16/03/2006
Un beau livre
Si je n'ai guère le temps de retourner dans les salles obscures, j'ai pu avancer mes lectures. Voici un bouquin qui devrait plaire à Imposture s'il ne l'a pas déjà : Il Etait une fois en Italie, Les Westerns de Sergio Léone. Ce livre a été écrit par Sir Christopher Frayling à l'occasion de l'exposition organisée par le Museum of American West du Autry National Center de Los Angeles. Une exposition unique en son genre, que l'on aimerait bien voir débarquer chez nous et qui s'est achevée fin janvier. Christopher Frayling, on le voit beaucoup dans les bonus des belles éditions collector des principaux westerns du maître italien ainsi que celle de Mon Nom est Personne de Tonino Valérii, anglais débonnaire et érudit. Son livre est une véritable oeuvre de collectionneur passionné, d'historien amoureux, j'allais écrire "transi", mais pas franchement de critique. Nous sommes assez loin du travail de Gilles Cebe (son livre paru dans les années 80 est épuisé). Frayling divise son livre en trois parties, une présentation de l'oeuvre, un ensemble d'entretiens avec Léone et ses principaux collaborateurs, et une étude sur son influence jusqu'à aujourd'hui. De loin, la force du livre tient dans la partie centrale ainsi que dans la richesse et la qualité de l'illustration. Au fil des années Frayling a pu rencontrer Clint Eastwood, Claudia Cardinale, Eli Wallach, Lee van Cleef, Ennio Morricone, le décorateur Carlo Simi, Tonino Delli Colli, fameux chef opérateur et les scénaristes Luciano Vincenzoni, Sergio Donati et Bernardo Bertolucci dont on sait qu'il participa, avec Dario Argento, à l"éllaboration de Il Etait Une Fois Dans L'Ouest. Trois documents complètent ce tour d'horizon : Un texte de Léone sur John Ford, un texte de Martin Scorcese sur Léone et, peut être le plus touchant, un album d'adolescent compilant coupures de presses et photographies sur la trilogie des dollars. Ce genre de découpages, je le pratiquais entre 10 et 15 ans, c'est la base de ma cinéphilie, cette façon de prolonger le film, cette façon de faire naître une réflexion, je crois que c'est la première fois que je la vois intégrer une oeuvre "adulte".

Côté réserves, je suis un peu resté sur ma faim quand à l'exploration critique de l'oeuvre léonienne. Il y a une certaine indulgence vis à vis de Pour Une Poignée de Dollars qui n'est pas "inspiré" mais franchement pompé sur le Yojimbo de Kurosawa, à un point dont on se rend bien compte lorsque l'on découvre le film japonais. Cela n'ôte rien aux qualités de mise en scène du film de Léone mais ce n'est pas une raison. De la même façon, Frayling inclus Mon Nom est Personne dans sa revue des westerns léoniens. Même s'il est clair que ce film porte la marque de son producteur et initiateur, il n'en reste pas moins un film de Tonino Valerii, avec l'exploration d'un rapport entre un jeune héros du western italien et un vétéran du western américain proche de celui filmé par le même Valérii dans Le Dernier Jour de la Colère, et avec talent. Ceci dit, s'il est légitime d'envisager ce film dans le parcours de Léone, pourquoi alors ne pas inclure Un Génie, Deux Associés et une Cloche, pour lequel Léone a eu plus ou moins la même implication et qu'il a confié à Damiano Damiani ? Parce que le film a moins bonne réputation ? Parce qu'il semble moins bien "coller" thématiquement aux autres films ? J'ai regretté que ce ne soit pas abordé. Mais ne faisons pas la fine bouche, cet ouvrage est de la belle ouvrage et restera une pierre de taille dans l'exploration de l'oeuvre du maître du "Cinéma Cinéma". (Editions de la Martinière).
En bonus : une bibliographie
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13/03/2006
Tournée des popotes
Rien de tel pour se remettre en route qu'une promenade chez mes blogs favoris. Chris Lynch nous parle de Mad Max 2 de Georges Miller et nous fait partager son enthousiasme pour le nouveau film de Terrence Malik : Le Nouveau Monde. Héroines chez Contrechamp avec Madeleine Robinson et une étude à venir sur la "Puissance d'apparition de l'héroïne de cinéma" avec un choix excitant (Laura, Vertigo et Blue Velvet). Pierrot étudie le troisième opus des aventures de Harry Potter et nous signale l'existence des Gérards du Cinéma Français, pendant des razzies américains. Amusant. Défense de Chabrol sur Notre musique. Chabrol toujours et Eustache chez Sébastien. Flickhead se lance dans une ébauche de téléblog avec des documents vidéo pasionnants : Bugs Bunny et le Magical Mystery Tour des Beatles. Derrière le Paravent Sudéois, on trouve quelques réflexions amusantes et que je partage largement sur la loi DADVSI. Marylin chez Sugar. Louis Malle chez François Bouchet. Magnifique photographie du Cygne Noir de Henry King chez Cinématique, une composition qui fait penser à Lang. Tout ceci me donne envie de m'y remettre pour de bon.
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05/03/2006
Chers lecteurs

22:41 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (14) | Facebook |
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26/02/2006
Revues, nostalgie, etc.
Ce qui m'épate toujours chez Flickhead, c'est l'intérêt et le curiosité érudite de ces américains pour le cinéma français. C'est ainsi qu'ils ont repéré un site extraordinaire qui compile les couvertures des plus fameuse revues de la patrie de la théorie des auteurs. Remontant la piste, je suis tombé sur le blog Agence Eureka que vous devez visiter puis ces pages personnelles qui compilent des romans photos tirés de films dont les légendaires séries Western aventures, UFO ou Star Ciné Colt. Cela vaut le détour. En prime j'ai découvert ce dessin publicitaire de Siné pour Positif que je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager. Noter, pour les accros aux caricatures, le crucifix dans la poubelle. Blasphème !

