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15/02/2010

Godard juin 1968




11/01/2010

Le goût de la beauté

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Eric Rohmer 1920 - 2010

28/10/2009

Mort d'un cinéaste

C'est sûr, ça n'a pas fait les gros titres. Pourtant, pour nous, la nouvelle de ce week end, ce fut la disparition d'un grand cinéaste, un marseillais, monsieur Paul Carpita. J'écris « nous » parce que je pense à l'équipe des Rencontres qui se sont achevées dimanche soir. Dans l'après-midi, Marc Mercier, le directeur des Instants Vidéo, présentait une programmation et il nous a annoncé la nouvelle avant de dédier son programme à Paul. J'écris « nous » parce que nous avions reçu Paul Carpita à Nice. Deux fois. Je n'ai jamais trop voulu inviter des « pointures » aux Rencontres. Ma timidité proverbiale, la difficulté à gérer des ego souvent excessifs et puis la modestie de la manifestation. Nous rêvions de Guéduiguian, de Moretti et puis nous avons décidé de passer Les sables mouvants en 2004. Et d'appeler Paul qui a aussitôt accepté. J'étais dans mes petits souliers, comme ont dit. Il est donc venu avec sa femme, un charmant vieux couple comme cela devrait toujours être. Ils nous ont mis à l'aise, ils ont été parfaits, nous étions ravis. Le public du cinéma Mercury aussi. Nous avons découvert un homme combatif, marqué à vie par la censure injuste de son premier long métrage, une censure politique qui a quasiment brisé son élan artistique. Un acte de violence qu'il a porté toute sa vie comme une blessure. Mais il s'est battu, il a fait des courts métrages puis a réussi, enfin, à monter à nouveau deux longs. Sur la scène du Mercury, il nous a donné une leçon de ténacité, de courage nourri de l'amour du cinéma.

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Du coup, nous avons monté une rétrospective avec son légendaire Le rendez-vous des quais (1955), Marche et rêve, son dernier de 2005 et ses courts métrages. Superbes ses courts métrages, surtout Marseille sans soleil (1960) et Des lapins dans la tête (1964) dans lequel l'instituteur qu'il resta toute sa vie filmait ses élèves en un beau noir et blanc et l'esprit de Prévert et Vigo.

Voilà, dimanche matin, je parlais de Paul avec un ami venu de Marseille. Il me disait que Paul n'arrivait pas à monter son nouveau projet Le dessin, en collaboration avec Claude Martino. Les assurances ne voulaient pas prendre le risque. Pauvres crétins.

Paul Carpita, avec Le rendez-vous des quais, ce film sur les dockers du port de Marseille en grève contre l'envoi d'armes en Indochine, sa production indépendante, son enthousiasme militant, son attention aux petites gens, son sens d'un cinéma en liberté, c'est bien le maillon entre le néo-réalisme à l'italienne et la Nouvelle Vague. C'est plus aussi. C'est en un seul film le continuateur du cinéma du Front Populaire, Renoir et Duvivier, et le précurseur de Robert Guédiguian. C'est aussi, même si ça ne lui plaisait pas plus qu'à Guédiguian qu'on en parle, le continuateur de Pagnol. Certes pas politiquement, mais dans l'ancrage du cinéma dans un terroir, dans un territoire et une langue (ou plutôt une façon de parler, un accent, des tournures). Et puis aussi dans une sensibilité dans la description des sentiments, une pudeur. Et cette attention au gens, aux acteurs, aux enfants.

Je suis très heureux, très fier, de l'avoir rencontré et ce soir, je salue sa famille avec le grand cinéaste que nous avons perdu.

06/09/2009

Influences (2)

« A dix-neuf ans, dès que j'ai eu mon premier magnétoscope, je me suis dit : « Je vais dénicher tous les films de Howard Hawks ». Je vais guetter les programmes télé, je vais étudier ses films jusqu'à les connaître par coeur, les titres, les acteurs, les génériques... Le problème, c'est qu'il en a fait beaucoup. Je m'attendais à tout, même à ce que cela ne soit pas aussi bon que ça, mais film après film, Hawks m'a prouvé le contraire. Il est devenu mon maître. Un maître relax, un maître que je n'étais pas le premier à découvrir, mais que j'ai découvert par moi-même, que je me suis approprié. »

Quentin Tarantino interrogé par Bertrand Tavernier dans Amis américains – Editions Institut Lumière / Acte Sud

31/08/2009

Influences

Were you influenced by the likes of Robert Aldrich, Samuel Fuller, or Sergio Leone? What other directors have had a positive effect on you ?

Quentin Tarantino : Oh, yeah. You better believe they were big influences. Sergio Leone is my favorite director of all time. I don’t think this is it, but I remember when I first started the movie after Jackie Brown, it was one of the things that I wanted to be my The Good, The Bad, and The Ugly, and it was. I love those guys’ work. Oddly enough though, as much as I love Sergio Leone, if you are familiar with a lot of those directors, I think my work resembles more of Sergio Corbucci. Not that I am trying to do either of those guys, but he is the other master as far as I’m concerned. I think my films are closer to his than Leone’s.

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Avez vous été influencé par dens gens comme Robert Aldrich, Samuel Fuller, ou Sergio Leone ? Quels autres réalisateurs ont eu un effet positif sur vous ?

Quentin Tarantino : Oh, oui ! Vous pouvez dire qu'ils ont été des influences majeures. Sergio Léone est mon réalisateur favori de tous les temps. Je ne crois pas être arrivé à cela, mais je me souviens que quand j'ai commencé le film après Jackie Brown, je voulais que ce soit mon Le bon, la brute et le truand, et ça l'était. J'adore le travail de ces gars. Assez étrangement, autant j'aime Sergio Leone, si vous êtes familier de ces réalisateurs, je crois que mon travail ressemble plus à celui de Sergio Corbucci. Ce n'est pas que je cherche à être l'un ou l'autre de ces gars, mais il est l'autre maître en ce qui me concerne. Je pense que mes films sont plus proches des siens que de ceux de Leone.

