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« 2000/2009 : une certaine tendance mortifère du cinéma (partie 1) | Page d'accueil | Godard juin 1968 »

14/02/2010

2000/2009 : une certaine tendance mortifère du cinéma (partie 2)

Venons en maintenant aux titres emblématiques de ces fichues listes.

Mulholand Dr. (2001). Qu'est-ce que ce film qui domine si nettement les choix ? C'est un film étrange qui a faillit ne pas exister. Un film de télévision accouché en film de cinéma. Un film américain sauvé par la France. Dans la douleur. C'est surtout un grand film mortifère, un film replié sur lui-même de plusieurs façons. Il est replié sur une certaine idée du cinéma hollywoodien, de Hollywood comme cité de tous les vices, une idée déjà développée chez Wilder, Ray, Aldrich, Byrum, Mankiewicz, Altman, Schlesinger et j'en passe. De Hollywood comme usine à rêve, replié sur quelques icônes (Gilda, Vertigo, film funèbre s'il en fut). Raconté du point de vue d'un cadavre comme Sunset Boulevard (1950, encore une adresse), Mulholand Dr. est la mise en scène d'une idée de la mort du cinéma. Je connais plus enthousiasmant. Pour le film phare d'une décennie, Mulholand Dr. est replié sur le travail de David Lynch, réalisateur flamboyant mais inégal, plus à l'aise finalement quand il est bridé par une forme classique (Elephant man (1980), The Straight Story (1999)), qui répète ici son précédent Lost Highway (1997), plus carré et fascinant, revenant aussi sur des formes et des motifs (éléments ludiques, construction de l'intrigue, rideau rouge, musiques) qui firent son succès dans les années 90. Lynch emprunte aussi à Tarantino Jarmush et aux frères Cohen en matière d'humour noir et de violence (Le tueur, le cow-boy). La forme étant le fond, Mulholand Dr. est une boucle, replié donc sur lui-même, ne débouchant que sur la mort : un meurtre et un suicide. En fait de film phare, il clôture surtout un cycle riche ouvert après l'échec de Dune en 1986 et regarde en arrière. Cette idée se conforte du fait que le film est suivi d'un silence de six ans puis d'un Inland Empire qui laisse perplexe une part de ses admirateurs. Cela reste difficile pour moi de comprendre comment ce film à demi étouffé par son style, traversé d'éclairs de rancœurs (Les scènes avec le réalisateur Kesher), de terribles clichés (la découverte par Kesher de sa femme au lit), de moments virtuoses (L'audition) et ayant donné lieu à un mode d'emploi (publié dans Libération si mes souvenirs sont bons), puisse se retrouver en alpha et oméga du cinéma des années 2000.

On peut reprendre certaines de ces remarques à propos de Wong Kar-wai. In the mood for love (2000) me semble plus le point d'orgue des riches années 90 qu'une œuvre phare des de la décennie qui nous occupe. Sa perfection même semble bloquer son réalisateur. 2046 (2004), tourné d'ailleurs en partie simultanément, peut se lire comme un ensemble de variations sur l'impossibilité de retrouver la magie d'In the mood for love. C'est par là qu'il est le plus intéressant. En reprenant les mêmes schémas transposés dans un cadre occidental, My blueberry nights (2007) démontre par l'absurde que ça ne fonctionne pas et qu'il faudrait passer à autre chose.

Le cas de Gus Van Sant est tout différent. Gerry en 2002 puis Elephant en 2003 ont ouvert un cycle et définit un style. Van Sant, avec six longs métrages et quatre courts est pleinement présent dans la décennie. Il a une approche originale des corps mais n'arrive pas à pénétrer les âmes. Van Sant se pose sur les épaules de ses héros, leur tourne autour, se perd dans leur contemplation, mais ces héros restent impénétrables. Le musicien de Lasts days (2005), les étudiants d'Elephant et leurs victimes, errent comme les zombies de Romero, visages lisses et gestes posés. Le cinéma de Van Sant est un vaste constat d'échec qui ne débouche, là encore, que sur la mort. La belle affaire. Qu'on ne se méprenne pas. Ce qui me gène n'est pas la dimension tragique de la chose, mais le regard comme anesthésié du cinéma de Van Sant qui se pose dessus. « Et alors ? » m'étais-je demandé à la fin d'Elephant. « Alors voilà... » semble me répondre le réalisateur. On pourra préférer sur le fond l'approche de Larry Clark nettement plus sensible et qui filme plus frontalement, voire celle d'un Michael Moore, brouillon mais qui tente des mises en perspectives et ne nous laisse pas avec cette sensation de vide. Van Sant filme l'incompréhensible comme Antonioni filmait l'incommunicabilité. Juste une question de maux. Et question style, il me suffit d'évoquer celui de Mickael Hers qui a le chic lui aussi pour piloter les travellings arrière et saisir certains types de lumière. Du moins les gens qu'il filme sont des personnages incarnés, qui souffrent, s'aiment, vivent.