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21/02/2006
Un brûlot anti-Sarkozy en prime-time sur TF1

Une scène : Anderton (Tom Cruise), en fuite, traqué, entre dans un grand magasin de fringues. Repéré par un détecteur biométrique, il entend des voix venues de nulle part l'interpeller par son nom et lui proposer de nouveaux achats. Minority Report, c'est le rêve du publicitaire et du policier sous la forme d'un cauchemar pour l'individu. Un monde imaginé par l'écrivain Philip K. Dick, grand maître de la paranoïa et des univers parallèles. Un monde où tous les êtres sont fichés, tracés, suivis jusqu'au plus profond de leurs pensées, puisque l'on a inventé un moyen pour détecter les criminels avant qu'ils ne commettent leur crime. Un système au service d'une ambition de pouvoir. Un fantasme de ministre de l'intérieur obsédé par la tolérance zéro et pour lequel la sécurité, érigée en absolu, justifie tous les renoncements aux libertés individuelles. Difficile pour moi de ne pas rapprocher cette « prison » où sont enfermés les criminels en puissance réduits à l'état de légumes dans des containers et la récente affaire de ces prisonniers bien réels qui ont demandé le rétablissement de la peine de mort plutôt que la mort lente dans leurs quartiers de haute sécurité. Difficile à ne pas penser à ce geste de parents d'élèves détruisant des bornes biométriques à l'entrée de la cantine de l'école de leurs enfants en voyant les possibilités de ces charmantes technologies décrites dans le film et, plus terrible encore, la terrible indifférence de ceux qui se sont habitués et vaquent comme les zombies de Romero entre autoroutes et centre commerciaux. Pour secouer cette accoutumance, il faudra à Anderton s'arracher les yeux pour y voir clair de nouveau et faire, comme souvent chez Spielberg, un choix entre pulsion de mort (la vengeance envers l'homme qu'il soupçonne d'avoir tué son fils) et pulsion de vie (Accepter la loi, faire le deuil, vivre quand même). Qu'un tel film soit diffusé ainsi sur une chaîne de télévision qui se vante de son travail de lavage de cerveaux disponibles m'apparaît d'une douce ironie. Mais qui le voit ?
Photographie © UFD
23:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : steven spielberg | Facebook |
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10/02/2006
Traces
Que recherche-t'on à revenir sur les lieux de tournage de tel ou tel film ? "Location" comme disent les anglo-saxon, un endroit que l'on loue pour quelques jours, quelques heures, pour l'inscrire, peut être, dans l'éternité. A voir cet endroit qui n'a plus de cadre, évoque-t'on le souvenir d'une action qui n'a jamais eu lieu ou bien le souvenir de la réunion des artistes et de l'équipe technique ? Sur ces fortes considérations philosophiques pour fin de semaine, je vous invite à découvrir Vertigo then and now, voyage entre le San Francisco du film de Hitchcock en 1958 et celui de 2003. Sur les traces de Scottie...

16:05 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : alfred hitchcock, photographie | Facebook |
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08/02/2006
Lettre d'un admirateur
Chère Valérie Leon, de vous je ne connaissais que le nom, évocateur d'Espagne, et quelques photographies en noir et blanc dans le numéro 23 de la revue Vampirella. Photographies de ce film Blood From The Mummy's Tomb alors présenté au festival de Stiges en 1976. Images au parfum délicieusement kitch qui m'ont alors fait rêver. Vous y portiez avec prestance le diadème de la reine Tera.
Vingt cinq ans plus tard, je découvre presque par hasard ce film resté inédit en nos contrées et je vous découvre, vous dans votre splendeur et ce double rôle de Margareth, jeune anglaise et vaillante fille du professeur Fuchs, et de cette reine égyptienne à la main sectionnée. Cherchant à décrire votre beauté, les mots me manquant, je me suis souvenu que je tenais un bog et qu'une image choisie de vous parlerait plus à mes lecteurs que toutes mes pauvres expression. Dont acte.

Ceux qui vous trouveront de beaux yeux sont de sacrés hypocrites mais ne sont pas des menteurs car vous avez aussi de très jolis yeux. Votre plastique superbe, souple et pleine, féline, est admirablement mise en valeur par votre metteur en scène du moment, le très peu connu Seth Holt qui n'a de plans que pour vous et vous dévore de l'objectif, partageant sans doute l'idée émise par François Truffaut que le cinéma a été inventé pour filmer les femmes. Qu'il en soit ici remercié.

Étrange film que ce Blood From The Mummy's Tomb, tourné en 1971 d'après un roman de Bram Stoker, Le Joyau des Sept Etoiles. Vous deviez y avoir pour partenaire l'énergique gentleman du fantastique anglais, Peter Cushing. Celui-ci déclara forfait juste avant le début du tournage, sa femme tombant gravement malade. Il sera remplacé au pied levé par le second couteau Andrew Keir, le prêtre qui avait percé la poitrine de Barbara Shelley dans Dracula, Prince des Ténèbres de Terence Fischer. Votre metteur en scène, relativement novice, décéda alors d'une crise cardiaque sur le plateau, remplacé par le producteur Michael Carreras. Étrange destinée que celle de ce film, oeuvre de fascination pour une femme, vous, et oeuvre inachevée.
