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05/11/2009

Il était une fois... La Révolution

Pour l'occasion de la ressortie du film, un texte écrit pour le site Kinok, illustré des photographies de la Cineteca Bologna tirées de leur joli dossier de presse cannois, le tout amicalement dédié à Tepepa dont l'article sur les petites choses dans... m'avait alors donné très envie de revoir le film et ne cesse de m'inspirer. Merci aussi à Benjamin pour ses remarques orthographiques.

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Juan et John. John et Juan. Johnny et Johnny. Mexique et Irlande. Mitrailleuse et nitroglycérine. Mao. Les fourmis. La diligence. Le pont. Les fosses. El gobernador. Mèche courte. La banque. Le train. Bakounine. Les violons lancinants d'Ennio Morricone sur la voix obsédante d'Edda Dell'Orso. Sean, Sean, Sean... Il était une fois... la révolution.

Étonnant destin que celui de Giù la testa ! L'œuvre clef de Sergio Leone sortie en 1971 et qui revient aujourd'hui sur les écrans dans une très belle copie restaurée par la Cinémathèque de Bologne et distribuée chez nous par Carlotta. Au départ, Leone ne devait pas faire ce film. Après le succès de C'éra una volta il West (Il était une fois dans l'Ouest – 1968), il revient à sa baleine blanche, l'adaptation du roman autobiographique The hoods de Harry Grey. Mais le montage du film est difficile et Leone ne parviendra à ses fins qu'en 1984 avec Once upon a time in America (Il était une fois en Amérique). Pour l'heure, le western italien amorce sa décadence avec le triomphe inattendu des deux Trinita d'Enzo Barboni. Leone s'est mis à la production et décide de monter un western Zapata, un de ces films qui se passent dans le Mexique des années 1910 secoué par les révolutions. Un bon prétexte pour des films d'aventures hautes en couleur qui permettent à des réalisateurs comme Damiano Damiani, Sergio Corbucci ou Giulio Petroni de filer la métaphore sur la situation politique explosive de cette période de la fin des années 60. Ces films, Quien sabe (1966), Il mercenario (1968), Companeros (1970) ou Tepepa (1968) sont des réussites et plaisent au public.

Leone a bien sûr son idée et elle est ambitieuse. Il utilise la trame classique de la confrontation entre un occidental, un spécialiste, théoricien, intellectuel un brin cynique, et un peon Mexicain frustre, naïf et généreux, un peu bandit. Pour les jouer, il pense à Malcolm McDowell et Jason Robards, puis Eli Wallach, avant qu'un accord se fasse sur Rod Steiger et James Coburn. Il veut un metteur en scène américain. Une première expérience avec Peter Bogdanovich est un échec complet et Leone le renvoie en Amérique. Il pense ensuite à Sam Peckinpah qui accepte. C'est alors que United Artists, son partenaire outre-Atlantique, traîne des pieds et Leone finit par comprendre qu'il y a complot. Une semaine avant le début du tournage, il est mis au pied du mur : tout le monde, et depuis le début, voulait qu'il dirige le film. Ce qu'il va faire un peu en colère, mais à son inimitable manière.

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Pourtant, à bien y regarder, Giù la testa ! est sans doute son film le plus personnel. Celui qui se nourrit le plus de sa sensibilité d'homme et d'artiste. Celui dans lequel il se livre le plus, mettant en scène des souvenirs traumatisants de la seconde guerre mondiale, ses désillusions sur la politique, ses commentaires sur les années de plomb, ses conceptions de l'amitié et de l'engagement. C'est surtout son seul film dans lequel la forme ne prend pas le pas sur le fond, celui où la complexité des personnages et de leurs rapports prédomine sur la virtuosité de la mise en scène. Non que le style soit absent, bien au contraire, mais il se met au service d'une vision, d'une réflexion. Giù la testa ! acquiert ainsi une profondeur inédite, une émotion à vif qui va au-delà de l'aspect ludique de son premier peplum puis de la trilogie du dollar et du grandiose de C'éra una volta il West et Once upon a time in America nourris à l'opéra, au roman, et surtout à un ensemble complexe de références cinéphiles. Là encore il convient de nuancer. Émotion, richesse des caractères et notations personnelles ne sont pas absentes des autres films, mais elles ne sont pas centrales. Blondin, Harmonica ou Noodles sont des archétypes sublimes, mais restent avant tout des archétypes. Juan et John s'affirment, tout au long du film comme des êtres de chair et de sang. Peut-être que l'urgence dans laquelle Leone a dû écrire et tourner le film l'a empêché de donner la pleine mesure de son légendaire perfectionnisme mais que cela a libéré quelque chose de sa personnalité profonde.