Ce cinéma que je qualifie à défaut d'autre chose de mortifère se retrouve ainsi mis en avant. Il n'est pas bien loin dans les listes, mais le champion toutes catégories c'est bien sûr Michael Haneke, Dieu me tripote, qui allie à la grande machinerie cinématographique (plans séquence, noir et blanc soit-disant léché, caméra mouvante), une insupportable dimension moralisatrice. Autre titre emblématique, le Requiem for a dream (2000) de Darren Aronofsky, chanson de geste de diverses formes de la déchéance humaine sur fond de musique branchée et d'images chic et choc à vous flanquer la migraine.

Tout aussi révélateur, le choix de Match point (2005) pour la filmographie de Woody Allen. Comme l'a souligné Ed, c'est le film le moins allenien de son auteur. Impossible de ne pas y voir le syndrome de Tchao pantin (1983), le film de Claude Berri, paix à son âme, avec Coluche si merveilleux quand il ne fait pas rire. Enfin le comique fait un film sérieux ! Peut être Allen avait-il besoin de recharger ses batteries de légèreté, peut être était-ce une manœuvre de séduction envers Scarlett Johansson, peut être était-il un peu déprimé. Toujours est-il que malgré ses qualités, le film n'est imprévisible que parce qu'il est signé Allen et qu'il est loin des peintures plus fines et plus drôles que sont Vicky Christina Barcelona (2008), Whatever works (2009) et Hollywwod ending (2002), qui dans le genre « tous pourris à Hollywood » vaut bien le film de Lynch. J'interprète de la même façon la présence de Million dollar baby (2004) et de Mystic river (2003, son film le plus sombre, bien placé dans la seconde dizaine) pour représenter Eastwood plutôt que Gran Torino (2008) qui a le gros défaut d'être un film de rédemption et de transmission réussie avec un finale ouvert sur le futur. Je ne sais pas qui a dit qu'on ne pouvait pas faire de bon cinéma avec de bons sentiments, mais on peut mesurer aujourd'hui l'étendue des dégâts.

A ces considérations, j'ajouterais pour faire bonne mesure le sentiment que me donne David Cronenberg d'un repli de son ambition de cinéma. A history of violence (2005) est quand même une habile compilation de situations du western classique (Preminger, Dwan, Rouse, Leone) adaptée d'un roman graphique, du nom de ces bandes dessinées honteuses de pouvoir être prises pour des petits mickeys, ce qui nous place en deçà de ce qu'ont pu représenter Dead ringers ou le sublime Crash dans les années 90. Terrence Malik, enfin mais ce n'est pas nouveau, continue de se désoler sur la perte d'un paradis perdu qui n'a sans doute jamais existé.

La question qui reste après tout ceci est la suivante : si l'on considère que le cinéma est un regard qui se substitue au nôtre pour nous donner un monde accordé à nos désirs (Michel Mourlet repris par Jean-Luc Godard) ou qu'il est un instrument que nous savons encore apte à nous peindre tel que nous nous voyons (Eric Rohmer dans Le goût de la beauté), quelle est donc ce désir, quelle est cette image qui est ainsi renvoyée par ce cinéma ?