Entretien avec Quentin Tarantino sur Screencrave (en anglais). Traduction laborieuse de mes petites mains. La photographie vient de Movie-moron, je n'ai pu résister aux mains de Mélanie dans le celluloïd.

08/08/2009

En hommage à John Hughes

22/06/2009

Voyages avec Chabrol

Claude Chabrol blog-a-thon

J'ai un peu hésité avant de partir sur un article d'ensemble tellement ma relation avec l'oeuvre de Claude Chabrol est chaotique et présente de lacunes. Mais à la réflexion je me suis rendu compte qu'elle avait été présente tout au long de mon parcours cinéphile (on va dire ça comme ça) et surtout que certains de ses films, des images, des moments venus de ses films, me ramènent, sinon à l'enfance, du moins à l'entrée en adolescence. Ainsi Romy Schneider, allongée nue dans un parc, recevant sur son corps un cerf-volant et forçant de manière provoquant le jeune homme venu le récupérer à le prendre, est une de mes premières images érotiques fortes au cinéma. Jusqu'à ce que je retrouve l'extrait grâce à Internet, j'aurais été incapable de vous dire que c'était un film de Chabrol, Les Innocents aux mains sales (1975), ni même qui était l'actrice. Mais que l'on évoque cette histoire de cerf-volant et la scène revivait sous mes yeux. Je me souviens aussi très bien de l'impression que m'avaient laissés Le boucher (1970) et l'un des films avec le couple Stéphane Audran – Michel Bouquet, peut être bien Juste avant la nuit (1971), découverts à la télévision. Pour moi, vers 1974/1980, ces films représentaient un cinéma « adulte », que je ne comprenais, ni forcément appréciais toujours, mais qui m'ouvrait d'autres horizons que celui que je pratiquais plus naturellement, celui du western en particulier. Je découvrais des préoccupations d'adultes, des histoires plus sombres, des résolutions moins tranchées, des personnages plus quotidiens, au physiques « ordinaires » comme ceux incarnés par Jean Yanne ou Michel Bouquet. Avec le recul, je me rends compte que ce sont des acteurs que j'ai toujours aimé par la suite. J'avais aussi raconté il y a quelque temps, comment était né le désir de voir Nada (1974) à partir de simples photographies sur un programme de télévision, Et comment ce désir est resté lové dans l'inassouvissement jusqu'en 2007. C'est étonnant comme un cinéphile peut être têtu. Et comment certains films peuvent vous séduire par trois fois rien.

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Le cheval d'orgueil (collection personnele)

Mes parents, je crois, ont toujours apprécié le cinéma de Chabrol. J'ai très vite pris l'habitude d'aller au cinéma seul, j'ai donc un souvenir assez précis des quelques fois où j'y suis allé en famille ou avec l'un de mes mes parents. Pour Chabrol, je le rattache à une séance avec ma mère du Cheval d'orgueil, à sa sortie en 1980. nous avions été au Mélies, à Nice, un petit cinéma Art et Essai aux salles format poche typique de ce qui se faisait à l'époque. Il a disparu depuis, mais c'était le genre à garder un film comme Diva (1981) de Beineix pendant plus de deux ans. Le cheval d'orgueil est tiré du roman autobiographique de Pierre-Jakez Hélias sur son enfance bretonne et qui connu à l'époque un gros succès. L'histoire se déroule au début du XXe siècle. J'imagine que ma mère, qui avait aimé le livre et qui avait passé ses vacances enfant en Bretagne, était attirée par la reconstitution. De mon côté, j'avais aussi aimé le livre et je gardais un frais souvenir des nombreuses vacances passées là-bas. J'ajouterais perfidement que, exilé sur la Côte d'Azur, je regrettais les vastes plages de sable fin de la baie d'Audierne face aux douloureux galets de la promenade des anglais. Du film, je garde là aussi une impression d'ensemble, un rythme posé, presque lent donc inhabituel pour moi, peu de dialogues, le vert des paysages et le côté intimiste de scènes entre François Cluzet dans l'un de ses premiers rôles et Bernadette le Sachez qui jouait la mère, une actrice au physique très doux, à la rousseur pâle que j'ai regretté de ne pas avoir vue plus souvent. J'avais aussi été marqué par cette scène, très chabrolienne à la réflexion, où le marquis (Michel Robin), patron du grand père (joué par Jacques Dufilho) employé comme domestique, lui demande de lui cracher dessus pour se faire pardonner une insulte d'honneur. Cette façon de montrer les relations de classe est très proche de ce que Chabrol fera quinze ans plus tard dans La cérémonie.

Curieusement, je n'ai pas suivi Chabrol dans les années 80. J'avais pourtant aimé Violette Nozière (1978) et l'adaptation télévisée de Fantomas vers 80 dont Chabrol réalisé deux épisodes. J'y suis revenu avec L'enfer (1994) et surtout La cérémonie (1995). Ce dernier film, je crois, a été pour beaucoup une redécouverte de Chabrol. Peut être avait-il atteint une nouvelle maîtrise de son art. Peut être que j'avais atteint l'âge de l'apprécier pleinement mais dès lors, je suis devenu un fidèle, avec une véritable passion pour des films comme Au coeur du mensonge (1999) et La fille coupée en deux (2007). C'est qu'il n'est pas facile à suivre, Chabrol. Après un démarrage brillant au coeur de la Nouvelle Vague, entre Truffaut et Godard, il n'hésite pas à se tourner vers un cinéma très commercial, des films de genre comme les épisodes du Tigre avec Roger Hannin. Les biches en 1968 ouvre un premier âge d'or, une période riche de sa collaboration avec Stéphane Audran. Les années 70 seront plus chaotiques, avec des échecs, des incompréhensions, une rupture assez large avec la critique. Les années 80 poursuivent ce mouvement mais contrairement à ses camarades de la Nouvelle Vague (sauf Truffaut qui meurt), Chabrol négocie la transition avec le public, notamment à travers les films populaires mettant en scène l'inspecteur Lavardin. Le début des années 90 verront Chabrol retrouver l'appréciation de son travail de réalisateur avec un sommet, La cérémonie.

