28/10/2010
De la mort - Partie 1
Après l’érotisme, Ludovic de Cinématique nous propose un nouveau questionnaire tout à fait stimulant sur la mort au cinéma en 19 questions. Voici qui tombe à pic à l'occasion de ma période de ralentissement automnal.
1 - Quel est le plus beau meurtre cinématographique ?
Le meurtre inaugural du Suspiria (1976) de Dario Argento ayant été beaucoup cité, à juste titre, mon choix bien embarrassé se portera sur celui de Kuan Yu-lo joué par Ti Lung dans Bo sau (Vengeance – 1970) de Chang Cheh. Une scène aussi sanglante qu'excessive qui inspirera John Woo.
2 - Quel est à vos yeux le cinéaste le plus morbide ?
Steven Spielberg. C'est du moins l'une de ses nombreuses fascinantes facettes. (Photograhie Movieset).
3 - Et le film le plus macabre ?
Pat Garret and Billy the Kid (1973) la marche funèbre de Sam Peckinpah. (Photographie : DR).
4 - Quel est le personnage dont la mort à l'écran vous a le plus ému ?
Setsuko, la petite fille dans Hotaru no Haka (Le tombeau des lucioles – 1988) de Isao Takahata. Je crois que je ne m'en remettrais jamais. (Photographie Animepaper).
5 - Celle qui vous a le plus soulagé ?
Celle de Mr Blonde dans Reservoir dogs (1992) de Quentin Tarantino, interrompant la plus éprouvante des séances de torture. (Photographie Thecia).
6 - Quel est votre zombi favori ?
Karen Cooper, la petite fille à la truelle qui aime si fort ses parents, jouée par Kyra Schon dans Night of the Living Dead (La nuit des morts vivants - 1968) de Georges Romero. (Photographie Examiner.com).
7 - Pour quelle arme du crime, gardez-vous un faible ?
Toutes celles dont ce n'est pas la destination première. Par exemple le gigot utilisé dans un épisode de Alfred Hitchcock présente : Lamb to the Slaughter (Coup de gigot). Photographie Wikipedia.
8 - Quelle personnification de la mort vous a le plus marqué ?
Django chez Sergio Corbucci.
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27/10/2010
Au-delà des mots
De quoi illuminer sa journée quand on arrive chez Ray de Flickhead : Debra Paget dans l'inoubliable costume de Der Tiger von Eschnapur (Le tigre du Bengale - 1959) de Fritz Lang via Grandes choteras de ayer y hoy, un Tumblr absolument époustouflant qui comblera les plus fétichistes d'entre nous.
09:07 Publié dans Actrices, Cinéma, Panthéon | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : debra paget, fritz lang | Facebook |
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23/10/2010
Les joies du bain : Blanc-sec
Un peu plus glamour que son modèle en bandes-dessinées, la belle Adèle incarnée par Louise Bourgoin dans le film de Luc Besson. Photographie : source Idrann.
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21/10/2010
Je serais là...
12:51 Publié dans Cinéma, Panthéon | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : john ford | Facebook |
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20/10/2010
Drapeau rouge
22:51 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : charlie chaplin | Facebook |
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17/10/2010
La cité des douleurs
Curieux film que Nanjing ! Nanjing ! réalisé par le chinois Lu Chuan et sortit chez nous cet été sous le titre international de City of life and death. Commencé en 2007 après un gros travail de recherche et d'écriture, le film aborde un des épisodes les plus douloureux de la guerre sino-japonaise (1937/1945) : la prise de Nankin alors capitale de la république du Kuomintang dirigée par Tchang Kaï-chek, puis le massacre tant des prisonniers de guerre que de la population civile. Ce massacre qui dura plusieurs mois avec son cortège de viols et exécutions de masse sonne comme un prélude à la barbarie généralisée de la seconde guerre mondiale, un peu à l'image du bombardement de Guernica en Espagne. Il reste un sujet très sensible en Chine et au Japon. A l'origine, la sortie du film devait correspondre à la commémoration des 70 ans de l'évènement. Mais l'angle d'attaque de Lu Chuan a quelque peu travaillé la censure chinoise qui a mis six mois avant d'approuver le scénario, puis, le film ayant démarré son tournage en octobre 2007, six mois de plus avant d'autoriser la sortie du film terminé. Il est présenté en avril 2009 et l'on pourra regretter qu'il lui ait fallu près d'un an et demi pour arriver sur nos écrans. Comme ce fut le cas pour le Katyn (2007) d'Andrzej Wajda, nous sommes quasiment les derniers. Le film est d'ailleurs disponible en Dvd depuis belle lurette. On pourra donc s'interroger de ce manque d'intérêt des distributeurs hexagonaux pour ces films qui tranchent assez radicalement sur le tout venant des sorties américaines comme françaises.