Est-ce l'expression d'un sentiment propre à cette décennie de violence, de mondialisation catastrophique, de multiplexes, de zones commerciales, de vidéo-surveillance, d'idéologie de la bêtise ? Est-ce le reflet d'un monde organisé pour ne pas nous rendre heureux ? Dans ce cas, se borner à constater, déplorer, accompagner n'est pas satisfaisant. Si le cinéma doit rester l'art de son temps, il devrait bien plutôt inciter à rester debout, à se battre et à partir à l'aventure.

Commentaires

Ed finalement n'aurait pas tort, c'était (bien) mieux avant (Je suis repartie dans les années 80 tiens donc !)...
Et ce n'est pas ce tristounet début d'année qui va nous tournebouler.

Écrit par : FredMJG/Frederique | 14/02/2010

Belle et pertinente analyse. Même concernant Van Sant dont j'aime pourtant son Elephant. Contemplatif, il n'a pas vocation à pénétrer les âmes de ses personnages, et on peut s'en plaindre, mais le mystère de son cinéma est d'arriver -parfois- à pénétrer nos âmes.
Mais à cette liste "mortifère" de cinémas perdus, à ces listes "mortifères" qui oublient souvent l'émotion, le bonheur et le plaisir -de voir, d'écouter, de ressentir-, les années 2000-2009 regorgent de beautés ou de profondeurs qui ne sont pas mortifères, ou si elles le sont le sont avec un but ; ces années là ont vu aussi des cinéastes, en vérité des derniers mohicans, filmer leur(s) dernières intégrité(s) (Carpenter surtout). Il est regrettable selon moi de ne pas les voir remplacer des has been ou des cinémas "froids". Le cinéma de Cronenberg est vain et ne raconte plus grand chose, ses dernières histoires pourraient servir à des téléfilms. Aucune envie de voir des films au rabais. Le cinéma de Wong Kar Wai me parait amplement surestimé, sans but. Allen ? Je n'ai vu aucun de ses films, donc, bouche cousue. Haneke, rien vu non plus, mais aucune envie de voir. Aucune envie de voir des "torture" soft ou porns. Il est regrettable pour moi de ne pas voir dans ces listes trouver leur contraire, par exemple les cinémas hauts en technologies qui n'oublient pas de filmer la poésie et l'âme de leurs personnages, ou encore les productions indiennes : Si on aime quand çà chante, quand çà danse, quand c'est sincère, quand çà "fait l'amour" à ses personnages, à ses spectateurs, quand on aime des histoires -même simples, même naïves-, des personnages et des acteurs, hauts en couleurs et en émotions.

Écrit par : Rom | 14/02/2010

Je commence par préciser (à l'attention de Frédérique) que le titre donné à ma note mensuelle ("C'était mieux avant") était, dans mon esprit, ironique ou tout au moins interrogatif...

Mais entrons dans le vif du sujet. Tu décèles, à travers ce corpus de films, une tendance "mortifère". Je préfère y voir de la mélancolie (ce qui permettrai d'y rattacher deux des films les plus appréciés et qui ne peuvent entrer dans le cadre de ta note : Lost in translation et Eternal sunshine).
Mulholland Dr., c'est le plaisir d'une forme souveraine, certes, mais aussi celui du labyrinthe, du récit inattendu, et associé à celui du "glamour", il provoque, non pas un sentiment de perte, de mort ou d'abattement, mais un éblouissement.
Mais notre plus grand désaccord (je te rejoins plutôt sur Wong Kar-wai et sur Cronenberg), porte sur Gus Van Sant. J'en fais personnellement le plus grand cinéaste de la décennie et tu penses bien que si je réagis ainsi, c'est qu'il est à l'origine d'émotions intenses. Que la caméra semble glisser constamment et qu'aucune donnée psychologique ne soit étalée n'empêche nullement l'émotion et la justesse. La discussion de Blake avec Kim Gordon, la ballade du héros de Paranoid Park avec sa copine à vélo, la démarche du blondinet d'Elephant m'ont bouleversé comme rarement et j'y ai senti justement comme jamais sans doute la compréhension et la proximité avec des jeunes gens de ce type. "Et alors ?", à la fin d'Elephant... Et bien "C'est tout et c'est comme ça", il n'y a rien à "comprendre". Mais cela n'empêche pas de continuer à avancer.

