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22/09/2010

On l'appelle "Pas de bol"

Si Elisah Cook Jr a la réputation d'être l'acteur ayant pris le plus de paire de gifles à l'écran, Lorenzo Robledo, espagnol de son état, est peut être celui qui a joué le plus de personnages dramatiquement malchanceux. Spécialisé dans les rôles de second ou troisième couteau du cinéma de genre, il a le chic pour se retrouver dans des situations impossibles dont il ne sort (presque) jamais indemne. Avec son visage un peu rond, un peu blond, un peu lisse, il n'est pas de ces figures flamboyantes comme Mario Brega ou Al Mulock qui sont comme une signature. Habituellement du côté des méchants, ce qui est à la base un mauvais choix, sauf chez Sergio Corbucci, Robledo n'est jamais le chef comme les emblématiques Fernando Sancho ou José Bódalo. Il est l'homme de main, le comparse, le porte-flingue, destiné à tomber avec une jolie contorsion sous les feux croisés du bon ou du truand. Mais même dans cet emploi, Lorenzo Robledo n'a pas la main heureuse. Ses personnages se sont retrouvés dans les pires positions du western italien où l'on meurt pourtant beaucoup et souvent salement. Surtout, il a le chic pour être cueillit à froid et sans toujours comprendre ce qui lui arrive.

Robledo1.JPG

Argh ! (DR)

Dès l'une de ses premières apparitions, dans Un taxi pour Tobrouk (1961) de Denys de La Patellière, il fait partie de l'équipe allemande de Hardy Krüger, surprise de nuit en plein désert par le commando mené par Lino Ventura. Imaginez la probabilité de la chose. C'est cela, le manque de bol. Robledo et ses camarades sont éliminés en pleine pause café sans avoir pu dire ouf. C'est Sergio Leone qui le fait passer à la postérité avec le personnage de Tomaso dans Per qualche dollaro in piu (Et pour quelques dollars de plus – 1965), l'homme qui a trahi El Indio joué par Gian Maria Volonté, bien frappé, et l'a envoyé en prison. Après une évasion meurtrière, Indio vient se venger. Scène intense, inoubliable, sur une musique lyrique d'Ennio Morricone introduite par le carillon de la montre qu'Indio porte toujours sur lui. Dans une église en ruine, Tomaso est abandonné des hommes et de Dieu, à la merci de son ex-gang. L'oeil perdu, la lèvre tremblante, l'écume au bord des lèvres, le visage marqué par les coups, il doit endurer le discours revanchard d'Indio qui lui propose un duel et, pour le motiver, fait abattre (hors champ), sa femme et son tout jeune fils. Sans un mot, Robledo fait passer toute l'horreur de sa tragique destinée. Puis il meurt. Il n'avait pas une chance.

Avant ce morceau de bravoure, Leone lui avait donné le rôle de l'un des membres du gang Baxter dans Per un pugno di dollari (Pour une poignée de dollars – 1964). Hélas, il est de ceux qui, dès le début, ont la mauvaise idée de se moquer de la mule de l'homme sans nom : « Je me suis trompé. Quatre cercueils », Robledo était le quatrième. Plus tard, il passe dans la bande de Sentenza dans Il buono, il brutto, il cattivo (Le bon, la brute et le truand – 1966). Mauvaise pioche, son chef l'envoie suivre Blondin qui le surprend et le révolvérise à bout portant sans qu'il puisse faire un geste. C'est sur son cadavre que l'on retrouve le fameux mot : « J'aurais votre peau, idiots ». Enfin, il est des hommes du Cheyenne dans C'éra una volta il West (Il était une fois dans l'Ouest – 1968) et meurt hors champ lors de l'attaque du train. Ailleurs, il s'en sort un peu mieux, simplement terrorisé par les affreux de Su le mani, cadavere, sei in arresto (Ça va chauffer, Sartana revient ! - 1971) de León Klimovsky et Sergio Bergonzelli.

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Ça va être ma fête (capture DVD MGM)

Mais une de ses plus belles prestations se trouve dans un film mineur quoique non sans charme, Mi Chiamavano Requiescant... Ma Avevano Sbagliato (Requiem pour un tueur – 1972) de Mario Bianchi. Notre Lorenzo fait ici partie de la bande de Machedo, joué avec délectation par William Berger. Après avoir humilié, torturé et laissé pour mort le héros, la bande dévalise une banque et Robledo fait partie de ceux qui embarquent l'or dans un corbillard. Mauvais présage ! Le héros n'était pas mort (étonnant, non ?) et surgit, tue deux complices, prend l'or et laisse Robledo assommé. Las, le reste du gang n'est pas convaincu par son histoire et veut le faire parler. Voilà donc notre homme giflé, tabassé, broyé en son intimité et, malgré ses cris convaincants, il est torturé au fer rouge. Rien n'y fait, bien sûr et Berger, lassé, le couvre d'un drap et lui vide son chargeur dans le buffet. Lorenzo Robledo va loin, ici dans le pathétique et sa douleur nous émeut jusqu'au fond des os.

