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30/07/2008

Fondamentaux

« Murnau ne pose ainsi qu’une question, difficilement audible aujourd’hui : comment éviter le néant et la fausseté du lyrisme, qui jamais ne dit vrai, sans pour autant se priver de la beauté de ses emportements qui réellement émeut ? » Ludovic à propos de Sunrise (L'aurore) de F. W. Murnau sur Cinématique.

« Comme si Ford, dans un dernier réflexe, nous ramenait à la (dure) réalité des choses, qu’il nous rappelait que la vérité du film ne résidait pas dans un mouvement d’appareil, si bouleversant soit-il, mais dans la force d’une image, déposée au pied du film; que cette vérité n’était pas dans l’opacité d’un fondu au noir, ouvrant à toutes les interprétations possibles, mais dans la blancheur éclatante d’une dépouille, point final du film, le reste n’étant que littérature... » Buster sur Balloonatic à propos de Seven women (Frontière chinoise) de John Ford.

"C’est un plan étonnant mais à la limite ça n’a pas beaucoup d’imagination" Le chef opérateur Raoul Coutard à propos du travelling de Week-end de Jean-Luc Godard, dans un entretien sur le site Kinok.

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28/07/2008

Encore et toujours

Il y a une dizaine d'année, avec trois amis, nous avons créé et animé une émission sur le cinéma sur la radio de la communauté juive de Nice. J'ai endossé la tenue de l'animateur et pour la première émission, je me suis creusé la tête pour définir ce que serait le cinéma que nous allions y défendre. Pas facile, nous avions tous les quatre des goûts assez différents. Finalement, un consensus relatif s'est établi sur quelques noms : Guédiguian, Tavernier, Kitano, Loach et Youssef Chahine qui venait de sortir Al Massir (Le destin) après son passage à Cannes. Parler sur la radio de la communauté juive du cinéma de Chahine nous semblait une bonne idée, indispensable d'une certaine façon. J'avais adoré ce film. Ce geste final de suprême défi du philosophe Averroes jetant l'un de ses livres adorés dans le bûcher est un grand geste de cinéma. Et à relire mes notes, j'avais sans doute essayé d'être lyrique sur le sujet. Hélas, mes prestations des premiers mois étaient terriblement handicapées par mon trac terrible et ma voix qui tremblait dans le micro. Je ne sais pas, je ne crois pas avoir rendu justice à cette phrase : « Chahine fait partie de ces metteurs en scène humanistes comme Ford, Renoir ou Kurosawa. A plus de 70 ans, il a une belle carrière derrière lui ». A plus de 80 ans, Chahine vient de disparaître. Si je suis triste, c'est surtout que je ne lui vois pas d'héritiers, car l'homme a eu une belle vie, intense, créative, menant mille combats sans se départir de son sourire teigneux. Je connais finalement assez mal son cinéma, comme je connais mal le cinéma égyptien. Mais ce que j'en connais, ce que j'en ai vu, me conforte dans l'idée que mon enthousiasme d'il y a dix ans était justifié.

Youssef_Chahine.jpg

 

23/07/2008

Questionnaire estival

C'est l'été, c'est le temps des questionnaires. En voici un que j'ai piqué chez Dasola. C'est une sorte de portrait chinois sur l'air « Si j'étais... ». Je me suis donc un peu repris après une série de réponses qui laissait libre cours à mes goûts habituels du type « S'il n'y a qu'un film, Rio Bravo est celui-là » pour rester un peu plus dans l'esprit de la chose. Ceci dit, les questions elles-mêmes sortent du cadre passé un moment. Bon, c'est pas bien grave. Vous êtes libres de vous amuser avec si vous voulez, mais il n'y a aucune obligation. Il y en aura un autre pour le mois d'août, je travaille dessus.

Un film : Dieu seul me voit de Bruno Podalydes.
Un réalisateur :
François Truffaut.
Une histoire d'amour :
La sirène du Mississipi de François Truffaut.

