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19/02/2017

Lalala lalaheu

La La Land (2016), un film de Damien Chazelle

Le cinéaste Damien Chazelle semble plus doué pour filmer la musique que le chant et la danse. Son nouveau film qui plaît à beaucoup de monde se place dans la tradition de la comédie musicale classique. Mais passé la première scène enthousiasmante qui voit les automobilistes coincés dans un embouteillage sur une bretelle d'autoroute à Los Angeles sortir de leurs voitures pour un numéro dynamique et coloré, La La Land ne m'a pas convaincu. C'est à dire qu'il ne m'a pas transporté, exalté, fait frémir de cette joie particulière que dégage une comédie musicale réussie. Pourtant Chazelle connaît ses classiques et les cite avec application de Stanley Donen à Vincente Minelli, faisant un détour sur Jacques Demy. Ce n'est pas un problème de scénario, Chazelle l'a écrit lui-même et son histoire d'une une aspirante actrice (Mia) et d'un pianiste de jazz intransigeant (Sebastian), tiraillés entre leurs rêves de carrière et leur amour forcément contrarié, en vaut bien d'autres. A vrai dire, La La Land fonctionne sur le même principe que le précédent opus de Chazelle, le remarquable Whiplash (2014), une histoire bien classique enveloppée dans une forme séduisante. Cette fois, la mise en scène est plus problématique. Chazelle est passionné de technique et a du mal a contenir sa virtuosité. La première scène est filmée en plan séquence, pourquoi pas, mais très vite les mouvements tourbillonnants, le montage haché et le goût de l'effet pour l'effet ont tendance à parasiter ce qui est quand même au cœur de la comédie musicale, c'est à dire les mouvement des danseurs. C'est ce qui rendait déjà irregardable un film comme Moulin Rouge (2001) de Baz Luhrmann. Je ne veux pas jouer au puriste comme Sebastian, mais il me semble que ce qui compte et qui doit toucher, c'est la beauté de la danse, l'élégance et la performance des danseurs exprimant les sentiments, pas le travail de la caméra. La mise en scène doit être au service du numéro, pas le numéro un prétexte pour en mettre plein la vue avec la mise en scène. Et c'est très délicat, nécessitant à la fois un grand talent et une certaine humilité. De ce point de vue, sans toucher le fond clippé de Luhrmann, Chazelle se laisse trop aller.

damien chazelle

Dooooucement....

C'est aussi, et c'est parfois gênant, que la comédie musicale La La Land est limitée dans sa partie musicale par les capacités des comédiens. Emma Stone et Ryan Gosling sont plutôt bons acteurs, mais à l'évidence il ne sont ni de grands danseurs, ni de grands chanteurs. S'il est vain de vouloir comparer Gosling à Gene Kelly, le fait que Chazelle par ses références de cinéphile plaque l'image de l'un sur le souvenir iconique de l'autre est destructeur pour son film. Un exemple entre dix, la scène nocturne de la première danse nocturne sur la colline démarque le ballet entre Cyd Charisse et Fred Astaire dans Central Park pour Minnelli dans The band wagon (Tous en scène – 1953) où le couple se forme à travers la danse. Du classique. Mais le sentiment amoureux se révèle par la montée en puissance de la danse, passage d'un pas ordinaire à un pas dansé puis à des figures de plus en plus enlevées dont les connotations n’échapperont à personne. Ce qui fait fonctionner une telle scène, c'est la libération des corps via les qualités des danseurs, la grâce qui se dégage de la chorégraphie. C'est quelque chose qui ne supporte pas l'à-peu près. Or sans leur faire injure, les capacités des acteurs de Chazelle ne sont pas à la hauteur. La scène ne décolle pas plus que les pas de Gosling et Stone. Elle reste à l'état d'idée, parfois intéressante, mais presque toujours décevante.

J'ai eu le même problème avec les voix. En bon admirateur de Demy, Chazelle sait certainement que le réalisateur français faisait doubler ses comédiens pour les chansons (au grand regret de Catherine Deneuve). Là encore le manque de maîtrise du chant brise l'élan de plusieurs scènes. Sans ressortir les classiques, il suffit de se souvenir du travail de Roy Scheider sur All that jazz (Que le spectacle commence – 1979) de Bob Fosse pour mesurer la différence. Reste que Chazelle aurait pu jouer de l'inexpérience de ses acteurs pour donner une fragilité à leurs personnages pour nourrir le fond de mélancolie du récit. Mais c'est le grand écart avec sa volonté affichée de retrouver l'éclat des classiques. Gosling n'est pas non plus Frédéric Forrest dans One from the heart (Coup de cour – 1982) de Francis Ford Coppola poussant la chansonnette d'une voix mal assurée pour Teri Garr. Plus simplement, Chazelle ne retrouve pas le subtil équilibre de Woody Allen dans Everyone says i love you (Tout le monde dit I love you – 1996) où Allen ne doublait personne, lui y compris, et tirait le meilleur de ce choix. Lui aussi faisait voler sa partenaire, Goldie Hawn, mais avec une poésie véritable. Le succès de La La land est surtout révélateur notre frustration actuelle de films musicaux.

damien chazelle

You must remember this

Il y a pourtant une partie du film que je trouve réussie, c'est tout ce qui a trait à la musique, à l'amour du jazz manifesté par Sebastian, son obsession à ouvrir un club spécialisé et les compromis qu'il accepte pour y parvenir, jouant pour un groupe plus moderne. Si Gosling claquette moyen, il est excellent quand il explique à Mia l'essence du jazz. Il est drôle dans sa fixation sur un tabouret de bar où se sont posées les fesses de tel jazzman célèbre. Il est crédible quand il joue du piano. Les meilleures scènes du film sont celles des concerts, celui de la piscine avec la reprise de A-ha (quel souvenir!), ceux des clubs jazz où celui plus rock avec le groupe. Chazelle retrouve là la passion qu'il manifestait à filmer la musique dans Whiplash et sa virtuosité est plus adaptée. Chaque concert est mêlé à une partie du récit dramatique de l'histoire du couple et illustre les étapes du cheminement intérieur des personnages. Il y a une résonance bien moins plaquée que dans les scènes de musical. Il y aurait donc deux films dans La La Land, le plus intéressant étant le plus discret.