Pour changer, Il décide de passer du côté de la loi pour un rôle de shérif dans I quattro dell'apocalisse (Les quatre de l'apocalypse – 1975). Mais quand la poisse vous tient... le film est signé de Lucio Fulci, boucher-chef du cinéma italien. Celui-ci file Robledo dans les pattes de Chaco, composition de tueur halluciné jouée par Tomas Milian. Gratiné. L'affreux commence par découper dans le bon Lorenzo une lanière de chair au niveau du bide (Shakespeare, quelqu'un) puis lui enfonce son étoile de shérif dans le cœur. Écumant, écarlate ce qui peut se comprendre, suppliant qu'on l'achève, Robledo est un parfait martyr.

En un peu plus de vingt ans de carrière, Lorenzo Robledo aura eu l'honneur de se faire trucider par les plus grands : Eastwood, Volonte, Berger, Milian. En retour, il leur aura donné ses plus belles agonies, rendant ces scènes inoubliables. Entre ici, Lorenzo Robledo, avec ton terrible cortège des obscurs et des sans grades, Inisfree te devait cet hommage.

Commentaires

AH ! c'était le genre de gars à faire partie de la liste des "On ne sait jamais comment ils s'appellent" ;/

Écrit par : FredMJG/Frederique | 22/09/2010

Bel hommage à un acteur quelque peu méconnu.
Cela n'a rien à voir mais le titre me fait irrésistiblement penser à un petit bandit français qui, las de voir que toutes ses tentatives de casse tournaient immanquablement à l'échec, s'était fait tatoué "pas de bol" sur le crane. Du coup, la police le coinçait encore plus facilement...

Écrit par : Ran | 22/09/2010

Frédérique, moi il me fait penser à "Linventeur injustement méconnu" de Gotlib. Ceci dit, je travaille toujours à ma liste de méchants, c'est d'ailleurs comme ça que Robledo est venu sur le tapis.
Ran, quelque peu méconnu, c'est rien de le dire. Est-elle vraie cette histoire ou est-ce un film ?

Écrit par : Vincent | 22/09/2010

Ce n'est pas un film mais bel et bien une histoire vraie. J'en ai entendu parler pendant mes études d'histoire - l'un de mes professeurs travaille sur l'histoire des prisons. L'homme en question appartenait à ce qu'on appelait les "voleurs de poule" qui, après une longue série de petits forfaits, étaient relégués dans les bagnes d'outre-mer. Voilà comment "pas de bol" a laissé son nom dans l'histoire (même s'il est encore moins connu que Lorenzo Robledo...).

Écrit par : Ran | 22/09/2010

Merci beaucoup pour cette évocation d'une figure inoubliable du western italien!

Écrit par : tepepa | 24/09/2010

Autre prestation remarquée de Lorenzo Robledo : en agent Pinkerton qui tente de s'infiltrer dans le gang de Gian Maria Volonte (encore lui), il est torturé et tué par celui-ci, qui se fend d'un célèbre discours sur la violence (Le Dernier Face à face, de Sergio Sollima).
Et, comme beaucoup d'acteurs espagnols habitués d'Almeria, il apparaît dans Boulevard du rhum.
B.

Écrit par : Breccio | 29/09/2010

Tepepa, Breccio, merci de votre passage.
J'avais vu qu'il était dans le film de Sollima, mais à ma grande honte je ne me souvenais plus de la scène. J'ai eu la flemme de reprendre le film. Merci donc pour enrichir le portrait de cette nouvelle prestation bien dans la lignée de notre homme. Maintenant, ça me revient.
Le film d'Enrico, ça fait une éternité que je ne l'ai pas vu. J'imagine qu'avec le grand nombre de co-productions à l'époque, on doit trouver quelques trognes de westerners dans pas mal de films bien de chez nous.

Écrit par : Vincent | 30/09/2010

Revu la scène, très intense, terrible. J'ai compris pourquoi cela ne m'était pas revenu de suite : Robledo y porte la barbe !

Écrit par : Vincent | 30/09/2010

Les commentaires sont fermés.