Palombella rossa.jpg
Il s'agit de viser juste (Palombella rossa - Nanni Moretti)

Un sourire : Celui de Nanni Moretti.
Un regard : Le regard exaspéré de Wayne quand Angie Dickinson lui balance « 
Vous oubliez votre culotte, shérif » dans... Rio Bravo.
Un acteur : James Stewart.
Une actrice : Jeanne Balibar.

Un début : La scène d'ouverture de The searchers (La prisonnière du désert) de Ford.
Une fin : Modern Times de Chaplin.
Un générique : Un de ces génériques à la De Mille où l'on ouvre un gros livre.
Une scène clé : Peter O'Toole soufflant l'allumette dans Lawrence d'Arabie.
Une révélation : La plastique d'Edwige Fenech.
Un gag : La scène du miroir dans Duck soup avec les Marx Brothers.
Un fou rire : Les éclats de rire de The wild Bunch de Sam Peckinpah et Richard Dreyfuss chez Spielberg.
Une mort : Celle de Gene Tierney dans The ghost and Mrs Muir de Manckiewicz.
Une rencontre d'acteur : Franco Nero et Tomas Milian dans Companeros ! de Sergio Corbucci.
Un baiser : Celui entre James Stewart et Donna Reed au téléphone dans It's a wonderful life de Franck Capra.
Une scène d'amour: La scène du cimetière dans The quiet man de John Ford.
Un plan séquence : Stewart et Widmark assis au bord de la rivière dans Two rode together de Ford.
Un plan tout court: L'arrivée de Claudia Cardinale dans la ville de Il était une fois dans l'Ouest de Sergio Léone.
Un choc plastique en couleurs: She wore a yellow ribbon de John Ford.
Un choc plastique en noir et blanc: Soy Cuba de Mikhail Kalatozov.
Un choc tout court: Le débarquement dans Saving Private Ryan de Steven Spielberg.
Un artiste surestimé : Mon cher Hanneke.
Un traumatisme : Le grand silence de Sergio Corbucci.
Un gâchis : Steve Kloves et Léos Carax.
Une découverte récente : Le cinéma de Luc Moullet.
Une bande son : Kéoma d'Enzo G. Castellari.
Un somnifère : L'éclipse de Michelangelo Antonioni.
Un monstre : King Kong.
Un torrent de larmes : John Wayne prenant Nathalie Wood dans ses bras à la fin de The searchers (La prisonnière du désert) de Ford.
Un frisson : Les pas de la créature dans Planète interdite.
Un artiste sous-estimé : Tsui Hark.
Un rêve : Mon voisin Totoro d'Hayao Miyazaki.
Un fantasme : le numéro Dancing in the dark de The band wagon (Tous en scène) de Vincente Minelli (à la place de Fred Astaire, bien sûr).

20/07/2008

Va et regarde (sous le marronnier)

Quand je suis arrivé, il était installé devant la maison, à l'ombre du grand marronnier. Il avait les traits tirés, le regard humide et fixe, loin, bien loin au-delà de son verre de pastis, un pastis délectable qu'il faisait lui même. Le soleil était déjà haut.

- Houlà, je lui fis en m'asseyant sur le côté, c'est pas la grande forme ?

- J'y arrive pas.

Les mots ont sifflé entre ses dents serrées.

- J'y ai passé la nuit et j'y arrive pas.

Il s'est retourné brusquement vers moi et j'ai remarqué cette vive lueur au fond de ses yeux.

- Tu sais, il y a des films, on ne peut pas les voir et puis après, juste comme ça, pérorer dessus. Oui, pérorer. Gloser. Il y a des films qui demandent le silence. Qui imposent le silence.

Le temps s'est suspendu un instant et même les cigales se sont tues, impressionnées sans doute.

- Je t'en sers un ?

 J'ai hoché la tête puis j'ai dit : Tu l'as vu, enfin ?

