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01/11/2007

La bande des dix

Lancée au détour d'une discussion chez Pierrot, l'idée d'une liste des plus mauvais réalisateurs fait son chemin, associée à l'idée encore bien plus originale d'une liste des films rêvés. Première partie.

 

Il faut d'abord s'entendre sur ce que l'on appelle un mauvais réalisateur. Il faut se méfier d'être tenté d'y mettre ceux que l'on aime pas, voire que l'on déteste. Ils peuvent être, objectivement, doués et c'est parfois même la raison pour laquelle on les déteste. Le champion incontesté de cette catégorie en ce qui me concerne, c'est Michael Haneke, preneur d'otage en salle et donneur de leçons sadique, médecin légiste sur pellicule et, si l'humour est la politesse du désespoir, malpoli.

Il y a ceux qui sont simplement mauvais. L'histoire retient rarement leur nom, sauf dans le cas où ils sont mauvais « jusqu'à l'exhubérance ». Ce sont Ed Wood et Max Pécas, Démofilo Fidani et Philippe Clair, H.G.Lewis et Bruno Mattei. Ils sont l'aristocratie des mauvais, les maîtres étalons du ratage. Et puis il y a la horde des sans goût, sans odeur, sans saveur. Ceux là, en fait, on ne va même pas les voir. Je ne sais pas qui ils sont. Comme prévenait Pierrot, ce n'est pas si facile de lister les plus mauvais.

 

Andrew McLaglen est un candidat sérieux. Fils de son père Victor, il a été formé par John Ford qu'il assistait. Il lui a pompé ses acteurs, ses techniciens, et ses thèmes pour en faire pas grand chose. On pourrait trouver sympathique sa volonté de faire vivre la geste fordienne après le retrait plus ou moins forcé du maître, mais ça ne fonctionne pas. McLaglen manque de légèreté, de poésie, d'invention, de personnalité. Trop respectueux peut être de son héritage, sans recul au sein d'une époque d'interrogations, trop écrasé par ses vedettes qu'il ne pouvait certes pas mener comme Ford le faisait, à la baguette, McLaglen est pesant. Et pourtant transparent. Même ses films les plus intéressants, McLintock ! en 1963, Chisum en 1970, semblent ne rien lui devoir.

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Roland Emmerich, c'est le réalisateur d'Independance day. Tout est dit ? Non, cet allemand fasciné par le cinéma américain en général et par celui de Steven Spielberg en particulier a réussi à devenir plus ricain que les ricains tout en maintenant ses mises en scènes à des niveaux de médiocrité remarquables. Après la parabole belliciste avec soucoupes volantes, il vire de bord et décrit non sans efficacité les effets du dérèglement climatique dans The day after (Le jour d'après). Y a-t'il un espoir pour Roland ?

 

Luc Besson est non seulement un réalisateur médiocre, mais un producteur de mauvais goût. Et comme il a un énorme succès, il fait ce qu'il veut. Il est donc largement responsable du niveau lamentable du cinéma français grand public, nous faisant regretter Lautner, Oury et Hunebelle. Son premier film, Le dernier combat, en 1983, pouvait séduire : science fiction en noir et blanc et sans dialogues. Pourtant, il aurait fallu se méfier d'un homme ayant commencé comme assistant sur Les bidasses aux grandes manoeuvres de Raphael Delpart. Dès Subway en 1985, Besson montre qu'il préfère la pose au cadrage, l'effet à la mise en scène, le bon mot au dialogue, bref, la poudre aux yeux rapidement dopée par les moyens et les effets spéciaux. Le grand bleu a beau devenir « le film d'une génération » (pas moi, pas moi !) ce n'est jamais qu'une version surgonflée d'un épisode de Flipper le dauphin. Nikita est un collier de clichés et d'invraisemblances (Ah! Le fusil dans l'armoire à pharmacie) dignes d'un film d'étudiant et après, moi, j'ai décroché. Ce que j'ai pu voir de ce qui a suivi n'a rien fait pour modifier mon opinion. Je passe sous silence ses productions bâclées qui démolissent l'un après l'autre les héros de mon enfance pour sauver le film de Rappeneau, Bon voyage, à l'échec injuste. Je crains que l'on ait pas fini des taxis à répétition.