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Le boucher (source Filmreference)

Il a désormais un statut bien établi, une image respectable et respectée, même si ses films ne manquent pas de mordant. Je pense qu'il n'en est pas dupe. Son sens de l'humour et sa conception de la mise en scène, influencée par deux de ses maîtres Alfred Hitchcock et Fritz Lang, masquent la force de son propos jusqu'à ce qu'il éclate brutalement au visage du spectateur. La violence qui éclate souvent à la fin de ses films est le résultat d'un patient travail de sape opéré tout au long du film. Chabrol, comme Lang et Hitchcock est un grand maître de la frustration, de l'irrésolu, de l'inassouvi, du manque. Ses personnages n'en sont pas toujours bien conscients, mais cela les ronge, jusqu'à la folie, jusqu'au mensonge, jusqu'au meurtre, jusqu'à l'absurde quand le vide des vies révèle l'étendue de sa béance. La scène la plus emblématique de cette révélation serait pour moi celle tirée de La femme infidèle (1969) qui exprime un si terrible désespoir. Face à ce vide la bonne conscience de la bourgeoisie se désagrège et provoque la violence. L'intelligence de Chabrol est d'avoir aussi montré que le recours à cette violence, dans un rapport de classe, mène à une impasse, celle des anarchistes de Nada comme celle des jeunes femmes de La cérémonie ou la réaction de Violette Nozière. L'intelligence de Chabrol est de l'avoir montré dans toute sa complexité, de chercher à comprendre sans jamais chercher à juger, mais sans jamais renoncer à son regard caustique. Aujourd'hui, l'oeuvre de Chabrol m'apparaîtrait plus riche et plus cohérente, globalement, même si elle n'a pas l'homogénéité de cette de Truffaut. De même sa mise en scène, discrète mais précise, se dissimule sous une certaine bonhomie et n'a pas les fulgurances de celle de Godard. Elle nécessite un peu d'efforts pour révéler ses beautés, le charme de ses mouvements, le sens des raccords, la sensualité des plans. Plus proche de Rohmer, il reste avant tout un conteur, mais il a le cinéma chevillé au corps. Chabrol est un pessimiste gai et son cinéma est toujours aussi précieux.

Claude Chabrol sur Inisfree

10/06/2009

Claude Chabrol blog-a-thon

Claude Chabrol fêtera ses 79 ans le 24 juin prochain. Pour l'occasion, nos amis américains proposent à l'initiative de Flickhead un blog-a-thon du 21 au 30 juin autour du metteur en scène du Boucher (1970). Ray Young, l'animateur de Flickhead qui par ailleurs a créé le Claude Chabrol Project, nous annonce « Ten Days’ Wonder ». Je serais ravi de participer, j'ai même déjà reçu de quoi travailler avec Les biches (1968), Juste avant la nuit (1971) et Marie-Chantal contre Dr Kha (1965). Si certains de mes camarades blogueurs sont tentés, je vous rappele qu'il suffit, entre les dates proposées, d'écrire un ou plusieurs articles sur Chabrol et de le signaler à l'organisateur qui centralise l'ensemble des contributions. D'ici là pour patienter, vous pouvez passer lire le beau texte de Griffe sur le tout récent Bellamy.

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Photographie : source Film référence

03/01/2009

Early Howard Hawks Blogathon

En revoyant il y a peu le magnifique Red River (La rivière rouge - 1946) de Howard Hawks, je me faisais la réflexion que je n'avais pas encore écrit de véritable chronique sur un film de cet auteur en plus de quatre années de blog. "Cela doit cesser" me dis-je. "Cela tombe bien" me fis-je remarquer, puisque le blog Seul le cinéma (dont l'intitulé en français ne doit pas masquer son américanitude) propose un Early Howard Hawks Blogathon à partir du 12 janvier et jusqu'au 23 du même mois. Il s'agit d'explorer la première période de l'oeuvre du maître, de ses premiers films muets jusqu'au milieu des années 30 soit de Road to glory (1926) à Come and get it (Le vandale - 1936). Je peux déjà vous dire que je me suis commandé Barbary coast, film de 1935 que je ne connais pas avec la belle Miriam Hopkins et que je compte plancher dessus. Si vous voulez en savoir plus et éventuellement participer, il vous suffit de cliquer sur le joli logo ci-dessous.

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04/12/2008

Un monsieur qui a mangé du cinéma

« Le film « à acteurs » ne me tente absolument pas. J'estime que la nuit moderne, peuplée de lumières étranges et chantantes, la nuit moderne qui ne ressemble vraiment à aucune autre nuit de l'histoire, est photogénique autant, plus encore que le visage d'une belle femme. [...] Je ne travaillais pas selon un scénario préconçu. Je sortais le soir avec beaucoup de foi et mon petit appareil que tout le monde prenait pour un simple appareil photographique. Je me perdais dans la mer, dans la nuit, dans la foule. Je chassais les images comme on chasse des oiseaux. Des vagues sonores déferlaient. Le miracle venait à pas rapides, haletant. Je le saisissais confusément et l'enfermais dans ma boîte. »

Eugène Deslaw, Filmliga, 1928.

