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22/06/2026

Blast it Truffaut !

Je suis tombé sur cet article du site Blast, dont m'avait parlé il y a quelques temps le bon Dr. Orlof, qui taille un costard dans les formes à François Truffaut. Je ne vous donne pas le lien, vous trouverez ça en deux clics. En truffaldien convaincu, j'estime que rien, mais alors rien de rien, ne va. J'aurais bien envie de répondre ligne par ligne à ce texte, mais il est long, voire interminable (on sent que l'auteur en a gros sur la patate), donc ça nous mènerait à point d'heure. Et puis l’œuvre de Truffaut se défend très bien toute seule, pas besoin d'en rajouter.

Il y a quand même quelques points qui dépassent, à mon avis, le simple cas de ce cher François, et qui méritent que l'on s'y attache.

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Alors comme ça, tu serais un démiurge torturé ? 

La méthode pour commencer. L'auteur explique qu'il n'aimait pas à la base le cinéma de Truffaut parce qu'on l'avait obligé à voir certains films quand il était à la fac. C'est quand même triste d'être « obligé » de voir un film. Moi, je n'oblige mes étudiants à rien, j'essaye de leur donner envie et c'est à eux de se décider ou non. Si ça ne les intéresse pas, où s'ils n'aiment pas, c'est leur cinéphilie. Après, comme l'ont dit Nanni Moretti ou Michael Cimino, il y a des films ou des auteurs qui sont des tests.

Alors, après avoir lu récemment un article de Pascal Praud qui lui a déplu (et je peux le comprendre, c'est une chouinerie sur l'air de « c'était mieux avant »), le Blastivore s'est infligé l'intégrale de Truffaut pour vérifier que, non, ça ne lui plaisait pas. Il aurait été plus simple, plus rapide et moins douloureux, de montrer que Praud a bien mal regardé les films de Truffaut, mais non, l'intégrale ! Drôle d'idée. Si un jour je vous annonce que je prévois une intégrale Michael Haneke pour vérifier que son cinéma m'insupporte, donnez moi un bon coup de bâton sur la tête pour me remettre les idées en place.

En lien avec cette méthode, l'article s'attaque à Truffaut critique, « une certaine tendance, etc. », l’agressivité juvénile, la mauvaise foi, toutes choses bien connues. Pas un mot sur le fait que, de cette période, Truffaut est revenu, s'est excusé de ses excès, de certains aveuglements (sur Ford par exemple, et par écrit je vous prie), et qu'il a reconnu, comme le disait Chabrol, « qu'ils écrivaient beaucoup de conneries » avec ses camarades des Cahiers. Il a évolué. Rien sur le fait que nombre de ses détestations étaient légitimes et argumentées, mais surtout rien sur le fait qu'à côté de ses détestations, il y avait encore plus d'admirations. Truffaut critique, c'est d'abord la défense passionnée de cinéastes alors méprisés ou ignorés. Je n'ai pas appris à aimer Truffaut parce qu'on m'a obligé à voir ses films en fac, mais, bien avant, parce que j'aimais ses films bien sûr, mais plus encore la façon dont il parlait de cinéma, et pas en 1955, je n'étais pas plus né que Blast, mais au début des années 80, chez Jacques Chancel ou Bernard Pivot. C'était très différent. Et ça n'a aucun sens de ressasser les années « hussard » pour comprendre l'impact de Truffaut sur les générations comme la mienne.

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Le Bien et le Mal (allégorie). photographie © DR 

Parenthèse sur Rebatet, ressorti une fois de plus comme épouvantail. Bien sûr, moi aussi j'aurais préféré qu'il ne déjeune pas sur un bateau mouche avec ce salaud. Ils ont parlé cinéma. Est-ce que parler de cinéma avec un salaud fait de vous un salaud ? Ça se discute. Mais là aussi, ça aurait été bien de potasser les pages du De Baeque - Toubiana qui parlent de l'évolution politique de Truffaut dès la fin des années 50, comment il s'est construit des convictions et les a défendues quand il l'a estimé nécessaire, ses réticences envers le cinéma « engagé », son rapport à la judéité... Truffaut n'est jamais resté figé sur des positions rigides. Il a évolué. Mais tout est écrit, il n'y a qu'à faire l'effort de lire. Et c'est autrement intéressant que la ballade en bateau-mouche.