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Au centre de Giù la testa ! Il y a l'amitié entre deux hommes. Juan le bandit pouilleux qui dévalise les diligences avec sa famille dont il ne connaît pas le nombre, et John, l'Irlandais en rupture de révolution, membre de l'IRA (qui n'existait pas à l'époque du film, mais passons...), venu au Mexique pour fuir la police britannique et le fantôme de son passé. L'amitié, la valeur à laquelle Leone semblait le plus attaché. Comme dans ses films précédents, elle vient de loin et naît sur des bases fragiles. La première rencontre entre les deux hommes s'étire sur près de trente minutes au cours desquelles Juan tire sur la moto de John tandis que John fait sauter la diligence volée par le peon. Des scènes de comédie où Juan voit en l'Irlandais un moyen de dévaliser la banque de Mesa Verde, son rêve, tandis que John voit dans le Mexicain crasseux un bel emmerdeur. Ce mouvement de Juan vers John s'inverse quand le révolutionnaire professionnel voit chez le bandit un bon moyen de parvenir à ses fins : organiser la libération des prisonniers politiques retenus dans la fameuse banque transformée en prison. John utilise alors Juan, cyniquement, et le transforme en héros de la révolution. Ce qui reste encore une bonne farce va se transformer en drame quand Juan se retrouve à payer au prix fort ce statut bien encombrant, au prix de toute sa famille exécutée en représailles.

La scène des grottes dans lesquelles nos deux héros découvrent les fils de Juan fusillés avec les autres révolutionnaires est le point clef du film. Le ton bascule avec la perte de l'innocence de Juan et la prise de conscience de John. Le film pénètre sans retour dans sa zone sombre en même temps que l'on entre plus profondément dans l'esprit de John qui comprend la nature de son amitié pour Juan au moment où il se rend compte le mal qu'il lui a fait. Cet état d'esprit ira jusqu'à cette ultime réplique, si belle, dite au moment de mourir : « Ah, mon ami, je t'ai vraiment foutu dans la merde ». Et le simple mouvement de dénégation du Mexicain vaut toutes les déclarations du monde.

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Cette histoire d'amitié prend une dimension supplémentaire avec l'histoire personnelle de John. Pour la première fois, Leone utilise ses légendaires flashbacks pour éclairer une personnalité et non pour justifier une action (La vengeance du colonel Mortimer ou d'Harmonica). John porte en lui un fantôme et son histoire est celle de la recherche d'une rédemption. En Irlande, John était un homme engagé. Il avait un ami et cet ami a trahi la cause. Il a parlé sous la torture. John l'a exécuté et il en porte désormais le remords. En Juan, il finit par retrouver quelque chose de cet ami tout comme les évènements mexicains l'amènent à revivre la trahison de l'ami avec celle du docteur Villega, le chef des révolutionnaires qui parle lui aussi sous la torture. John en est le témoin mais cette fois il est capable de compassion : « Je ne te juge pas Villega, Je l'ai fait une seule fois dans ma vie ». Il y a une très belle idée dans le film qui joue sur la sonorité des prénoms. L'avis de recherche que Juan découvre dans les affaires de l'irlandais est au nom de John Mallory. Quand Juan, qui ne sait pas lire, lui demande son nom, John, dans un instant d'hésitation, lui dit « Sean ». Comme le mexicain comprend mal, une ombre passe sur le visage de Mallory qui reprend « John », suscitant l'enthousiasme de Juan qui voit dans l'équivalent des prénoms un signe du destin. Cet échange accrédite le fait que Sean est le véritable prénom de John qui en a donné une traduction anglo-saxonne à Juan. Mais Leone enchaîne subtilement avec le premier des flashback irlandais illustré par le chœur « Sean, Sean, Sean » et Sean devient le prénom de l'ami assassiné et le signe du destin devient celui d'une seconde chance pour John. Leone développe ici une mise en scène qui joue sur plusieurs niveaux avec les images, la temporalité, la musique et les dialogues pour pénétrer l'intimité des personnages.