Film de renouvellement pour une Hammer film en perte de vitesse et qui donna quelques perles noires inclassables en ces début des années 70 ou l'on croyait encore aux vampires et aux princesses égyptiennes délicatement préservées durant 3000 ans. Le Cirque des Vampires, La Fille de Jack L'Eventreur, Docteur Jeckyll et Sister Hyde et Blood From The Mummy's Tomb sont quelques uns de ces titres qui allient audaces formelles et narratives, de l'érotisme qui n'est pas encore vulgaire et une pointe de violence qui n'est pas encore ridicule.
Chère Valérie Leon, vous traversez ce film, récit d'une malédiction séculaire avec une grâce aussi vaporeuse que vos tenues, votre beau regard clair et juste pâle plein du mystère de l'ancien temps des pharaons, votre allure décidée et votre bouche fière rappelant une certaine madame Peel. Vous illuminez une histoire aux moments comme ralentis en contemplation de vos mouvements les plus délicats et aux zones sombres et tourmentées comme votre chevelure. Sous le charme, je suis partit en exploration, hélas, rien dans votre carrière, quoiqu'estimable, ne semble briller de l'éclat de ce joyaux des sept étoiles. Quelques seconds rôles dans de grosses productions, vous vous êtes lovée dans les bras de Sean Connery et Roger Moore, premiers rôles dans des films qui n'ont pas franchit la Manche et puis la télévision.
Chère Valérie Leon, vous êtes toujours fascinante aujourd'hui, même en blonde, et l'on peut découvrir votre regard toujours clair sur votre site. Recevez, chère Valérie Leon, l'expression de l'admiration de votre serviteur.
Le DVD
07:25 Publié dans Courrier du coeur | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : Valérie Léon, Hammer, fantastique | Facebook |
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06/02/2006
Troisième couche
Suite et fin (provisoire ?) de mes échanges et recherches autour du Munich de Spielberg. Discussion passionnante ouverte par une note virulente sur Cinématique, remarquablement bien écrite, et qui m'a amené à réfléchir sur la scène de montage parallèle entre Avner faisant l'amour avec sa femme et les images reconstituées de l'épilogue sanglant de la prise d'otages. Cette scène pose de nombreux problèmes, y compris chez les défenseurs du film. Elle fait partie, pour moi, de ces scènes ou Spielberg cherche à repousser les limites de son cinéma comme dans la très controversée scène de la douche de La Liste de Schindler. En suivant la discussion, vous connaîtrez la conclusion que j'en ai tirée. Qui vaut ce qu'elle vaut.

Sinon, j'ai découvert un site étonnant, The Electronic Intifada. Site en anglais, Electronic Intifada est une publication en ligne autour du conflit israélo-palestinien, de l'occupation des territoires et de la question palestinienne sous les angles économiques, politiques, juridique et humain, avec une section culturelle fournie, notamment de nombreuses chroniques de films palestiniens. J'étais donc très curieux de connaître leur point de vue sur Munich. C'est ICI et LA. Dans la foulée, j'ai appris que Paradise Now serait le premier film palestinien sélectionné aux oscars pour le meilleur film étranger. Bonne lecture.
07:45 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (4) | Facebook |
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05/02/2006
Catherine
00:00 Publié dans Actrices | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : catherine deneuve | Facebook |
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03/02/2006
Blogs en Stocks - Rencontres à Nice
L'association Regard Indépendant organise avec le Relais des Associations une journée autour des blogs et des bloggueurs de Nice et du département le 18 février 2006 : Blogs en Stock.
Elle comportera une matinée de formation à destination des débutants et une après midi de rencontres. Deux tables rondes seront organisées pour présenter les blogs participants et échanger sur les pratiques avec un thème mis en avant : les blogs en tant qu'espace de liberté d'expression.
La journée aura lieu le 18 février au Relais des Associations, 12 rue Delille à Nice.
L'objectif de la journée est de créer un lien entre les différents animateurs de blogs, de faire découvrir la diversité des blogs locaux et d'encourager ceux qui le souhaitent à créer le leur.
Il s'agit de confronter les expériences, tant sur le plan des contenus (rédaction, présentation, relations avec les lecteurs) que sur des plans techniques (les radio-blog, la mise en ligne de photographies et de vidéos...). Pour prolonger cette dimension, les bloggeurs dessinateurs ou musiciens ou photographes pourront présenter leur travail.
Il s'agit enfin de sensibiliser les auteurs de blogs aux aspects juridiques de l'expression et de la création sur Internet avec les licences Créative Commons, les problèmes de droit d'auteur et l'univers du logiciel libre.
Un blog est ouvert depuis le 1er février pour servir de relais et de support à la manifestation : Cliquez ICI
Vous découvrirez sur ce blog des entretiens avec les rédacteurs de blogs locaux, des liens utiles, un annuaire des blogs de la région et des articles pratiques. Un blog pour découvrir et échanger. Si vous êtes dans la région et que vous souhaitez participer, n'hésitez pas à nous contacter.
07:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Facebook |
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02/02/2006
Cher Nanni
Après avoir déchaîné les passions avec Spielberg, je vais passer à quelque chose de complètement différent. Cherchant un peu ce qui existait en blogs italiens, je suis tombé sur cette information qui m’a réjouis : il y aura un film de Nanni Moretti cette année. Le Caïman sera sans doute à Cannes puisque sa sortie française est prévue pour le 17 mai. Pour la première fois, il ne joue pas dans son film qui sera interprété par le fidèle Silvio Orlando, Margherita Buy, Jasmine Trinca (déjà présente dans La Chambre du Fils) et Michele Placido. « Le Caïman sera un film de fiction sur Berlusconi, mais pas un documentaire » a-t’il déclaré, envisageant le film "dans la tradition des films d'implication citoyenne" un peu comme Main Basse sur la Ville de Francesco Rosi, un film d’intervention citoyenne ce sera donc. Il ajoute, non sans humour que le film ne sera ni pour faire changer les gens de droite, ni pour rassurer les gens de gauche dans leurs certitudes. « Au contraire, j’espère que Le Caïman pourra simplement susciter des doutes ». Tiens.
