti-nazi pour lequel elle fera le tristement fameux voyage en Allemagne avec Suzy Delair, Albert Préjean et quelques autres. Arrêté par les nazis, Rubirosa sera l'objet d'un chantage de la part d'Alfred Greven, directeur de la Continental, pour convaincre l'actrice de faire le voyage à Berlin et deux films. A partir de 1953, Darrieux verrouille sa vie privée dont il n'y aura que peu à dire. Les films donc, les films surtout.

Les rôles et le jeu de Danielle Darrieux sont au cœur du livre. La précision et la finesse de description des gestes, des expressions, des costumes, des coiffures, des intonations, m'a rappelé le livre essentiel, indispensable, de Luc Moullet Politique des acteurs (éditions Cahiers du Cinéma, 1993) qui étudiait de la sorte les carrières de John Wayne, Gary Cooper, James Stewart et Cary Grant. Darrieux avec son jeu moderne, son « underplaying » sobre qui ne vieillit pas, est de leur famille. Clara Laurent rappelle dans le même esprit une réflexion du cinéaste Paul Vecchiali qui comparait ses qualités d'actrices à celles de Jean Gabin ou (encore lui) Gary Cooper.

L'approche film à film se double d'une volonté de ne pas privilégier les œuvres les plus remarquables au détriment des autres, méconnues ou parfois plus faibles. Pour beaucoup, moi le premier, Darrieux, ce sont surtout ses rôles pour Max Ophuls, La Ronde (1950), Le Plaisir (1952) et Madame de... (1953), pour Jacques Demy Les Demoiselles de Rochefort (1967) et Une Chambre en ville (1982), Le Rouge et le noir (1954) de Claude Autan-Lara, Marie Octobre (1959) de Julien Duvivier, En Haut des marches (1983) de Paul Vecchiali et 8 Femmes (2001) de François Ozon. Cela constitue la partie émergée de l'iceberg qui comprend 110 films. Sans les mettre tous sur le même plan, Clara Laurent leur accorde des places équivalentes selon la prestation de l’actrice, ce qui permet de mettre en valeur des films oubliés et de donner envie de les découvrir. Pour ma part, au cours de ma lecture, j'ai vu Abus de confiance (1938) et Retour à l'aube (1938) de Henri Decoin, L'affaire des Poisons (1955) et Marie Octobre (que j'avais toujours raté à la télévision) de Duvivier. Chacun aura ses coups de curiosité au fil des pages. Mieux, L'auteure arrive à susciter un intérêt pour des films moins aboutis, peu excitants à priori comme L'Homme à la Buick (1966) de Gilles Grangier, Du Grabuge chez les veuves (1963) de Jacques Poitrenaud au titre redoutable, voire certaines comédies avec Bourvil ou Robert Lamoureux. C'est remarquable.

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A cette vaste collection décrite avec autant de précision que de passion, Clara Laurent propose une approche globale de Darrieux comme « femme moderne ». La carrière de l'actrice, sa façon de la mener et les personnages interprétés sont mis en parallèle avec l'évolution de la femme dans la société et dans le cinéma français, des années trente à nos jours. La vie de Darrieux croise quelques événements clefs tels le droit de vote accordé en avril 1944, la publication de Le Deuxième Sexe par Simone de Beauvoir en 1949, le manifeste des 343 en 1971 ou la loi Veil de 1975. Laurent propose une lecture féministe de la période et de la manière dont Darrieux s’inscrit dans ce point de vue comme femme et comme actrice. La chose prend une résonance particulière aujourd’hui où la parole des femmes s'élève pour dénoncer les manquements parfois criants à l'égalité entre les sexes. Cet axe qui structure le livre pourrait apparaître plaqué ou agaçant, surtout pour un lecteur masculin. Il n'en est rien. L'auteure s'y connaît autant en histoire du droit des femmes qu'en cinéma et la mise en regard de l'un par l'autre se révèle fructueux. Laurent commence par définir la « persona » de Darrieux (voir du côté de Jung) et la met à l'épreuve des rôles tenus. Même si Darrieux n'a pas été la seule et si elle n'a jamais été une actrice « engagée » comme, disons, Delphine Seyrig, elle a réussi a projeter une image de la femme moderne en rupture avec l'image dominante de son temps. Et cette image a été d'autant plus importante que Darrieux a été très vite une véritable star des plus populaire.