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L'autre aspect qui me semble essentiel, c'est ce que Leone livre de lui même. Un plan, somptueux, résume l'enjeu du film. Des dizaines d'hommes sont fusillés dans de longues fosses près d'une gare tandis que se prépare la fuite du dictateur. La caméra s'élève et panoramique au fur et à mesure que se déclenchent les mitrailleuses pour finir sur un train entrant au milieu d'une foule en pleine panique. Toutes les actions de ce tableau apocalyptique sont réglées au métronome. Dramatiquement, ce plan est quasi inutile. Mais il dit crûment, profondément, la morale Leonienne, l'horreur du meurtre de masse, de l'assassinat mécanisé. Il est le contraire du fameux plan au-dessus de la gare de C'éra una volta il West qui découvrait avec Claudia Cardinale un nouveau monde. Il renvoie bien sûr aux visions de la seconde guerre mondiale, les fosses de Babi-Yar et de Katyn, l'usine de mort nazie. Ces notations sont nombreuses tout au long du film, de l'extraordinaire gueule de nazi faite au colonel Gunther Reza joué par Domingo Antoine (pseudonyme du français Antoine Saint-John) à la séquence des grottes qui ramène au massacre des fosses ardeatines perpétré par les nazis près de Rome en 1944. Giù la testa ! est d'une violence à la limite de l'écœurement, traversé par des scènes d'exécutions et de massacres. Leone illustre littéralement la citation de Mao qui ouvre le film et nous rappelle que la révolution est d'abord un acte de violence. Il s'inspire du tableau de Goya Tres de mayo pour une longue scène nocturne de fusillades sous la pluie, à la lueur des phares de l'armée, splendidement éclairée par Giuseppe Ruzzolini. Et lors de la séquence du pont, lorsque John et Sean tendent une embuscade pour décimer les troupes de Reza, le côté spectaculaire, jouissif, que ressent le spectateur est contrebalancé par le montage très rapide du fidèle Nino Baragli qui enchaîne des plans très brefs de soldats qui tombent et dont on ne saisit que des fragments. L'excitation laisse progressivement place à une gène qui se transforme en stupeur face à la terrible explosion du pont. Et Leone achève de piéger notre désir en faisant suivre cette scène par la découverte des fils morts. Le sentiment de dégoût ne nous lâchera plus, comme il ne lâche plus les deux héros et c'est d'un geste plein d'amertume que Juan finira par abattre le dictateur.

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Tout cet arrière-plan exprime le pessimisme et la philosophie anarchiste de Sergio Leone. En 1971, trois ans après 1968, au cœur des années de plomb, au moment où tout une partie du cinéma se veut à la pointe de l'engagement, Leone montre, dans un film à grand spectacle, la désillusion de l'idéal révolutionnaire. A la remarque de John, l'occidental engagé « La révolution, ce n'est pas une plaisanterie », Leone, par la voix de Juan se lance dans une fameuse tirade énervée qui se conclut par ces fortes paroles « Et qu'est-ce qui arrive quand c'est fini, pauvre con ! Rien ! Tout recommence comme avant. ». A peine tempéré par le regard bleuté de James Coburn la force des mots touche juste. Symboliquement, John jette son livre, Le patriotisme de Bakounine, dans la boue et, tout aussi symboliquement, il est récupéré plus tard par le colonel Reza. Tout le monde n'apprécia pas. Pourtant, Leone ouvre son film par une séquence plutôt truculente dans laquelle Juan détrousse une diligence remplie d'un bel échantillon de forces réactionnaires : ecclésiastique, gros propriétaire, américain, bon bourgeois. Par une série de terribles gros plans, Leone transforme leurs bouches en anus et offre à Juan le viol baroque de la femme du monde dans l'une de ces arènes de pierre qui avaient vu les duels des films précédents. Signe d'un changement de registre. Et si Juan est le vecteur principal de l'anarchisme leonien, c'est aussi en lui que s'incarne le pessimisme viscéral du film. Si l'on peut imaginer que John trouve sa rédemption et la paix avec la mort, le mexicain devenu héros de la révolution perd son innocence, sa famille et son ami.

Cette richesse du propos fait que Giù la testa ! peut se voir et se revoir et se revoir encore en se bonifiant comme un grand cru. D'autant que Sergio Leone ne sacrifie rien de son sens de l'humour (noir), du spectacle et du cinéma. Utilisation des gros plans, sens de l'espace, dialogues percutants, dilatation du temps, jeu sur la profondeur de champ, mouvements lyriques de la caméra, nombre de séquences sont des morceaux de bravoure inoubliables portés par l'une des plus belles partitions d'Ennio Morricone. La musique participe à la dramaturgie avec l'utilisation de thèmes qui infléchissent le sens des images. Et comme toujours le film est plein de ces détails, trouvailles visuelles qui savent se rendre inoubliables. La colonie de fourmis sur laquelle urine Juan, les toilettes dans la diligence, la tranche de citron que suce John avec les dents sublimes de Coburn, l'œuf gobé par Gunther Reza, le sombrero brûlé, le geste du pouce de John pour redresser le bord de son chapeau, la façon dont Juan arrache sa petite croix en or, le regard douloureux de l'ami de John dans le pub. Et puis plus que tout, cet intense sentiment de nostalgie qui étreint à l'ultime flashback, le baiser partagé et le visage de John qui se dissout lentement. Sean, Sean, Sean... Fin du rêve.