Un article en italien ICI
07:35 Publié dans Réalisateur | Lien permanent | Commentaires (0) | Facebook |
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01/02/2006
Deuxième couche
Ca commence à tirer dans tous les coins. Je vous rassure de suite, je ne vais rien rajouter à mon texte de ce week end sur le Munich de Steven Spielberg. Après une mise en jambe verbale à la radio, je suis partit en exploration sur la Toile pour rencontrer des frères d'armes ou livrer le combat, si je puis (ou mourrir sur place s'il le faut). Editorial surprenant de Jean Daniel dans le Nouvel Observateur qui met le doit sur quelque chose, d'autant plus surprenant que l'hebdomadaire a été plutôt dur avec le film. Coincidences de vues chez Fluctuat tandis qu'à l'inverse, Filmbrain étrille le film et donne lieu à une discussion des plus vives quoiqu'en anglais, égrenant la litanie des reproches habituels. Jugement de Salomon sur Ecran Large et Télérama qui publient deux avis opposés. François Dubuisson, dans la Libre Belgique, fustige l'ambivalence du film avec un argument, "l'incapacité à représenter l'autre" qui a pas mal servi contre Guédiguian, Loach ou Watkins. Je signale aussi, envoyée par un ami, la lecture orginale proposée par les Inrocks : la fracture cinématographique française incarnée par les deux Mathieu, Amalric et Kassovitz.
Le texte le plus passionant vient du Dr Devo de Matière Focale. Une belle analyse, fouillée, de quelqu'un qui n'a pas vu le film avec les pieds. J'y retrouve pourtant cette caractéristique qui motivait le fond de mon texte, cette espèce d'impossibilité intellectuelle à concéder au cinéma spielberguien autre chose qu'une virtuosité technique. Et de trouver absolument la faille du discours qui discrédite l'ensemble. Pourtant, nom d'un petit bonhome, il fait parler ce film. Et réfléchir. Il y a donc bien quelque chose là dedans, quelque chose au delà du thriller, au delà du bien et du mal, au delà du "tu ne tueras point", au delà de "l'inévitable scène du sauvetage d'un enfant". Il suffit de comparer les différents points de vue pour voir que chacun, en positif ou en négatif, voit des choses différentes. Pourquoi écrire des dizaines, des centaines de lignes sur un film qui serait si basique ? L'humanisme militant de Spielberg serait-il une tare insurmontable ? A tout prendre, je préfère les réactions de rejet global, ceux qui se sont ennuyés, endormis, qui n'adhérent pas au discours, qui ne partagent pas le regard. Personnellement je n'aime pas le cinéma de Michael Hanneke, ni en gros, ni en détail, je ne partage pas sa vison de l'humanité. Je n'éprouve donc pas vraiment le besoin d'en parler. J'évite aussi soigneusement ses films. Je comprends donc mal ceux qui arrêtent Spielberg à Jaws et continuent, trente ans après, à aller voir ses films. Maso, non ?
Bonus : un entretien avec le réalisateur sur le site de Télérama
07:05 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (4) | Facebook |
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31/01/2006
Nice Guy Eddie

13:00 Publié dans Acteurs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : chris penn | Facebook |
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28/01/2006
Comment être Spielberguien ?
Entre 1939 et 1940, John Ford, devenu producteur et aussi à l'aise que possible dans le système des studios hollywodiens enchaîne Vers Sa destinée, La Chevauchée Fantastique, Sur La Piste des Mohawks, Les Raisins de la Colère et The Long Voyage Home. On retrouve le même genre de périodes fastes chez Hawks, Kurosawa, Truffaut ou Fellini. Avoir du talent et les moyens de l'exprimer permet d'atteindre la plénitude de son art. Ce n'est pas un absolu mais il n'y a rien de pire pour un cinéaste que de ne pas tourner. Or Spielberg tourne, très régulièrement, et depuis dix ans multiplie les projets audacieux, construisant une oeuvre qui explore son pays, son histoire et quelque chose de son humanité. A Cette oeuvre aujourd'hui, cette oeuvre encore inachevée, il me semble n'y avoir qu'une seule comparaison possible, celle de John Ford.
Je cherchais un signe et Munich me l'a donné. Lorsque le poète palestinien, celui du premier assassinat, est filé à Rome, il entre dans une crémerie acheter du lait. Il y a une télévision au mur et elle diffuse L'Homme Qui Tua Liberty Valance. Il ne pouvait y avoir de message plus clair. Ce film de Ford est un film sur le mensonge et le meurtre comme principes fondateurs d'un pays. C'est aussi le film d'un homme rongé de culpabilité pour y avoir recouru dans le but de faire accepter ses idées, un film sur l'amertume et la stérilité qui en ont découlé. C'est un film sombre, une ambiance de film noir et une façon de mettre en perspective la violence de Valance (Lee Marvin à la limite de la caricature) et celle de Tom Doniphon, joué par John Wayne, que celui-ci exerce tout en se rendant compte qu'elle va le détruire.