- Oui, a-t'il répondu en me servant d'une main mal assurée. Vu et reçu. Profondément ressentit. Ce film, il m'a avalé, digéré et délicatement recraché.

- Et ben. Et ça t'a plu ?

- Plu ! Il m'a fusillé du regard. Tu ne crois pas que ce film dépasse un peu ce genre de considérations ?

- Si, si, j'ai dit. Mais il faut bien commencer par quelque chose.

- Ah oui, et bien moi, je n'ai pas trouvé. J'ai passé la nuit et une partie de la matinée devant mon clavier et je n'ai pas trouvé par où l'empoigner. Pas un mot, pas un seul. Le film est plus fort que ça. Et même, j'ai fait ce que je ne fais jamais, je suis allé voir ce que les autres ont écrit dessus. Évidemment ça ne m'a pas aidé.

- Tu vieillis, j'ai dit en remarquant que les cigales avaient repris leur chant, sans doutes rassurées.

Il a ricané : Et bien toi qui est resté jeune, tu peux me dire comment tu compte aborder le sujet sur ton blog incorruptible ? Ça ne fait pas six mois que tu l'as vu, le film ?
J'ai pris une longue gorgée de pastis, laissant les arômes d'anis et de café se répandre en moi. Rien de tel pour paraître plus assuré que l'on est en vérité.

- Et bien, je n'ai pas vraiment écrit quelque chose, mais j'ai pensé à une structure. Autour de deux photos. La première au temps de l'insouciance. Florya est un jeune biélorusse qui rejoint les partisans, laissant sa famille et sa mère éplorée. Va et regarde, il part et voit. Chez les partisans, c'est le joyeux bazar, de ces bazars que savent si bien filmer les cinéastes de l'est, Kusturica, Loungine, tout ça. Ils prennent une photo de groupe, c'est drôle, c'est vivant, c'est avant. 90 minutes plus tard, Florya est au centre d'une seconde photo. La guerre est passée, les partisans sont décimés, la famille de Florya a été massacrée avec tout son village par une colonne allemande...

- Un Einzatsgruppen. Sois précis, la précision nous sauvera.

- La précision et le pastis, ai-je acquiescé. Donc Florya se retrouve dans un autre village investit par un Einzatsgruppen-machin qui massacre tout le monde dans l'église. Pour une raison inconnue, il est épargné et sert à quatre militaires pour faire une photographie souvenir. Un simulacre d'exécution.

- Tu as noté comme le film retrouve alors l'esthétique immonde de revues nazies comme Signal ?

Il s'est resservit, étirant sa longue carcasse.

- C'est intéressant ton histoire de photographie. Ça boucle avec la scène finale où Florya tire sur une photo de Hitler et avec chaque coup de feu, on remonte l'histoire avec des images d'archives, on remonte aux origines du mal, jusqu'à Hitler bébé dans les bras de sa mère. On remonte tout le mécanisme qui a broyé toutes ces vies. Ça m'a rappelé la fin de Croix de fer de Peckinpah.

- Sans le rire de Coburn...

- Et le visage de Florya, dont le visage adolescent devenu celui d'un vieillard, ça m'a rappelé la chanson de Brel : ça y est, elle a mille ans.

Il s'est redressé puis s'est penché vers moi, narquois.

- Ouais, pas mal le coup de la photo, mais trop réducteur, trop habile. Encore trop loin de la force du film. De sa force réelle.

J'ai soupiré. J'ai l'habitude. Je me suis servit encore un verre. J'avais un peu chaud aux joues.

- Ce n'est qu'une approche, je peux développer à partir de là.

- Tu peux. Il a hoché la tête. Tu peux pondre une de tes tartines habituelles mais ça ne change rien à rien. Comment veux-tu rendre la scène de la tourbière ? Cette marche de Florya et de Glasha, la jeune fille qui l'accompagne ? Ils sont dans la boue jusqu'au cou, c'est une véritable image de cauchemar qui est aussi une sensation de cauchemar. Le temps dilaté, l'implication physique des acteurs, la photographie d'Aleksei Rodionov, le cadre, tu peux les décrire mais ça restera en deçà de ce que tu peux ressentir.