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Commentaires

j'ai profité de sa ressortie pour le revoir dans une des plus belles salles de Paris et ça a confirmé à mes yeux sont statut de canard boiteux parmi les Il était une fois.
J'ai été frappé par l'indigence, la grossièreté de la mise en scène de certaines séquences. L'attaque de la banque par exemple, cette foule démesurée donne un aspect BD filmée qui pour moi annihile les enjeux de la séquence. Les visions de Juan aussi, avec les dessins surimprimés, c'est complètement ringard. Il y a des fois, j'ai trouvé la grossière désinvolture de Leone limite choquante au regard de la gravité de son objet. La fameuse reprise du massacre des fosses adréatines par exemple, c'est complètement hors de propos dans la révolution mexicaine! Il y a tellement de surenchère que la violence n'a plus aucun impact, on est pour moi dans la pure illustration.
Et la BO de Morricone est à l'image de la mise en scène, inégale. A coté d'un thème sublime, peut etre son plus beau, il y en a d'autres franchement vulgaires. Moullet dit que le cinéma de Leone, c'est la trivialité majestueuse. Là, on est trop dans la trivialité à mon goût.
Bon, ceci dit, il reste de très belles choses, cette fois-ci, j'ai vraiment été sensible au parallèle utopie politique/utopie amoureuse. J'ai été moins gêné par les ellipses brutales de la narration que lors des vision précédentes. Ca reste un film que j'aime beaucoup, un film dont le lyrisme finit toujours par me bouleverser, mais largement moins que l'Ouest et l'Amérique.

Écrit par : Christophe | 06/11/2009

Tes réserves reprennent certaines des critiques qui avaient été faites au film. Sans revenir sur ce que j'ai écris, je ne suis évidemment pas d'accord. Mais à une époque, certains effets ne me plaisaient pas trop. Depuis, je pense que ce que tu trouves ringard correspond au personnage de Juan, comme tout ce qui a trait à la trivialité, à une forme de burlesque. Cette vision animée, c'est le pendant de son autel installé dans la diligence, c'est l'image de son rêve et son rêve c'est un rêve d'enfant, mais de sale gosse. Tout cet aspect, je l'accepte bien aujourd'hui parce que je connais mieux un certain cinéma italien et que ce ton en fait partie, avec les outrances et le côté bricolé. A bien y penser, c'est le même genre de chose que certains reprochent à Ford, son humour "irlandais", les scènes de beuverie entre sergents et le reste.
Je ne crois pas Leone désinvolte. Je ne comprends pas pourquoi tu trouves "hors de propos" l'histoire des fosses. J'ai vu le film plusieurs fois avant de savoir ce qu'elles étaient et d'où venait l'idée. L'inspiration historique de Leone est intéressante à connaître mais le film se tient sans elles. Ce n'est pas un film sur la révolution mexicaine (pas plus que tous ceux qui ont été fait, de Hawks à Corbucci), mais dans ce cas précis, une réflexion comme tu l'écris sur l'utopie révolutionnaire. Et il me semble que pour Léone, toutes les révolutions se valent (le discours de Juan) et qu'il en vomit la violence inhérente.
"... L'Ouest" a une supériorité indéniable, c'est Claudia Cardinale. Mais je trouve que c'est son film le plus froid, le plus calculé en terme de mise en scène. Très référencé.
".. L'Amérique", c'est une autre histoire. Je ne l'ai pas aimé de suite. Je trouve les personnages moins attachants que les grandes figures picaresques de ses westerns. le ton d'ensemble me séduit plus aujourd'hui mais je ne retrouve pas les grands moments de cinéma lyrique qui marquent à vie dans les films précédents. Ce que j'aime dans ce film là, ce sont plus des petites scènes, surtout dans les épisodes avec les enfants.
Voilà, voilà.

