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13/02/2010

2000/2009 : une certaine tendance mortifère du cinéma (partie 1)

Ou comment se faire des amis en commentant de manière complètement subjective les bilans de la décennie.

En premier lieu, il convient de saluer le travail d'Ed de Nightswiming qui a courageusement compilé les tops de 66 listes individuelles de la blogosphère cinéphile et qui obtient le résultat suivant pour les dix premiers titres :

1. Mulholland Dr. de David Lynch

2. Elephant de Gus Van Sant

3. Match point de Woody Allen

4. Lost in translation de Sofia Coppola

5. A history of violence de David Cronenberg / Eternal sunshine of the spotless mind de Michel Gondry / In the mood for love de Wong Kar-wai / Requiem for a dream de Darren Aronofsky / There will be blood de Paul Thomas Anderson / Two lovers de James Gray.

On se reportera au blog pour les résultats complets, l'analyse d'Ed ainsi que les nombreux commentaires qui ont suivi. Il est intéressant de faire suivre cette liste de celles établies par les deux revues de cinéma « historiques » :

 

Les Cahiers du Cinéma :

1. Mulholland Dr. de David Lynch

2. Elephant de Gus Van Sant

3. Tropical Malady de Apichatpong Weerasethakul.

4. The Host de Bong Joon-ho

5. A History of Violence de David Cronenberg

6. La Graine et le mulet d'Abdellatif Kechiche

7. A l’ouest des rails de Wang Bing

8. War of the worlds de Steven Spielberg

9. Le Nouveau monde de Terrence Malick

10. Ten d' Abbas Kiarostami

 

Positif :

1. Le Nouveau monde de Terrence Malick

2. Million dollar Baby de Clint Eastwood

3. There will be blood de Paul Thomas Anderson

4. Mulholland Dr. de David Lynch

5. We own the night de James Gray / Still life de Jia Zangke

7. De battre mon coeur s'est arrêté de Jacques Audiard / In the mood for love de Wong Kar-wai / Saraband d'Ingmar Bergman / Le voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki.

 

Première évidence, il y a une certaine homogénéité entre les trois listes, à quelques notables exceptions près (pas de Spielberg chez Positif, les choix asiatiques), plus marquée encore si l'on descend de dix titres dans les classements. Donc de manière globale c'est le quasi consensus entre les deux revues rivales et la jeune garde de la blogosphère, celle qui est considérée par Olivier Assayas, et il n'est pas le seul, avec le même intérêt qu'une fiente de pigeon sur un banc public. L'homogénéité se retrouve aussi dans le détail. Impossible d'invoquer un effet moyenne comme pour Citizen Kane (1941), plusieurs des titres sont très souvent cités en tête, ceux de Lynch, Van Sant, Cronenberg, Malik, P.T. Anderson... Cette vision de dix ans de cinéma pose pas mal de questions, autant par ce qu'elle révèle que par ce qu'elle occulte. Avec une question plus personnelle : pourquoi je m'en sens aussi éloigné.

Première constatation, tout le monde l'a vu, le cinéma américain domine. Mais quel cinéma américain ? Essentiellement des auteurs en marge du système ou plus exactement, avec un pied dehors. Des indépendants aisés quoi. Aucune place pour le cinéma de genre (Dante, Carpenter, Romero se sont fait rares, c'est vrai), pas vraiment de révélation indépendante et puis une cassure toujours plus large avec le cinéma grand public, ce qui n'était pas le cas dans les années 70 par exemple. Est-ce que cela vient d'une véritable défiance ou d'une difficulté à penser l'évolution actuelle ? N'y a t'il vraiment plus personne pour faire le lien ? L'impression qui ressort est que l'on continue de promouvoir une certaine image du réalisateur américain un peu rebelle que l'on aime bien en France, une série de valeurs sûres, faut-il écrire valeurs refuge, peu clivantes à l'exception du chien fou Tarantino et de Clint Eastwood qui s'est imposé sur la durée.

L'impression est proche pour le cinéma asiatique, même s'il me semble plus équilibré globalement et que l'on pouvait imaginer une influence encore plus grande au-delà des discussion sur tel ou tel nom (Et Tsui Hark, il jouait aux cartes ?). Là encore, le cinéma populaire qui s'est révélé dans les années 80/90 (Hark, Woo, Wong...) ne semble plus avoir d'équivalent dans le coeur de la critique.

La présence d'Hayao Miyazaki, pour agréable qu'elle me soit, est peu l'arbre qui cache la forêt. Isolé, il ne rend pas compte de la vitalité du cinéma d'animation non seulement chez lui (Takahata, Oshii, Kon, Yamamoto...), mais de l'explosion numérique avec d'incontestables réussites chez Pixar et Dreamworks, et plus encore du phénomène Européen avec les oeuvres d'Ocelot, Gired, Chomet, Laguionie, Satrapi et Paronnaud, Park, Freiteg ou Nielsen. Dommage, dommage...