Ce soir à la Cinémathèque de Nice

21/10/2008

Sam à propos de Peckinpah

"Je dois avouer que, pour ma part, je ne suis pas très facile dans le travail, car je suis extrêmement exigeant, extrêmement dur sur un plateau. Je n’admets pas les gens qui prennent le cinéma pour un "business", je n’admets pas que l’on travaille d’un film à l’autre par routine. Je veux que l’on croie au film sur lequel on travaille, ou bien que l’on refuse d’y participer... A chacun de mes tournages, j’ai un service de cars pour relier en permanence le lieu de tournage à Hollywood, afin que toute personne de l’équipe ; jusqu’au moindre technicien, qui ne travaille pas avec le même enthousiasme que moi, pour le film, soit renvoyée immédiatement..."

En ligne sur Allez-au-cinéma.com, un entretien réalisé par Guy Braucourt pour la revue Cinéma 69 (n° 141 décembre 1969). Le grand homme y parle de sa carrière depuis ses débuts à la télévision jusqu'à The Ballad of Cable Hogue, du western, de la violence, de ses confrères et des producteurs. Est-il vraiment necessaire que je vous dise que c'est passionnant ?

28/07/2008

Encore et toujours

Il y a une dizaine d'année, avec trois amis, nous avons créé et animé une émission sur le cinéma sur la radio de la communauté juive de Nice. J'ai endossé la tenue de l'animateur et pour la première émission, je me suis creusé la tête pour définir ce que serait le cinéma que nous allions y défendre. Pas facile, nous avions tous les quatre des goûts assez différents. Finalement, un consensus relatif s'est établi sur quelques noms : Guédiguian, Tavernier, Kitano, Loach et Youssef Chahine qui venait de sortir Al Massir (Le destin) après son passage à Cannes. Parler sur la radio de la communauté juive du cinéma de Chahine nous semblait une bonne idée, indispensable d'une certaine façon. J'avais adoré ce film. Ce geste final de suprême défi du philosophe Averroes jetant l'un de ses livres adorés dans le bûcher est un grand geste de cinéma. Et à relire mes notes, j'avais sans doute essayé d'être lyrique sur le sujet. Hélas, mes prestations des premiers mois étaient terriblement handicapées par mon trac terrible et ma voix qui tremblait dans le micro. Je ne sais pas, je ne crois pas avoir rendu justice à cette phrase : « Chahine fait partie de ces metteurs en scène humanistes comme Ford, Renoir ou Kurosawa. A plus de 70 ans, il a une belle carrière derrière lui ». A plus de 80 ans, Chahine vient de disparaître. Si je suis triste, c'est surtout que je ne lui vois pas d'héritiers, car l'homme a eu une belle vie, intense, créative, menant mille combats sans se départir de son sourire teigneux. Je connais finalement assez mal son cinéma, comme je connais mal le cinéma égyptien. Mais ce que j'en connais, ce que j'en ai vu, me conforte dans l'idée que mon enthousiasme d'il y a dix ans était justifié.

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07/06/2008

Permette ?

Dino Risi 1916 - 2008

Una vita difficile, Il sorpasso, La marchia su Roma, I mostri, Vedo nudo, Mordi e fuggi, Profumo di donna...

Rien à dire, encore beaucoup à voir. 

08/12/2007

Luc Moullet, sur la toile

Pour partir en exploration, une liste non exhaustive.

A tout seigneur... Luc Moullet par le Dr Orlof :

  • Anatomie d'un rapport (lire)
  • Brigitte et Brigitte (lire)
  • Les contrebandières (lire)
  • Genèse d'un repas (lire)
  • Le prestige de la mort (lire)
  • Une aventure de Billy le Kid (lire)

La rétrospective que lui a consacrée le festival Côté Court en 2001.

La fiche de Luc Moullet avec biographie et filmographie sur le site de la BiFi.

La fiche Wikipedia de Luc Moullet (l'anglaise est plus complète que la française !)

« Luc Moullet le franc-filmeur » un article de l'Humanité par Jean Roy.

Un entretien avec Luc Moullet sur Libération à l'occasion de la sortie de Le Prestige de la mort.

A propos des Naufragés de la D17 par Claude-Marie Trémois, un article publié par la revue Esprit (2002) sur Cinéchroniques.

« Luc Moullet, cinéaste unique à découvrir absolument », chronique du coffret par Jean-Jacques Birgé.

Sélection Luc Moullet, livres et films sur La Boutique

06/12/2007

Luc Moullet, commentateur

Chez Luc Moullet, le critique et le cinéphile dont indissociables de l'oeuvre du réalisateur. Je vous propose de découvrir, sur le site des éditions Montparnasse, un extrait du film de Howard Hawks, Bringing up baby(L'impossible monsieur bébé – 1938) commenté par Moullet soi-même, ce qui permettra pour ceux qui ne le connaissent pas, de découvrir sa voix caractéristique. Il s'agit du passage où le personnage de Cary Grant s'agite habillé d'une robe de chambre de Katharine Hepburn et lance l'immortelle réplique : « Because I went GAY all of a sudden!  ». (Lien)

Et je profite de l'occasion pour répercuter l'information donnée par Breccio, l'homme des heureuses coïncidences, en commentaire de la note précédente : Luc Moullet a également commenté le film de Cécil B.DeMille Male and female (L'admirable Crichton – 1919) paru chez Bach Films (Lien).

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Photographie Cinémathèque de Belgique

05/12/2007

Luc Moullet, théoricien

Autant l'avouer d'emblée, je connais très mal le cinéma de Luc Moullet. Je n'ai vu que son petit bijou de court-métrage, Essais d'ouverture, tourné en 1989 et dont l 'humour glacé et sophistiqué me ravi. Ce handicap même renforce ma détermination à participer à la croisade du bon Dr Orlof : oui, nous voulons voir les films de Luc Moullet en salle. Oui, nous voulons répandre son nom et son oeuvre sur la terre de France, vers l'infini et au-delà. Oui, nous voulons qu'il prenne place en première partie de soirée sur les chaînes de télévision publiques. Oui, nous voulons que le bruit médiatique de « Luc+Moullet » dépasse celui des Luc non Moullet voire des Moullet non Luc. Aussi, répondant à l'appel du Dr Orlof, je joins mes forces à cette noble entreprise « Et sans trêve ni repos, j'irais cherchant l'Eldorado ».