Mais revenons au film. Le ressentiment chinois (qui peut se comprendre) s'est souvent exprimé au cinéma à Hong-Kong comme en Chine populaire. On le retrouve dans des œuvres de pure fiction comme Fist of Fury (La fureur de vaincre – 1972) de Lo Wei avec Bruce Lee ou Beach of the war gods (Les dieux de la guerre – 1972) de et avec Jimmy Wang Yu comme dans les films « historiques » de Tun Fei Mou qui aborde le massacre de Nankin avec Black Sun: The Nanking Massacre en 1994. Leur constante est une xénophobie anti-japonaise virulente : tous les japonais sont des sauvages cruels sans nuance et jusqu'à la caricature, comme le fameux maître japonais « Croc de sabre », le méchant de The one-harmed boxer (Le boxeur manchot – 1971) de Wang Yu. Lu Chuan a décidé de sortir de ces visons manichéennes et son film entend approcher un point de vue japonais en parallèle à celui chinois, comme l'avait tenté Jiang Wen dans le superbe Guizi lai le (Les démons à ma porte – 2000). Son film introduit donc un personnage très réussi de soldat japonais, Kadokawa joué par Hideo Nakaizumi, profondément humain, bon soldat mais affecté par les exactions de ses camarades. Lu Chuan multiplie également les notations sur la vie quotidienne des soldats japonais, leurs temps morts, leurs rites comme la fête finale qui célèbre leur victoire, décrite dans le détail. Tout cet arrière plan, très réussi par sa précision et la grande qualité de la figuration de masse, vise à adresser son film autant aux spectateurs japonais que chinois. Habilement, au début du film, il montre un épisode de l'ultime résistance chinoise par une embuscade tendue au groupe de Kadokawa par des soldats chinois commandés par l'officier valeureux Lu Jianxiong. Cette bataille est un véritable combat d'homme à homme, mis en scène avec un grand sens de l'espace et du mouvement, où la peur, la vaillance et la mort sont des deux camps. Lu Chuan adopte tour à tour le point de vue des uns puis des autres. Cette première partie permet une identification aux soldats japonais avant les terribles scènes des exécutions de masse des prisonniers de guerre.
Car en miroir, le réalisateur ne dissimule rien des épisodes les plus terribles de cette histoire. Il semble avoir attentivement vu le cinéma de Steven Spielberg. Les scènes de combat s'inspirent des canons (si j'ose dire) définis par Saving private Ryan (Il faut sauver le soldat Ryan - 1998) et le reste de Schindler's list (La liste de Schindler – 1993). Nanjing ! Nanjing ! bénéficie d'une très belle photographie en noir et blanc signée Cao Yu, très travaillée au niveaux des effets (fumées, éclairages, scènes de nuit), avec ces effets d'accélérés très brefs sur des plans très courts qui donnent une terrible dynamique aux combats et aux fusillades. Il y a aussi cette approche frontale de la violence qui ne triche pas mais ne s'attarde pas, qui n'est pas tant une tentative d'impressionner le spectateur (ce qu'elle reste malgré tout) que de rendre compte du traumatisme des personnages qui la vivent (par exemple dans la scène de la mise à sac de l'hôpital). A ce titre, tout ce qui aborde le sort des femmes et les viols collectifs est traité avec autant de délicatesse qu'il est possible. Autre motif décliné tout au long du film, celui des enfants. Témoins et victimes, parfois insouciants, symboles de l'innocence en proie à la barbarie, ils représentent aussi chez Lu Chuan l'avenir. Dans l'une des dernières scènes, le secrétaire Tang part au poteau d'exécution après avoir révélé avec un sourire à l'officier japonais Ida que sa femme, désormais libre, est de nouveau enceinte. Il s'éloigne alors dans la profondeur du champ pour subir son sort tandis que nous restons sur le visage perplexe de l'officier. Manière d'optimisme là où Spielberg faisait de la petite fille en rouge le symbole de l'aveuglement criminel des nations.
Le problème de Lu Chuan est peut être d'avoir trop bien réussi son équilibrage. Face à Kadokawa, il y a donc le soldat Lu Jianxiong, le civil Tang, l'enfant-soldat, la femme Jiang Shuyun (une enseignante) et l'occidental, figure réelle de John Rabe l'ambassadeur de l'Allemagne nazie qui eu pour l'occasion une attitude courageuse. Mais aucun de ces personnages ne « tient » le film d'un bout à l'autre comme celui du japonais. D'où un curieux sentiment d'avoir affaire à une sorte de film de réconciliation, ce qui n'a pas manqué de provoquer les critiques de nombreux chinois. Ce que Clint Eastwood a tenté par son diptyque sur la bataille d'Iwo-Jima, il le fait de combattant à combattant. Lu Chuan tente le pari de juxtaposer les regards des victimes civiles à ceux des bourreaux militaires. D'où la perplexité qui peut s'emparer du spectateur et la limite d'un discours sur les horreurs de la guerre sur lesquelles tout le monde est déjà bien d'accord. Il manque peut être au film une dimension d'ouverture sur l'histoire, histoire du pays, histoire des relations entre Chine et Japon, perspectives ouvertes sur le monde d'aujourd'hui, toutes choses que l'on retrouve dans les films de Spielberg, Wajda ou Eastwood pour s'en tenir à ceux qui ont été ici cités. Lu Chuan s'en tient avec brio, talent de cinéaste et d'incontestables qualités humaines à un récit, vaste et embrassé dans sa complexité mais il ne le dépasse pas.
Sur Nightswimming
Photographie : Tajeunesse.com
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16/10/2010
Les joies du bain : En images
09:53 Publié dans Les joies du bain | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : cecil b demille | Facebook |
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14/10/2010
Les 10 salopards - Partie 2
L'histoire fourmille d'ordures en tout genre, dictateurs, tyrans, inquisiteurs, chefs de guerre et de milice, dont le cinéma s'est emparé avec gourmandise. L'une des figures les plus gratinées est celle de l'empereur Caligula. Oderint, dum metuant. Les épisodes de son règne, réels ou légendaires, sont connus. Rien n'égale le portrait qu'en a donné Malcolm McDowell dans le Caligola (1979) de Tinto Brass. McDowell, déjà, rien que de voir son visage de poupon pervers, les poils du dos se hérissent. Ici, lâché en liberté, il promène son rictus en forme de sourire sadique dans les décors opératiques de Danilo Donati. Il faut l'avoir vu, nu sous l'orage, arpenter les terrasses de son palais, le pouce levé, criant à la face du ciel qu'il est Dieu. Il faut l'avoir vu.
