01/09/2008
Profondeur de champ









De haut en bas : The long Voyage home (Les hommes de la mer - 1940) de John Ford ; Il figlio di Spartacus (Le fils de Spartacus - 1963) de Sergio Corbucci et Paper Moon (La barbe à papa - 1973) de Peter Bogdanovich. Captures DVD Warner, Opening et Paramount.
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31/08/2008
Corbucci à l'antique
Un cavalier qui surgit hors de la nuit
Cours vers l'aventure au galop
Son nom, il le signe à la point de l'épée,
D'un « S » qui veut dire Spartacus !
Chanteront-t'on assez la louange aux cinéastes populaires italiens et à leur imagination débridée ? La caméra ferme, ils n'ont jamais reculé aux croisements les plus baroques, élargissant sans cesse l'espace d'un cinéma ludique. Un espace où Zorro rencontre Maciste, Sartana croise Django et Samson fait équipe avec Ulysse et Hercule. Bien sûr, on objectera qu'il y a beaucoup de déchet là-dedans. On aura pas tort, nombre de ces greffes ont été rejetées, monstrueuses. Mais l'acharnement et l'absence de scrupules ont permis aux meilleurs de ces réalisateurs de créer des formes ô combien excitantes.
Il figlio di Spartacus (Le fils de Spartacus) est ainsi confié à Sergio Corbucci en 1963 pour se glisser dans la vague de succès du Spartacus de Stanley Kubrick. Très à l'aise, Corbucci reprend tout simplement le film de Kubrick là où celui-ci l'a terminé. Spartacus a été vaincu et, au milieu des esclaves crucifiés, passe à cheval le centurion Randus. Comme c'est le héros, il compatit. Fidèle de César, il est envoyé par celui-ci pour voir ce que trafique le consul Crassus. En route, il fait naufrage, échoue sur une côté désertique, est fait prisonnier et emmené comme esclave. Comme c'est le héros, il prend conscience. Puis il est reconnu, deux fois. Un esclave, au médaillon que Randus porte autour du cou (coup classique), voit en lui le fils du gladiateur révolté, destiné à les libérer. De leur côté, les romains le reconnaissent comme l'envoyé de César et le rétablissent dans ses fonctions. Le voici donc à la cour de Crassus, écartelé entre ses deux identités. Pour résoudre le problème et débusquer le tyran, Randus devient donc un Zorro antique, centurion débonnaire le jour et vengeur masqué la nuit. Et Corbucci de puiser largement dans la mythologie du « renard » mexicain pour nourrir son peplum. Et c'est ainsi que le fils de Spartacus, car c'est bien lui, signe se exploits d'un « S » élégant tracé au glaive.

Je vous passe les détails d'une intrigue classique. Le film est superbe. Tant sur le plan du rythme que sur celui du style, ce style qui fait la différence entre un Corbucci, un Sollima, un Baldi, et les légions de faiseurs nonchalants. Ici, Corbucci a eu les moyens. Tournage en Égypte, décors et figuration imposante à l'échelle italienne, l'écran en cinémascope est bien rempli. Corbucci met en scène, comme il le fera dans ses westerns, un héros naviguant entre deux camps tout en cherchant un accomplissement personnel. Un objectif quelque peu obsessionnel, lié à une perte (La femme de Django, la voix de Silence, le père ici) et que seule la vengeance peu apaiser. Ce peplum est néanmoins bien peu sombre au regard des films à suivre, et l'on pourra s'amuser aux quelques détails sadiques qui le parsème sans que cela nuise à la tonalité positive de l'ensemble. Ce qui réjouit le plus, ce sont les images qui jouent avec la profondeur de champ comme chez Orson Welles (mais si), franchement étonnantes dans le cadre d'une production délibérément commerciale. La photographie est par ailleurs signée Enzo Barboni qui passera plus tard à la mise en scène sous le nom de E.B. Clucher et connaîtra la gloire avec les deux films de Trinita. On pourra penser qu'il a plus de classe comme chef opérateur, signant plusieurs films avec Corbucci dont Django et I crudeli, et avec Ferdinando Baldi dont Texas Addio. Il soigne les ambiances, jouant joliment avec les rouges antiques et les ocres du désert. Côté rythme, c'est Ruggero Mastroianni, un des très grand monteurs italiens (Rosi, Fellini, Visconti...) qui assemble les péripéties sans un temps mort sur une partition de Piero Picioni qui ne donne pas mal à la tête tout en respectant les canons du genre. Devant la caméra, Corbucci bénéficie de la présence du véritable dieu du peplum avec Steve Reeves dans sa dernière prestation pour le genre. Son indéniable charisme et sa non moins indéniable beauté rendent négligeable ses limites en tant qu'acteur. Il a un charme fou et cela suffit. A ses côtés, une autre icône du genre, Gianna Maria Canale dont la beauté m'inspire de grands soupirs mais pas de phrase à la hauteur. Canale qui touchait, elle aussi, à la fin de sa carrière. Je me suis alors fait la réflexion que Il figlio di Spartacus était comme le bouquet final d'un genre bientôt supplanté par le western, un adieu plein d'élégance et de fougue à tout un univers. Ceux qui vont mourir vous saluent.
Le DVD
Photographies : Stevereeves.com et Jacques' movie stills
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30/08/2008
Bientôt sur vos écrans


Il figlio di Spartacus (Le fils de Spartacus - 1963), peplum grand style de Sergio Corbucci. Affiches sources Carteles.
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27/08/2008
Ford mercenaire
Le système des studios, à Hollywood comme à Hong-Kong ou Rome avait du bon en cela qu'il permettait aux metteurs en scène d'enchaîner les films dans un environnement créatif, infrastructures, auteurs, acteurs et techniciens sous contrat, d'une grande disponibilité. John Ford n'aurait sans doute pas eu une carrière aussi riche s'il n'avait évolué dans ce système avec une relative aisance. Bien sûr, il y avait un prix à payer et on pourra trouver ce prix élevé. Certains ne l'on jamais accepté.
Four men and a prayer (Quatre hommes et une prière), tourné par Ford en 1938 est un bel exemple de ce prix. En l'occurrence, ce film d'aventures exotiques fait pour la 20th Century Fox de Darryl F. Zanuck faisait partie des conditions mises par le studio à Young Mr Lincoln (Vers sa destinée) puis Grapes of wrath (Les raisins de la colère). Dans les années 30, Ford se cherche un peu. Quoique devenu un metteur en scène respecté, il enchaîne les expériences avec divers studios (Goldwyn, RKO, Fox) tout en visant toujours plus d'indépendance. Il alterne productions d'envergure dans des genres très divers et films plus modestes dans lesquels, plus autonome, il développe son style propre. C'est dans cette catégorie que l'on peu placer la trilogie avec Will Rogers et The informer (Le mouchard) qui lui vaudra, Dieu existerait donc, son premier oscar. Il aura sans doute fallu ces dix années d'expériences, de combats, d'échecs, de recherche, de ruses et de succès pour aboutir à ce premier âge d'or entre 1939 et 1941 qui le voit passer d'un grand film à un autre avec une aisance belle à pleurer.
Mais nous n'en sommes pas là. Four men and a prayer est un film méprisé dans sa carrière, Ford lui-même n'ayant rien eu à en dire sinon qu'il n'aimait rien dedans. Peu connu donc et, il faut bien le dire, n'ayant rien d'une perle rare. Pourtant, l'amateur acharné se fera un devoir de l'aborder par le bon bout de la raison et de rechercher les touches fordiennes éparses. Ce faisant, il aura le plaisir de découvrir un film distrayant, un peu vieillot mais sans plus, finalement agréable et pas indigne quoique mineur.