Le Blastéador utilise au final les mêmes méthodes que celles qu'il déplore chez Truffaut critique. Attaquer de front une personnalité en vue avec un mélange de mauvaise foi, d'approximations (qualifier le personnage du cinéaste de La Nuit américaine de « Démiurge torturé », quel contresens!) et d'omissions bien pratiques (du même film, il cite à charge la réplique d'Alphonse « est-ce que les femmes sont magiques ? », sans reprendre les réponses qui lui sont faites, et ignore opportunément celle de Fabienne Tabart / Delphine Seyrig dans Baisers volés : « Je ne suis pas une apparition, je suis une femme et c'est tout le contraire). La grande différence, c'est que, quand Truffaut attaquait Clouzot ou Autant-Lara, ils étaient ses contemporains et bien établis. Il y avait une prise de risque réelle et un objectif ambitieux, changer le visage du cinéma français. Avec le recul, ça a plutôt fonctionné à l'époque, mais aujourd'hui ? Qui serait capable de charger, plume au clair, les aspects conformistes du cinéma français de 2026 pour le révolutionner ? C'est sûr que c'est un boulot autrement compliqué que d'appliquer aux forceps des grilles de lectures contemporaines à des œuvres qui n'en peuvent mais.

Une autre chose qui m'a agacée, ici comme trop souvent ailleurs, le passage emprunté à un critique américain « très clairvoyant » (pouf, pouf), David Walsh : Truffaut, dans Les 400 coups, n'aborde pas l'impact de la période de l'occupation, correspondant à sa propre enfance, pas plus que la pression sociale qui pouvait s'exercer sur sa mère dans les années 30. C'est mal. Mais peut être bien que c'est parce qu'il avait autre chose à exprimer ? Allez savoir avec ces artistes... Je ne comprends pas et je ne comprendrais sans doute jamais cette manie de vouloir expliquer à un cinéaste pourquoi il n'a pas fait un autre film que celui qu'il voulait faire. C'est d'une condescendance sans nom. C'est dit.

Au final, et comme j'ai dit que je ferais court, ce qui est sans doute le plus pénible, c'est cette façon de s'en prendre à notre rapport au cinéma de Truffaut. De plaquer des grilles de lectures actuelles pour faire des leçons de directeur de bonne conscience. De curé, oui ! Leçons quelque peu rassies, où l'on ressort les vieilles oppositions bidon, Godard le pur contre Truffaut le vendu, et tout un vocabulaire plein de clichés (l'invisibilisation est au programme, paternalisme, misogynie, « Conformisme petit bourgeois » réactualisé en Bourgeois gaze, pouf). Les deux textes, Praud comme Blast, sont, pour citer Manchette, les deux mâchoires du même piège à cons. Prendre le cinéma de Truffaut et le cinéaste en otage pour passer un discours moralisateur, médiocrement politique : « C'était bien de regarder Truffaut » ou « C'est mal de regarder Truffaut ». Tout cela dans le mépris et l'ignorance la plus totale des rapports qui se sont tissés entre cette œuvre et ses spectateurs, si nombreux, si différents. Truffaut est bien dans mon Panthéon, mais je n'en fais pas pour cela une vache sacrée, ni un pape. C'était juste un très grand cinéaste et il manque, il me manque, les films qu'il n'aura pas fait me manquent. C'est tout.

12/06/2026

Ingmar Bergman en tournage

Superbe document mis en ligne par Criterion : un film 16mm en couleurs pris sur le tournage de Les Fraises sauvages (Smultronstället, 1957), l'un des plus beaux films d'Ingmar Bergman (Via Frédéric Pieretti sur fessebouc). 