De Caligula à Messaline, il n'y a qu'un pas que je m'empresse de franchir. L'impératrice scandaleuse a inspiré pas mal de monde mais la plus vicieuse selon moi est celle de Belinda Lee dans le Messalina, venere imperatrice (1960) de Vittorio Cottafavi. Grande, féline, sublime, les mains longues et dansantes, elle séduit puis frappe, retorse et sans pitié, usant de tous ses charmes pour frayer sa voie dans ce monde d'hommes. Elle retourne ainsi de son œil de biche l'officier joué par le juvénile Giuliano Gemma, venu pour la tuer, puis à l'issue d'une nuit que l'on imagine torride, le fait exécuter. Ah ! Mante religieuse.
Des salauds ordinaires, Jean Yanne en aura joué de bien beaux. Pour Maurice Pialat bien sûr, Godard aussi. J'aime tout particulièrement sa composition en Paul Decourt dans Que la bête meure (1969) de Claude Chabrol, un spécialiste. Il est l'homme que vous aimerez haïr. Bourgeois parvenu, garagiste vicieux qui tripote sa bonne, macho, égoïste, dur avec les faibles et faible avec les forts, fort en gueule, prétentieux et violent, il est évidemment lâche. Il a fuit après avoir renversé le fils de Charles Thénier (Michel Duchaussoy) qui le traque et finit par le retrouver pour découvrir quel bonhomme atroce il est.
Dans le film de cape et d'épée à la chinoise, on ne s'embarrasse généralement pas de nuance quand il s'agit des méchants. Le méchant est très méchant, vicieux et redoutable jusqu'à la moelle. Doué en art martial, personne ne lui résiste, sauf le héros. Et encore, c'est pas toujours facile. A ce jeu, Ku Feng aura personnifié une jolie galerie de salopards fourbes pour, entre autres Chang Cheh. Il porte souvent la moustache et la barbe, surtout la moustache longue à trois poils qu'il caresse avec volupté tout en méditant de noirs desseins. Dans San duk bei do (La rage du tigre – 1971), il est Long Zi-Yhi dont l'apparence de vieux sage dissimule une technique perverse: il amène les chevaliers qu'il combat à se trancher le bras, jouant sur une botte secrète et leur sens extrémiste de l'honneur. C'est ainsi qu'il coince Lei Li, ce qui ne lui portera pas bonheur puisque le manchot compensera son handicap par un coup avec trois épées. Encore raté.
Le méchant est finalement assez rare dans le cinéma de John Ford. Sa profonde humanité le retenait peut être de s'étendre sur des portraits de terribles canailles (sauf si elles sont sublimes). Il nous aura pourtant donné un méchant des plus mémorables avec Liberty Valance dans le film qui se demande qui l'a tué. Valance, c'est Lee Marvin et il incarne sans trop de nuance tout ce que Ford pouvait détester: violence sadique, désir d'humilier, attaques contre les principes démocratiques américains et la liberté de la presse. Valance est l'homme primitif et la face sombre de l'homme de l'ouest qui s'oppose à la figure de Tom Doniphon joué par John Wayne. Deux routes possibles pour des hommes grandis dans un pays encore libre et sauvage. Mais là où Doniphon a construit sa ferme et vit selon des règles plutôt chevaleresques, Valance a laissé s'exprimer ses instincts les plus vils et s'est vendu aux grands propriétaires. Il est le redoutable valet.
Dans le cinéma de genre à la française, son visage à la Lee Van Cleef, œil sombre et fine moustache, en ont fait l'incontournable sbire. Traître idéal, exécuteur des basses œuvres, homme de main et de tous les coups fourrés, Guy Delorme n'a cessé de mettre des bâtons dans les roues des héros personnifiés par Jean Marais et Gérard Barray, se délectant à enlever leurs douces dulcinées. Immanquablement, à l'issue d'un duel acharné, il finissait par tomber de la muraille ou du toit, embroché en beauté. Difficile d'isoler un rôle plutôt qu'un autre, ce paragraphe est un hommage à sa carrière d'affreux sublime.
Photographies : Camp academy , Notre cinéma , Allociné (collection Christophe L.), HKcinemagic, LEFT of cyber-center, Tout le ciné.
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13/10/2010
Les 10 salopards - Partie 1
A force de parler de choses horribles, elles finissent par arriver. Il y a quelques temps, Frédérique avait établi une liste de ses dix méchants préférés au cinéma, suivie en cela par Ran et Nolan du blog De son coeur le vampire. Stimulé par l'exercice, j'ai commencé à ruminer tout cela mais le temps, l'amour, les vaches... Je n'avais pourtant pas oublié et, chose promise, chose dure, voici une collection de 10 estimables salopards avec une contrainte supplémentaire, ne pas recouper les listes de mes trois camarades, excluant ainsi les morceaux de choix que constituent Tigrero, la reine de Blanche Neige et HAL 9000.
Honneur aux femmes, aucune ne m'a paru aussi pathétiquement ignoble que Emma Small campée par Mercedes McCambridge dans le Johnny Guitar de Nicholas Ray (1954). Elle irradie dune haine très pure envers Vienna (Joan Crawford) dont elle jalouse tout à la fois l'amour du Dancing Kid, l'indépendance, la séduction, l'assurance et le flair économique. Vieille fille encore jeune mais totale frustrée sexuelle, c'est une femme de pouvoir vêtue de noir (elle porte le deuil de son frère) qui réprime ses passions féminines. Elle fera tout pour abattre sa rivale: mentir, dénoncer, calomnier, promettre la vie sauve au jeune Turkey avant de le faire pendre, exciter les bons citoyens à libérer leurs instincts de lyncheurs, et tuer filialement, ivre de ressentiment, celui qu'elle aime. Glaçante, l'œil d'acier, la lèvre tremblante de rage, elle est plus terrifiante que bien des méchants du western classique, de Jack Palance à Arthur Kennedy en passant par Dan Duryea.