Écrit par : Vincent | 06/11/2009

ha, les épisodes avec les enfants sont bouleversants dans l'Amérique, mais pas moins que je sais pas moi, la déambulation de Max tout seul sur la plage, ou encore les retrouvailles entre Noodles et Deborah, ou encore Noodles et Deborah tout seuls au restaurant.
d'accord sur le coté calculé de l'Ouest mais chez moi ça n'empeche pas l'émotion. La musique tout ça, bon, c'est un de mes films préférés depuis l'enfance en même temps.
je vois ce que tu veux dires pour la comparaison avec Ford mais son humour irlandais fait moins dessin animé que les surimpressions. Et puis bon, tout est une question d'équilibre, quand McLaglen en fait trop, il me gave pareil que Rod Steiger.
ensuite, ce n'est pas l'inspiration historique en soit qui me gêne, ni même que la côté fable du film, juste que la surenchère quelque peu gratuite des séquences de massacre nuit à la force du discours de Leone selon moi.

Écrit par : Christophe | 06/11/2009

Merci pour la dédicace!
En fait je rejoins un peu Christophe sur la surenchère de violence qui en désamorce le propos, et je ne suis pas vraiment d'accord avec toi sur le sentiment de dégoût qu'elle produirait. A part la scène de la grotte, qui fonctionne très bien parce qu'on n'a pas assisté - justement - au massacre et qu'elle arrive en contrepoint de la jouissance explosive du pont, la violence est toujours très ludique. Les exécutions à répétition et les massacres dans les fosses veulent choquer, mais elles sont répétées si souvent qu'on n'y fait plus attention. Le film arrive trois ans après La Horde Sauvage qui en terme de dégoût lié à la violence, était arrivé à une sorte de point de non retour.
Il était une fois la révolution n'en reste pas moins l'un de mes six Sergio Leone préférés :-)

Écrit par : tepepa | 07/11/2009

Sur "L'Amérique", le problème, en ce qui me concerne, c'est que les scènes adultes que tu évoques, Christophe, ne me font pas revenir d'images particulières. C'est la grosse différence d'avec les westerns mais c'est peut être lié à l'âge et au fait que, finalement, je n'ai vu ce film que trois fois alors que les autres, ça tire à la mono-maniaquerie...
"L"ouest" comme "la révolution", ce sont tous les deux des souvenirs d'enfance et donc deux émotions très fortes mais qui ont évolué dans le temps. "L'ouest" c'est plus jouissif, les répliques, Monument valley, les réminiscences des autres westerns, les confrontations... Il n'y a que dans les scènes avec Claudia que quelque chose d'autre passe. Chaque fois que je fais du café, je pense au Cheyenne :) Alors que pour "La révolution", c'est vraiment ce que je comprends de ce qu'il a cherché à exprimer qui me touche.
Pour en revenir aux scènes d'exécutions, peut être que je reste sur mon impression à 10 ans, j'avais été tétanisé par l'accumulation de ces scènes. Mais je ne suis pas d'accord sur la volonté de choquer. Il y a toujours une distance (en terme de mise en scène) dans ces scènes (à travers le train, en large plongée, etc.) alors que seule la scène des grottes donne lieu à des gros plans. Et Peckinpah travaille dans un autre registre, ne serait-ce que parce que la violence, dans les scènes les plus significatives, est l'œuvre des héros. Mais lui aussi parlait d'une volonté d'écœurer le spectateur.
Alors, est-ce que finalement ça passe ou pas...

Écrit par : Vincent | 07/11/2009

Caro Vincent ,scrivo in italiano,il francese lo leggo solo.Il tuo GIU’ LA TESTA è molto pertinente e preciso per quanto riguarda il film in generale e per i riferimenti a Leone stesso.Vorrei però suggerirti un pensiero che mi perseguita da tempo immemorabile.Morricone,Baragli,Ruzzolini,e altrove Delli Colli o Bertolucci,portano direttamente a Pasolini.I peones e Juan,la borghesia dentro la diligenza,la rivoluzione, il 1968,gli anni di piombo, tanto per citare qualche esempio.Coburn ha lo stesso scopo di Terence Stamp in TEOREMA, quello di sovvertire il Messico e spingere Steiger alla rivoluzione,infine morire come Gesù.Anni prima, nella trilogia del dollaro,questi riferimenti erano già visibili,la contemporanea mediterraneità dei due registi portava a Caravaggio.Ecco il western di Leone è mediterraneo non trovi?Che dire ancora se non della morte prematura dei due grandi e le loro opere maturare col tempo.Spero di essermi fatto capire,ma ancora nessuno a trovato queste connessioni e studiarle.Grazie.