06/06/2026

Marcia et Marjane

Les nécrologies, c'est toujours un peu compliqué pour les cinéphiles. Souvent, on en a ras la casquette de voir disparaître les artistes que l'on aime, qui nous ont enthousiasmé, émus, transporté. D'un autre côté, cela fait partie de notre relation au cinéma et il y a une certaine douceur, une bouffée de mélancolie, pas forcément désagréable, à revenir sur la façon dont tel ou telle a accompagné notre cinéphilie. On revient sur leur parcours qui est aussi, pour une petite part, le nôtre. Et puis, c'est parfois plus difficile, quand disparaissent brutalement, trop jeunes, trop tôt, des personnes avec lesquelles on aurait bien aimé faire un grand bout de chemin ensemble. Bref...

Tout ça pour saluer, sans faire d'Inisfree un cimetière, les disparitions de deux femmes différentes mais qui ont compté pour moi.

Marcia Lou Griffin Lucas était monteuse et pas n'importe laquelle. Elle a débuté avec la non moins talentueuse Verna Fields, puis a travaillé sur les montages de films signés Francis Ford Coppola, Martin Scorsese et bien entendu George Lucas, son époux, dont elle a été « l'arme secrète » selon le mot de Dave Pollock. On sait, ou l'on devrait savoir, combien son apport a été décisif sur Star Wars (La Guerre des étoiles, 1977). Elle a contribué à sauver le film en lui donnant, avec Richard Chew et Paul Hisch en renfort, une forme et une narration. Tous les trois seront oscarisés pour ce travail essentiel.

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Photographie DR

En hommage, voici la scène de la bataille finale, un sacré beau morceau de montage.


Marjane Satrapi, c'est autre chose. Sa disparition à 56 ans, dans les circonstances qui ont été données, est d'une grande tristesse. Tristesse d'autant plus grande que Persépolis, grande dessinée puis grand film d'animation, ont été des odes à la joie de vivre, envers et contre tout, contre l'arbitraire, la dictature, les pulsions de mort et de destruction, les chansons de Kim Wilde contre la guerre, l’impertinence de la joie adolescente contre la connerie sous toutes ses formes, en particulier les plus terrifiantes. Satrapi, c'était une voix et des images qui ont porté avec talent, et qui vont manquer désormais.

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Photographie Pierre-Emmanuel Rastoin pour Télérama

15/02/2026

Les nouvelles sont elles bonnes ?

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Giovanna Ralli lit le journal à côté de Franco Nero en marge du tournage de El Mercenario (Le Mercenaire, 1968) de Sergio Corbucci. Photographie © PEA. 

31/10/2025

Boss Time

La musique de Bruce Springsteen m'accompagnant depuis plus de quarante ans, ce n'est rien de dire que j'attendais le film de Scott Cooper, Springsteen : Deliver Me from Nowhere. A quelques jours de la sortie, j'ai commencé à me demander si le film serait à la hauteur, à la hauteur en tant que film de cinéma. Après tout, j'ai vu beaucoup de choses sur le Boss, des concerts bien entendu, mais aussi des documentaires, dont plusieurs qui montrent ses séances de travail et j'ai toujours trouvé ça passionnant. L'ambition affichée de Cooper, responsable également du scénario, est de ne pas tomber dans la biographie filmée en s'attachent au travail de Springsteen sur la création de son album Nebraska de 1982. Bon, ça vous l'avez sans doute déjà lu quelque part. Le problème de ce type de films, c'est que les personnes qui aiment le sujet, le personnage réel, le connaissent souvent très bien et aimeraient bien pénétrer en profondeur dans le processus créatif de l’œuvre qu'ils admirent. Le modèle limite, ce serait Le Mystère Picasso (1955) de Henri-Georges Clouzot où l'on suit en temps réel le cheminement de l'inspiration du peintre. Hélas, le plus souvent, les concepteurs de ces films veulent séduire un public plus large et créent de la fiction « inspirée d'une histoire vraie », des histoires de traumatisme, d'identité, de cul, de drogue, de je ne sais quoi, qui relèguent la création au second plan et agacent les admirateurs qui ne sont pas venus pour ça. Il vaut mieux, alors, faire une fiction revendiquée comme Steven Spielberg avec The Fablemans (2022), à la fois plus honnête et plus éclairant.