De la même façon, le documentaire est un grand absent des palmarès alors qu'il a conquis une place, sinon sa place, sur les écrans (Tavernier, Moore, Philibert, Imbert...) tandis que le court métrage n'est pas mieux loti. Pas une citation. Désintérêt, dédain, problème de diffusion ? Il y a quand même eu bien des choses depuis Un chien Andalou (1929) et A propos de Nice (1929 aussi). Je trouve cela d'autant plus dommage que la décennie a été très riche, que bien des courts se sont révélés plus passionnants que les longs qui ont suivi et que des oeuvres se sont bâties sur ce format, je pense à Jean-Gabriel Périot, Olivier Smolders, Martin Arnold, Sam Taylor-Wood, Valérie Mrejen parmi quelques dizaines d'autres. Après les valeurs sûres, le format canonique.

Le cas du cinéma français est à la fois plus complexe et plus inquiétant. Le voir réduit à quelques noms comme Honoré, Audiard, Despleschin ou Jeunet me pose quand même quelques états d'âmes. Resnais mis à part, et encore, il y a un désintérêt a peu près complet pour la génération des grands anciens, Chabrol (bon sang !), Rivette, Rohmer (et le prestige de la mort alors), Godard, voire Moullet toujours vaillant. Il me semble pourtant qu'ils ont continué à donner le meilleur d'eux mêmes, voire dans le cas de Chabrol atteint une certaine plénitude dans leur carrière. Pire encore, si l'on peut éventuellement penser que la jeune génération n'a pas encore fait ses preuves (allez voir leurs courts) la génération intermédiaire semble ne pas même exister, à part les quelques précités. Je ne vais pas me lancer dans une litanie de noms, il me suffit de citer Robert Guédiguian comme exemple du cinéaste complètement sous-estimé. Alors quel est le problème ? Le cinéma français est-il vraiment mauvais ? Ou bien est-ce que la critique ne sait plus en parler, ne fait plus l'effort de l'accompagner, de le théoriser, de l'explorer comme elle le fit si bien à l'époque de la Nouvelle Vague. Tout n'est pas si tranché, mais je sens un manque. Il y a le respect dû aux anciens, respect de plus en plus poli, mais pas assez de curiosité, pas assez de partit pris, pas assez d'emballement, même de mauvaise foi, sur notre cinéma, celui qui au premier chef, est censé nous parler.

Sur ce point et les précédents, on aurait pu penser, sinon à un clivage fort entre Positif et les Cahiers comme au bon vieux temps, du moins à un clivage entre la critique établie de professionnels avec du poil aux pattes et la critique d'amateurs éclairés pianotant sur leurs blogs. Le travail d'Ed, en révélant cette assez large homogénéité des listes montre que ce n'est pas gagné.

(à suivre)

Commentaires

Je ne suis, pour une fois, pas trop d'accord avec tes conclusions, cher Vincent.
"Ce n'est pas gagné", dis-tu... Mais quoi, exactement ? Le travail qui est fait sur les blogs, au jour le jour, peut se détacher avec bonheur des positions et du fonctionnement de la critique traditionnelle, mais lorsqu'il s'agit d'établir un bilan, de mettre en avant des préférences, pourquoi faudrait-il se démarquer à tout prix ? Ou plutôt, et surtout, est-ce possible de se démarquer ? L'éventail des blogueurs est large mais dans 90% des cas, nous ne sommes que des amateurs, certes éclairés :), mais ayant accès à beaucoup moins d'œuvres que ne peut avoir un critique professionnel. Il me semble par conséquent qu'il est illusoire d'espérer obtenir une liste, basée sur autant de contributions, qui soit plus défricheuse que celles des revues spécialisées.
Sinon, pour ma part, malgré les inévitables titres qui fâchent ici ou là, je m'y retrouve plutôt dans cette liste et pour une fois, je serai plus optimiste que toi en pensant que nous aurions pu nous retrouver avec en tête Le seigneur des anneaux, Amélie Poulain, Star Wars, Slumdog millionaire, que sais-je encore...
Pour les jugements sur les films, je passe à la partie 2.