L'histoire. Oui, l'histoire à laquelle participa, sans doute du bout de la machine à écrire William Faulkner. Quatre hommes, quatre frères, et une prière donc, celle faite à la mémoire de leur père injustement condamné puis assassiné. Un serment plutôt, laver l'honneur familial et débusquer les coupables. Pourquoi pas ? Nous sommes dans le genre balisé des aventures exotiques d'avant guerre. Costumes blancs toujours impeccables, casques coloniaux, Indes, Égypte et Amérique du Sud d'opérette. Un univers entre Indiana Jones, les lanciers du Bengale et Tintin. Avec en prime une belle héroïne, piquante Loretta Young, qui traîne ses robes vaporeuses de comédie musicale aux quatre coins de la planète, entre massacre à la mitrailleuse et croisière sur l'Amazone. Tout est dit. L'histoire est abracadabrante et relâchée. Pas intéressé, Ford ne cherche pas, comme aurait pu le faire Hitchcock, à s'amuser avec et à bâtir de grandes scènes à coup de style. Le film manque cruellement de tension, de suspense, du souffle de l'aventure telle qu'on la trouve chez Hathaway ou Stevens pour rester dans le genre. Il manque aussi de personnalités fortes. La distribution des quatre frères est bancale. Georges Sanders est sous employé, Richard Greene et William Henry sont sans relief. Reste David Niven, moustache frémissante, qui apporte un peu de fantaisie dans le tout. Signe d'intérêt qui ne trompe pas, c'est lui qui sera la tête de turc de Ford durant le tournage. C'est donc Loretta Young qui emporte le morceau avec Miss Lynn Cherrington, héroïne assez moderne, déterminée et sensuelle.
Alors, ces touches fordiennes ? Dans les seconds rôles pour commencer. Ce film est la seconde collaboration entre Ford et Barry F. Fitzgerald, venu de l'Abbey Theater de Dublin et qui sera l'un de piliers de la Ford stock company. Il joue ici un sous officier irlandais dans l'épisode indien, cabotinant tant et plus, déclenchant une bagarre dans une taverne dans la plus pure tradition de cet humour haut en couleur affectionné par le réalisateur. Il faut voir Fitzgerald pousser son étrange cri de guerre. Certains seront rétifs à ce genre de scène. Pas moi. Dans le registre savoureux, on retrouve le magnifique John Carradine, ici en officier sud américain au costume impeccable, cape blanche, onctuosité et classe. Il commande l'exécution d'un autre général piégé, Torres, pour lequel il éprouve visiblement de l'estime. Carradine offre à son malheureux collègue un verre, puis une cigarette qu'il refuse « Vous savez que je ne fume pas ». « On nous regarde » insiste Carradine, désignant le peloton d'exécution. Torres accepte « Je vous remercie de vos prévenances », il tousse, refuse le bandeau puis tombe sous les balles. La scène est superbe, alliant une tonalité parodique à une véritable émotion. La situation étant à la fois incongrue, décalée, et véritablement dramatique. On verra également Berton Churchill en homme d'affaire peu regardant (il vend des armes), répétition peut être de son rôle de banquier véreux dans Stagecoach.

La partie la plus intéressante du film reste cet épisode Sud Américain. Juste avant l'exécution de Torres, nous l'avons suivi avec Miss Lynn Cherrington alors qu'il rejoignait ses partisans dans un entrepôt où l'on venait de leur livrer des armes. Outre l'atmosphère soignée, Ford a une façon saisissante de filmer ce petit peuple. Une série de portraits, fixes et muets, des visages, des attitudes, une dignité. On retrouve cette façon de faire dans sa façon de filmer les indiens authentiques (ses figurants Navajo) dès Stagecoach. J'ai toujours trouvé qu'il se détachait de ces plans une plus grande humanité, un plus profond respect, que dans tous les personnages fabriqués et joués par des non indiens comme la distribution hispanique de Cheyenne autumn (Les cheyennes). C'est aussi sa façon de filmer les paysans dans Grapes of wrath. Curieusement, je retrouve ça dans certains westerns italiens, avec leur goût des visages et de faire passer le sentiment d'un peuple comme dans par exemple Quien sabe de Damiano Damiani (voir ici). Cette belle séquence prend une dimension supplémentaire après l'exécution. Les révolutionnaires sortent en armes de l'entrepôt et s'engagent dans un escalier. Mais face à eux, l'armée prend position. Leurs armes ne fonctionnent pas. Ils sont trahis et fusillés en masse, à la mitrailleuse. Là, ce sont les images de Giu la testa ! (Il était une fois la révolution - 1971) qui me sont revenues et j'imagine assez que Léone pouvait connaitre ce film. La scène surprend par sa violence sèche, directe, et son ombre se répercute sur le reste du film. Comme si Ford, qui pensait peut être aux guerres d'Irlande et d'Espagne, signifiait que derrière l'aventure fantaisiste, il y avait un réel bien dramatique.