Photographies : © SND

Commentaires

Je suis surprise que beaucoup résument le film à la scène inaugurale assez géniale.
Je crois que Damien Chazelle revendique le fait que Ryan et Emma ne soient pas des chanteurs et danseurs professionnels (mais bon sang, j'aimerais danser et chanter comme eux) et je trouve que ça apporte quelque chose de nouveau justement. Le fait que soudain, ils se mettent à chanter et à danser et que ce ne soit pas parfait comme Ginger et Fred ou Gene (mon préféré entre tous) ou Cyd...
Ce film est à la fois un hommage et différent à plus d'un titre et oui, les incursions musicales jazz, club, mariage, after sont aussi un +
Et moi j'ai décollé dans le Planetarium, comme j'avais décollé avec Woody dans Tout le monde dit I love you.
J'ai trouvé que ce film était un enchantement. Je suis entrée en salle avec un moral dans les chaussettes et j'en suis sortie en état de lévitation.

Écrit par : Pascale | 19/02/2017

Bonjour, Pascale,
Je n'irais pas jusqu'à résumer le film à sa première scène, mais elle est pour moi la promesse que le film ne tient pas. J'ai marché à fond mais je n'ai pas retrouvé cette exaltation par la suite, même le final que je trouve trop appliqué.
Moi aussi je chante comme une casserole et je ne sais pas danser, mais je ne suis pas persuadé de l'option choisie par Chazelle, si tu as raison, disons que ça fonctionne mal avec le côté revendiqué des influences. La beauté chez Astaire et les autres, c'est qu'on ne sent jamais l'effort et même que l'on peut imaginer le temps du film que l'on en serait capable. Là, j'étais parfois gêné de certains pas laborieux, du filet de voix de Stone. Autant je trouve Gosling superbe au piano ou Emma Stone à son audition. Et du coup je ne décolle pas au planétarium, d'autant que quand ils dansent en ombre chinoise, on sent bien que ce n'est plus eux.
Bref je suis plutôt déçu et je le regrette, mais j'ai quand même trouvé le film pas mal par moment.

Écrit par : Vincent | 19/02/2017

Mais je chante très bien moi !!!

Écrit par : Pascale | 19/02/2017

Quand on lit, c'est pas forcément évident :)Moi, je confirme, même ma fille me le dit.

Écrit par : Vincent | 19/02/2017

Bonjour Vincent,
Je salue ta témérité d'avoir tenu jusqu'au bout !
Rien que de voir Ryan Gosling au casting (à mes yeux l'acteur le plus surcoté et charismatico-anémié que Disney, oups, Hollywood nous ait donné depuis... Christian Bale ?), ça m'a coupé l'envie de vouloir regarder ce film. De toute façon, j'avais déjà trouver moyen son premier film Whiplash. A partir de là, aucun regret ;-)

Écrit par : dr frankNfurter | 25/02/2017

Bonjour Dr Frank, je te rassure, ça s'est bien passé le film n'est pas désagréable même s'il résiste mal à l'analyse. "Whiplash" c'est un peu pareil, ça fonctionne à l'énergie mais dissimule des situations des plus classiques. Ceci dit, les deux acteurs sont nettement plus crédibles que le couple de "Lala land". Bref, je l'ai vu avec ma fille qui a beaucoup aimé. Ce qui est amusant, c'est l'accent mis sur "le film qui rend heureux" alors que c'est plutôt dépressif.

Écrit par : Vincent | 28/02/2017

Bon ben la vérité sort de la bouche des enfants...

Écrit par : Pascale | 05/03/2017

Concernant ma fille, je vais faire encadrer ce commentaire.

Écrit par : Vincent | 13/03/2017

Moi j'ai été emporté ! Pas tant par le bouillonnement d'optimisme du film, car cela se tasse dès après la première scène et on se met ensuite à déchanter avec les personnages au fur et à mesure que passent les saisons, mais d'une part par la prise de conscience de Chazelle de ses limites qu'il transforme à mes yeux en atout (tu as raison, ce n'est pas tant un film sur la danse ; on s'amuse quand même assez de ce foisonnement de références) et d'autre part par cet amour déclaré pour le jazz, à nouveau, le vrai sujet du film.

Écrit par : Benjamin | 16/03/2017

Bonjour Vincent, je suis d'accord pour dire que la première séquence (dans l'embouteillage) est réussie mais après "Bof". Je n'a pas été convaincue non plus. Bonne après-midi.

Écrit par : dasola | 23/03/2017

Benjamin, nous sommes d'accord sur ce qui semble être le fonc du film, du moins le fond de son auteur. Mais je n'ai pas été emporté, et je le regrette. d'ailleurs j'ai eu envie de revoir "Chantons sous la pluie", histoire de me ressourcer. Là, on est vraiment emporté.
Dasola, merci de votre visite :) Nous sommes d'accord, il manque un quelque chose pour que le film soit à la hauteur de l'image qu'il projette. Je pense que c'est comme avec le western, il y a si peu de comédies musicales que l'on a du mal à rester objectif devant ce qui sort.

Écrit par : Vincent | 23/03/2017

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