Écrit par : Ed(isdead) | 14/02/2010

Sur ce coup là, c'est plutôt moi qui était optimiste. Oui, j'imaginais qu'on obtiendrait un résultat sensiblement différent entre la critique pro et le mouvement sur les blogs. D'autant que ces blogs comme tu le souligne, sont très hétérogènes et ont sans doute plus de latitude pour aller défricher, n'étant soumis à aucune contrainte professionnelles (actualité, format des revues, lignes éditoriales...) Mais déjà, j'ai trouvé décevant de ne pas avoir plus de différences marquées entre les Cahiers et Positif relativement aux discussions que nous avons eues sur la "critique-uniforme" et par rapport au comparatif que tu fais depuis un certain temps.
S'il y a des facilités sur l'accès aux films, je n'ai pas l'impression que cela handicape nos propres choix. Prenons par exemple le "Katyn" de Wajda dont les blogs ont parlé bien avant qu'il ait une sortie officielle, ou le travail du Doc sur les films de Gérard Courant, ou celui de Joachim sur les courts diffusés via Internet (et qui lui permet de publier dans les Cahiers :)).
En fait ce qui m'a surpris, c'est plutôt le fait que la diversité dont nous parlons et que je trouve effective ne ressorte pas de la liste. Ça tient peut être à l'essence même de l'exercice.
Et pour la liste Jackson/Lucas/Jeunet... elle aurait existé (et existe peut être), si les blogs cinéphiles ressemblaient à ce que Assayas pense qu'ils sont. Mais elle aurait (a) le mérite d'un partit pris fort et d'un sens par rapport à ce que le cinéma de la décennie a aussi été.

Écrit par : Vincent | 15/02/2010

Quelques remarques...

Premièrement, ces listes sont - pratiquement - obligées de se ressembler : les films (pas nécessairement les meilleurs) qui ont été vus par un grand nombre, risquent de faire plus facilement surface ; et, ceux qui ont été mal distribués (les plus "exigeants" en général) ont plus de "chance" d'être éliminés ; et aussi le fait que la plupart des blogueurs suivent les mêmes revues (qui défendent à peu près les mêmes "auteurs"), etc.

Ensuite, si on veut voir les différences d'identité, il faut retirer de ces listes, parmi les vingt premiers titres les plus cités, les titres (ou "réalisateurs") communs. Et on s'aperçoit qu'il y a un côté "étanche" ("inconliable") de part et d'autre. Par exemple : Costa et Weerasethakul, ça reste "Cahiers" ; et P.T. Anderson, J. Audiard et N.B. Ceylan. Il y a le cas de Bong Joon-ho, qui est cité par les Cahiers, mais dont on sait qu'il est également apprécié par la revue rivale. Et enfin, on observe un léger balancement entre "Desplechin vs Resnais", ou plus significatif encore entre "Garrel vs Coen".

Mais, au bout du compte, quand on parcourt ces listes, il y a de quoi rigoler [ou se lamenter selon son tempérament :-]

Juste pour polémiquer, je dirais qu'aucune de ces listes (et beaucoup d'autres encore) ne correspond ni près ni de loin à la mienne : des meilleurs, des "plus marquants" ; bref, à mon top 10 (ou 15) de la décennie. Normal, puisque ça cherche à être "fédérateur"... On peut donc les concevoir davantage comme des "tendances" - assez "représentatives" - des habitudes culturelles du moment (la petite mode), qu'un aperçu "objectif" ("valable") de la période - de ce qui s'est fait de mieux ou de plus intéressant.

De la part de (blogueurs) cinéphiles, ça ne me gêne pas ; mais, de la part de la critique, il y a de quoi s'interroger...

Écrit par : Père Delauche | 24/02/2010

Bonjour Père Delauche,
Je suis bien d'accord sur le principe de fonctionnement de ces listes. pour ce qui est des "inconciliables", je les trouve assez périphériques, je m'attendais comme je l'ai écris à quelque chose de plus tranché. c'est peut être dû à nos conversations Positif/Cahiers. Question tempérament, ça me fait plutôt sourire :)
A un ou deux titres près, et encore, même pour mes réalisateurs fétiche, je ne partage pas les choix faits (Spielberg dont il semble que les Cahiers ait fait une fixation sur "War of the worlds"), je me retrouve effectivement assez éloigné de ces listes. D'un autre côté, dès que l'on passe à des choix individuels, c'est beaucoup plus original, voire assez tranché (je pense à celle de Ludovic par exemple).
Pour ce qui est de la critique officielle, je dirais que le résultat a tendance à révéler un effet entonnoir qui ne rend pas compte de la richesse de la décennie et surtout manque d'oppositions marquées. Cela aurait tendance à apporter de l'eau au moulin de ceux qui dénoncent un consensus mou.
Côté blogueurs, c'est peut être l'ampleur même du travail de Ed qui interdisait la mise en valeur de l'originalité réelle de certains.

Écrit par : Vincent | 26/02/2010

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