- Certes, mais en même temps, c'est ce que dit Elem Klimov. Va et regarde, Idi e smotri, c'est valable pour nous aussi. Son film c'est une expérience de cinéma total, une expérience sensorielle et émotionnelle, son, mouvement et images. Quelque chose d'unique et de proche pourtant de ce qu'ont fait Kubrick, Spielberg, Coppola, Aldrich, Fuller, Cimino, Tarkovski...

- Citations, piège à ... Continue comme cela et tu finiras par parler de Malik.

- Non, non, l'ai-je rassuré. Tu sais que sa dimension spirituelle me laisse de marbre.

- Oui, a-t'il dit en étendant ses bras devant lui. Il n'y a pas de dieu chez Klimov. Il n'y a qu'un démon seul, un pantin à l'effigie de la peur des hommes, un épouvantail fait par eux. Et la nature n'est pas un refuge, une entité séparée. Elle et les hommes forment un tout et subit les mêmes convulsions sous l'action du Mal. Elle est pareillement dévastée. Oui, Malik non, mais Tarkovski sans doute. Florya est le frère de Ivan, sans doute. Quand même.

- L'expérience de Florya est plus radicale, non ? Je me suis resservit un verre. Et puis j'ai rempli le sien, tant que j'y étais.

- Plus radicale, je ne sais pas. Plus physique peut être. Plus quelque chose que je ne sais pas dire. Je n'y arrive pas. Il faut peut être renoncer à dire. Va et regarde. Allez voir.

- Je bois à ça, je bois à Elem Klimov.

- Je bois à Aleksei Kravchenko et Olga Mironova dont c'est le seul rôle et c'est bien dommage.

- Je bois au cinéma quand le cinéma, c'est ça.

Nous avons trinqué. Ses joues pâles avaient repris des couleurs. Il faisait chaud et frais sous le marronnier.
- Tu restes pour manger ?

Le DVD, superbe édition chez Potemkine, sur la boutique.

Un article autrement sensible sur A la poursuite du vent

Sur Horreur.com

Sur Objectif Cinéma

Sur DVDclassik

Sur Film de culte

17/07/2008

Courrier des lecteurs

J'ai reçu ce courriel d'un lecteur du Var, monsieur Luron-Gay, de Six Fours les Plages : « Cher monsieur Inisfree, vous qui semblez versé dans les arcanes de la cinématographie, sauriez vous éclairer ma lanterne et me signifier qu'est-ce que ce c'est donc qu'un film culte ? ». Et bien, cher lecteur varois, le rouge de la fausse modestie dû-t'il me monter au front, je vous répondrais qu'un film culte est un film qui inspire ses spectateurs de telle manière que ceux-ci, après l'avoir vu, ne sont plus ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait autres. Et comme un bon exemple vaut mieux qu'un long discours, voyez céans ce qu'inspire à ses adeptes The Rocky horror and picture show. Si vous pratiquez la langue de Shakespeare et Guiness, plongez vous sans retenue dans cet univers baroque de sexe et de science-fiction double feature. Bien à vous.
 

16/07/2008

Table ronde

Joachim m'en avait parlé, la Cinémathèque Française a organisé une table ronde autour des blogs avec Alexandre Tylski, Joachim donc de 365 jours ouvrables, Julien Gester, Frédéric Bas, Luc Lagier et N.T. Binh. La rencontre était animée par Bernard Payen. C'est en ligne ICI ( il vous faut un peu de temps devant vous).