Le DVD
Photographies : capture DVD Opening
Un article de quelqu'un qui a été marqué par les mêmes scènes que moi (en anglais avec des captures plus nombreuses)
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26/08/2008
Il est l'heure de s'y remettre
Source : Dr Macro
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20/08/2008
Un film mémorable (souvenir)
De retour de vacances, presque dix jours sans toucher un ordinateur, je n'ai pu m'ôter de l'esprit la belle idée de Joachim de reprendre le questionnaire proposé par Dasola et de lui donner la forme d'une plongée dans les premières expériences cinématographiques. Cette nouvelle orientation, pour intéressante qu'elle soit, m'a posé un problème dans la mesure ou je crains de rester trop proche de l'exercice originel. J'ai le sentiment, peut être faussé par le temps, d'une continuité dans mes goûts. Je n'ai pas fonctionné par phases, mais plutôt par empilement de strates, un peu comme la confection d'un millefeuille. Et dans les toutes premières strates, Ford et Hawks sont déjà présents, en fait plutôt John Wayne car je crois que l'on commence toujours par identifier les acteurs tout en s'identifiant à eux. Aussi loin que je me souvienne, j'ai aimé le western et la science fiction. Les premiers films que je suis allé voir seul, à Paris vers 8 ans, c'étaient les films de Sergio Léone. Et puis il y a eu 2001. Je ne savais pas encore qui était Stanley Kubrick, mais le film ne ressemblait à rien de ce que j'avais vu dans le genre. J'en suis ressortit dans état bien particulier, je n'avais rien compris, j'avais le sentiment d'avoir vu quelque chose d'important et cela me semblait important parce que je n'avais rien compris. J'avais vu un « film de grande personne ». Voulant comprendre, je me suis acheté le roman d'Arthur C. Clarke, mais peine perdue, le livre ne dit rien d'autre que le film. 2001 a eu alors une influence déterminante sur les années suivantes puisque j'ai jugé les autres films du genre à son échelle. C'est pour cela que j'ai raté les sorties de Star wars et de Rencontres du troisième type, ne les sentant pas au niveau. Il a fallu qu'un ami m'entraîne voir l'ambitieux Star trek de Robert Wise en 1979, dont les effets spéciaux étaient signés Douglas Trumbull, également maître d'oeuvre sur 2001, pour que je cesse de tout ramener à la grande roue de Kubrick.
Évidemment cela ne m'a pas empêché de voir, tout au long des années 70, des films de niveaux fort divers. En matière de comédie, j'aimais et j'aime toujours ce que fit Louis De Funes, j'ai vu quelques Charlots et les bidasses de Robert Lamoureux. Mais dans le même temps, j'allais voir Tati dont Les vacances de Monsieur Hulot m'ont un peu fait le même effet que 2001, les premiers films de Jean Yanne assez caustiques et ceux de Yves Robert. Vers 8 ans, mon père m'a emmené, chose exceptionnelle, voir Le dictateur de Chaplin dans une salle sur les boulevards. J'y ai tellement rit que mon père a juré de ne jamais retourner au cinéma avec moi. J'avoue que je peux être très expansif dans une salle et que j'ai plusieurs fois frôlé l'étouffement. Cette séance chaplinesque est donc passé dans la légende familiale et j'en garde un souvenir très vif. C'est symbolique de ce que je retiens de cette époque, des souvenirs diffus de films alors populaires et des passions jamais démenties pour des choses plus atypiques dans mes genres de prédilection.

Il y a quand même une belle exception qui pourrait rentrer dans plusieurs catégories du questionnaire revisité, dans le genre à être chanté par Delerm (plutôt par Bénabar parce que je ne sais pas trop ce que fait Delerm). C'est une mémorable séance du film de Michel Lang, A nous les petites anglaises, sortit en 1976, je venais d'avoir 11 ans. Cette comédie adolescente a eu un gros succès à l'époque et moi, je fuyais alors ce que j'appelais les « films d'amour », films pour les filles, tandis que mon univers c'était l'Ouest, Jules Verne, les dinosaures, l'aventure, John Wayne, Gary Cooper, l'espace et Charlton Heston ouvrant la Mer Rouge. Je ne me souviens pas, je le jure, avoir manifesté de l'intérêt pour ce film. Ma mère avait arrangé une séance avec la fille de l'une de ses amies qui était concierge. C'était la première fois que j'allais aller au cinéma seul avec une fille et je crois que cela me terrifiait plus qu'autre chose. Pour ajouter à mon embarras, mon père avait tenu à ce que m'habille pour la circonstance, parachevant ma tenue d'un foulard noué autour du cou façon place du Tertre. Ca me serrait la glotte. Je me revois attendant dans la loge de la concierge sa fille, raide comme un piquet. Aujourd'hui, je regrette de ne me souvenir ni de son nom, ni de son visage. Je me souviens par contre nettement que les choses se sont vite gâtées. Mademoiselle m'a entraîné tout au fond de la salle, moi qui, du fait de ma taille modeste et peut être déjà d'instincts cinéphiles poussés, était déjà un maniaque des trois premiers rangs. Je n'étais toujours pas plus à l'aise et me suis vite désintéressé de ma compagne, tandis qu'elle, retrouvant je crois des amies, se désintéressait de moi. La salle était pleine et l'ambiance assez joyeuse, c'était le film à la mode dans les cours de récréation. J'ai desserré mon foulard et me suis absorbé dans ces images nouvelles pour moi. Au bout d'un moment, je me suis glissé vers les premiers rangs pour mieux voir, abandonnant mon rendez-vous. Je ne me souviens même pas si j'ai raccompagné ma cavalière chez elle.
Le film, je crois, m'avait tout à la fois déplu et fasciné. Déplu parce que je l'avais trouvé niais et qu'il ne m'avait pas fait rire. Fasciné parce que c'était sans doute le premier film que je voyais qui me parlait, à sa façon, de ma vie réelle et de mon futur proche : une histoire de lycéens, de vacances en Angleterre, de premières amours. C'est sans doute le premier film qui m'ait apporté des éléments précis sur des questions très concrètes que je pouvais me poser alors, les filles, les embrasser et le reste, et que certainement, ni 2001, ni Il était une fois la révolution n'abordaient. Je pense que c'est dans ce film que j'ai vu ma première paire de seins sur grand écran, ceux fugitivement entrevus de Sophie Barjac. C'est également dans ce navet mièvre et mélodramatique que j'ai assisté pour la première fois à une scène d'amour, pourtant bien peu explicite, lorsque le héros arrive enfin à ses fins.
Ma mémoire peut néanmoins me jouer des tours, je n'ai jamais revu ce film. Ce qui compte, c'est l'effet qu'il a eu sur moi. Un effet suffisant pour me faire acheter la bande originale composée par Mort Shuman, un de mes tout premiers achats de disque. Mais l'honneur est sauf, le tout premier, c'est celui de 2001.
Photographie : Allociné
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04/08/2008
Bonnes vacances !
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30/07/2008
Fondamentaux
« Murnau ne pose ainsi qu’une question, difficilement audible aujourd’hui : comment éviter le néant et la fausseté du lyrisme, qui jamais ne dit vrai, sans pour autant se priver de la beauté de ses emportements qui réellement émeut ? » Ludovic à propos de Sunrise (L'aurore) de F. W. Murnau sur Cinématique.
« Comme si Ford, dans un dernier réflexe, nous ramenait à la (dure) réalité des choses, qu’il nous rappelait que la vérité du film ne résidait pas dans un mouvement d’appareil, si bouleversant soit-il, mais dans la force d’une image, déposée au pied du film; que cette vérité n’était pas dans l’opacité d’un fondu au noir, ouvrant à toutes les interprétations possibles, mais dans la blancheur éclatante d’une dépouille, point final du film, le reste n’étant que littérature... » Buster sur Balloonatic à propos de Seven women (Frontière chinoise) de John Ford.
"C’est un plan étonnant mais à la limite ça n’a pas beaucoup d’imagination" Le chef opérateur Raoul Coutard à propos du travelling de Week-end de Jean-Luc Godard, dans un entretien sur le site Kinok.
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28/07/2008
Encore et toujours
Il y a une dizaine d'année, avec trois amis, nous avons créé et animé une émission sur le cinéma sur la radio de la communauté juive de Nice. J'ai endossé la tenue de l'animateur et pour la première émission, je me suis creusé la tête pour définir ce que serait le cinéma que nous allions y défendre. Pas facile, nous avions tous les quatre des goûts assez différents. Finalement, un consensus relatif s'est établi sur quelques noms : Guédiguian, Tavernier, Kitano, Loach et Youssef Chahine qui venait de sortir Al Massir (Le destin) après son passage à Cannes. Parler sur la radio de la communauté juive du cinéma de Chahine nous semblait une bonne idée, indispensable d'une certaine façon. J'avais adoré ce film. Ce geste final de suprême défi du philosophe Averroes jetant l'un de ses livres adorés dans le bûcher est un grand geste de cinéma. Et à relire mes notes, j'avais sans doute essayé d'être lyrique sur le sujet. Hélas, mes prestations des premiers mois étaient terriblement handicapées par mon trac terrible et ma voix qui tremblait dans le micro. Je ne sais pas, je ne crois pas avoir rendu justice à cette phrase : « Chahine fait partie de ces metteurs en scène humanistes comme Ford, Renoir ou Kurosawa. A plus de 70 ans, il a une belle carrière derrière lui ». A plus de 80 ans, Chahine vient de disparaître. Si je suis triste, c'est surtout que je ne lui vois pas d'héritiers, car l'homme a eu une belle vie, intense, créative, menant mille combats sans se départir de son sourire teigneux. Je connais finalement assez mal son cinéma, comme je connais mal le cinéma égyptien. Mais ce que j'en connais, ce que j'en ai vu, me conforte dans l'idée que mon enthousiasme d'il y a dix ans était justifié.