 

Michael Bay, je ne pouvais pas le rater. Ce brave (?) garçon a réussi à captiver les foules en ne sachant rien à rien de ce qui fait l'art cinématographique. Michael Bay aurait sans doute pu faire un bon plombier ou un bon trader, mais comme cinéaste, il n'a même pas compris les règles les plus élémentaires. Michael Bay est l'homme qui a filmé Pearl Harbour depuis le point de vue d'une bombe japonaise. C'est pour moi le symbole d'une cinéma bouffé aux mites par l'influence de la publicité, du clip, de l'image pour l'image, bref de ce qui se fait de plus désolant aujoud'hui. Et qu'il ait du succès est une circonstance aggravante parce que l'on risque, un jour, de se dire que c'est cela, le cinéma. Incapable de mettre deux images en correspondance, Bay compense par des montages hystériques d'où les plans de plus de deux secondes sont bannis. Ne pas confondre vitesse et précipitation, Michael.

 

Claude Pinoteau, c'est un monsieur qualité France typique des années 70 et 80.La gifle, La septième cible, Le grand escogriffe, c'est du cinéma pour soirée dominicale de TF1. Pinoteau, c'est surtout l'homme qui a révélé Sophie Marceau dans La boum et ses deux suites. Entre ici, Claude, tu es en bonne compagnie.

 

Ralph Nelson est un réalisateur américain surfait des années 60 et 70 ayant bâtit sa réputation sur ses prises de positions « progressistes » et provocantes. Les noirs, les indiens, les femmes, tout ça. Violence racoleuse, érotisme racoleur, zooms à l'italienne et scénarios lourdement démonstratifs, le cinéma de Nelson est caractérisé par la crédibilité de ses situations. On y croise Sidney Poitier en joueur tiré à quatre épingles au milieu d'une guerre indienne, Candice Bergen bronzée et bien maquillée au milieu d'un massacre d'indiens, Charlton Heston en chef d'orchestre obligé de jouer pour les nazis et Robert Mitchum en curé mitrailleur. Tout cela ne serait pas bien grave si Nelson ne se prenait pas très au sérieux et ne nous faisait un brin de leçon au passage.

 

Umberto Lenzi aurait pu rester dans la catégorie des « exubérants » s'il n'était prisé pour quelques polars effectivement intéressants dans années 70. Mais il est typique des mauvais réalisateurs populaires en ce qu'il se contente de reproduire des recettes éprouvées non sans cynisme mais sans talent. Una pistola per cento bare (Pistolets pour un massacre - 1968) est un western longuet qui copie Léone à la ligne. Attentato ai tre grandi (Les chiens verts du désert-  1967) est le pire film de guerre jamais réalisé ou peut s'en faut. Incubo sulla città contaminata (L'avion de l'apocalypse – 1980) est un film de gens qui mangent les gens à pleurer, éventuellement de rire. Cannibal Ferox en 1981 et une copie conforme et putassière du Cannibal Holocaust de Déodato. Ironmaster l'année suivante est une pantalonnade en costumes préhistoriques. Bref, rien à sauver, ni surtout le plaisir de voir l'inventivité de réalisateurs mineurs qui croyaient en ce qu'ils faisaient.

 

Guy Hamilton, c'est le prototype du réalisateur mercenaire anglais. Sans relief, il est capable de films corrects comme Battle of Brittain (La bataille d'Angleterre – 1966) ou Goldfinger, un des James Bond les plus appréciés. Mais enfin, tout cela ne brille guère par son originalité. Et puis Hamilton a réussi l'exploit de faire le plus mauvais Bond avec Sean Connery, Diamonds are forever en 1971 ET le plus mauvais Bond avec Roger Moore, Live and Let Die (Vivre et laisser mourir – 1973) ce qui mérite considération. On lui doit également une suite ratée et lourdingue des Canons de Navarrone en 1978.

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Alan Parker dit l'homme aux semelles de plomb. Britannique, son cinéma n'a qu'un lointain rapport avec ceux de David Lean ou de Michael Powell. Midnight express, Fame, Mississipi burning, Angel heart et son énigme à quatre sous (ou à deux balles comme vous voulez), autant de titres qui m'ont parfois bluffé quand j'étais jeune et tendre mais que je trouve irregardables aujourd'hui. Mise en scène ampoulée, musique synthétique lénifiante, morale à gros traits, effets d'une subtilité de trente tonnes, acteurs livrés à leur cabotinage préféré (De Niro en diable, LA fausse bonne idée), bref, tout le chichi des années 80 qui faisait l'admiration de Première. Comment j'ai pu m'intéresser à ça ?