Dans le registre de la salope froide et calculatrice, personne n'égale à mon sens Ève Harrigton. Anne Baxter a personnifié à la perfection cette jeune femme d'allure modeste, réservée voire timide, dissimulant l'âme du serpent le plus venimeux dont Joseph L. Mankiewicz nous dit tout dans All about Ève (1950). Rêvant de gloire théâtrale, elle s'introduit dans l'entourage de la célèbre Margot Channing (Bette Davis) et manœuvre subtilement pour lui prendre (presque) tout et se hisser au sommet. Ce personnage se situe dans la lignée de femmes redoutables du cinéma américain de l'époque, les Phyllis Dietrichson (Barbara Stanwyck dans Double indemnity (1944) de Billy Wilder), Diane Tremayne (Jean Simmons dans Angel face (1952) d'Otto Preminger) ou Elsa Bannister (Lady from Shangai (1947) d'Orson Welles). Mais le combat femme contre femme et l'écriture subtile de Mankiewicz atténue les accents misogynes attachés aux portraits de ces femmes fatales.
Le cinéma français a donné quelques figures inoubliables d'ignobles, en particulier ceux écrits par Jacques Prévert pour Marcel Carné, Jean Grémillon et Jean Renoir. J'ai un faible pour le Paul Batala de Jules Berry (qui a un sacré palmarès à son actif) dans Le crime de monsieur Lange (1936) de Renoir. Capitaliste décomplexé, vicieux, pervers, manipulateur et ignoble donc jusqu'à l'exubérance, rien ne manque à ce portrait à charge que Berry rend lyrique dans la caricature. Son meurtre accidentel, assez radical, n'en fait pas moins plaisir à tout le monde.
De Sentenza à Tigrero en passant par les personnages joués par Jack Palance et le Franck de Henry Fonda, le western all'italianna a donné quelques figures incontournables de méchants tout ce qu'il y a de plus vicieux. La gâchette leste et l'œil sans pitié, ils tuent hommes femmes et enfants comme on prend un verre. Je porterais mon choix, puisque j'ai l'embarras, sur le colonel Gunther Reza de Giù la testa ! (Il était une fois la révolution – 1971), joué par Domingo Antoine (pseudonyme du français Antoine Saint-John), Némésis de Juan et John. Inspiré à Leone par les officiers fascistes de sa jeunesse, Reza a la parole rare et le poteau d'exécution rapide. Le visage anguleux, émacié, d'Antoine marque les esprits, comme se gravent les petits détails terrifiants: sa façon de manipuler les essuie-glaces, de se laver les dents, de gober un œuf. L'horreur militaire.
23:05 Publié dans Blog, Cinéma, Panthéon | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : liste | Facebook |
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10/10/2010
Le boxeur et la mort
D'abord des coups sourds. Puis les gants de boxe qui martèlent le sac d'entraînement. Dans un petit gymnase désert, un homme s'exerce, régulier, puissant, déterminé. Il a fini. Sa blonde compagne lui tend une serviette. Quand il ressort du vestiaire, il ajuste sa casquette à tête de mort et sa veste de commandant SS. Walter Kraft dirige un camp de concentration. Boxeur dans le civil, il s'entraîne pour ne pas perdre la forme et pour tromper l'ennui de son travail de mort. Kraft est tout autant le boxeur du titre que Ján Komínek, prisonnier que le commandant extrait de la masse en tenues rayées destinée à l'extermination, boxeur lui aussi, avant, pour en faire son adversaire-partenaire et mettre du piment dans son activité sportive. Kraft boxe et donne la mort. Komínek boxe et l'attend. Tout le projet du film de Peter Solan tient dans le paradoxe né de cette situation. Situation qu'il exploite méthodiquement pour proposer une méditation sur l'univers concentrationnaire, la nature du mal et l'esprit de résistance.
Photographie : capture DVD Malavida
Un article de Marc Eliel sur Parution.com
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09/10/2010
John Ford "Making movies is easy"
14:33 Publié dans Panthéon, Réalisateur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : john ford | Facebook |
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08/10/2010
La dernière tentation
Je prendrais volontiers la place de l'un des deux larrons, le bon ou le mauvais, peu importe. Raquel Welch et son inoubliable bikini préhistorique photographiée par Terry O'Neill. Via Flickhead, merci Ray. (Cliquez pour agrandir).