scott cooper,bruce springsteen

Les cinq premières minutes de Springsteen : Deliver Me from Nowhere m'ont saisi. Souvenir d'enfance en noir et blanc qui s'efface pour laisser place à la dernière chanson de sa tournée The River Tour de 1980/1981. Même si l'effet est étrange de voir le E-Street Band incarné par des comédiens, la chanson c'est Born To Run et Jeremy Allen White dans le rôle de Springsteen est immédiatement convainquant. Fin du concert, Springsteen seul dans sa loge a un coup de blues, le récit peut commencer. A partir de là, il y a tout ce qui fonctionne. Ce qui relève de l’inspiration, le retour dans sa ville natale qu'il arpente comme un zombie à la recherche de fantômes, passant et repassant devant sa maison qui, comme le faisait remarquer quelqu'un, ressemble à celle du Halloween de John Carpenter. Il y a le rapport de Springsteen au cinéma, qui déclenche son écriture, comme le film de Terrence Malik, La Balade sauvage (Badlands, 1973), source de la chanson Nebraska, ou La Nuit du chasseur (Night of the Hunter, 1955) de Charles Laughton, qu'il avait vu avec son père. Il y a ses lectures et l'ambiance automnale, très réussie, grâce à la photographie de Masanobu Takayanagi. Il y a aussi tout ce qui se rapporte à la technique, son enregistrement sur un quatre pistes dont les défauts vont créer le son décharné et envoûtant qui est la marque de l'album, et qu'il va s'échiner à retrouver en studio. Tout cela c'est vachement bien rendu, mis en scène avec précision et clarté. Rien à dire. Autre aspect très réussi, la relation entre Springsteen et son manager, Jon Landau, celui qui avait « vu le futur du rock and roll » en 1975. L'amitié entre les deux hommes est palpable, décrite avec finesse et force et l'on comprend la façon dont Landau comprend Springsteen et peut ainsi le défendre et l'aider à concrétiser sa vision artistique. C'est aussi lui qui pourra l'envoyer chez un psy quand la dépression du chanteur menacera de l'engloutir.

Un des grands moments du film, c'est aussi le premier enregistrement de la chanson Born in the USA telle que nous la connaissons, telle qu'elle a fait de lui une star mondiale. Ce n'était pas prévu au départ. La scène montre comment le travail avec le groupe et le studio transforme le matériau de départ. La caméra de Cooper glisse du groupe aux techniciens et nous montre leurs visages s’illuminant de sourires béats quand il se rendent compte de ce qui se crée, là sous leurs yeux. Ce que c'est qu'une grande chanson quand elle trouve sa forme pour la première fois. Et bien sur, ça ne plaît pas au Boss, qui cherche alors autre chose et il faut toute la diplomatie de Landau pour aller de l'avant. Jeremy Strong, dans ce rôle, est parfait.

A côté de tout ça, il y a des choses qui manquent. La première, c'est le rapport du Boss avec son public. C'est quand même au cœur du personnage. Je sais que le film s'ouvre sur la fin d'une tournée, mais même entre deux, il a toujours maintenu ce rapport. Être sur scène est vital pour Springsteen. Le film montre deux scènes au Stone Pony, un club du New Jersey où il allait jouer avec des amis de longue date (il le fait toujours). Problème, ces scènes ne sont là que pour introduire de la fiction, la rencontre avec une jeune mère célibataire. C'était pourtant un moyen d'aborder ce rapport à la scène et au public, son ultime soupape de sécurité mentale. Par ailleurs, à l'époque, il allait aussi souvent jouer, pour un soir, dans le club de Clarence Clemmons, son saxophone et ami. Ce qui amène au second manque à mon avis criant, celui de son rapport avec le groupe. Comme personnages du film, ils sont inexistant. Difficile à avaler même si l'on sait qu'il était alors dans une période introspective. Les membres du E-Street Band, ce sont aussi des amis de quinze ou vingt ans. Il manque vraiment leur manière de travailler quand ils sont ensemble dans le studio, et leurs apports (celui de la batterie de Max Weinberg sur Born In the USA par exemple).