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Jeune femme, sa pétulance, son mélange de candeur et d'énergie, l'amènent à tenir tête sur l'écran à des hommes souvent plus âgés, à s'affirmer comme indépendante, exerçant un métier et possédant des désirs propres. Dans une seconde partie de carrière, elle continue de s'affirmer comme une femme désirable et désirante, renversant plus d'une fois le rapport d'âge communément admis avec des partenaires masculins plus jeunes. Jusqu'au bout de sa carrière, elle tient des rôles de femmes dont le sentiment amoureux perdure et qui ne s'en laissent pas conter : « Est-ce que tu me prends pour une conne ? » chante-elle dans Une Chambre en ville. Son jeu tout en retenue lui aura permis de donner une ambiguïté salutaire à des personnages parfois décrits dans une optique machiste voire misogyne, à des femmes fatales ou coquettes ou immorales. Elle aura ainsi tourné sans problème pour Duvivier, Autan-Lara et Verneuil dialogué par Audiard. Capable d'énergie physique, acrobate et sportive, elle se démène, chante et danse, et à l'occasion elle offre de jolis moments d’hystérie ou de colère, toujours juste.

Dans la vie, Darrieux sera passée de la muse de Henri Decoin puis de Max Ophuls à l'inspiratrice de nouvelles générations de réalisateurs, restant maîtresse de ses choix, y compris pour des films alimentaires, se battant pour obtenir des choses très différentes quand on ne lui proposait pas. Si DD n'a pas été une militante, la belle affaire, elle aura été un modèle pour plusieurs générations. Le passage de relais à Catherine Deneuve, symbolisé au cinéma par quatre films, est évident. La grande Catherine possède le même type de jeu très cinématographique, dans la continuité du travail de son aînée, et elle n'a cessé elle aussi d’affirmer ses choix de carrière comme son indépendance farouche. Avec les mêmes interrogations et le même mystère derrière le regard.

Photographies DR et © Picture alliance / Everett Colle

30/01/2019

Participez à l'aventure Abordages

Il y a quelques mois, j'ai eu le plaisir de faire partie de l'équipage mené par le capt'ain Jocelyn Manchec autour d'un fanzine, Abordages, revue à l'ancienne, ciseaux, colle et photocopies, pour aborder le film Halloween de John Carpenter qui fêtait ses 40 ans. Question contenu, des textes, des dessins, des poèmes, des souvenirs, des analyses, des calligrammes, un ensemble réuni par quelques-unes des belles plumes d'Internet et d'ailleurs, à savoir, outre votre serviteur, Édouard Sivière, Nicolas Tellop, Lucas Loubaresse, Eric Aussudre, Vincent Roussel, Ismaël Deslices , Aurélien Lemant, Alice Loubaresse et Lucienne Estère-Denuit. .

Tiré à 400 exemplaires et distribué gratuitement, l'objet a rencontré un écho qui nous a surpris et, le temps de la réflexion passé, nous avons eu envie de continuer. Mais la gratuité de la chose n'est pas viable. Aussi, refusant toute publicité, nous proposons à nos lecteurs d'entrer en souscription via une cagnotte Leetchi. Il y en aura pour toutes les bourses, les premières propositions couvrant simplement les frais d'impression et d'envoi postal pour les trois prochains numéros, au choix.

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Le numéro 2 sera consacré au film Manhattan, œuvre phare de Woody Allen réalisée en 1979. Il sera suivi d'un ensemble sur Ténèbres, giallo ultime signé Dario Argento en 1982, histoire de bien marquer notre goût pour une certaine tendance du cinéma d'une non moins certaine époque.

N'hésitez pas, embarquez avec nous !

27/10/2018

Retour à Haddonfield

Depuis le temps que l'on parlait d'un projet commun entre plumes du web qui reviendrait dans la vie réelle. C'est désormais chose faite autour de la célébration des quarante ans du film culte, l’expression a cette fois un sens, de John Carpenter : Halloween (La Nuit des masques, 1978). Nous le devons à l'énergie du Capt'ain Jocelyn Manchec qui a ramené vers le futur son blog Abordages pour en faire un bel objet de papier autour du film. Bel objet, dis-je car quand on le tient dans ses mains, on se retrouve projeté quelques décennies plus tôt, quand les passionnés s'armaient de ciseaux, de colle et de patience pour composer de revues à l’esthétique punk, aux textes tapés à la machine voire écrits à la main. Pas évident de retrouver, à notre époque de tous les bidouillages numériques, la spontanéité et le charme de ces feuilles fragiles. Jocelyn y est arrivé parce qu'il y croit. Et il a su réunir une chouette équipe qui y a cru aussi. Vous lirez donc dans ces pages photocopiées en noir et blanc des textes signés Édouard Sivière grand instigateur de Zoom Arrière, Vincent Roussel alias le Bon Dr Orlof, Jocelyn, Eric Aussudre, Aurélien Lemant, Lucas Loudaresse, et vous pourrez admirer de fort jolis calligrammes de Nicolas Tellop ainsi que la recette du tueur de la Chandeleur. Et j'y suis allé de mes souvenirs. Voilà. L'objet peut être demandé (contre enveloppe timbrée) à son concepteur via la page Facebook d'Abordages. Pour moi, l'exercice a été profitable et je n'ai qu'une question : Capt'ain, quand est-ce que l'on recommence ?

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