 

Il faut dire que l'homme force la sympathie et que je lui dois beaucoup. Parmi les cinq ou six livres sur le cinéma que j'ouvre, lis et relis fréquemment, il y a celui qu'il écrivit en 1993 : Politique des acteurs (éditions des Cahiers du Cinéma). A l'époque, quand je l'ai acheté, je ne savais pas qui était Luc Moullet. Il paraît que c'était alors son retour à la critique. Mais je m'en fichais bien, le livre proposait une analyse du travail de quatre de mes acteurs fétiches : Cary Grant, James Stewart, Gary Cooper et, surtout, John Wayne. Or pour une large majorité de cinéphiles de la fin des années 60 au milieu des années 90, l'acteur de cinéma dans toute sa splendeur c'est plutôt Robert De Niro, Dustin Hoffman ou Gérard Depardieu. L'acteur classique, hollywoodien de surcroît, n'est guère estimé. Au mieux, il a droit à un statut d'icône façon Bogart. Je caricature à peine. Sur la bande des quatre, Stewart est sans doute le mieux loti de part ses prestations torturées chez Mann et Hitchcock. Et puis il a fait du théâtre comme Henry Fonda et c'est bien vu. Mais les autres, ceux dont le jeu si cinématographique ne se voit pas, sont aimés sans être bien étudiés, ni compris.

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Moullet est plus perspicace. Armé d'un magnétoscope, d'un oeil neuf affûté et d'un esprit vif, il décortique l'essence du jeu de ses sujets d'expérimentation, quatre univers passant surtout par l'expression corporelle, et y rattache des thématiques déclinées d'un réalisateur à l'autre. Il dessine ainsi quatre oeuvres cohérentes et belles. Intuition géniale !

C'est Cary Grant et son travail sur les lignes de son corps, cassé, tendu, courbé, figé dans le mouvement, élans interrompus et toujours repris, comparables en cela à ceux d'un Buster Keaton. C'est le visage minéral (comme l'a écrit JLG) de Gary Cooper, bloc héroïque autour duquel tendent tous les autres éléments du film. Travail d'épure du geste et de l'expression. Art sublime du sentiment donné par un sourcil relevé. C'est James Stewart et ses jeux de mains magnifiques dont la richesse nous est révélée. Ses nombreuses trouvailles en matière de diction : cris, bredouillement, paroles cassées par la colère, l'enrouement, la nourriture (il serait le premier à avoir dit son texte en mangeant dans un film). C'est enfin, et surtout pour moi, une étude renversante sur le jeu de John Wayne. « Je ne savais pas que ce fils de pute pouvait jouer » avait dit John Ford en voyant Red River de Howard Hawks en 1946. Wayne avait quand même cinquante balais. Un jeu qui apparaît aujourd'hui comme étonnamment moderne par son économie et sa finesse. Et ce bassin de JW ! Cette façon de bouger comme un danseur ou comme un grand chat. Moullet décrit ici en des passages exaltants une oeuvre inédite autour de la décrépitude construite à trois : Ford, Hawks et Wayne. Les deux premiers à partir de Red River se renvoyant le troisième à travers autant de variations sur la vieillesse et le temps.

Qu'est-ce qu'un grand critique de cinéma sinon quelqu'un qui vous propose des clefs pour une oeuvre et, mieux, vous suggère une nouvelle façon de la voir ? C'est le travail de Truffaut sur Hitchcock, de Ciment sur Kubrick. A cette aune, Luc Moullet est un grand critique. Je ne vois plus un film avec James Stewart de la même façon depuis son livre. Je rive mon regard sur le bas de l'écran et suit le ballet de ses mains expressives et peste contre les sous titres qui me gênent parfois. Rasséréné désormais dans mon amour immodéré pour le « Duke », je suis devenu plus sensible à la dimension de comédie délicatement amère chez Ford et Hawks. Je me régale de la musicalité de scènes que j'avais déjà vues dix fois. Je trouve des motifs d'enthousiasme dans des films mineurs auxquels le jeu de Wayne donne des connivences secrètes avec les films des grands maîtres.

Luc Moullet, avec sa politique des acteurs, a rafraîchît mon regard et je l'espère, l'a élargit. Pour cela qui n'est pas rien, merci monsieur Moullet.

 

Le livre

13/11/2007

Baldi addio

Ferdinando Baldi vient de disparaître. Nous lui devons Texas addio avec Franco Nero, Preparati la bara ! avec Terence Hill sérieux, Blindman, le délirant pistoléro aveugle avec Tony Anthony et Ringo Starr qu'un éditeur DVD serait bien avisé de sortir chez nous, l'ultime western italien en relief, Comin' at ya, toujours avec Anthony et Victoria Abril, et puis Il pistolero dell'Ave Maria dont Breccio dit tant de bien. Entre autres... et puis ceci :

 

 

01/11/2007

La bande des dix

Lancée au détour d'une discussion chez Pierrot, l'idée d'une liste des plus mauvais réalisateurs fait son chemin, associée à l'idée encore bien plus originale d'une liste des films rêvés. Première partie.

Il faut d'abord s'entendre sur ce que l'on appelle un mauvais réalisateur. Il faut se méfier d'être tenté d'y mettre ceux que l'on aime pas, voire que l'on déteste. Ils peuvent être, objectivement, doués et c'est parfois même la raison pour laquelle on les déteste. Le champion incontesté de cette catégorie en ce qui me concerne, c'est Michael Haneke, preneur d'otage en salle et donneur de leçons sadique, médecin légiste sur pellicule et, si l'humour est la politesse du désespoir, malpoli.