Que nous montre Spielberg dans Munich ? Des terroristes palestiniens abattant des otages israéliens, oui, mais pas seulement. Il nous montre l'équipe de tueurs israéliens traquant et éliminant les responsables de la prise d'otage à coup de bombes et de fusillades, une tueuse éliminant l'un des membres de l'équipe de tueurs, les mêmes retrouvant sa trace et l'éliminant d'une sale façon, des raids de représailles, des lettres piégées, des agents doubles et triples, de la raison d'état et un état généralisé de déraison. Je n'ai pas encore lu que l'on ait relevé combien le raid israélien au Liban ressemblait à la reconstitution de la prise d'otages. Et pourtant, ce sont les mêmes arrivées furtives, les mêmes armes que l'on épaule, les mêmes portes que l'on enfonce, les mêmes visages d'hommes tirés de leur lit et abattus sur place, la même sale guerre sans prisonniers, les mêmes justifications. Spielberg filme la peur, les visages ravagés d'angoisse et de haine. « C'est ma terre », « il faut le faire », « j'ai pris ma décision », « tue-les », « tuez-les ». Il montre les mêmes certitudes d'avoir raison, les mêmes fronts butés, la même absence de scrupules, les mêmes moyens pour une même fin. Il filme ce qui tue le Proche Orient depuis le commencement, les cadavres que l'on se renvoie à la figure et qui justifient toujours de nouveaux cadavres. Le refus de l'autre. Et à travers le personnage d'Avner joué par Eric Bana, il pointe la seule possibilité de sortir de cette spirale sans fin : douter. Il pointe aussi, ce qui fait de Munich un film assez sombre, l'effet destructeur de cette spirale sur l'homme : la paranoïa totale. Très belle scène d'Avner qui rentre dans sa chambre, la pense forcée et démoli son mobilier, se souvenant de tous les pièges dont il s'est servi sur d'autres, pour finir par dormir, halluciné, dans son placard. Munich poursuit ici le discours initié dans Minority Report, discours sur une société tellement obsédé par le crime qu'elle abdique toute liberté individuelle pour un traçage de l'individu jusqu'à condamner à la vie végétative ceux qui commettrons un crime dans le futur. Car bien sûr Spielberg s'adresse en priorité aux américains. La traque vengeresse du groupe israélien renvoie à la « croisade du Bien » initiée par G.W.Bush. Son inanité est signifiée par l'ultime plan sur les tours du World Trade Center. Aux discours plein de certitudes du supérieur d'Avner, Spielberg rappelle que, plus de vingt ans après, rien n'a été réglé. Que c'est encore pire. Parce que dans les années 70, New-York est encore un refuge.
Revenons à Ford. Les deux films ont en commun de réfléchir sur les rapports entre une nation, son affirmation (ou son existence), et la violence qui est nécessaire à cette affirmation. Réflexion également sur l'effet de cette violence sur les individus et le besoin absolu de dépasser cette violence pour construire un futur. Cette image du futur se décline chez Spielberg par les nombreuses présences d'enfants, israéliens, américains, palestiniens, français. Des enfants hélas déjà prêts à la guerre mais qui peuvent espérer la paix. Chez Ford, mais c'est un homme d'avant le Vietnam, ce futur, ce sont la mise en place des dispositifs démocratiques, de la civilisation qui balaie la violence du vieil ouest. L'oeuvre de Ford, c'est l'épopée de l'Amérique avec, de plus en plus aiguës avec le temps, les contradictions qui vont avec. Et un fondamental : la communauté. L'oeuvre de Spielberg, c'est la communication entre les êtres avec, de plus en plus aiguës avec le temps, les difficultés qui vont avec. Et un fondamental : la famille. Et celle-ci, dès Duel, est souvent en crise ou dispersée. L'armée, la police, les scientifiques, les corps constitués sont le plus souvent des menaces. Spielberg a un petit fond anar. C'est un cinéaste d'après le Vietnam (et Kennedy, Matin Luther King, le Watergate, le Chili...) pour lequel les contradictions que Ford essaye de résoudre sont intenables.
Comme lui, Spielberg a exploré les différentes époques de la courte histoire de son pays. Comme Ford, il convoque les pères fondateurs (le discours de Lincoln dans Saving Private Ryan par exemple). Il cherche dans le passé une façon de lire le présent et des pistes pour le futur. Il y a le même désir, le même enthousiasme, la même fièvre à embrasser cette histoire courte et intense pour en faire la matière vive de leurs films et tenter de lire le monde. Spielberg n'est pas un historien, pas un documentariste, Munich est « inspiré de faits réels » comme Le Massacre de Fort Apache est inspiré de Little Big Horn. Munich est un thriller comme La Chevauchée Fantastique est un western mais ce sont tous les deux des portraits de l'Amérique au moment de leur tournage. Ce ne sont pas des films politiques mais ils sont éminemment politiques. Ce ne sont pas des films idéologiques, mais qui portent un regard sur une idéologie, ils sont profondément humanistes. Et si certains trouvent Munich trop basique, il faut rappeler que les Palestiniens viennent de voter pour le Hamas après que les américains aient réélu Bush et que les israéliens aient élu Sharon, qu'un diplomate israélien a critiqué le film au motif que les agents du Mossad n'avaient pas d'états d'âme tandis que le dernier survivant du commando palestinien de Munich disait ne rien regretter. Le doute, ce n'est pas gagné.
Un dernier point concernant les critiques, très localisées, sur le côté folklorique de la vision «à la Spielberg» de la France. Il suffit de revoir L'Affaire Ben Barka de Serge le Péron ou cet excellent téléfilm sur le SAC pour voir ce dont nous avons été capables en matière de groupes parallèles, coups tordus et manipulations en tout genre. Malgré le plan insistant sur la tour Eiffel, le Paris 70' de Spielberg est cent fois plus convainquant que celui 60' de le Peron.