Écrit par : Luigi | 10/11/2009

Caro Luigi, mi piacce molto quest'idea dell'rapporto tra Leone e Pasolini. Ho letto che Leone lo conosceva bene e amava il suo lavoro. Leone, mi sembra, e stato sempre interessato a quello che gli altri potevano portare all suo universo (Kurosawa, Ford, Argento, Age e Scarpelli, Bertolucci...). Quanto parlavamo con Christophe dell effetto "chiesa" a proposito della banca di Mesa Verde, ho pensato all effetto del miracolo alla fine di "Teorema". Penso che c'é il stesso pensiero, lo stesso modo di far vedere l'immaginario popolare. Il western di Leone e mediterraneo affatto.

Écrit par : Vincent | 13/11/2009

Ancora grazie e a tutto quello che si è scritto vorrei aggiungere una cosa che ho dimenticato.La presenza del neorealismo in Giù La Testa.Ovviamente rivisto,come lo aveva rivisto nel suo cinema Pasolini.

Écrit par : Luigi | 18/11/2009

Des trois "Il était une fois...", c'est désormais celui que je préfère. Je dis désormais car ce ne fut pas toujours le cas: j'ai longtemps favorisé les déambulations vengeresses de l'Harmonica et le sommeil précoce de Noodles. Mais l'ayant revu cette année, je trouve lui trouvé une beauté brute que les autres n'ont pas tout à fait. Ça m'a fait l'effet d'une véritable claque émotionnelle pour reprendre un terme quelque peu à la mode. Les flashbacks de Mallory sont peut-être ce que j'ai vu de plus beau dans tout le septième art (décidément, ça ne tarit pas de superlatifs ce soir chez bibi). Et la scène du sourire de Coburn qui s'efface peu à peu... pas assisté à grand chose de plus bouleversant, de mémoire de cinéphile. On parle souvent d'un film "malade", d'un "enfant difforme" (si si) dans la filmographie de Leone. Je n'en crois rien.

Écrit par : Dédé le Teubé | 05/09/2013

Tout à fait d'accord ! Je l'ai vu très jeune et c'est un film qui marque. Je ne sais pas si c'est lié, mais c'est un film que Léone ne devait pas faire, qu'il ne voulait pas faire et du coup, peut être moins préparé, il a donné plus de lui dedans. De ce que je comprends, il y a cette fois plus de références à son passé (la guerre surtout) et à ses convictions, que de variations sur sa cinéphilie. Et c'est un film qui me touche beaucoup. Les fameux flashbacks, je pleure à tous les coup, surtout le dernier.
"Mon ami, je t'ai vraiment foutu dans la merde", c'est magnifique.

Écrit par : Vincent | 08/09/2013

Bonjour à vous, c'est un grand filme et comme vous tous il m'a marqué, c'est un poème sur l'amour impossible et un conte amère sur les pièges mortelles des idéologies. Sergio Leone y dénonce le fascisme qu'il a vécu dans son enfance, la scène du train entre Juan et le dictateur en fuite est très belle et juste, elle est d'une actualité troublante. Sergio Leone est critique aussi envers les idéologies libertaires et communistes, la scène au Sean jette le livre de Bakounine dans la boue. J'aime beaucoup la scéne finale dans (encore un train) avec le docteur Ortega traître et martyre de la révolution, le fantôme du "Ché" plane lourdement. Toutes les révolutions sont des échecs et ce sont les enfants qui meurent! "Il était une fois la révolutions" devrait être étudier en science po!

Écrit par : claude kilbert | 09/09/2013

Ah ben si seulement on passait plus de films comme ça dans les écoles au lieu des sempiternels Goodbye Lenin et autres Pianiste ! Comme vous dites Vincent, c'est un film qui sent moins les longues années de gestation que les deux autres épopées américaines de Leone d'où un côté franc, brut de décoffrage, plus idéologique (voire politique) que culturel. Et je le trouve parfait, jusque dans ses propensions bouffonnes qui ne sont pas du goût de tout le monde comme en témoigne le commentaire un peu tiède de Christophe.

Écrit par : Dédé | 11/09/2013

Je ne savais pas qu'on leur passait des films pareils dans les écoles (quoique j'aime bien "Goodby Lenin"). La tiédeur, voire pire, de certains est un sentiment assez répandu sur ce film, c'est sans doute un des Leone les moins appréciés. Mais moi, rien que d'en parler, ça me donne envie de le revoir.

Écrit par : Vincent | 02/10/2013

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