Il y a ceux qui sont simplement mauvais. L'histoire retient rarement leur nom, sauf dans le cas où ils sont mauvais « jusqu'à l'exhubérance ». Ce sont Ed Wood et Max Pécas, Démofilo Fidani et Philippe Clair, H.G.Lewis et Bruno Mattei. Ils sont l'aristocratie des mauvais, les maîtres étalons du ratage. Et puis il y a la horde des sans goût, sans odeur, sans saveur. Ceux là, en fait, on ne va même pas les voir. Je ne sais pas qui ils sont. Comme prévenait Pierrot, ce n'est pas si facile de lister les plus mauvais.

Andrew McLaglen est un candidat sérieux. Fils de son père Victor, il a été formé par John Ford qu'il assistait. Il lui a pompé ses acteurs, ses techniciens, et ses thèmes pour en faire pas grand chose. On pourrait trouver sympathique sa volonté de faire vivre la geste fordienne après le retrait plus ou moins forcé du maître, mais ça ne fonctionne pas. McLaglen manque de légèreté, de poésie, d'invention, de personnalité. Trop respectueux peut être de son héritage, sans recul au sein d'une époque d'interrogations, trop écrasé par ses vedettes qu'il ne pouvait certes pas mener comme Ford le faisait, à la baguette, McLaglen est pesant. Et pourtant transparent. Même ses films les plus intéressants, McLintock ! en 1963, Chisum en 1970, semblent ne rien lui devoir.

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Roland Emmerich, c'est le réalisateur d'Independance day. Tout est dit ? Non, cet allemand fasciné par le cinéma américain en général et par celui de Steven Spielberg en particulier a réussi à devenir plus ricain que les ricains tout en maintenant ses mises en scènes à des niveaux de médiocrité remarquables. Après la parabole belliciste avec soucoupes volantes, il vire de bord et décrit non sans efficacité les effets du dérèglement climatique dans The day after (Le jour d'après). Y a-t'il un espoir pour Roland ?

Luc Besson est non seulement un réalisateur médiocre, mais un producteur de mauvais goût. Et comme il a un énorme succès, il fait ce qu'il veut. Il est donc largement responsable du niveau lamentable du cinéma français grand public, nous faisant regretter Lautner, Oury et Hunebelle. Son premier film, Le dernier combat, en 1983, pouvait séduire : science fiction en noir et blanc et sans dialogues. Pourtant, il aurait fallu se méfier d'un homme ayant commencé comme assistant sur Les bidasses aux grandes manoeuvres de Raphael Delpart. Dès Subway en 1985, Besson montre qu'il préfère la pose au cadrage, l'effet à la mise en scène, le bon mot au dialogue, bref, la poudre aux yeux rapidement dopée par les moyens et les effets spéciaux. Le grand bleu a beau devenir « le film d'une génération » (pas moi, pas moi !) ce n'est jamais qu'une version surgonflée d'un épisode de Flipper le dauphin. Nikita est un collier de clichés et d'invraisemblances (Ah! Le fusil dans l'armoire à pharmacie) dignes d'un film d'étudiant et après, moi, j'ai décroché. Ce que j'ai pu voir de ce qui a suivi n'a rien fait pour modifier mon opinion. Je passe sous silence ses productions bâclées qui démolissent l'un après l'autre les héros de mon enfance pour sauver le film de Rappeneau, Bon voyage, à l'échec injuste. Je crains que l'on ait pas fini des taxis à répétition.

Michael Bay, je ne pouvais pas le rater. Ce brave (?) garçon a réussi à captiver les foules en ne sachant rien à rien de ce qui fait l'art cinématographique. Michael Bay aurait sans doute pu faire un bon plombier ou un bon trader, mais comme cinéaste, il n'a même pas compris les règles les plus élémentaires. Michael Bay est l'homme qui a filmé Pearl Harbour depuis le point de vue d'une bombe japonaise. C'est pour moi le symbole d'une cinéma bouffé aux mites par l'influence de la publicité, du clip, de l'image pour l'image, bref de ce qui se fait de plus désolant aujoud'hui. Et qu'il ait du succès est une circonstance aggravante parce que l'on risque, un jour, de se dire que c'est cela, le cinéma. Incapable de mettre deux images en correspondance, Bay compense par des montages hystériques d'où les plans de plus de deux secondes sont bannis. Ne pas confondre vitesse et précipitation, Michael.

Claude Pinoteau, c'est un monsieur qualité France typique des années 70 et 80.La gifle, La septième cible, Le grand escogriffe, c'est du cinéma pour soirée dominicale de TF1. Pinoteau, c'est surtout l'homme qui a révélé Sophie Marceau dans La boum et ses deux suites. Entre ici, Claude, tu es en bonne compagnie.

Ralph Nelson est un réalisateur américain surfait des années 60 et 70 ayant bâtit sa réputation sur ses prises de positions « progressistes » et provocantes. Les noirs, les indiens, les femmes, tout ça. Violence racoleuse, érotisme racoleur, zooms à l'italienne et scénarios lourdement démonstratifs, le cinéma de Nelson est caractérisé par la crédibilité de ses situations. On y croise Sidney Poitier en joueur tiré à quatre épingles au milieu d'une guerre indienne, Candice Bergen bronzée et bien maquillée au milieu d'un massacre d'indiens, Charlton Heston en chef d'orchestre obligé de jouer pour les nazis et Robert Mitchum en curé mitrailleur. Tout cela ne serait pas bien grave si Nelson ne se prenait pas très au sérieux et ne nous faisait un brin de leçon au passage.