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27/01/2006
La tournée des popotes
C'est une peu le foutoir chez 20six. La migration ne semble pas s'être bien passée. Du coup les blogs que je connais déménagent. Pourvu que haut et fort ne nous fasse pas un coup pareil. Pierrot, donc, nous quitte après une jolie note sur les Sept Samouraïs et nous donne sa nouvelle adresse où il parle de La Trahison. Imposture transfère de même son paravent suédois chez canalblog. Bon courage. Sur Contrechamp, une discussion animée autour d'un questionnaire qui a amené à un certain nombre de réflexions faisant en quelque sorte suite à la note autour de la cinéphilie. Sur Notre Musique, Hyppogriffe, après une étude des « tarkovskiens » (j'en ai connu un , ils ne sont pas faciles à vivre), s'apprête à tailler un costard à Spielberg. Flickhead est toujours plein de ressources et, après un événement autour du Showgirls de Verhoeven, propose un blog-a-thon autour du Code Inconnu de Hanneke. Et toujours des liens vers des sites extraordinaires, j'y reviendrais. Sur les Ombres Électriques, un bilan argumenté sur l'année cinématographique 2005. Les Désaxés de John Huston chroniqué chez Chris Lynch, Good Night, and Good Luck chez François Bouchet. Marilyn toujours chez Sugar. Anne Sophie, sur Fondue Déchaînée, après une période de culpabilisation pour cause d'abandon de blog, revient avec une jolie série de photographies de son prochain film. Et Ludovic poursuit son inclassable Cinématique. Bonnes lectures.
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25/01/2006
Coquille
J'avais envie de parler de Munich avant sa sortie, avant de le voir, histoire d'expliquer comment je l'attendais et ce que j'en attendais : un chapitre de plus à son portrait de l'Amérique contemporaine après Minority Report (la paranoïa sécuritaire qui mène le flicage généralisé des individus jusqu'à à vouloir anticiper les crimes) et La Guerre des Mondes (la peur de la destruction par la guerre totale sur le territoire même des USA). Munich est potentiellement une réflexion sur la notion de riposte, notion qui mène la politique américaine actuelle non seulement vis à vis du terrorisme mais aussi sur le plan diplomatique et économique. Bon, je n'ai pas eu le temps mais j'y reviendrais.
Néanmoins, je suis tombé sur la critique négative du journal le Parisien qui titre sur une page : « Spielberg a raté son pari ». Et je ne peux pas ne pas relever. Outre que l'auteur en est encore à s'interroger sur le pourquoi du projet (à croire que c'est le premier film du réalisateur qu'elle voit), elle qualifie Spielberg de « réalisateur de la Guerre des Etoiles ». Quel sérieux, madame ! Quelle connaissance du cinéma ! Et quand je pense qu'elle est payée pour ça.
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23/01/2006
Nous sommes tous des Tanuki
Pompoko est un conte écologique, c'est une fable philosophique, c'est un film fantastique, un concentré d'humour, un drame parfois poignant, c'est un film de respect et de nostalgie, c'est un film actuel, c'est une histoire d'amour et d'aventure, c'est un récit choral, une comédie musicale, une féerie, un enchantement. Pompoko est un film bien membré. Pompoko est un film d'animation de Isao Takahata dont j'ai compilé des éléments biographiques ci dessous.
Pompoko, c'est le bruit que fait le ventre des Tanuki quand ils tapent dessus pour faire de la musique. Les Tanuki, ce sont des sortes de gros animaux genre raton laveur (en fait apparentés aux chiens) qui vivent (vivaient ?) aux abords des fermes japonaises avant que l'urbanisation de Tokyo, au milieu des années 60 ne les chasse. Les Tanuki sont aussi des animaux sacrés au japon où on fabrique de statues à leur image car on leur attribue de nombreux pouvoirs magiques. Parmi ceux-ci, le plus important, c'est d'être transformistes. Le raton-laveur, loin des humain, se dresse sur ses pattes, devient cartoonesque et se vêt pour ressembler à un personnage médiéval d'Akira Kurosawa. Cela ne s'arrête pas là, le Tanuki peut se métamorphoser en à peu près n'importe quoi, du ballon de football à la nuée de lucioles, d'un merveilleux dragon à un être humain. Car les Tanuki sont parmis nous. Ils sont ceux qui rêvent encore, ceux qui ont préservé un peu de magie en eux. Et c'est de plus en plus difficile.
Pompoko, c'est l'histoire de l'ultime combat des Tanuki pour préserver leur territoire, leurs forêts, leurs champs, leur mode de vie. C'est aussi un combat pour préserver une façon de vivre harmonieuse pour les humains. Inutile d'entrer dans les péripéties car le film aligne dix idées par plan, passe d'un sentiment à l'autre en un éclair comme dans la scène qui a marqué Pierrot. Le film ose avec santé et humour. Ainsi les fameux attributs des Tanuki, leurs roustons merveilleux, sont fièrement exhibés et leur permettront, dans une scène anthologique, d'attaquer les CRS japonais en une charge héroïque. Pompoko est le genre de film capable de montrer cela avec classe. Il a mon plus profond respect et à mon inconditionnelle admiration.
Isao Takahata
Petit dernier d'une famille de sept enfants, Isao Takahata est né à Ise au japon le 29 octobre 1935. lettré et francophone, il étudie la littérature française à l'université de Tokyo et deviendra le traducteur de Prévert. Outre le travail du poète, il découvre ses collaborations avec Paul Grimault dans le domaine de l'animation, le scénario de La Bergère et le Ramoneur en particulier. Il sera également influencé par les films de Youri Norstein et de Frederick Back sur les oeuvres desquels il écrira.