PS : Dans la presse ou sur le net, ceux qui ne cessent d'encenser la "Nouvelle comédie américaine" (souvent en repoussant par ailleurs, d'un revers de la main, les Coen, les PTAnderson et d'autres), ont finalement oublié de mentionner leurs poulains favoris.... Bizarre...

Écrit par : Ed(isdead) | 14/02/2010

Cher Ed
C'est bien comme ça que je l'entendais
Je n'ai guère l'âme nostalgique
Par contre j'aime bien l'ironie
^^

Écrit par : FredMJG/Frederique | 15/02/2010

Haha, un peu de polémique : ça me plaît.
Ton analyse est très intéressante, Vincent, mais appelle plusieurs remarques.
Sur les résultats du classement établi par Ed, on peut effectivement regretter un certain consensus qui rejoint les listes établies par les revues "officielles". On retrouve ce fameux problème de "Citizen Kane" meilleur film de tous les temps et des lois statistiques. Est-ce que c'est un "vrai problème"? Oui si on estime que les voix les plus discrètes ne seront jamais représentées (Rivette, Rohmer...) et non si on ne prend pas ces résultats au pied de la lettre et qu'on y voit davantage une "photographie" d'une certaine cinéphilie à un certain moment.
Là où je te rejoins, c'est pour constater que ce qui "marche", c'est désormais le film de "genre" doté d'une forte "plus-value auteurisante" (de Clint Eastwood à Cronenberg en passant par les Coen et Lynch). Pour ma part, ça ne me choque pas même si; effectivement, je préfère "Crash" à "A history of violence", "Honkytonk man" à "Million dollar baby" et "Whatever works" à "Match point".
Où je ne suis pas d'accord, c'est sur ce que tu appelles le côté "mortifère" de ces films. Il me semble que tu confonds, dans un même élan, le fond et la forme. Effectivement, les films cités sont pessimistes et reflètent le vide de l'époque (c'est particulièrement net chez Van Sant). Mais leurs formes n'ont rien de mortifère. Au contraire, je crois qu'on n'a jamais vu d'oeuvres plus ouvertes, plus libres que celles de WKW, Lynch ou Van Sant dans la décennie (avec peut-être des limites : Van Sant se répétant dans le médiocre "Last days" ou WKW ne réussissant pas tout à fait son passage aux USA même si j'aime beaucoup son film)
Je ne suis pas sûr que Van Sant ne parviennent pas à filmer les "âmes" de ses personnages. Dans "Elephant", il arrive à un moment où les accès de violence n'ont plus AUCUNE explication (je te conseille de lire, à ce sujet, la "Théorie du Bloom" de Tiqqun : je n'ai pas cessé de penser au film de Van Sant en le lisant). Dans "Solo", les jeunes tuaient par nihilisme, par idéalisme. La force d'Elephant, c'est de montrer à la fois la pression qui pèse sur ces jeunes sans que celle ci n'ait de "causes" véritables et comment le bouchon peut soudain exploser. Van Sant n'oublie pas les éléments qui composent le quotidien de ces jeunes (jeux vidéos, déréalisation, armes...) mais il sait qu'il ne peut plus y avoir des liens de cause à effet simplistes (il laisse ça aux journaux TV, à Tavernier ou Michael Moore dans ses mauvais jours).
Je ne vais pas m'étendre mais il me semble que les grands films qui reviennent souvent (Gray, les Coen, Cronenberg, Lynch...) procèdent d'un même mouvement : un pessimisme qui est malheureusement celui de notre monde mais des formes ouvertes qui laissent présager de beaux jours pour ce cinéma là (il suffit de voir "A serious man")...

Écrit par : Dr Orlof | 15/02/2010

Puissent critiques et cinéastes entendre votre appel, Vincent !

Écrit par : Griffe | 15/02/2010

A propos de Dune, l'adaptation est vraiment une honte qui ne fait pas honneur à la richesse du récit. Idem pour la série (mais je serais moins sévère parce qu'il y a du progrès).
Mieux vaut relire Herbert.