Et cela, c'est parce que le film ne tient pas son ambition d'être un « biopic » différent. La partie sur son enfance et ses traumas est utile mais trop appuyée. Elle est aussi en partie déconnectée de l'inspiration qui est multiple. Nebraska, c'est surtout un portrait de l'Amérique, de cette Amérique des déclassés, des ouvriers, des paumés, que Springsteen a toujours su raconter dans ses chansons.

scott cooper,bruce springsteen

Mais ce qui ne fonctionne pas du tout, c'est la partie sentimentale. Cooper a créé un personnage féminin à partir, dit-il, de plusieurs femmes que Springsteen fréquentait à l'époque et cette partie enraye le récit en enfilant les clichés, même si Odessa Young fait ce qu'elle peut. Je suis certain que l'on pourrait couper toutes ces scènes et que le film en serait plus court et bien plus efficace. Problèmes de scenario et problèmes de montage.

Reste que la mise en scène de Cooper est, comme l'écrit le critique du Monde, très (trop?) sage. Je n'ai rien, bien au contraire contre une approche classique. Mais à plusieurs reprises, Cooper essaye des choses plus intéressantes jouant sur le son en particulier, pour traduire l'angoisse du chanteur. Les séquences nocturnes, les errances quai fantastique du chanteur auraient pu être plus poussées, au lieu d'effets plus attendus comme le noir et blanc pour le passé et certaines transitions peu originales entre les temporalités. Comme pour les années 60 du Nouvelle Vague de Richard Linklater, qui n'est pas tombé dans les mêmes défauts, Cooper propose aussi une reconstitution soignée et convaincante du début des années 80. Tel qu'il est Springsteen : Deliver Me from Nowhere est pas mal du tout, mais j'aurais tellement aimé qu'il soit plus que ça.

Photographies © 2025 20th Century Studios

16/10/2025

Moteur, Raoul !

Nouvelle Vague (2025), un film de Richard Linklater

Nouvelle Vague, c'est un peu comme si les pages de la bio de De Baecque écrite sur Jean-Luc Godard et consacrées au tournage d’À bout de souffle prenaient vie à l'écran. Comme s'il y avait eu un reportage, ou mieux, un journal filmé dans le Paris de 1959 pour suivre toute l'équipe en pleine création. Nouvelle Vague n'est pourtant pas un documentaire et c'est tant mieux. C'est une fiction documentée, avec un soin de cinéphile maniaque, ce qui n'est pas pour me déplaire. Le film reprend certains codes du documentaire, comme l'incrustation des noms sur les images des personnages pour que l'on sache bien qui est qui, ce qui est bien pratique. La reconstitution est scrupuleuse, comme chez Kubrick ou Leone, avec un emploi des effets numériques qui, avec L'Inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoustier, montre que cette technologie peut servir à autre chose qu'à créer des avatars ou des dinosaures. L'effet est bluffant, d'autant que le film reprend aussi des éléments esthétiques de son sujet, format 1.37:1 et noir et blanc très Raoul Coutard. La forme de Nouvelle Vague est un bonheur de cinéphile mais le film ne s'y limite pas. Et d'ailleurs, au bout d'un moment, on l'oublie. Car Nouvelle Vague n'est pas un pastiche à la manière de Le Redoutable, (2017) de Michel Hazavanicius, spécialiste du genre, qui s'attache à un personnage nommé Jean-Luc Godard filmé « à la manière de ». Nouvelle Vague est centré sur un film et sa création. Mieux, sur l'esprit qui a présidé à sa création, et mieux encore sur la manière dont cet esprit est devenu une source d'inspiration pour de nombreux cinéastes en devenir un peu partout dans le monde. C'est un phénomène rare qui a fait d’À bout de souffle une œuvre mythique, mythologique, une date dans l'histoire du cinéma, bien au-delà de ses qualités propres. Richard Linklater, le réalisateur de Nouvelle Vague, est né l'année de la sortie d’À Bout de souffle, et il fait partie de celles et ceux qui en ont eu la révélation. Qu'un cinéaste américain fasse un film, en 2025, pour rendre hommage à un film français de 1960 en montrant pourquoi il a été et reste important, devrait nous réjouir. 