En 1959 il entre aux studios d'animation Toei douga où il va côtoyer deux figures historiques du film d'animation japonais : Yasuji Mori et le vétéran Yasuo Otsuka. Il rencontre surtout celui qui va devenir son ami, Hayao Miyazaki qui, très engagé, est alors président du syndicat des animateurs du studio. Takahata devient vice-président de ce syndicat et la relation entre les deux hommes ne cessera jusqu'à aujourd'hui, que ce soit artistiquement ou à travers les studios Ghibli désormais universellement connus.
Takahata fait ses débuts en tant que réalisateur pour la télévision en 1964, sur des épisodes de Ken, l'enfant-loup, une série ou officie également Miyazaki en tant qu'intervalliste.
En 1968, toujours avec Miyazaki, il réalise son premier long métrage Horus, prince du Soleil (sorti en France en 2004). le film ne rencontre pas le succès espéré et les deux hommes se tournent à nouveau vers la télévision tout au long des années 70. Takahata revient au grand écran avec deux très beaux films traitant de l'enfance : Kié la Petite Peste en 1981 et Goshu Le Violoncelliste l'année suivante.
En 1985, C'est la création des studios Ghibli par la Tokuma. C'est en leur sein que Takahata réalise en 1988 son bouleversant Le Tombeau des Lucioles qui sera suivi de quatre films très différents : Les Souvenirs ne s'oublient jamais en 1991, Pompoko qui vient donc seulement de sortir en France en 1994, Mes Voisins les Yamada d'après une célèbre bande dessinée en 1999 et Les Aventures de Petit Panda, son dernier opus à ce jour en 2003.
Avec Hayo Miyazaki, les deux hommes sont complémentaires et ont assuré le succès des studios Ghibli, succès devenu mondial depuis l'accord passé à la fin des années 90 avec la branche distribution de Disney. Takahata ne dessine pas, contrairement à son complice, et se considère avant tout comme un réalisateur, ce qui lui permet d'aborder des styles de dessin et des techniques assez différents. Il sait plonger dans la vaste culture japonaise et la plupart de ses films sont des adaptations de romans, nouvelles ou mangas. Plus naturaliste que Miyazaki, il partage son goût pour l'enfance, le merveilleux et un discours écologique traité avec humour. Comme lui, aussi, ses films sont sortis dans le désordre en France et il est amusant de découvrir Pompoko après Le Voyage de Chihiro alors que c'est ce dernier qui « répond » au premier. Pour mémoire, Pompoko avait été présenté à Annecy en 1995 ou il avait reçu le Cristal du long métrage
En savoir plus sur le site Buta Connection avec un entretien exclusif et passionnant d'Isao Takahata.
Le script et de nombreuses photographies d'excellente qualité : ICI
08:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Isao Takahata, animation | Facebook |
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22/01/2006
Rendez l'argent !
A lire et entendre les contre-attaques au projet de licence globale pour les échanges d'oeuvres sur Internet, j'ai les oreilles qui se sont un peu échauffées. Un certain nombre de points me semblent devoir être rappelés avec force. Particulièrement quand les propos sont ceux d'artistes qui débarquent à Cannes en jet privé, personnalités rompues aux médias dont les portes, les colonnes et les écrans leur sont grands ouverts. Leurs cris de colère couvrent les arguments des millions d'utilisateurs, des consommateurs, des petits et des sans grades du monde du libre, des 150 000 signataires de la pétition lancée par EUCD.info : « la licence globale est inique ». Et pourtant :
Vous avez la télévision, vous payez donc la redevance, que vous regardiez ou non les chaînes publiques, et cette redevance est une sorte de licence globale.
Vous avec le câble, un bouquet satellite, un abonnement à une chaîne cryptée, vous payez donc une licence globale pour les programmes qui y sont diffusés.
Vous écoutez la radio, ou la musique chez votre boucher, et la station comme votre boucher payent donc à la SACEM une redevance, une sorte de licence globale pour ce qu'ils diffusent.
Vous avez la chance d'avoir des revenus et payez donc l'impôt du même nom. Sur cet impôt, une part que je suis d'accord pour trouver insuffisante, est destinée à financer des aides pour le cinéma, la musique, la culture en général. C'est une sorte de licence globale pour la culture française.
Vous avez un disque dur, vous achetez des cassettes audio ou vidéo, des CD-Rom ou des DVD vierges, vous payez donc des droits qui remontent aux artistes et ayants droits. Et ceci, notez le bien, même si vous n'utilisez ces supports que pour des données personnelles ou libres de droits.
Et une licence globale pour les échanges sur Internet serait "inique" ?
Ne voit-on pas que cette opposition à un système de licence globale participe d'un mouvement de fond dénoncé voici quelques jours par Didier Peyrat dans un rebond très intéressant sur Libération ? Un mouvement mené au nom de la protection et de la sécurité. Que l'alternative proposée à la licence globale n'est rien d'autre que le flicage généralisé de l'échange des données culturelles sur Internet. Des policiers dans les trains, des vigiles au supermarché et des caméras dans les rues. Et des espions informatiques dans nos musiques, nos films, nos photographies. De nombreux supports et des publicités dans les salles de cinéma incitent déjà à la délation (voir le site : http://www.piracyisacrime.com/ par exemple). Bravo quel avenir brillant on nous prépare !
J'aurais préféré que ces voix qui s'expriment au MIDEM en ce moment se fassent mieux entendre lors des attaques répétées contre le statut des intermittents du spectacle. Qu'elles nous parlent des prix du disque, des DVD, des concerts ou du téléchargement légal. Ou encore qu'elles nous parlent de la revalorisation du domaine public. Les sujets ne manquent pas.