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23/07/2008
Questionnaire estival
C'est l'été, c'est le temps des questionnaires. En voici un que j'ai piqué chez Dasola. C'est une sorte de portrait chinois sur l'air « Si j'étais... ». Je me suis donc un peu repris après une série de réponses qui laissait libre cours à mes goûts habituels du type « S'il n'y a qu'un film, Rio Bravo est celui-là » pour rester un peu plus dans l'esprit de la chose. Ceci dit, les questions elles-mêmes sortent du cadre passé un moment. Bon, c'est pas bien grave. Vous êtes libres de vous amuser avec si vous voulez, mais il n'y a aucune obligation. Il y en aura un autre pour le mois d'août, je travaille dessus.
Un film : Dieu seul me voit de Bruno Podalydes.
Un réalisateur : François Truffaut.
Une histoire d'amour : La sirène du Mississipi de François Truffaut.

Un sourire : Celui de Nanni Moretti.
Un regard : Le regard exaspéré de Wayne quand Angie Dickinson lui balance « Vous oubliez votre culotte, shérif » dans... Rio Bravo.
Un acteur : James Stewart.
Une actrice : Jeanne Balibar.
Une fin : Modern Times de Chaplin.
Un générique : Un de ces génériques à la De Mille où l'on ouvre un gros livre.
Une scène clé : Peter O'Toole soufflant l'allumette dans Lawrence d'Arabie.
Une révélation : La plastique d'Edwige Fenech.
Un gag : La scène du miroir dans Duck soup avec les Marx Brothers.
Une scène d'amour: La scène du cimetière dans The quiet man de John Ford.
Un plan séquence : Stewart et Widmark assis au bord de la rivière dans Two rode together de Ford.
Un plan tout court: L'arrivée de Claudia Cardinale dans la ville de Il était une fois dans l'Ouest de Sergio Léone.
Un choc plastique en couleurs: She wore a yellow ribbon de John Ford.
Un choc plastique en noir et blanc: Soy Cuba de Mikhail Kalatozov.
Un choc tout court: Le débarquement dans Saving Private Ryan de Steven Spielberg.
Un traumatisme : Le grand silence de Sergio Corbucci.
Un gâchis : Steve Kloves et Léos Carax.
Une découverte récente : Le cinéma de Luc Moullet.
Un somnifère : L'éclipse de Michelangelo Antonioni.
Un monstre : King Kong.
Un torrent de larmes : John Wayne prenant Nathalie Wood dans ses bras à la fin de The searchers (La prisonnière du désert) de Ford.
Un frisson : Les pas de la créature dans Planète interdite.
Un artiste sous-estimé : Tsui Hark.
Un rêve : Mon voisin Totoro d'Hayao Miyazaki.
Un fantasme : le numéro Dancing in the dark de The band wagon (Tous en scène) de Vincente Minelli (à la place de Fred Astaire, bien sûr).
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20/07/2008
Va et regarde (sous le marronnier)
Quand je suis arrivé, il était installé devant la maison, à l'ombre du grand marronnier. Il avait les traits tirés, le regard humide et fixe, loin, bien loin au-delà de son verre de pastis, un pastis délectable qu'il faisait lui même. Le soleil était déjà haut.
- Houlà, je lui fis en m'asseyant sur le côté, c'est pas la grande forme ?
Les mots ont sifflé entre ses dents serrées.
- J'y ai passé la nuit et j'y arrive pas.
Il s'est retourné brusquement vers moi et j'ai remarqué cette vive lueur au fond de ses yeux.
- Tu sais, il y a des films, on ne peut pas les voir et puis après, juste comme ça, pérorer dessus. Oui, pérorer. Gloser. Il y a des films qui demandent le silence. Qui imposent le silence.
Le temps s'est suspendu un instant et même les cigales se sont tues, impressionnées sans doute.
- Je t'en sers un ?
- Oui, a-t'il répondu en me servant d'une main mal assurée. Vu et reçu. Profondément ressentit. Ce film, il m'a avalé, digéré et délicatement recraché.
- Et ben. Et ça t'a plu ?
- Plu ! Il m'a fusillé du regard. Tu ne crois pas que ce film dépasse un peu ce genre de considérations ?
- Si, si, j'ai dit. Mais il faut bien commencer par quelque chose.
- Ah oui, et bien moi, je n'ai pas trouvé. J'ai passé la nuit et une partie de la matinée devant mon clavier et je n'ai pas trouvé par où l'empoigner. Pas un mot, pas un seul. Le film est plus fort que ça. Et même, j'ai fait ce que je ne fais jamais, je suis allé voir ce que les autres ont écrit dessus. Évidemment ça ne m'a pas aidé.
- Tu vieillis, j'ai dit en remarquant que les cigales avaient repris leur chant, sans doutes rassurées.
J'ai pris une longue gorgée de pastis, laissant les arômes d'anis et de café se répandre en moi. Rien de tel pour paraître plus assuré que l'on est en vérité.
- Et bien, je n'ai pas vraiment écrit quelque chose, mais j'ai pensé à une structure. Autour de deux photos. La première au temps de l'insouciance. Florya est un jeune biélorusse qui rejoint les partisans, laissant sa famille et sa mère éplorée. Va et regarde, il part et voit. Chez les partisans, c'est le joyeux bazar, de ces bazars que savent si bien filmer les cinéastes de l'est, Kusturica, Loungine, tout ça. Ils prennent une photo de groupe, c'est drôle, c'est vivant, c'est avant. 90 minutes plus tard, Florya est au centre d'une seconde photo. La guerre est passée, les partisans sont décimés, la famille de Florya a été massacrée avec tout son village par une colonne allemande...
- Un Einzatsgruppen. Sois précis, la précision nous sauvera.
- La précision et le pastis, ai-je acquiescé. Donc Florya se retrouve dans un autre village investit par un Einzatsgruppen-machin qui massacre tout le monde dans l'église. Pour une raison inconnue, il est épargné et sert à quatre militaires pour faire une photographie souvenir. Un simulacre d'exécution.
- Tu as noté comme le film retrouve alors l'esthétique immonde de revues nazies comme Signal ?
- C'est intéressant ton histoire de photographie. Ça boucle avec la scène finale où Florya tire sur une photo de Hitler et avec chaque coup de feu, on remonte l'histoire avec des images d'archives, on remonte aux origines du mal, jusqu'à Hitler bébé dans les bras de sa mère. On remonte tout le mécanisme qui a broyé toutes ces vies. Ça m'a rappelé la fin de Croix de fer de Peckinpah.
- Sans le rire de Coburn...
- Et le visage de Florya, dont le visage adolescent devenu celui d'un vieillard, ça m'a rappelé la chanson de Brel : ça y est, elle a mille ans.
- Ouais, pas mal le coup de la photo, mais trop réducteur, trop habile. Encore trop loin de la force du film. De sa force réelle.
- Ce n'est qu'une approche, je peux développer à partir de là.
- Tu peux. Il a hoché la tête. Tu peux pondre une de tes tartines habituelles mais ça ne change rien à rien. Comment veux-tu rendre la scène de la tourbière ? Cette marche de Florya et de Glasha, la jeune fille qui l'accompagne ? Ils sont dans la boue jusqu'au cou, c'est une véritable image de cauchemar qui est aussi une sensation de cauchemar. Le temps dilaté, l'implication physique des acteurs, la photographie d'Aleksei Rodionov, le cadre, tu peux les décrire mais ça restera en deçà de ce que tu peux ressentir.