richard linklater

Car ce que rappelle Linklater, c'est qu'À Bout de souffle, en septembre 1959, c'est un premier film, fait avec un budget ridicule (moins de 70000 euros), sur un scénario remanié au jour le jour, sans autorisations, à la débrouille, dans le doute, parfois la défiance. Si À Bout de souffle est devenu mythique, Nouvelle Vague nous rappelle que, en septembre 1959, personne ne croyait vraiment au film, peut être pas même Godard. Seul Truffaut semble avoir eu confiance dans les capacités de son ami. Mais Godard a confiance dans le cinéma qu'il défend depuis des années. Il suit ses intuitions, brise les règles sciemment, tente, prend des risques, saute sans filet, et l'on voit, petit à petit, l'équipe s'habituer à ses méthodes iconoclastes, et le suivre. C'est ce que dit Jean Seberg, jeune star à deux doigts de tout laisser tomber : « C'est une expérience folle — pas de spots, pas de maquillage, pas de son ! Mais c'est tellement contraire aux manières de Hollywood que je deviens naturelle. ». Godard veut pratiquer un cinéma libre et c'est cette liberté, la possibilité de cette liberté, qui a séduit les apprentis cinéastes qui ont découvert son film. On peut, on doit, on devrait faire du cinéma dans cet esprit. C'est une bien belle leçon.

richard linklater

Nouvelle vague c'est aussi un film de Richard Linklater. On lui doit la trilogie Before (Sunrise, Sunset, Midnight) avec Julie Delpy et Ethan Hawke, et l’étonnant Boyhood (2014), qui suit un personnage de son enfance et son adolescence sur douze ans. Linklater est passionné par le temps. Boyhood est tourné sur douze ans, et chaque film de la trilogie se déroule sur quelques heures. Nouvelle Vague dure le temps de la création du film, du feu vert du producteur au montage. Il est piquant de noter que ce dispositif est très proche de celui de François Truffaut sur La Nuit américaine (1974), film référence sur le tournage d'un film, et prétexte de la rupture entre Truffaut et Godard à l'époque. Linklater est aussi un cinéaste de la parole. Ses personnages parlent beaucoup, pour se séduire, se convaincre, s’expliquer. Nouvelle Vague, c'est la parole de Godard, ses maladresses, ses errements, ses manières parfois brutales, mais au final, sa force de conviction parfois désespérée, qui culmine dans la manière qu'il a de demander à Seberg de lui donner « quelque chose » pour la scène finale, rue Campagne-Première. La distribution aussi est remarquable, un ensemble homogène d'inconnus ou presque, parfois étonnants de ressemblance, comme Zoey Deutch en Jean Seberg ou Matthieu Penchinat plus vrai que nature en Raoul Coutard, parfois moins sans que ce soit très important. Le seul qui m'a laissé perplexe, c'est Aubry Dulin en Belmondo qui grimace un peu trop à mon goût. C'est que, bien entendu, la première chose que j'ai faite en sortant de Nouvelle vague, c'est de revoir À bout de souffle. C'est bien le moins !

richard linklater

Photographies ©Jean-Louis Fernandez

25/09/2024

La belle équipe

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Le réalisateur Clive Donner bien entouré avec la distribution éclatante du film Quoi de neuf Pussycat ? ( What's New Pussycat?, 1966) avec, dans le désordre, Woody Allen, Ursula Andress, Katrin Schaake, Peter O'Toole, Capucine, Romy Schneider, Peter Sellers, Eddra Gale et Paula Prentiss. Photographie © Sunset Boulevard/Corbis