14/07/2008

La tournée des popottes

Le printemps a été difficile pour les blogs. Après Flickhead, c'est un autre blog qui m'est cher qui s'est interrompu. Notre musique, rebaptisé depuis peu Préfère l'impair a cessé de publier. Mais son auteur poursuit, sous une autre identité, ses écrits. J'espère que les textes de Notre musique resteront en ligne, je maintiendrais le lien tant que ce sera le cas. J'avais lu, il y a quelques temps, un article sur les blogs qui leur donnait un cycle de vie de trois à quatre ans. Ça vaut ce que ça vaut, mais il est vrai que c'est depuis cette année que j'ai pu constater des bouleversements notables dans mes lectures régulières. Cela doit être mon côté collectionneur de coupures de presse, mais j'espère que tous ces textes, que j'ai souvent trouvés passionnants, pourront trouver une forme qui garantisse leur survie. Sinon, divers impondérables ont interrompu, provisoirement, le blog de l'ami Mariaque et Dollari Rosso. Revenez nous vite.

Parmi les blogs récemment ouverts, je me permets de recommander Avis sur des films de l'excellent Christophe qui a vu autant si ce n'est plus de films de John Ford que moi. Beaucoup de cinéma classique américain, une plume qui ne mâche pas ses mots, j'admire surtout la concision de ses textes, moi qui suis plutôt adepte de la tartine. Dans un autre registre, Forgotten silver est animé par un spécialiste de l'édition DVD et s'est fait une spécialité des bizarretés du cinéma. Saviez vous qu'Alain Delon avait faillit jouer Marco Polo en 1965 ? Saviez vous que sur le plateau d'Indiana Jones and the temple of Doom, Harrison Ford avait été fouetté par Barbra Streisand ? Saviez vous que Belmondo ne meurt peut être pas à la fin de l'Héritier de Philippe Labro ? Ce blog regorge de documents incroyables souvent glanés sur le net et d'informations sur les documentaires, fins alternatives et scènes coupées. Une cave aux trésors. Dans un registre informatif, plutôt rare sur la Toile qui préfère souvent l'avis critique, Histoires de tournages, désormais hébergé chez Devildead.com, est également animé par un professionnel du DVD. Il propose dans des textes denses le récit de tournages qui ont l'originalité de ne pas forcément s'intéresser à des classiques incontournables mais à du cinéma populaire, parfois un peu oublié comme Opération Opium de Terence Young ou le Zorro de Duccio Tessari avec Delon. Oui, celui-ci, il l'a bel et bien fait.

Quelques liens encore, histoire de meubler l'été :

Chez le toujours prolifique O signo Do Dragao, un entretien avec Vittorio Cottafavi par Michel Mourlet et Paul Agde.

Un vaste ouvrage à télécharger en pdf sur le site de son auteur : John Ford par Tag Gallagher.

Les photographies d'Angelo Frontoni sur le tournage du Mépris de Jean-Luc Godard, une exposition du Museo Nazionale del cinéma de Turin.

06/07/2008

Cara Giovanna Ralli,

Vous permettez que je vous appelle Giovanna, Giovanna ? Vous allez sans doute, et d'autres avec vous, trouver que mon modeste hommage tombe comme un cheveux sur le minestrone. Vous n'aurez pas tort et les autres non plus. Mais si je me décide aujourd'hui à laisser éclater mon admiration pour l'actrice et la femme, c'est que vous êtes bien vivantes l'une comme l'autre. Au dernières nouvelles vous vivez une heureuse retraite, le sang bat joyeusement vos artères et vos yeux pétillent. Vous êtes vivante. Bonheur. Félicità.
 
Il faut vous dire que ce modeste blog n'a pas pour vocation de devenir une litanie de nécrologies. Un funérarium comme dirait l'ami Mariaque. Hélas, trois fois hélas et une pour la route, ces dernières semaines ont été chargées en décès que mon coeur de cinéphile ne pouvaient ignorer. Et cela me posait à chaque fois un cas de conscience. Devais-je interrompre des ensembles mûrement réfléchis sur mai 68 ou Cannes 08 pour rappeler à mes lecteurs effondrés que John Philip Law, Mel Ferrer, Jean Delannoy, Cyd Charisse et ses divines jambes, Dino Risi que vous avez peut être connu, Stan Winston ou Henri Labussière avaient passé l'arme à gauche ? Devais-je ainsi rappeler sans ménagement que le cinéma n'était définitivement plus Scaramouche, Diabolik, Singing in the rain ou Il sorpasso ? Mélancolie.

