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17/03/2011

Affreux, sales et méchants

ettore scola

Salauds de pauvres !

Je ne me souviens plus qui avait écrit qu'il n'y a aucune dignité dans la pauvreté. Elle ne rend pas meilleur, pas plus que la guerre n'a de vertus éducatives, idées infectes professées par ceux qui n'en subissent pas les conséquences. La lutte pour les besoins fondamentaux efface très vite le fin vernis de civilisation dont nous sommes recouverts. C'est le retour de l'instinct animal sans aucune valeur morale. Pire, dans notre monde moderne, cet instinct lui-même est pervertit et les besoins fondamentaux deviennent désir irrépressible de se vautrer comme les autres dans les paradis artificiels de la consommation de masse. Et que l'on ne parle pas de solidarité. Quand elle existe, elle n'est tout au plus  qu'une entraide de circonstance. La seule dignité des pauvres, c'est de se dresser collectivement pour faire valoir leurs droits. C'est la Commune parisienne de 1871. C'est pas facile.

C'est cette idée violente que met littéralement en scène, en 1976, Ettore Scola dans Brutti, sporchi e cattivi (Affreux, sales et méchants). Un opéra de quatre sous sarcastique et furieux, brûlant du feu subversif de la comédie all'italianna. Le film est un portrait brossé à grands traits rageurs et hilares de Giacinto Mazzatella, dérisoire patriarche d'une communauté vivant dans une cabane de bidonville perchée sur une des collines de Rome. Avec, ô sacrilège, vue sur les coupoles du Vatican. A demi aveugle suite à un accident du travail (quand on vous dit de vous méfier), ivrogne, paranoïaque, obsédé, violent, désespéré, Giacinto vit et fait vivre sa famille hétéroclite de la prime touchée de l'assurance, une prime qu'il dissimule tous les jours à l'envie des siens. Il est un roi Lear dérisoire aux vingt enfants, régnant en despote sur une tribu « rivalisant de tares » : feignants, voleurs, menteurs, prostitués. Ils n'ont ni dignité, ni courage, ni pudeur, masse indistincte obsédée par une seule chose, mettre la main sur le magot du paterfamilias. Et tous les coups sont permis.

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Photographie : DR

Commentaires

Comment ?! il leur reste encore QUATRE SOUS ?!!! et ils osent se plaindre ? Mais quels salauds ces pauvres !

Écrit par : FredMJG | 18/03/2011

Au cours de la lire, ça faisait quand même pas lourd !

Écrit par : Vincent | 18/03/2011

A la mine les marmots ! hop hop hop

Écrit par : FredMJG | 18/03/2011

Absurde Roi Lear comediadellartélisé dans les borgate romains, militantément vulgaire, farouchement malpoli, résolument dénonciateur au point de devenir fable (sur les laissés-pour-compte du consumérisme frénétique) dérangeante, abrasive (quasi Pasolinienne) mais aussi roborative, tant il y a de personnages et de cinéma là-dedans !
(ai-je quant à moi dit)

Écrit par : mariaque | 18/03/2011

Mariaque, je vous avais alors fait part de ma confusion d'être tant en retard :) Je vous rejoints désormais sur la même fréquence.

Écrit par : Vincent | 19/03/2011

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