 

Zhang Yimou, un asiatique pour finir. Ca n'a pas été simple, ils sont doués à l'est. Yimou, c'est un cas limite. Certains de ses films sont estimables mais ses derniers me sont restés en travers de la gorge. Hero en 2002 et Le secret des poignards volants en 2004 sont typiques de grosses productions cherchant à vous en mettre plein la vue mais qui, dès lors que l'on connaît un peu le genre, perdent tout intérêt. Ce sont de grosses machines calibrées pour la plus grande gloire de la Chine et l'édification des peuples occidentaux. Autrement dit, ces films ne sentent pas bon, Hero surtout. Si Yimou a un sens plastique indéniable, il se perd dans des afféteries qui deviennent vite pénibles, imitations du style de Sergio Léone qui n'engendrent que l'ennui, comme l'interminable duel du Secret... Nous sommes très loin de Tsui Hark, de Chang Cheh, de Wong Kar-wai ou même des meilleurs Jackie Chan. Yimou ou l'artiste officiel.

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Photographies

Mymovies

Britmovies

Wikipedia

Commentaires

Certains ont fait partie de la génération Citizen Kane, nous c'était Le Grand Bleu. Un fardeau insupportable à porter...

Écrit par : sonic eric | 02/11/2007

J'ai failli faire figurer dans mon classement Alan Parker mais, comme toi, je me suis laissé bluffer plus jeune par "The Wall" et "Angel Heart".
McLagen, Manchette en dit aussi beaucoup de mal mais j'avoue n'avoir vu aucun de ses films.
Par contre, je sauverais volontiers de ta liste l'épouvantable Umberto Lenzi, tâcheron notoire mais pour qui je garde une petite tendresse à l'instar de ses pairs (Deodato, D'Amato, Mattei...). Un film comme "Cannibal ferox" va tellement loin dans la triperie et le voyeurisme malsain qu'il en devient presque jubilatoire!
J'attends avec impatience maintenant ta liste des 10 films "rêvés"!

Écrit par : Dr Orlof | 02/11/2007

j'adhère à 100 % avec ta liste ( juste qqs petites réserves sur Lenzi) et j'y ajouterais Donald Petrie et Brett Ratner

Écrit par : alan smithee | 02/11/2007

J'aurai pas mieux choisi, j'aurai rien pu dire de mieux.

Écrit par : S; du aaablog | 03/11/2007

Très difficile ce classement, je serais incapable de le faire d'ailleurs... Vin Diesel n'est-il pas réalisateur ? Je n'ai vu aucun de ses films mais, à mon avis, c'est ce genre de réalisateur qui aurait des chances de figurer dans le classement, ou Sylvester Stallone, ou Steven Seagal, qui font des films ridicules bourrés d'amphétamines, au scénario débile, à la mise en scène inexistante...
Sinon, je ne pense pas qu'Alan Parker puisse faire partie de ce classement, c'est un peu capilotracté, ne serait-ce que parce qu'il a réalisé une excellent adaptation de The Wall et parce que Midnight Express n'est pas si mauvais, je dirais même qu'il est agréable, sans crier au chef-d'oeuvre...

Écrit par : Casaploum | 05/11/2007

En effet, un classement bien difficile à établir. D'autant qu'il faut absolument l'accompagner, comme ici, de quelques justifications, tellement la notion de mauvais réalisateur est fluctuante.
J'ai été très étonné de la présence de Zhang Yimou, (car "Epouses et concubines", "Vivre" et surtout "Qiu Ju", quand même...), avant de lire jusqu'au bout et comprendre que cela concerne ses dernières fresques. Je n'ai vu que la dernière, "La cité interdite", qui est effectivement un spectacle fatiguant, plein d'esbrouffe numérisée. Mais est-ce vraiment un mauvais réalisateur ou plutôt une mauvaise passe ?

Écrit par : EdSissi | 05/11/2007

Le grand bleu......¿Provocó la indignación del experto en apnea Enzo Maiorca?

Écrit par : filomeno | 05/11/2007

Merci de vos interventions, c'est finalement bien que l'on cherche à défendre tel ou tel réalisateur, même les mauvais.

Umberto Lenzi ne se foule quand même pas souvent. Je vous incite à voir "Les chiens verts du désert" qui est une perle dans le genre. Je sauverais quand même "La rançon de la peur", il a réussi quelques belles choses dans le polar.

Pierrot, tu as surement vu un film de McLaglen au moins une fois, (Bandolero, Rancho Bravo, Chisum, La route de l'Ouest, les oies sauvages...) mais il est typiquement le réalisateur dont on ne souvient pas du nom tellement il est effacé. Sur les italiens que tu cites, ils sont capables d'éclairs de folie sincères que je n'ai jamais vus chez Lenzi.