- Certes, mais en même temps, c'est ce que dit Elem Klimov. Va et regarde, Idi e smotri, c'est valable pour nous aussi. Son film c'est une expérience de cinéma total, une expérience sensorielle et émotionnelle, son, mouvement et images. Quelque chose d'unique et de proche pourtant de ce qu'ont fait Kubrick, Spielberg, Coppola, Aldrich, Fuller, Cimino, Tarkovski...
- Citations, piège à ... Continue comme cela et tu finiras par parler de Malik.
- Non, non, l'ai-je rassuré. Tu sais que sa dimension spirituelle me laisse de marbre.
- Oui, a-t'il dit en étendant ses bras devant lui. Il n'y a pas de dieu chez Klimov. Il n'y a qu'un démon seul, un pantin à l'effigie de la peur des hommes, un épouvantail fait par eux. Et la nature n'est pas un refuge, une entité séparée. Elle et les hommes forment un tout et subit les mêmes convulsions sous l'action du Mal. Elle est pareillement dévastée. Oui, Malik non, mais Tarkovski sans doute. Florya est le frère de Ivan, sans doute. Quand même.
- L'expérience de Florya est plus radicale, non ? Je me suis resservit un verre. Et puis j'ai rempli le sien, tant que j'y étais.
- Plus radicale, je ne sais pas. Plus physique peut être. Plus quelque chose que je ne sais pas dire. Je n'y arrive pas. Il faut peut être renoncer à dire. Va et regarde. Allez voir.
- Je bois à ça, je bois à Elem Klimov.
- Je bois à Aleksei Kravchenko et Olga Mironova dont c'est le seul rôle et c'est bien dommage.
- Je bois au cinéma quand le cinéma, c'est ça.
- Tu restes pour manger ?
Le DVD, superbe édition chez Potemkine, sur la boutique.
Un article autrement sensible sur A la poursuite du vent
Sur Horreur.com
Sur Objectif Cinéma
Sur DVDclassik
Sur Film de culte
16:46 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : elem klimov | Facebook |
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17/07/2008
Courrier des lecteurs
23:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : film culte | Facebook |
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16/07/2008
Table ronde
Joachim m'en avait parlé, la Cinémathèque Française a organisé une table ronde autour des blogs avec Alexandre Tylski, Joachim donc de 365 jours ouvrables, Julien Gester, Frédéric Bas, Luc Lagier et N.T. Binh. La rencontre était animée par Bernard Payen. C'est en ligne ICI ( il vous faut un peu de temps devant vous).
23:02 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Facebook |
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14/07/2008
La tournée des popottes
Le printemps a été difficile pour les blogs. Après Flickhead, c'est un autre blog qui m'est cher qui s'est interrompu. Notre musique, rebaptisé depuis peu Préfère l'impair a cessé de publier. Mais son auteur poursuit, sous une autre identité, ses écrits. J'espère que les textes de Notre musique resteront en ligne, je maintiendrais le lien tant que ce sera le cas. J'avais lu, il y a quelques temps, un article sur les blogs qui leur donnait un cycle de vie de trois à quatre ans. Ça vaut ce que ça vaut, mais il est vrai que c'est depuis cette année que j'ai pu constater des bouleversements notables dans mes lectures régulières. Cela doit être mon côté collectionneur de coupures de presse, mais j'espère que tous ces textes, que j'ai souvent trouvés passionnants, pourront trouver une forme qui garantisse leur survie. Sinon, divers impondérables ont interrompu, provisoirement, le blog de l'ami Mariaque et Dollari Rosso. Revenez nous vite.
Parmi les blogs récemment ouverts, je me permets de recommander Avis sur des films de l'excellent Christophe qui a vu autant si ce n'est plus de films de John Ford que moi. Beaucoup de cinéma classique américain, une plume qui ne mâche pas ses mots, j'admire surtout la concision de ses textes, moi qui suis plutôt adepte de la tartine. Dans un autre registre, Forgotten silver est animé par un spécialiste de l'édition DVD et s'est fait une spécialité des bizarretés du cinéma. Saviez vous qu'Alain Delon avait faillit jouer Marco Polo en 1965 ? Saviez vous que sur le plateau d'Indiana Jones and the temple of Doom, Harrison Ford avait été fouetté par Barbra Streisand ? Saviez vous que Belmondo ne meurt peut être pas à la fin de l'Héritier de Philippe Labro ? Ce blog regorge de documents incroyables souvent glanés sur le net et d'informations sur les documentaires, fins alternatives et scènes coupées. Une cave aux trésors. Dans un registre informatif, plutôt rare sur la Toile qui préfère souvent l'avis critique, Histoires de tournages, désormais hébergé chez Devildead.com, est également animé par un professionnel du DVD. Il propose dans des textes denses le récit de tournages qui ont l'originalité de ne pas forcément s'intéresser à des classiques incontournables mais à du cinéma populaire, parfois un peu oublié comme Opération Opium de Terence Young ou le Zorro de Duccio Tessari avec Delon. Oui, celui-ci, il l'a bel et bien fait.
Quelques liens encore, histoire de meubler l'été :
Chez le toujours prolifique O signo Do Dragao, un entretien avec Vittorio Cottafavi par Michel Mourlet et Paul Agde.
Un vaste ouvrage à télécharger en pdf sur le site de son auteur : John Ford par Tag Gallagher.
Les photographies d'Angelo Frontoni sur le tournage du Mépris de Jean-Luc Godard, une exposition du Museo Nazionale del cinéma de Turin.
23:03 Publié dans Revue des popotes | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : blogs | Facebook |
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06/07/2008
Cara Giovanna Ralli,
Alors, au diable ! Je veux déposer mon hommage à vos pieds avant d'avoir à mettre deux dates derrière votre patronyme. Giovanna, vous incarnez à merveille trente années de cinéma italien, illuminant de votre brune beauté et de votre pétulant talent les plus belles années de cette cinématographie qui fut l'une des premières au monde. Votre filmographie allie les noms des grands auteurs respectés avec les fleuronts du cinéma populaire et une pointe d'expérience internationale. Et de me faire plaisir à ce défilé sous les feux du music-hall : Fellini, Lattuada, Castellari, Rosellini, Corbucci, Scola, Monicelli, Fulci, Zampa, Martino...
Vous êtes une enfant de la balle selon la jolie expression, et dans tous les sens du terme puisque vous débutez à 7 ans dans La maestrina de Giogio Bianchi. Fillette puis jeune fille puis jeune femme, c'est en France, honneur à nous, que vous trouvez l'un de vos premiers rôles en vedette devant la caméra d'Alex Joffé et aux côtés de Bourvil dans Les hussards en 1955. Vous croisez votre tempérament chaleureux à ceux de Totò, Charles Aznavour, James Coburn, Vittorio de Sica, Georges Peppard ou encore Lino Ventura.