Umberto Lenzi aurait pu rester dans la catégorie des « exubérants » s'il n'était prisé pour quelques polars effectivement intéressants dans années 70. Mais il est typique des mauvais réalisateurs populaires en ce qu'il se contente de reproduire des recettes éprouvées non sans cynisme mais sans talent. Una pistola per cento bare (Pistolets pour un massacre - 1968) est un western longuet qui copie Léone à la ligne. Attentato ai tre grandi (Les Chiens verts du désert-  1967) est le pire film de guerre jamais réalisé ou peut s'en faut. Incubo sulla città contaminata (L'avion de l'apocalypse – 1980) est un film de gens qui mangent les gens à pleurer, éventuellement de rire. Cannibal Ferox en 1981 et une copie conforme et putassière du Cannibal Holocaust de Déodato. Ironmaster l'année suivante est une pantalonnade en costumes préhistoriques. Bref, rien à sauver, ni surtout le plaisir de voir l'inventivité de réalisateurs mineurs qui croyaient en ce qu'ils faisaient.

Guy Hamilton, c'est le prototype du réalisateur mercenaire anglais. Sans relief, il est capable de films corrects comme Battle of Brittain (La Bataille d'Angleterre – 1966) ou Goldfinger, un des James Bond les plus appréciés. Mais enfin, tout cela ne brille guère par son originalité. Et puis Hamilton a réussi l'exploit de faire le plus mauvais Bond avec Sean Connery, Diamonds Are Forever en 1971 ET le plus mauvais Bond avec Roger Moore, Live And Let Die (Vivre et laisser mourir – 1973) ce qui mérite considération. On lui doit également une suite ratée et lourdingue des Canons de Navarrone en 1978.

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Alan Parker dit l'homme aux semelles de plomb. Britannique, son cinéma n'a qu'un lointain rapport avec ceux de David Lean ou de Michael Powell. Midnight Express, Fame, Mississipi Burning, Angel Heart et son énigme à quatre sous (ou à deux balles comme vous voulez), autant de titres qui m'ont parfois bluffé quand j'étais jeune et tendre mais que je trouve irregardables aujourd'hui. Mise en scène ampoulée, musique synthétique lénifiante, morale à gros traits, effets d'une subtilité de trente tonnes, acteurs livrés à leur cabotinage préféré (De Niro en diable, LA fausse bonne idée), bref, tout le chichi des années 80 qui faisait l'admiration de Première. Comment j'ai pu m'intéresser à ça ?

Zhang Yimou, un asiatique pour finir. Ca n'a pas été simple, ils sont doués à l'est. Yimou, c'est un cas limite. Certains de ses films sont estimables mais ses derniers me sont restés en travers de la gorge. Hero en 2002 et Le Secret des poignards volants en 2004 sont typiques de grosses productions cherchant à vous en mettre plein la vue mais qui, dès lors que l'on connaît un peu le genre, perdent tout intérêt. Ce sont de grosses machines calibrées pour la plus grande gloire de la Chine et l'édification des peuples occidentaux. Autrement dit, ces films ne sentent pas bon, Hero surtout. Si Yimou a un sens plastique indéniable, il se perd dans des afféteries qui deviennent vite pénibles, imitations du style de Sergio Léone qui n'engendrent que l'ennui, comme l'interminable duel du Secret... Nous sommes très loin de Tsui Hark, de Chang Cheh, de Wong Kar-wai ou même des meilleurs Jackie Chan. Yimou ou l'artiste officiel.

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Photographies

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Britmovies

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29/09/2007

Souvenirs de Luis Bunuel

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Le premier film de Luis Bunuel dont je me souvienne, c'est La mort en ce jardin (1956), un film d'aventures dans la jungle dont j'ai un bon et lointain souvenir. Souvenir de machettes progressant à travers les lianes, de Simone Signoret en robe du soir au coeur de la forêt vierge, de Michel Piccoli en curé faux-cul, de Georges Marchal en héros de marbre classique et cette image d'un serpent dévoré par les fourmis,

Une image qui ramène immédiatement aux fourmis dans la main de son premier coup d'éclat : Un chien andalou. Un chien andalou, bien sûr, que je ne me lasse jamais de voir et que, suivant les conseils de son auteur, je me garde bien d'interpréter, que je regarde comme on écoute un instrumental de jazz sophistiqué et joyeux. Ludovic s'interroge sur la force subversive de Bunuel dans notre époque si friande de récupération. La force de ses images me semble toujours redoutable et j'ai beau l'avoir vu et revu, le passage de l'oeil tranché au rasoir est toujours insoutenable. Il fait toujours crier dans les salles. Force non des images mais de leur enchainement. Force de pur cinéma.

Le cinéma de Bunuel, pourtant, J'ai eu un peu de mal au début. La première fois que je l'ai vu, j'ai rejeté en bloc Le fantôme de la liberté. Trop jeune sans doute. J'ai appris depuis ce qu'était un cadavre exquis et à apprécier à leur juste valeur le pantalon percé aux fesses de Michael Lonsdale, les cartes postales de Brialy et cet extraordinaire séquence qui inverse les conventions de la salle à manger avec celles des toilettes. Et pour faire le chemin vers le cinéma de Luis Bunuel, j'ai suivi ses femmes.