19:50 Publié dans Actrices | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : raquel welch | Facebook |
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07/10/2010
Viva Ubalda
Entre deux films pétris d'élévation spirituelle, de poésie ou d'onirisme venu du lointain Orient (sauras-tu, fidèle lecteur, reconnaître ces subtiles allusions ?), le cinéphile fervent mais qui n'est pas de bois ne saurait se couper de sa base et aura à cœur de délasser son cerveau reptilien en s'offrant une virée au pays du cinéma de genre. Et pas question d'un chef d'œuvre méconnu ! Que ce soit du beau, du bon, de l'authentique en toc. Ainsi, solidaire du bon Dr Orlof qui s'inquiète d'être solitaire en ces contrées où il se repaît de femmes en prisons et de villages maudits, je me suis lancé dans l'entreprise limite que constitue la vision de Quel gran pezzo della Ubalda tutta nuda e tutta calda (1972), œuvre de l'illustrissime Mariano Laurenti à côté duquel Rossellini n'est qu'une anecdote. Cela se traduit pour les ignorants de la langue de Dante par « Ce sacré morceau d'Ubalda toute nue et toute chaude ». C'est aussi long pour un titre que celui de la dernière palme d'or, mais nettement moins poétique. Quoique. Oui, car la Ubalda en question, c'est Edwige Fenech et si Edwige Fenech n'est pas de la poésie alors Dieu n'existe pas et l'on peut tout autant passer l'age de la retraite à 75 ans. Donc Edwige Fenech est de la poésie (admirez la pureté de la démonstration) et ayant ainsi écrit son nom, j'ai dit tout ce qu'il y avait à dire sur le film, il come et il perché. Quand vous saurez en sus qu'elle y est filmée en Scope, courant quasi nue dans la campagne romaine au ralenti, vous saurez tout ce qu'il y a à savoir sur la problématique de la mise en scène selon Laurenti, vous aurez d'ailleurs déjà cessé de lire cette chronique et quitté Inisfree pour chercher des images. Restez. En voici une :
C'est gentil. Bon, faisons œuvre d'information. Ce film se rattache au double courant des « décamérotiques », films inspirés par le succès de Il Décameron (1971) de Pier Paolo Pasolini (Ah mais) et de la comédie polissonne all'italiana. De Pasolini, ces films retiendront le contexte historique (Le moyen-âge), l'utilisation de décors naturels, les histoires d'aventures sexuelles et une certaine liberté dans leur représentation. La comédie polissonne, elle, connaît son heure de gloire (si l'on peut utiliser ce mot) dans les années 70 avec des films populaires et assez médiocres pour rester diplomate. Edwige Fenech fait avec celui-ci sa première véritable expérience dans le genre après ses succès dans les gialli de Sergio Martino, Giuliano Carnimeo et de Mario Bava. Elle en devient la grande prêtresse aux côtés de Nadia Cassini et Gloria Guida. Mariano Laurenti est lui un spécialiste du genre (vous pouvez vérifier) et l'on trouve à ses côtés l'assistant Michele Massimo Tarantini qui ne tardera pas à marcher sur les pas de son mentor. Le producteur de ce film matrice, mais si, n'est autre que Luciano Martino, frère de Sergio et compagnon de la belle Edwige. Heureux homme.
L'histoire, si vous y tenez, c'est celle d'Olimpio De'Pannocchieschi qui revient de la guerre, tellement misérable qu'on se demande comment il a survécu, tellement moche que l'on se demande comment il peut être l'époux de la belle Fiamma. Effectivement, celle-ci a des amants plein la maison, mais le prudent Olimpio l'a équipée d'une ceinture de chasteté. Elle a aussi une chemise de nuit très échancrée. Fiamma, c'est Karin Shubert que vous avez sûrement vue en reine d'Espagne dans La folie des grandeurs (1971) de Gérard Oury. Très belle aussi, elle a eu un destin dramatique, mais ici elle est pleine de vie et de sensualité. Bref, je passe les détails, le héros doit se réconcilier avec un meunier, mari jaloux de la belle Ubalda. Ah ha. Olimpio en tombe raide d'où quiproquo, déguisements, ceintures de chasteté, clefs, bagarres et gags, théoriquement. Tout se passe au niveau de la ceinture, à peu près. La musique de Bruno Nicolai est primesautière mais lasse sur la distance. C'est filmé platement mais correctement, la campagne romaine et les fermes (presque) d'époque sont belles, les homme sont tous laids et/ou stupides, les femmes sont des déesses, futées et si à l'aise dans leurs corps. C'est un film pour adolescent, pas de ceux photographiés par Larry Clark, plutôt du genre réservé pas trop dégourdi, plutôt bande dessinée, mais de gare. Edwige règne.
Potographies : DR
23:10 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : mariano laurenti, edwige fenech | Facebook |
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05/10/2010
Ça va être à toi
Bernard Menez et un acteur peu enthousiaste dans La nuit américaine (1973) de François Truffaut. Photographie Pierre Zucca © Sylvie Zucca, source BiFi
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04/10/2010
Panoptique
J'aurais pu en parler un peu plus tôt mais les plus curieux de mes lecteurs auront remarqué la nouvelle image de la colonne de gauche. Il est donc temps de saluer l'initiative d'Ed de Nightswimming qui propose avec Panoptique une vue d'ensemble d'avis de blogueurs cinéphiles sur les films à l'affiche. Je n'ai guère de goût pour les petites étoiles, les notes et tout ce qui s'en suit, mais l'idée fédératrice de ce "Conseil des dix" élargi me séduit et je me plie à l'exercice volontiers. Octobre en attendant...
12:29 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Facebook |
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02/10/2010
Des hommes et des dieux
Le nouveau film de Xavier Beauvois rencontre le succès et j'aurais mauvaise grâce à ne pas m'en réjouir. Lorsqu'il a été présenté à Cannes en mai, j'étais dans la file d'attente avec des amis qui avaient leurs places et tentaient de me convaincre de les accompagner. J'ai jeté un œil sur le programme : « Une histoire de moines, ça ne m'inspire pas ». J'avais tort. Je ne me suis pas ennuyé un instant en le découvrant ce week end dans une très belle salle à l'ancienne de Cavaillon. C'est un film remarquable, précis, carré, rigoureux, assez beau par moments, le plus souvent grâce à la lumière de Caroline Champetier, magicienne des vibrations du soleil à l'aube (très belle première scène construite sur les premières heures du jour) et de la bougie monastique. C'est nettement mieux que Le petit lieutenant (2005), ma précédente expérience avec le cinéma de Beauvois.
Pourtant, je ne vois pas dans Des hommes et des dieux l'espèce de chef d'œuvre assez largement loué. Pas déçu, loin de là, le film correspond à l'idée que je m'en faisais (précis, carré, rigoureux) ce qui n'est déjà pas mal. Le film, évoquant pour ceux qui l'ignoreraient, le destin funeste des moines du monastère de Tibhirine en Algérie, jusqu'à leur enlèvement en 1996, remplit son programme mais s'y tient avec une sorte de crispation qui empêche l'intensité, la tragédie, la violence, la poésie, en un mot pour citer Samuel Fuller, l'émotion. Les qualités du film se retournent contre lui et en forment les limites, larges mais réelles.