27/06/2024

Les Sept Samouraïs au Ciné-club du Pathé Masséna

Les cinéphiles bien nés savent combien est casse-tête la fameuse liste des dix meilleurs films de tous les temps, pour reprendre le titre de l'excellent livre de Luc Chomarat (aux éditions Marest). En ce qui me concerne, Shichinin no samurai (Les Sept Samouraïs, 1954), du maître Akira Kurosawa, en ferait certainement partie. C'est dire ma joie quand on m'a proposé de présenter une séance de la reprise de la version restaurée au Pathé Masséna de Nice, vendredi 5 juillet à 19h30. Cela conclura de belle façon la saison du ciné-club avant la trêve estivale. Cette version, complète, a été présentée en avant-première dans la section Cannes Classic au dernier festival de Cannes. Pour la toute petite histoire, j'avais une place mais, après une grosse journée la veille, je me suis désisté en me disant que le film serait repris à la Cinémathèque. On ne se méfie jamais assez, la séance cannoise a été introduite par non moins que Hirokazu Kore-eda, ce qui devait être quelque chose ! Cela met la barre très haut pour vendredi prochain.  

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Photographie © Toho LTD

30/04/2024

Zoom Arrière n°8 : Les films de Werner Herzog

Pour son huitième numéro, l'équipe de Zoom Arrière vous propose un voyage dans le cinéma de Werner Herzog, figure majeure du jeune cinéma allemand des années 70 et 80, devenu un maître du cinéma contemporain. 

La campagne de pré-commandes est ouverte sur Ulule (cliquez sur l'image ci-dessous) pour acquérir ce superbe numéro et ses non moins superbes contreparties. Et n'hésitez pas à transmettre l'information !

zoom arrière,werner herzog

Des rivières de l'Amazone aux glaces de la base Antarctique McMurdo, de la grotte Chauvet aux chemins escarpés de Cuzco, des plages de l'ancien Dahomey au désert dévasté du Koweït, de volcans en sommets, des océans aux forêt profondes, Werner Herzog est un cinéaste voyageur inlassable, à l'immense curiosité, moteur d'un œuvre protéiforme et exaltante.

Adolescent, il croise la route de Klaus Kinski et, impressionné, en conçoit l'intuition qu'il réalisera des films et dirigera l'impossible comédien. Ce qu'il fera. Werner Herzog est l'homme des signes qui peuplent le monde et des appels d'un destin imprévisible auxquels il faut savoir répondre. Il aura construit ses films sur d'innombrables rencontres et autant de coups de tête. Religieux, voire mystique, il sait accueillir l'imprévisible, le merveilleux, et la poésie de la vie, tout en conservant une détermination sans faille dans sa vision de cinéaste.

Ses tournages sont autant d'aventures physiques que spirituelles et ses films, plus de quatre-vingt fictions et documentaires, courts et longs métrages, autant de visions artistiques sensibles qui explorent la condition humaine dans toute sa démesure, sa folie, sa grandeur.

L'équipe de Zoom Arrière est heureuse de vous convier à déambuler à travers les multiples facettes de l'impressionnante filmographie de ce grand marcheur pour qui : « ...voyager à pied est une vertu ». On ne saurait rêver meilleur compagnon de route.

Le huitième numéro de Zoom Arrière revisite donc son œuvre : longs et courts métrages, fictions et documentaires, analyses transversales, bibliographie et filmographie, commentés et analysés par nos contributeurs, à travers plus de soixante-dix textes. 

Certains de ces textes s’opposent, d’autres convergent. Tous se complètent pour rendre hommage à un créateur unique. 

15/04/2024

Truffaut en ligne

La Cinémathèque française propose une très belle exposition en ligne, à partir des archives du réalisateur. Quinze chapitres avec de superbes illustrations, textes et documents de travail : 

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Photographie : La Femme d'à côté (DR)