Casaploum, Alan Parker, franchement, je ne peux plus. Comme l'a écrit Pierrot, il est emblématique avec Adrian Lynne d'une école des années 80 marquée par la pub et le clip. Je n'ai pas vraiment apprécié "The Wall" qui doit sa cohérence au Floyd. Et "Midnight express", quand je l'ai revu, j'en ai vu toutes les ficelles. Elles sont grosses.

Donald Petrie et Brett Ratner, pourquoi pas, mais je les mettrais plus dans la catégorie des insignifiants. je ne suis pas sûr d'avoir vu un film du premier. De son papa, oui.

Stallone et Diesel ont fait des films certes, mais je crois que leur défauts viennent d'abord de leur jeu d'acteurs. Le summum pour Stallone, c'est "Cobra" de Georges Pan Cosmatos, summum de grostesque et aujourd'hui franchement rigolo.

Ed, j'espère aussi que c'est une passe, mais il persiste, le bougre.

Filomeno, je crois que Besson et son grand bleu ont provoqué bien des indignations, mais je ne suis pas spécialiste de l'apnée :)

Écrit par : Vincent | 05/11/2007

ok tout à fait d'accord avec la définition "insignifiants" pour Petrie et Ratner.
sinon j'en ai un bon sous le coude , transparent dans la réalisation, doté de gros budgets, films ambitieux mais toujours boiteux, n'importe qui pourrait prendre sa place et on ne verrait pas la différence : Roger Donaldson .

Écrit par : alan smithee | 07/11/2007

Roger Donaldson : l'homme qui s'est permis le remake de "Guet-apens", c'est vrai, c'est un bon candidat. Il y en a eu plusieurs de ce calibre dans les années 80 / 90 qui ont bien contribué à descendre le niveau du cinéma américain : Taylor Hackford, James L Brooks, Barry Levinson...

Écrit par : Vincent | 07/11/2007

Juste pour mettre au crédit de Besson, la production du film de Trois enterrements, le film de Tommy Lee Jones... Pour le reste, c'est vrai qu'il mérite sans doute d'être désigné comme producteur de seconde zone. En tant que réalisateur, je dirais que c'est juste un bon faiseur qui a eu la mauvaise idée de vouloir être scénariste :- )
Quant à Yimou, sa cité interdite était assez vomitive...

Écrit par : el pibe | 08/11/2007

Oserai-je le dire?
J'ose:
J'aime bien La Boum, La Boum 2 et la Boum 3 (pardon: L'Etudiante).
J'ai osé.

Écrit par : tepepa | 10/11/2007

La perversité des amateurs de western italien n'a donc pas de limite ? :)

Écrit par : Vincent | 10/11/2007

Il y a pire en Asie que Zhang Yimou, cinéaste vénéré par Positif par ailleurs, jusqu'à l'icompréhension. Et la honte. Ses premiers films sont encore appréciables.
John Woo est peut-être pire que Zhang. Ses premiers films sont assez médiocres... mais inconnus en France: From rgas to riches par eemple avec Ricky Hui. D'autres de ses films surestimés (The Killer), d'autres horriblement ennuyeux, tel Princesse Chang Ping. Quant à sa carrière hollywoodienne, n'oublions Dolph Lundgren, Jean-Claude Van Damme, Nicholas Cage qu'il a fait travailler.
Bigre, John Woo est vraiment un mauvais. Non ?

Écrit par : Jean | 22/11/2007

Jean, j'avoue que le nom de Woo m'a tenté un moment. Mais je pense qu'il est plus surestimé que mauvais, d'autant que certaines de ses mises en scènes continuent de me séduire. Il y a effectivement tout une partie de son oeuvre inconnue chez nous, médiocre parait-il, mais ses polars, "Une balle dans la tête", les deux "Syndicat du crime", "A toute épreuve" ont des qualités. J'ai aimé aussi "Volte-face" et "Windtalkers" donc, bien que je partage certaines de vos réserves à son égard, je ne le mêlerais pas à ma bande des dix. Merci de votre visite.

Écrit par : Vincent | 22/11/2007

j aimerai avoir les coordonnees de Georges Pan Cosmatos. En vous remerciant

Écrit par : cosmatos | 10/04/2009

S'il ne s'est pas fait incinéré, vous le trouverez malheureusement au cimetière de Victoria en Colombie Britannique... Il est décédé en 2005

Écrit par : Vincent | 14/04/2009

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