Mais je voudrais lancer ici deux appels. Le premier aux cinéastes, artistes et musiciens que l'on entend trop peu, ceux dont on a apprécié en leur temps l'engagement pour des causes plus justes, ceux que l'on a suivis, soutenus, écoutés, accompagnés : Est-ce vraiment l'avenir que vous souhaitez ?
Le second aux hommes politiques qui aujourd'hui hésitent, ne savent plus trop, sont sans doute plus sensibles aux discours de ceux qui ont le temps et les moyens de faire leur siège. A François Hollande en particulier qui vient de se prononcer contre la licence globale après que Ségolène Royal ait signé en avril l'appel du Nouvel Observateur qui allait en sens contraire : savez vous bien qui vous défendez ?
12:45 Publié dans Licence | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : polémique, droits | Facebook |
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17/01/2006
Sacré western !
Dans La Dernière Balle Tue (The Fastest Gun Alive - 1956) de Russel Rouse, Glenn Ford y incarne le paisible épicier d'un village tranquille de l'ouest qui est aussi un redoutable pistoléro. Défié par un tueur, il prend la défense de sa communauté qui fait bloc derrière lui. Dans La Rivière Sans Retour (River of no Return – 1953) d'Otto Preminger, Robert Mitchum est un homme qui sort de prison et récupère son fils pour mener une vie tranquille de fermier. Pour retrouver l'homme qui l'a dépouillé, il entreprend un voyage risqué sur la rivière en question et en compagnie de Marilyn Monroe dans l'un des rôles qui en ont fait une légende. Au cours du voyage, il fera preuve d'une brutalité remarquable, violentant Marilyn, et descendant de l'indien. A la fin du film (arrêtez votre lecture si vous ne l'avez pas vu), il est sauvé par son fils qui abat le méchant dans le dos.

Si ces deux histoires vous semblent familières, c'est que vous avez sans doute vu An History Of Violence, le film de David Cronenberg. Inutile de vous dire que la thèse sur le visage caché de l'Amérique n'est pas ce qui m'a le plus marqué. Avez vous noté combien le premier plan, ce long plan séquence qui distille de l'angoisse dès ses premières secondes, s'achève de façon similaire à la découverte de Henry Fonda dans Il Etait une Fois Dans L'Ouest de Sergio Léone, lors du massacre de la famille et que le petit garçon se retrouve face aux tueurs ? Il y a le même mouvement latéral et le plan coupe de la même façon. Cronenberg a fait son western, avec cette même dialectique sur la violence toujours très présente dans ce genre de films. On retrouve tout au long de son film les éléments clefs du genre (le saloon, les frères ennemis, les fusillades, la famille, la petite ville, l'esprit communautaire) et Viggo Mortensen est un lointain cousin du Glyn McLyntock joué par James Stewart dans Les Affameurs (Bend Of the River – 1952) d'Anthony Mann. Simplement Cronenberg peut aller un peu plus loin en matière d'horreur graphique et de sexe (rien d'étonnant de la part du réalisateur de Rage). Est-ce que cela fait un bon film ? Certainement dans la mesure ou le style suit, le réalisateur canadien ayant parfaitement assimilé et traduit les codes du genre dans le contexte actuel. Cela lui permet de constater que rien n'a changé dans une Amérique qui vit toujours selon le mythe du « cinéma américain par excellence ». A chacun d'en tirer une morale s'il le souhaite. La scène finale est très proche de celle de La Prisonnière du Désert (The Searchers – 1956) de John Ford (et du coup du finale de La Guerre des Mondes de Spielberg). Recomposition de la famille et acceptation de la part sombre et violente de ceux qui la composent. Seule différence, Ford, encore un peu optimiste, montrait Ethan Edwards se retirer seul dans le désert, image bouleversante d'un Ouest qui passait la main à une société plus civilisée. Là, ce n'est plus ça. La fin du film de Cronenberg, c'est Ethan qui entre et s'assoit à la table familiale.
L'autre joli western, c'est bien sûr le film de Tommy Lee Jones, Trois Enterrements (The Three Burials of Melquiades Estrada – 2005). Là, les références sont à la fois plus directes et plus formelles. Tommy Lee Jones lorgne du côté du grand Sam Peckinpah et ses voyages au Mexique. Le film est clairement en deux parties, recherchant dans sa construction à trouver avec le village de Melquiades Estrada la terre perdue du western. La première heure est faite de retours en arrière et en avant, du film policier un peu à la Tarantino, dégageant d'une histoire très classique et pas forcément excitante, deux personnages destinés à faire ce voyage. Lorsque ces deux là sont ensembles (Jones et Barry Pepper), la narration devient linéaire et le film prend le rythme des chevaux pour une sorte de plongée dans le temps et dans le genre. Jones s'est mis en scène en vieux cow-boy comme son personnage, Pete, met en scène celui de Pepper. Pas important alors que le village soit presque une chimère. En quelques paroles évocatrices, Jones donne vie au décor comme Gene Kelly dans le studio de Chantons Sous la Pluie. Oui, le western est encore là, il affleure la terre du Mexique, ses pierres et ses arbres. Enterrer Melquiades Estrada à cet endroit, c'est le ramener aux sources d'un genre. Là ou les fantômes de la Horde Sauvage et d'Alfredo Garcia n'attendent qu'une occasion pour surgir à nouveau.
23:15 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : David Cronnenberg, western, Tommy Lee Jones | Facebook |
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10/01/2006
Photographies - 2

12:40 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : photographie, site | Facebook |
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