Écrit par : Mimiju | 15/02/2010

Frédérique, loin de moi l'idée d'entonner l'air du "c'était mieux avant", nous sommes bien d'accord sur la dimension ironique du libellé d'Ed. Je trouve en fait ces années 2000 assez excitantes et pour aller dans le sens de Rom, même si l'on peut regretter que plusieurs cinéastes que nous avons placé très haut dans les années 90 nous ont fait défaut et ne semblent pas vraiment avoir été remplacés (c'était aussi le cas dans les années 80), il y a tout un cinéma que je ne trouve pas du tout mortifère.
Je me suis plutôt limité à commenter l'image que m'a donné ce moment de bilans, mais je reste sur cette idée que m'avait inspiré l'édition Cannes 2009, une ligne tranchée selon la terminologie truffaldienne : les films qui expriment la douleur et ceux qui expriment la joie de faire du cinéma. Que parmi les tenants de la seconde ligne, leurs essais dans la première soient mis en avant (Allen, Eastwood, les Cohen) conforte le constat que la tendance "douloureuse" a la préférence.
Sur Van Sant je reconnais que ma formule sur l'âme est un peu provocatrice et celle de Rom me semble plus juste. Il me suffit de dire que son cinéma ne touche pas la mienne. J'entends bien vos objections : "C'est tout et c'est comme ça" et "les accès de violence n'ont plus AUCUNE explication " mais c'est justement ce que je ne peux recevoir. Doc, tu cite "Solo" et je trouve l'exemple bien choisi. Dans ce film, il y a le regard de Mocky qui s'implique jusqu'à jouer le héros (Comme dans "L'albatros" autre film très noir). Quoique l'on pense de son cinéma, c'est aussi ce que fait Moore de plus intéressant quand il met en scène son propre refus de se contenter de cette distance que je trouve froide et qui pour moi (j'insiste là-dessus) n'exprime qu'une espèce de fatalisme. Ce regard, cette mise en perspective (disons pour prendre aussi un cinéaste qui ne se met pas en scène, Kubrick dans "Orange mécanique), c'est ce qui me manque chez Van Sant. Je lui concède néanmoins une pudeur qui évite les excès que l'on trouve chez Haneke, Von Trier ou Noé.
Fond et forme, on sait que c'est lié et c'est pour cela que j'ai insisté sur cette idée de repli que je trouve chez Lynch. Quand je parle de mortifère (il y a peut être un meilleur mot), je parle certes d'une attirance, presque une fascination, envers les parts les plus sombres de l'homme, mais aussi d'une façon de mettre en scène : les musiques dans les graves, les acteurs denses, l'étirement du temps, les photographies funèbres, le travail sur des sensations de flottement un peu lourd. Typiquement, pour prendre un exemple chez quelqu'un que j'aime, "Mystic river" déployait ce genre de mise en scène pour le film le plus sombre d'Eastwod (L'emploi de Sean Penn acteur très dense, les scènes étirées dans la douleur) et qui est aussi celui sur lequel j'ai le moins envie de revenir. Je dois être trop sensible :)
Et sur la forme développée par Van Sant, c'est aussi en vous lisant que j'ai l'impression qu'il y a eu un épuisement de celle-ci, jusqu'à ce qu'il revienne, pour son dernier film, à quelque chose de plus classique. Ça sera sans doute intéressant de voir comme il va évoluer dans les années à venir.

Griffe, je ne suis pas trop optimiste là-dessus :)
Mimju, "Dune" est raté, certes, mais il y avait de l'idée. Au moins, il a essayé. Je regretterais toujours le version avortée de Jodorowsky.

Écrit par : Vincent | 16/02/2010

Le fait est que, quand je relis ma liste de 200 films il n'y a pas de quoi se taper sur les cuisses en riant aux éclats... (quoiqu'avec certains titres... mais j'admets que mon humour est parfois quelque peu tordu) mais bon. Il est certain que même si, par exemple, 40 ans toujours puceau d'Appatow était sur mes listes annuelles parce qu'à l'époque où je l'ai vu il m'a vraiment fait HURLER de rire, le fait de devoir trancher a eu pour résultat que certaines comédies se sont retrouvées sur le carreau.
Je suis actuellement en plein revival 80' et je me rends gentiment compte qu'il y avait aussi une flopée de nanars insupportables... et quelques comédies qui ne seront sans doute pas dans mes tops, exceptées si elles sont signées Woody.
Faut il y voir cette malédiction que traine la comédie ? agréable au moment de l'appréciation immédiate, oubliée quand on attribue les prix ?
PS. Et pour Mocky, oui, Solo et L'albatros sont mes préférés même si ses films avec la bande Bourvil/Blanche sont toujours un bonheur... je serais par contre bien en peine de juger des derniers, m'étant arrêtée à A mort l'arbitre...