Xavier Beauvois construit sa mise en scène sur règle de Saint Benoît suivie par les moines : compositions épurées, cadres dépouillés, retenue du jeu, poids du silence, attention à la beauté et à la musique de la Nature. La caméra est souvent fixe (ce que je ne lui reprocherais certes pas), les gros plans prennent leur temps, le montage posé (en général). Beauvois s'attache à décrire le quotidien (les gestes, les rites, le travail) et décide de se limiter drastiquement dans la peinture de la violence qui règne en ces années de guerre civile où la population est prise en terrorisme extrémiste et pouvoir militaire. Le réalisateur refuse d'aborder l'assassinat des moines après leur enlèvement, position justifiée par le fait qu'aujourd'hui encore, on ne sait pas très bien qui les a tués. La violence qu'il choisit de montrer éclate par à-coups. Beauvois choisit la surprise contre le suspense comme dans la scène du meurtre des ouvriers croates que rien ne prépare, avec son gros plan gore inutile, sa caméra tout à coup agitée rendant l'action illisible. Plus ennuyeux, cette scène n'engendre pas l'inquiétude dans les scènes suivantes, l'inquiétude d'une mise scène qui traduirait le trouble des moines. La retenue de Beauvois agit comme la surface de l'eau absorbant l'impact d'un galet. Tout à ses descriptions minutieuses, respectueuses, aux interludes des chants en commun et des prières, il crée un décalage, un décrochage avec la situation vécue. De même, les dilemmes intérieurs des moines, une fois passées les séances de discussion collectives, sont tellement intériorisés (sauf chez Christophe joué par Olivier Rabourdin), qu'ils disparaissent du film et leur décision finale, dans un second temps, arrive sans que l'on ai senti les évolutions des uns ou les convictions des autres. La meilleure scène, finalement, c'est encore l'affrontement nocturne entre Frère Christian et le chef de bande venu embarquer médecin et médicaments.
La volonté de dépouillement contribue aussi à révéler les écarts dans l'interprétation. L'approche de Beauvois oblige à un jeu très sobre et naturel, très cinématographique en vérité. Pour certains, cela conduit à l'effacement (Loïc Pichon, Xavier Maly et Jean-Marie Frin) et pour Lambert Wilson à une composition tout aussi crispée que la mise en scène. Je m'explique : sans doute pénétré de l'importance de ce rôle (réelle), Wilson se raidit, trop attentif à en faire le minimum. Du coup il manque de naturel. Il ne passe pas loin, mais le moindre geste est un poil trop pensé, trop calculé. Il faut voir ses jeux de mains lors des séances de discussion, comment elles prennent la pose. Comment sa voix prend le ton plein d'humilité. Comment la larme perle au coin de l'œil lors du repas en musique, seule scène à mon avis véritablement ratée dont la succession de gros plans fait éclater l'hétérogénéité de jeu des acteurs (et échoue à rendre compte du sentiment de fraternité). Les défauts de Wilson, les limites de Pichon, Maly et Frin prennent du relief face à la justesse confondante de Michael Lonsdale, Jacques Herlin et Philippe Laudenbach (Rabourdin se situe à mon sens entre les deux, il en fait un peu trop, mais il a quelque chose à jouer de plus intense). Lonsdale est un immense acteur de cinéma. Mocky, Spielberg, Bunuel, Duras, Hamilton, Truffaut, Godard, il a tout fait, a survécu à tout. Comme John Wayne ou Marcello Mastroianni, il ne joue pas, il sait être. En frère Luc, médecin de la bande, il apporte une jolie touche d'humour. Sa voix inimitable fait des merveilles, y compris dans des scènes un peu fabriquées (avec la jeune fille). Et puis ses mains... rien de forcé, jamais. Herlin, il faut ouvrir une parenthèse : je l'ai découvert dans un western italien, Le due facce del dollaro (Poker d'As pour Django – 1967) de Roberto Bianchi Montero. On ne peut plus éloigné du film de Beauvois. Lui aussi a tout fait, de Fellini à Sollima, de Beineix à Besson, beaucoup de cinéma italien, beaucoup de cinéma de genre. Refermons la parenthèse. Ici, il est le doyen des moines. A 82 ans, le petit tremblé des mains, le soupçon d'humidité aux coin de l'œil, on ne le joue plus. Herlin, c'est la force de l'évidence. Laudenbach, c'était le monologue final du tueur dans la cabine téléphonique de Vivement dimanche (1983) le dernier film de Truffaut. Beaucoup de classe, une assurance tranquille. Il est impeccable quoique pas assez employé.