Mais pour moi, vous restez à jamais la Columba de Sergio Corbucci dans Il mercenario (Le mercenaire– 1968). quand vous m'êtes apparue, sortant de la prison que viennent de libérer l'apprenti révolutionnaire Tony Musante et le mercenaire Franco Nero, vos pieds sont nus mais votre visage délicatement maquillé. Votre pas est assuré au milieu de tous ces péones qui cavalent comme autant de poulets apeurés. Votre conviction est pure et de votre oeil implacable, vous avez jugé à leur juste mesure vos libérateurs : deux escrocs. Vous, vous incarnez la révolution. Louise Michel mexicaine, liberté guidant le peuple, votre père a été exécuté par les fédérales ce qui vous donne du poids. Vous vous joignez à la bande de truands pouilleux possédant l'indispensable mitragliatrice et le non moins indispensable expert européen aux yeux bleus et vous entreprenez d'être la conscience politique de Paco Roman – Musante pour en faire un véritable Zapata. Vous êtes formidable, quand vous vous déguisez en saint crucifié avec barbe pour mieux mystifier et mitrailler l'armée mexicaine lors d'une parade religieuse. Vous êtes délicieuse quand vous embarquez le pollack dans votre chambre pour rendre jaloux votre apprenti guérillero puis regardez d'un oeil tout juste inquiet leur virile empoignade. « Pourvu qu'ils ne s'amochent pas trop » devez vous penser alors. Vous êtes excitante en mariée de la révolution, empêtrée dans le sabre de votre époux tout neuf, décidément de trop dans le lit conjugal. Vous forcez l'admiration par le courage déployé pour sauver ces deux idiots tombés aux mains de l'abominable capitaliste – colonel de service joué avec la puissance de l'habitude par Eduardo Fajardo. Bref, à l'instar de Lucianna Paluzzi ou de Martine Beswick, vous êtes une femme comme on fait peu d'hommes. Au coeur de ces aventures débraillées et sanglantes, vous restez comme un ilôt de douceur et de sagesse, impeccable et féminine au milieu de la poussière, de la crasse et de la poudre. Cela ne vous empêche pas de manier la dynamite et de presser les gâchettes, mais vous le faites avec tant de grâce qu'on ne peut s'empêcher de vous donner raison. Cara Giovanna, que ne suis-je un poète de race pour dire à votre louange un immortel blason.
Photographie : Spaghetti western database
Avec l'aide de G. B.
22:44 Publié dans Courrier du coeur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : giovanna ralli | Facebook |
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02/07/2008
Quelques minutes pour ma fille
07:40 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : joe hisaishi, hayao miyazaki | Facebook |
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28/06/2008
Cannes 2008 : Deux amis

Laszlo Kovacs, c'est l'Amérique nostalgique de The last movie, Paper Moon (La barbe à papa), What's up doc (On s'fait la valise docteur ?) et Nickelodéon de Peter Bogdanovich. Ce sont les cabarets et le studio de New-York, New-York de Martin Scorcese. Ce sont les champs de pétrole de Five easy pieces de Bob Rafelson. C'est le visage de Jessica Lange dans Frances de Graeme Clifford.
Vilmos Zsigmond, c'est la rivière de Deliverance de John Boorman. Ce sont les paysages de Scarecrow (L'épouvantail) de Jerry Schatzberg. C'est Elliot Gould dans The long Goodbye (Le privé) de Robert Altman. Ce sont les pastels d'Obsession de Brian de Palma. Ce sont les extraordinaires photographies de deux films majeurs, The deer hunter (Voyage au bout de l'enfer) et Heaven's gate (La porte du paradis) de Michael Cimino. On a tendance à beaucoup parler du travail de Terrence Malik avec ses chefs opérateurs, particulièrement Nestor Almendros sur Days of Heaven (Les moissons du ciel – 1978), mais celui de Zsigmond sur le film de Cimino me semble un aboutissement, la somme de toute l'ambition et de toute la beauté du cinéma américain de cette décennie. Et puis Zsigmond, c'est pour moi le premier chef opérateur de Steven Spielberg, son collaborateur sur Sugarland express en 1974 puis surtout et de façon marquante, l'homme de Close encounters of the third kind (Rencontres du troisième type) en 1978. A ce que j'ai compris, ça ne s'est pas très bien passé sur le tournage même si au bout du compte Zsigmond aura l'oscar pour la photographie du film. Mais outre les qualités plastiques et novatrices de son travail, il me semble que le style de Zsigmond a profondément influencé l'imaginaire de Spielberg, portant sa marque jusqu'au milieu des années 90 et la collaboration avec Janusz Kaminski. Étonnante l'influence à nouveau déterminante de l'apport extérieur sur le cinéma américain.