Écrit par : FredMJG/Frederique | 16/02/2010

Excellente analyse Vincent, même si, évidemment, chacun connait le défaut de ces listes. On peut en tirer des conclusions comme toi, Vincent et Orlof le faites, ou simplement participer au plaisir du classement, du fait de fouiller dans sa mémoire et de se remémorer les beaux instants de cinéma vécus. Si j'avais sous les yeux la liste des films que j'ai vus cette décennie, j'aurais peut-être choisi un classement différent. C'est là aussi que la mémoire entre en ligne de compte et c'est pourquoi je proposais à Ed de refaire son classement dans 10 ans, il aura probablement beaucoup évolué.Il me semble que, parfois, nous avons une même démarche en ce qui concerne l'histoire du cinéma. La mémoire doit aussi procéder au travail de l'oubli, et classer ce qui, à un moment donné, ne doit pas être oublié.

Ce que je vois dans cette liste c'est que, plus on étend le champ des critiques, plus on trouve de films faiblards - générationnels et n'ayant qu'une durée limitée dans le temps. Finalement, ces réactions à chaud ont leur utilité, mais revenir sur les genres, sur les périodes en a une autre : à côté des listes établies, il se trouvera toujours une poignée de passionnés pour aller exhumer les pépites enfouies dans le subconscient cinéphilique. Dernièrement, par exemple, j'ai vu Nightmare alley, qui a été enterré des années. Je pense aussi au chef-d'œuvre de Kalatozov, que nous avons failli ne jamais voir.

Bref, je défends ces exercices qui sont l'occasion pour chacun de faire le point et d'activer sa mémoire sélective. La méta-analyse à laquelle tu procèdes est aussi passionnante : comprendre ce que nos goûts disent de notre époque. Et, malgré des désaccords sur certains films (évidemment), j'adhère plutôt à ce que tu dis.

Pour finir, j'ai toujours cru que cette citation, "le cinéma substitue à notre regard un monde plus conforme à nos désirs", était d'André Bazin. Je ne sais pas pourquoi. Après quelques recherches sur internet, il s'avère que c'est de Mourlet. Par contre, si ce que tu cites est la phrase exacte, je préfère la mienne (enfin, celle que j'ai en tête).

Écrit par : Julien | 16/02/2010

Probablement parce que Godard l'attribue à Bazin au début du "Mépris", mon cher Julien. Mais Vincent a raison, c'est une erreur du cinéaste...

Écrit par : Dr Orlof | 17/02/2010

Frédérique, ce film d'Appatow, depuis le temps que j'en entends parler, malgré son titre façon comédie italienne polissonne des années 70, je vais finir par aller y voir. maintenant, je ne suis pas non plus le clone de Dany Boon bien caché, je ne cherche pas à opposer la comédie et le drame mais plutôt deux types de regards, donc deux cinémas. C'était déjà un peu la teneur d'un texte de Truffaut dans ses jeunes années qui s'en prenait à la noirceur de "Manèges" d'Allégret qu'il opposait à la lumière de Renoir. faudrait que je remette la main dessus.

Julien, merci pour ce commentaire que je partage. Je pense que nous sommes tous d'accord pour dire que le cinéma est un art vivant et bien vivace, donc toujours en mouvement. Je note aussi que ces formes sombres sont plutôt occidentales. L'un des plus beaux films de la décennie, c'est aussi "Moolaade" d'Ousamane Sembene, rare survivant d'un cinéma africain sinistré, film "combattant" selon mon cœur et pourtant, il y aurait de quoi broyer le plus noir désespoir.
la phrase, je croyais aussi qu'elle était de Bazin, mais il se trouve que j'ai commencé l'année par un bouquin qui regroupe des textes de Mourlet, dont celui avec la fameuse citation. Comme l'explique Doc Orlof, c'est l'erreur de Godard qui fait que. C'est comme pour le travelling et la morale, la formule de Rivette est une reprise d'une formule de Moullet.