Christophe (le blogueur, pas le moine) rapprochait ce film chez Ed de Nightswimming du Seven women (Frontière chinoise - 1966) ultime opus de John Ford. Belle idée que je n'aurais sans doute pas eue. Un peu vache pour Beauvois qui n'en est qu'à son cinquième film, mais très juste. Je vais faire un pas de plus en rapprochant notre film du Alamo (1960) de John Wayne. Mais si, la mission « assiégée », le groupe déterminé à lutter pour sa croyance, le dilemme : partir et renoncer ou rester et se sacrifier. Wayne aussi puisait dans l'Histoire des leçons pour le présent. Il jouait lui, la carte du spectaculaire, tout en livrant ses convictions (dont on peut discuter mais ce n'est pas le problème ici). John Ford de son côté multiplie dans son film les conflits et les tensions, les unes nourrissant les autres, révélant les êtres. Sous les apparences du film d'action, il développe un discours complexe sur les femmes, l'hypocrisie sociale, la foi, le sens des valeurs, bref une vision du monde et de la vie. Un engagement. C'est ce qui manque à Beauvois, bien que je ne pense pas qu'il manque de conviction personnelle, la force d'un engagement ne passe pas vraiment, pas autant qu'il l'aurait fallu, à travers celle de ces moines qu'il filme. Je lui vois pourtant une qualité qui le rapprocherait de Ford, le fait de filmer la religion, la foi, sans aucun prosélytisme, dans la simple action quotidienne. Les moines sont ici moines comme d'autres seraient pilotes de l'Aéropostale ou équipage de navire. Leur foi fait partie d'eux en tant que personnages, jamais en tant qu'idéologie plaquée sur le récit. C'est pour moi l'aspect le plus remarquable de ce film précis, carré, rigoureux.
Photographies : © Mars Distribution
Pour un ensemble d'autres avis, une seule adresse : Panoptique.
11:29 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : xavier beauvois | Facebook |
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01/10/2010
Hécatombe
Il y a des semaines où, si l'on est un peu sentimental, il vaudrait mieux être haltérophile que cinéphile.
Gloria Stuart, la Rose âgée de Titanic (1997) de James Cameron, mais aussi actrice chez John Ford dans Air mail (1932) et The Prisoner of Shark Island (Je n'ai pas tué Lincoln – 1937) où elle campait la femme du malheureux héros. A 100 ans, belle carrière.
Hélas beaucoup plus jeune, Sally Menke était la monteuse attitrée de Quentin Tarantino, collaborant avec lui de Reservoir Dogs (1992) à Inglourious Basterds l'an passé. On frémit en pensant au boulot que ce devait être pour organiser les jeux du temps et de l'espace de pareils films. Elle avait également travaillé pour Oliver Stone et Xavier Beauvois. Respect.
Arthur Penn, je dois avouer que je n'aimais pas trop son cinéma, en particulier ce qu'il a fait dans le western, Little big man (1970) étant une purge consensuelle et oscarisée (Que les dieux en leur bonté nous protègent des rictus de Dustin Hoffman) et son Billy the Kid de The left handed gun (Le gaucher – 1958) est tellement loin de celui de Sam Peckinpah. Bon, il reste le cinéaste américain intellectuel (de gauche bien sûr) type, tel que l'admirent les français (de droite comme de gauche), tellement plus facile à aimer que Fuller, Aldrich ou Eastwood. Seul The Miracle Worker (Miracle en Alabama – 1962) m'avait vraiment impressionné et puis Missouri Breaks (1975) est assez bouffon pour être drôle, d'autant que la partition de John Williams est fort réussie.
Tony Curtis, je salue l'homme qui aura tenu si sensuellement Marilyn dans ses bras. Ses fantaisies télévisées amicalement nôtres auront presque fait oublier qu'il fut un acteur formidable pour Wilder, Kubrick, Edwards (Ah ! Le sous marin rose, l'éclair sur les dents du grand Leslie), Mackendrick, Fleischer qui le rendit crédible en viking puis en étrangleur. On lui pardonnera d'avoir été parfois plus léger comme avec les collants verts de l'homme reptile (Je balance, mais c'est affectueux). Pendant des années, j'avais sur une étagère une figure de carton qui le représentait ainsi. J'ai été marqué.
23:40 Publié dans Actrices, Cinéma, Réalisateur | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : arthur penn, tony curtis, gloria stuart, sally menke | Facebook |
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27/09/2010
Argento années 2000 - Il cartaio
Je pourrais éventuellement regretter d’avoir découvert Il cartaio tourné en 2004 par Dario Argento après Giallo sorti 5 ans plus tard dans la mesure où les deux films se ressemblent. Deux histoires de tueurs fous assassinant de belles et jolies jeunes femmes tout en défiant la police. Cette fois, c’est directement via un jeu de poker en ligne. Si la police perd, la fille est égorgée, si la police gagne, la fille est libérée. Deux thrillers plus que de véritables gialli, se suivant sans déplaisir mais sans passion. La ressemblance est surtout flagrante sur la forme. Les deux films ont la même esthétique un peu terne (froideur des décors ordinaires, rareté des couleurs vives), le même défaut d’ambition formelle (pas de cadrages tordus, pas de mouvements virtuoses de la caméra, montage assez sage), l’absence de coups de folie. Un film derrière l’autre, c’est un de trop.
Il cartaio ressemble à un catalogue de belles idées inexploitées. Pourquoi ? Je me perds en conjectures. L’idée du jeu en ligne aurait pu être excitante, comme la description d’un monde dominé par les relations virtuelles. Hélas, l’interface du jeu est très pauvre, le déroulé des parties toujours identique et les spécialistes informatiques de la police traités par-dessus la jambe, sans une once de vraisemblance. Non seulement Argento n’apprécie pas ce monde (ce que l’on savait déjà), mais il est incapable de porter sur lui un regard, même ironique, même critique. C’est assez gênant pour un élément central de son film. Quand on pense à ce que les réalisateurs de western pouvaient faire avec une partie de poker réelle !