Le film de Chressanthis parcours ces deux carrières magnifiques et parallèles. Bien construit, précis, et malgré quelques effets inutiles et agaçants, il se concentre sur les oeuvres. Les nombreux extraits donnent l'envie de la découverte et de la redécouverte. Je me suis rendu compte par exemple que je ne connaissais de l'oeuvre de Peter Bogdanovich, fordien émérite, que le très moyen Mask. Le noir et blanc et les plans en profondeur de Paper moon m'ont ravi et j'ai immédiatement comblé ce trou dans ma filmothèque. Le fil rouge du documentaire reste malgré tout cette belle histoire d'amitié. Les deux hommes n'ont cessé de s'estimer et de travailler ensemble, notamment sur la formation de jeunes chefs opérateurs en Hongrie après la chute du mur. Kovacs est mort en 2007. Zsigmond a continué de fêter son anniversaire.
Un entretien avec Vilmos Zsigmond
Photographies : Moviemaker et Einsiders
09:11 Publié dans Festival | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : laszlo kovacs, vilmos zsigmond, documentaire, cannes 2008, james chressanthis | Facebook |
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22/06/2008
Cannes 2008 : Love you more
Love you more se situe très précisément en juillet 1978, date de sortie du single Love you more des Buzzcocks groupe punk formé à Manchester dans le même mouvement que les Sex Pistols. Nous sommes dans un lycée londonien où l'on porte encore l'uniforme, blazer à écusson, jupe et cravate. Peter, d'apparence bien sage avec sa jolie frange façon Beatles lorgne sur la belle Georgia aux mèches plus rebelles. Bien sûr, elle semble l'ignorer. Mais Peter n'est pas le dernier des imbéciles et pour la séduire, la grille chez le disquaire du coin en embarquant l'unique exemplaire du tout nouveau 45 tours des Buzzcocks à la belle pochette rose. Georgia se mord les lèvres. « Tu aimes les Buzzcocks ? » s'étonne-elle. Il joue les affranchis de façon touchante et elle lui propose de venir l'écouter chez elle. Et devinez ce qui arriva.

Love you more est une histoire de premières fois. Première écoute, premier amour, première étreinte, première dépose du saphir sur le sillon, premières notes, première sortie. C'est une histoire de découvertes. Découverte de la musique, d'un groupe, de l'autre, du sexe, du plaisir. J'ai trouvé les autres courts métrages pénibles parce qu'ils reposent sur des choses assez ténues, anecdotes qui ne se subliment pas en quelque chose que, faute d'autre mot, je qualifierais de poésie. Sam Taylor-Wood opère la sublimation. Son film donne à voir, à entendre et à ressentir les sentiments qui animent ses deux jeunes héros. Il y a une symbiose étonnante entre la musique, cette énergie juvénile du punk originel, la beauté des images, l'énergie des acteurs et leur sensualité qui se libère. Le coeur du film c'est cette première étreinte du couple, sa formation. Elle est à la fois directe, magnifiée et, chose rare, pleine d'humour. Elle est proche de celle de Primrose Hill de Mickaël Hers, sans ce côté frontal qui m'avait (un peu) gêné. La façon de tourner de Taylor-Wood donne un équivalent à la musique des Buzzcocks : linéaire, évidente, ébouriffée. Mais nous ne sommes jamais dans une idée de clip, plutôt dans une idée de comédie musicale. C'est très beau et l'humour désamorce, comme dans la vie, la gravité de la situation.
Peut être que Sam Taylor-Wood fait si bien passer l'essence d'un sentiment, d'un moment, parce qu'elle ne vient pas d'un univers purement cinématographique. Cette jeune femme est une plasticienne et photographe, artiste vidéo renommée dont le travail est axé justement sur le sentiment et sa difficulté à l'exprimer. Love you more n'est pas son coup d'essai de cinéma pour autant, elle a participé au projet Destricted, avec l'histoire Death Valley, assez pénible, à peu prés tout ce que Love you more n'est pas, mis à par cette façon directe de filmer le sexe. A noter que le film a été produit par Anthony Minghella, récemment décédé et auquel il est dédié.
10:37 Publié dans Festival | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : cannes 2008, sam taylor-wood, court métrage | Facebook |
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20/06/2008
Cannes 2008 : Défense du conte
Comme Ed de Nightswimming, je sentais qui me serait difficile d'écrire sur Un conte de Noël, son dernier opus. Complexe, brillant, riche de forme comme de fond, peut être un peu trop comme le souligne le bon Dr Orlof. Ce n'est pas un film facile à aborder, surtout pour le défendre avec la sale image que se trimballe son réalisateur. Parce que l'on peut parler de la mise en scène, virtuose, usant d'un langage cinématographique varié, souvent ludique avec ses ouvertures et fermetures à l'iris, les split screen, les adresses à la caméra, le théâtre d'ombre, les voix off, les ellipses, les mouvements sophistiqués, l'unité de temps disloquée à plaisir. On peut parler de la photographie chaude d'Éric Gautier, de l'ambiance familiale dorée et bourgeoise, de cette atmosphère de Noël sur Roubaix, la ville dont Desplechin est originaire. On peut citer si, comme moi, on pense que le cinéma a été inventé pour filmer les femmes, les portraits de Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Emmanuelle Devos et Anne Consigny. On peut parler aussi de la musique de Grégoire Hetzel, dans la lignée des partitions de Georges Delerue, et de l'utilisation de musiques diégétiques mêlant une grande culture, du jazz au style électro. La culture, parlons-en. Elle s'étale ici ostensiblement : théâtre, marionnettes, littérature, philosophie, cinéma, religion, peinture, métaphore mythologique, tout l'ensemble d'un cinéaste à l'intellectualisme revendiqué. On pourra terminer par les acteurs, tous excellents dans des registres attendus (Amalric, Devos) ou moins (Deneuve au superlatif, Consigny, Mastroianni). Et puis cette façon de faire jouer les enfants, et puis ces dialogues si travaillés, et puis ce ton qui mêle le drame au badinage. « Je ne t'ai jamais aimé / Mais moi non plus ». Ah, ça en a énervé plus d'un. Et enfin cet art difficile de nous immerger dans un groupe vivant, oui, vivant, et de nous donner le plaisir de les suivre comme si l'on faisait partie de la famille, du groupe comme dans Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle).