Écrit par : Vincent | 17/02/2010

Pas sûr que ça soit une erreur de Godard, car pas sûr qu'il ait voulu nommer l'extrême-droitier Mourlet, qui doit beaucoup à Bazin (d'où le transfert, ou le rendu à César...).

Écrit par : Griffe | 17/02/2010

Bah ! si l'on y repense son "funny people" pas si fun que ça (son Tchao pantin en quelque sorte) a été abondamment loué à sa sortie et pourtant on ne le retrouve pas non plus... Comme quoi...

Écrit par : FredMJG/Frederique | 17/02/2010

1/ D'abord :
- "On ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments." La citation est généralement attribuée à André Gide :-]

2/ Ensuite :

Ecrit par : Vincent | 16/02/2010

"[j'ai insisté sur cette idée de repli que je trouve chez Lynch.] Quand je parle de mortifère (il y a peut être un meilleur mot)"
- Euh, encroûté ?-]

3/ Le "repli" des cinéastes (Lynch, Van Sant), on l'observe aussi chez les spectateurs, qui se "retrouvent" (et se "reconnaissent"), en nombre, dans des films "repliés" (sur eux-mêmes). Question d'époque ?

4/ A part ça, un commentaire plus général...

En dix ans, j'ai dû voir près de 500 films, parmi lesquels près d'une bonne cinquantaine qui pourrait largement figurer dans un, euh, top 10 !-] A cet égard, rien que pour l'année 2009, on pourrait presque dire qu'il y a eu au moins cinq "grands" films (ou de premier ordre) !-]

Les différentes listes mentionnées - déjà très éloignées de mes goûts -, rendent très mal compte, je trouve, du foisonnement de cette (passionnante) décennie. Je regrette évidemment que certains ("auteurs") soient régulièrement acclamés (Allen, WKW, Malick), et que d'autres - nettement plus talentueux - soient oubliés (Oliveira, Hong Sang-soo, Dumont...).

Mais, moi-même, quand je me prends à faire mon top 10, je me sens obligé de reléguer en seconde (ou troisième) catégorie des films plus qu'honorables, comme De l'eau tiède sous un pont rouge (Imamura), Collateral (M. Mann), Munich (Spielberg), L'Arche russe (Sokourov), voire Fous d'Irène (les frères Farrelly).

Sans compter ceux que j'ai ratés : A l'aventure (Brisseau), Charlie et la Chocolaterie (Burton) ou Regeneration (Kiyoshi Kurosawa) ; et qui à coup (presque) devraient m'emballer...

De plus, je vois très peu de courts-métrages et de films d'animation... et aimerais voir beaucoup plus de films indiens ou africains : peu programmés ou difficiles à voir.

On pourrait alors essayer de faire une contre-liste (une liste décalée) des années 2000 - de films qu'on devine qu'ils ne seront pas beaucoup cités, et qui le mériteraient [même s'ils ne sont pas forcément "top" :-]

Écrit par : Père Delauche | 25/02/2010

"et qui à coup (presque)" [devraient m'emballer...]
- sûr...

Écrit par : oups | 25/02/2010

1/ Merci (et désolé de ne pas avoir répondu plus vite je suis un peu à plat cette semaine)

2/ J'oserais pas. L'image qui s'impose à moi, à propos de Lynch en tout cas, c'est bien celle du type qui tripatouille, fasciné, l'oreille tranchée dans la plate-bande.

3/ Je partage cette interrogation.

4/ Même si je suis moins assidu en salles, je dois être dans le même ordre de grandeur (et vive le DVD). Le court, c'est aussi parce que j'en programme moi-même alors j'ai commencé à fréquenter les festivals. L'animation, c'est aussi parce que j'ai replongé dedans pour initier ma fille. Ce qui me rassure, c'est qu'il reste largement autant de choses à découvrir, ainsi je n'ai jamais vu de films de Hong Sang-soo ni (finalement) de Dumont (mais lui, c'est parce qu'il m'effraie un peu, j'y viendrais).

Écrit par : Vincent | 28/02/2010

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