Alors, au diable ! Je veux déposer mon hommage à vos pieds avant d'avoir à mettre deux dates derrière votre patronyme. Giovanna, vous incarnez à merveille trente années de cinéma italien, illuminant de votre brune beauté et de votre pétulant talent les plus belles années de cette cinématographie qui fut l'une des premières au monde. Votre filmographie allie les noms des grands auteurs respectés avec les fleuronts du cinéma populaire et une pointe d'expérience internationale. Et de me faire plaisir à ce défilé sous les feux du music-hall : Fellini, Lattuada, Castellari, Rosellini, Corbucci, Scola, Monicelli, Fulci, Zampa, Martino...

Vous êtes une enfant de la balle selon la jolie expression, et dans tous les sens du terme puisque vous débutez à 7 ans dans La maestrina de Giogio Bianchi. Fillette puis jeune fille puis jeune femme, c'est en France, honneur à nous, que vous trouvez l'un de vos premiers rôles en vedette devant la caméra d'Alex Joffé et aux côtés de Bourvil dans Les hussards en 1955. Vous croisez votre tempérament chaleureux à ceux de Totò, Charles Aznavour, James Coburn, Vittorio de Sica, Georges Peppard ou encore Lino Ventura.

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Mais pour moi, vous restez à jamais la Columba de Sergio Corbucci dans Il mercenario (Le mercenaire– 1968). quand vous m'êtes apparue, sortant de la prison que viennent de libérer l'apprenti révolutionnaire Tony Musante et le mercenaire Franco Nero, vos pieds sont nus mais votre visage délicatement maquillé. Votre pas est assuré au milieu de tous ces péones qui cavalent comme autant de poulets apeurés. Votre conviction est pure et de votre oeil implacable, vous avez jugé à leur juste mesure vos libérateurs : deux escrocs. Vous, vous incarnez la révolution. Louise Michel mexicaine, liberté guidant le peuple, votre père a été exécuté par les fédérales ce qui vous donne du poids. Vous vous joignez à la bande de truands pouilleux possédant l'indispensable mitragliatrice et le non moins indispensable expert européen aux yeux bleus et vous entreprenez d'être la conscience politique de Paco Roman – Musante pour en faire un véritable Zapata. Vous êtes formidable, quand vous vous déguisez en saint crucifié avec barbe pour mieux mystifier et mitrailler l'armée mexicaine lors d'une parade religieuse. Vous êtes délicieuse quand vous embarquez le pollack dans votre chambre pour rendre jaloux votre apprenti guérillero puis regardez d'un oeil tout juste inquiet leur virile empoignade. « Pourvu qu'ils ne s'amochent pas trop » devez vous penser alors. Vous êtes excitante en mariée de la révolution, empêtrée dans le sabre de votre époux tout neuf, décidément de trop dans le lit conjugal. Vous forcez l'admiration par le courage déployé pour sauver ces deux idiots tombés aux mains de l'abominable capitaliste – colonel de service joué avec la puissance de l'habitude par Eduardo Fajardo. Bref, à l'instar de Lucianna Paluzzi ou de Martine Beswick, vous êtes une femme comme on fait peu d'hommes. Au coeur de ces aventures débraillées et sanglantes, vous restez comme un ilôt de douceur et de sagesse, impeccable et féminine au milieu de la poussière, de la crasse et de la poudre. Cela ne vous empêche pas de manier la dynamite et de presser les gâchettes, mais vous le faites avec tant de grâce qu'on ne peut s'empêcher de vous donner raison. Cara Giovanna, que ne suis-je un poète de race pour dire à votre louange un immortel blason.

Photographie : Spaghetti western database

Avec l'aide de G. B.

02/07/2008

Quelques minutes pour ma fille