Une fois écrit tout cela, on peut pourtant avoir au bout du clavier un « mais ». Un « mais » insistant que l'on cherche à creuser et qui occulte petit à petit tout le reste. Mais quoi ? Suis-je donc tellement baigné dans l'air du temps qui se plaît à flageller notre cinéma national ? N'y a-t'il pas moyen de s'enthousiasmer sans arrière pensée pour un film français, sans être sur la défensive ? Sans chercher à l'excuser ? D'accord, Desplechin n'est pas le plus mal loti et ses films sont plutôt bien accueillis. Mais ils déclenchent des attaques violentes en forme de coups de pied de l'âne, d'autant plus redoutables et marquantes qu'elles se drapent dans la vertu outragée : réactionnaire, machiste, conservateur, bourgeois (argh : horreur absolue), autiste au monde d'aujourd'hui, raciste ou peu s'en faut. On retrouve tout ceci concentré dans une tribune du Monde signée Emmanuelle Retaillaud-Bajac, historienne. Alors moi, ni une, ni deux, je monte au créneau sur mes grands chevaux, ce qui est un peu casse-gueule, mais qu'importe, taïau !
Madame, Arnaud Desplechin est un cinéaste et à ce titre un artiste libre de parler de ce qui l'intéresse et d'ignorer avec superbe ce qui se passe dans les jardins d'à côté. Chaque cinéaste cultive son jardin et libre à vous de n'en pas manger les légumes.
Madame, vous nous parlez de la diversité de notre société pour vous plaindre qu'elle n'apparaît pas dans Un conte de Noël. Vous oubliez un peu vite que si cette diversité est une réalité, elle est loin d'être homogène. Si vous alliez faire un tour chez mes beaux-parents, vous seriez surprise de son absence, sans doute du même ordre que celle dans la bourgeoisie de Roubaix ou dans le Paris rêvé de Jean-Pierre Jeunet.
Madame, les films américains avec leurs quotas de noirs, d'hispaniques et d'hawaïens du sud-est sont ridicules et hypocrites. Ils ont conduit au personnage de Morgan Freeman dans l'histoire de Robin des bois. Le scandale, ce n'est pas l'absence de noirs dans les films, mais le fait que les nègres ne puissent réaliser, produire et distribuer leurs films. La diversité, c'est quand un cinéaste comme Quentin Tarantino, blanc, film une icône de la blaxploitation, Pam Grier, noire, comme Joseph Von Sternberg filmait Marlène Diétrich, avec amour. Sinon, c'est de la bonne conscience écoeurante associée à du ratissage commercial.
Madame, je crains que vous ne vous soyez endormie pendant le film, parce que les personnages de Catherine Deneuve, Emmanuelle Devos et Chiara Mastroianni manient le verbe hautement et la dernière a l'initiative sexuelle. La scène est par ailleurs très érotique pour un mâle pâle, hétérosexuel comme je le suis, et bien que cela m'ennuie de vous donner des arguments.
Madame, la famille décrite par Desplechin est socialement typée, certes, mais c'est le propre des bons scénarios d'être justes sur ce dont ils parlent. Est-elle minoritaire ? Je pourrais répondre : Et alors ? Mais je préfère vous retourner cette question : Par qui croyez vous que Nicolas Sarkozy a été élu ? Une minorité ?
Madame, votre diatribe est finalement assez méprisante pour le cinéma en général et Desplechin en particulier. J'ai surtout l'impression que vous lui reprochez ce qu'il est et de ne pas faire les films d'autres. Le genre d'argument qui me faisait déjà bondir appliqué à Robert Guédiguian. A vous lire, je me dit que nous ne sommes pas sortis de l'auberge.
Madame, j'aime, moi, Un conte de Noël. Je ne sais pas si c'est un chef d'oeuvre, je manie ce mot avec parcimonie pour ne pas le dévaloriser. Mais je pense que c'est le film le plus réussi d'Arnaud Desplechin, le plus rond, le plus léger, le plus clair. Une belle synthèse de ce dont son auteur est capable et un bel objet plein, généreusement, de cinéma.
Photographie : © JC Lother / Why Not Productions
Un autre avis sur Balloonatic
Une autre charge de Pascale Bodet sur Chronic'art
Une autre contre-attaque de Laurent Delmas
07:40 Publié dans Festival | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : cannes 2008, arnaud desplechin, polémique | Facebook |
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19/06/2008
Cannes 2008 : si loin, si proche
Il y a un plan du même ordre que celui de Gomorra à la fin de Snow, premier film de la bosniaque Aida Begic. Un plan qui exprime un sentiment opposé. On y découvre enfin, magnifiques et boisées, les terres tant convoitées du village de ces femmes que l'on a vu lutter pour les conserver. Un morceau de pure beauté. Le début du film m'a un peu inquiété. Une jeune femme voilée, des bondieuseries, une caméra portée, des effets de mise au point : confusion. Heureusement, ça s'arrange assez vite et les choses, les gens, le propos et la mise en scène se mettent en place. Soit donc une communauté rurale en Bosnie, Slavno, réduite à six femmes de tous âges. L'année : 1997. Fils, pères et maris ont été emmenés par les milices serbes puis sans doute exécutés. Ne sont restés qu'un vieillard résigné et un garçon taciturne. Le village a été partiellement détruit mais ces femmes s'y accrochent. Chacune survit à sa façon, par le travail, la religion, l'espérance d'un exil, le souvenir. Mais elles n'ont pu faire leur deuil et se raccrochent à l'espoir d'un survivant, d'un retour. Si la paix est revenue, les serbes aussi, sous une autre forme. Mandatés par des groupes internationaux, vaguement maffieux, ils veulent racheter l'endroit pour en faire un complexe de vacances. La fable est limpide, jolie et morale. C'est la nature elle-même, à la faveur d'une tempête, qui se rebiffe et expulse les intrus. Le voisin serbe, dévoré de remords, révèle l'endroit de l'exécution et permet le deuil. Avec l'aide d'un survivant venu d'un autre village, la reconstruction pourra avoir lieu, et la vie continuer. Attachant au sens le plus fort que l'on puisse donner à ce mot, Snow a cette qualité que j'apprécie entre toutes, la faculté de faire partager de l'intérieur la vie et les sentiments d'une communauté qui semble si loin de moi. Une porte ouverte sur un ailleurs rendu tout proche. J'aimerais assez m'installer au soleil dans l'arrrière cour de Slavno pour déguster les confitures.

Le cinéma iranien a bien des qualités mais pas forcément celle de faire rire. D'accord, il y a de l'humour chez Kiarostami et Makhmalbaf, mais ce ne sont pas Blake Edwards. Il faudra désormais compter avec Saman Salour et son film Taraneh Tanhayie Tehran(Le chant solitaire de Téhéran) présenté à la Quinzaine des réalisateurs. En Iran, il est interdit d'avoir une antenne parabolique, des fois que cela permettrait de capter des chaînes de télévision sataniques. Néanmoins, comme le raconte Marjane Satrapi dans Persépolis, les iraniens déploient des trésors d'ingéniosité pour accéder aux plaisirs interdits. Hamid et Behrouz sont deux cousins qui installent clandestinement ces antennes, prenant tous les risques. Le film est le récit picaresque de leurs aventures et de leur relation. Je suis bien conscient du paradoxe qu'il y a chez moi à m'enthousiasmer pour un film qui prône comme conquête de la liberté l'accès à la télévision. Mais c'est très drôle et assez inédit. Hamid est un sacré personnage, joué par Hamid Habibifar, une sorte de Woody Allen première manière, tout petit et quelque peu malingre, mythomane, hâbleur, beau parleur, baratineur, touchante boule de nerfs qui parle avec un débit de mitraillette. Behrouz est un colosse taiseux et emprunté, pas très loin de Bud Spencer, maladroit et pathétique. Il dit avoir fait la guerre dans les transmission et avoir été blessé. C'est lui qui le dit. Un couple pas très loin de celui de Steinbeck, Georges et Lennie dans Des souris et des hommes. Un couple qui fonctionne. Le film est parfois un peu maladroit, des cadrages tordus, une image vidéo pas toujours excitante (mais de jolies atmosphères nocturnes), un poil de mélodrame. Mais il fonctionne parfaitement sur les incessantes chamailleries des deux héros, très bien écrites et mises en valeur à travers une intrigue linéaire et classique, tout ce qu'il faut pour une bonne comédie. Saman Salour nous embarque dans un Iran inhabituel, un Téhéran banal, plutôt triste et assez angoissant peuplée d'hommes et de femmes finalement très proches, une ville très, trop moderne où la pénurie d'essence n'empêche pas les voitures de tourner sans cesse.

Photographie : Snow © Mamafilm et Taraneh Tanhayie Tehran : DreamLab films
06:42 Publié dans Festival | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cannes 2008, aida begic, saman salour | Facebook |
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