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La présence de Catherine Deneuve dans la note précédente n'est pas une simple expression de mon obsession favorite, c'est véritablement par elle que je suis venu à Bunuel et c'est largement par ses deux rôles de Tristana, d'abord, puis de Séverine dans Belle de Jour que j'en suis venu à la mettre très haut dans mon panthéon d'actrices. Deneuve donc, puis quelques classiques comme Los Olvidados, l'un des rares films à monter dans l'enfance la dimension de cruauté mais aussi d'érotisme avec ce lait qui coule le long des jambes de l'adolescente, Alma Delia Fuentes. Et puis les seins de Simone Mareuil. Et le regard noir d'Angela Molina. Et l'étreinte finale dans l'autobus de Subida al cielo (La montée au ciel). Et les bottines de Jeanne Moreau. Et le mannequin d'Archibald de la Cruz dont toutes les femmes de ce film sont plus sublimes les unes que les autres. Et la robe de mariée de Silvia Pinal. Et puis encore Deneuve attachée, Deneuve fouettée, Deneuve alanguie sur le gisant, Deneuve et son regard d'indécente innocence, Deneuve en nuisette, Deneuve et ses béquilles, Deneuve nue sous ses voiles... Ah ! Luis Bunuel, les deux genoux en terre et les larmes aux dents, je vous remercie d'avoir ainsi nourri inlassablement mes fantasmes. Et avec élégance encore, avec pudeur et, ce qui est sans doute capital, avec humour.

Le véritable pouvoir subversif de Bunuel, il est là, dans sa façon de mettre le plaisir en avant, l'amour fou cher aux surréalistes qui dévaste la société bien ordonnée de L'Age d'Or. Et puis de celles qui ont suivi. Ce dérèglement des sens qui bouleverse la bonne éducation, c'est ce qui perd tous les vieux beaux bunueliens possédant la barbe grisonnante de Fernando Rey, se laissant aller à leurs pulsions érotiques. C'est ce qui fait exploser les conventions, le vernis de civilisation et amène l'homme respectable à se balader fesses à l'air à la recherche de quelques coups de fouets.

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Comme je l'écrivais pour Bergman, le cinéma de Luis Bunuel est bien vivant. Il appartient à cet âge d'or où se sont bâties des oeuvres résolues et puissantes, des visions qui arrivaient à trouver et séduire un public large. Luis Bunuel est toujours allé au bout de ses visions avec élégance et détermination. Dans ce film sublime qu'est El angel exterminador (L'ange exterminateur), il pousse ainsi une idée fantastique jusque dans ses derniers retranchements et se refuse avec superbe à donner la moindre prise à une explication rationnelle. Le rationnel ne l'intéressait pas. Les films de Luis Bunuel sont « de l'étoffe dont on fait les rêves ».

 

Photographies : El Ojo de Buñuel  (avec une superbe photographie de Bunuel entouré du gratin hollywoodien) et Cinemexicano100.

31/07/2007

Le feu de la lanterne magique

Je ne suis pas venu facilement au cinéma d'Ingmar Bergman. Il avait pour moi une image assez austère. Pourtant j'avais aimé Fanny et Alexandre à sa sortie mais je n'avais pas accroché à celui que tant mettent si haut : Persona. Et je n'avais rien compris à L'heure du loup. Plus tard je découvris avec enthousiasme Le 7e sceau et quelques années après, à l'occasion d'un cycle assez complet, une quinzaine de films en deux mois. Ce fut un grand moment de ma « carrière cinéphilique » si j'ose ainsi m'exprimer. Un monde se révélait à moi et je tiens depuis lors l'essentiel de ses oeuvres entre la fin des années 40 et le début des années 60 pour ce que l'on peut voir de plus beau et de plus émouvant sur un écran. Je voudrais éviter de déballer les superlatifs d'usages et je ne me sens pas d'humeur pour une dissertation. Hier, en apprenant se disparition, j'ai ressentit une grande tristesse. A la projection de En présence d'un clown à Cannes en 1997, je m'étonnais déjà qu'il fut encore vivant. Je m'étais habitué à ce qu'il continue de vivre et de tourner, nous envoyant depuis Fårö un film, et puis un film encore. On aurait pu le croire immortel, comme un dieu de l'Olympe des cinéastes, retiré sur son île lointaine. Lui qui poursuivait son oeuvre, imperturbable dans un monde ou l'on avait empaillé la sienne par bêtise. Car on ne risque pas de diffuser Les fraises sauvages ou Cris et chuchotement alors qu'il y a a tant de beaux discours convenus à disposition pour ensevelir une oeuvre vivante sur les étagères des musées. Mais elle crie, cette oeuvre, elle se débat, elle est vigoureuse encore. Moi, j'aime les beaux films des années 50, ceux qui ont le noir et blanc luisant, perlé, ceux qui ont l'humour de Nils Poppe et l'insolence de Eva Henning. J'aime ses femmes, toutes ses femmes, Maj-Britt Nilsson, Harriet Andersson, la grande Eva Dahlbeck, Bibi Andersson, Ingrid Thulin, Liv Ullman, et Eva Henning ma préférée quand elle déambule en déshabillé dans la chambre miteuse de La fontaine d'Aréthuse. Plus qu'aucun autre, Bergman a su filmer le couple, filmer ce qui tient ensemble, ce qui parfois sépare, un homme et une femme. Ce n'étaient pas des films à voir pour moi à vingt ans. Ce sont des films que j'aime aujourd'hui. J'aime les été suédois, les reflets sur l'eau, les sombres quais des villes portuaires, les saltimbanques sur la falaise, le bois près de la source, Beethoven et Mozart, l'élégance du chevalier joueur d'échecs, la grâce des danseuses. Je reste réservé sur ses oeuvres plus âpres. Apres trois visions, je reste peu enthousiaste devant Persona même si je le comprends mieux. Je reste de marbre aux Communiants et je me suis toujours réjouis qu'il ait retrouvé, avec Mozart, de la légèreté des Sourires d'une nuit d'été. Alors je suis triste, un homme est mort et avec lui encore un peu d'une conception du cinéma de la plus haute exigence, exigence qui restait alors compatible avec le succès public. Une exigence si rare aujourd'hui, si fragile que l'on n'ose même plus la prendre dans les mains de peur qu'elle ne disparaisse tout à fait. Le cinéma de Bergman est vivant.

 

Post scriptum : je viens juste d'apprendre le décès de Michelangelo Antonioni. Vivement dimanche.