Dans un autre registre, Stefania Rocca est plutôt bien dans un rôle de policière au centre de l’enquête assez proche de celui tenu par Asia Argento dans La sindrome di Stendhal (Le syndrome de Stendhal – 1996). Malheureusement, le personnage est mal écrit et elle a peu à défendre. Sa relation avec le policier irlandais joué par Liam Cunningham est basique, comme les soucis du policer avec l’alcool sont traités avec lourdeur. La relation entre la policière et Remo, le jeune prodige des cartes (dont on se demande bien en quoi son talent réside), n’est pas plus développée. Il y avait pourtant de quoi faire, mais Argento, tout du long, ne semble pas intéressé. On se prend à rêver à ce qu’aurait pu donner la scène ou Remo est séduit par une mystérieuse inconnue et entraîné dans le dédale des rues romaines jusqu’au rives du Tibre. Et quand je pense que la belle est tuée d’un simple coup de feu. Bon. Côté meurtres, ils sont souvent, trop souvent hors champ et le finale manque de conviction. Restent quelques lueurs éparses qui, paradoxalement, rendent Il cartaio moins homogène que Giallo : l’employé de la morgue qui fait des claquettes en chantant du bel canto, la découverte du repaire du tueur par le policier irlandais dans un jardin à la lumière dorée et, surtout, l’agression nocturne d’Anna chez elle, jolie scène jouant sur la profondeur de champ et les ombres chinoises. Maigre bilan pour un film qui fait revoir à la hausse les audaces de La terza madre (2007).
A noter l'étrange relation qu'Argento entretien avec les "filles de". Les siennes bien sûr puisque Fiore Argento joue ici l'une des victimes (elle s'en sort), mais aussi celle de Giuliano Gemma, Vera, qui meurt, elle.
A lire aussi sur Objectif Cinéma
Sur Le Giallo
Sur Ecran large
08:50 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : dario argento | Facebook |
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26/09/2010
Les joies du bain : lecture
Elle n'a pas l'air ravie, Kate Winslet, dans la baignoire de The reader (2008) de Stephen Daldry. Il est pourtant aimable, David Kross, de lui faire la lecture au bain. A moins que ce soit le texte qui ne l'inspire pas. Photographie © SND source Allociné.
14:42 Publié dans Les joies du bain | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : stephen daldry | Facebook |
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24/09/2010
Les amoureux de Mai Zetterling
Ingmar Bergman. Voilà, c'est fait, c'est écrit. Autant commencer par cette ombre qui plane sur Älskande par (Les amoureux), premier long métrage de la réalisatrice suédoise Mai Zetterling réalisé en 1964. Commencer par cette ombre pour mieux s'en débarrasser, respectueusement. Cette ombre prend corps dans la carrière d'actrice de Mai Zetterling dont le premier rôle marquant est celui de l'héroïne de Hets (Tourments) réalisé en 1944 par Alf Sjöberg dont Ingmar Bergman écrit le scénario inspiré de l'une de ses nouvelles et sur lequel il débute comme assistant réalisateur. Elle le retrouve en 1948 pour le personnage principal de Musik i mörker (Musique dans les ténèbres) quatrième film de Bergman où elle y a pour partenaire Gunnar Björnstrand. Mais du temps et de l'expérience seront passés lorsqu'elle envisage la mise en scène. Si elle s'entoure d'une équipe qui ne peut que susciter l'ombre du maître, on pourra simplement penser qu'elle a bon goût. Sa distribution, en particulier, regroupe le fin du fin des acteurs suédois de l'époque. La photographie est signée Sven Nykvist, un des grands maîtres de la lumière qui lui donne un de ces noir et blanc merveilleux qui savent nous plonger quelques décennies en arrière, 1914 en l'occurrence. Un noir et blanc qui fait corps avec le drame, exalte les lourds ciels scandinaves et brille de la vive lumière estivale de ces nordiques contrées. Un noir et blanc qui peut se faire dur et cru quand il scrute les visages en gros plan, dévoilant les âmes comme dans Jungfrukällan (La source - 1960) ou Persona (1966). Au son également, on trouve un technicien chevronné ayant collaboré avec Bergman : Per-Olof Pettersson qui traite les sons de la nature de façon légèrement onirique ce qui fonctionne bien pour un film construit sur le souvenir. Pour contrebalancer peut être, Zetterling écrit son film avec l'anglais David Hugues à partir d'une nouvelle d'Agnes von Krusenstjerna, Les Demoiselles von Pahlen. Hugues avait déjà collaboré au script du premier court métrage de Zetterling, The war game. C'est également de The war game que vient le monteur, Paul Davies, anglais et quasi débutant lui aussi. Davies, qui travaillera par la suite avec Sam Peckinpah et Jacques Demy, donne rythme et cohérence à un récit choral complexe utilisant le flashback. Mais l'ombre de Bergman est surtout présente à travers la distribution, brillante je l'ai dit, qui réunit les visages les plus emblématiques de son cinéma. Harriet Andersson, inoubliable Monika, y est Agda la joyeuse domestique, Gunnel Lindblom, la soeur de la jeune fille violée de Jungfrukällan est Adèle frustrée de son mariage, Gio Petré joue la romantique Angela amoureuse de sa jeune tante jouée par Anita Björk , la belle et blonde et grande et sublime Eva Dhalbeck est la grande bourgeoise Mrs. Landborg et l'on croise également le fin visage de Margit Carlqvist. Côté masculin, on retrouve l'inévitable Gunnar Björnstrand dans le rôle du docteur, autoritaire avec pointe de cynisme, et Jan Malmsjö en faible mari d'Adèle. Du récit et de sa structure, les bergmaniens auront noté qu'en 1952, Kvinnors väntan (L'attente des femmes) proposait un triple portrait féminin et que, surtout, en 1958 avec Nära livet (Au Seuil de la vie), le réalisateur réunissait trois femmes dans une maternité pour évoquer les chemins tortueux des rapports entre les sexes, le couple, l'amour, la vie et tout ce qui s'en suit. Mai Zetterling prend le même point de départ pour réaliser un film sensiblement différent qui sait se dégager de cette ombre envahissante.
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Photograpgie : Mubi.com
09:02 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mai zetterling | Facebook |
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