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05/03/2011

Leaning on the everlasting arms

Ma plus grande surprise de cette version 2010 de True grit par les frères Coen, c'est d'y avoir vu le nom de Steven Spielberg au générique. Je ne sais pas quelle a été sa participation effective en tant que producteur exécutif, mais cela fait plus de vingt ans que j'espère qu'un jour il nous donnera un western. Un vrai. Pour ce qui est de celui-ci, oubliez tout ce que vous avez lu et tout ce qui a été dit, c'est bel et bien un remake du film de Hathaway, c'est à dire que non seulement c'est la même histoire, mais ce sont les mêmes scènes (le tribunal, les passages autour de la cabane, la confrontation avec la bande de Ned Pepper, la fosse aux serpents, etc.), avec les mêmes dialogues, parfois au mot près (les échanges sur Quantrill, la rencontre entre Mattie et Chaney dans la rivière, les menaces de Cogburn envers Pepper et sa bande, I mean to kill you in one minute, Ned. Or see you hanged in Fort Smith at Judge Parker's convenience. Which'll it be?, avec souvent les mêmes cadres (le plan large de l'affrontement entre Cogburn et Pepper). Nous sommes donc dans la catégorie « A quoi bon ? ».

coen,western

Pourtant, les frères Coen étaient plutôt bien placés pour faire quelque chose dans le genre. Depuis Blood simple (1984) jusqu'à l'excellent No country for old men (2007) en passant par Arizona junior (1987) et Fargo (1996), ils ont souvent utilisé des figures westerniennes. Je ne sais pas trop ce qu'ils ont cherché à faire avec celui-ci, mais cela fonctionne assez mal. Au jeu des équivalences, ils sont le plus souvent en deçà du travail de Hathaway. La scène de la pendaison publique manque d'ironie critique, la scène avec Moon et Quincy manque d'intensité (Domhnall Gleeson ne vaut pas Dennis Hopper), la charge de Cogburn manque d'un poil de panache. Peut être que la scène emblématique de l'échec des Coen est celle de la traversée de la rivière par Mattie. La jeune fille, qui a engagé Cogburn pour retrouver l'assassin de son père, est lâchée par le marshall, elle lui court après et le rejoint à un gué qui ouvre les territoires indiens. Obstinée, elle passe directement dans la rivière agrippée à son cheval, suscitant une certaine admiration du marshall et du Texas ranger laBoeuf qui l'accompagne. Bon, les passages de rivière, dans les westerns, ce sont des scènes clefs qui peuvent atteindre au sublime. Chez les Coen, outre le paysage banal (gros défaut des deux premiers tiers du film), la rivière est étroite et la traversée de Mattie manque d'intensité. Disparue la réplique admirative de Cogburn « She reminds me of me ». Disparue l'émotion. Au lieu de cela, on a un plan de Mattie sèche alors qu'elle a été plongée dans l'eau jusqu'au cou (et on trouvera Hathaway paresseux !), suivie d'une scène assez lourde où LaBoeuf lui administre une fessée (il y a la même dans le Hathaway, mais elle est amenée différemment, et un peu plus drôle). C'est complètement raté.

Au mieux, les Coen, qui ne sont quand même pas les premiers venus, restent à niveau (la scène de la fosse aux serpents, efficace). Ils n'améliorent que deux points, les prestation de Matt Damon en Texas ranger est sans difficulté supérieure à celle de son prédécesseur (bien qu'il ne fasse pas grand chose de plus), comme celle de Josh Brolin en Tom Chaney ; et puis la fameuse course contre la mort où Cogburn tente de ramener Mattie se faire soigner après sa morsure de serpent. Là, les Coen se souviennent tout à coup qu'ils ont placé cette aventure sous le signe de The night of the hunter (La nuit du chasseur - 1955), le film poème de Charles Laughton, via la chanson Leaning on the everlasting arms qui tient lieu de thème principal. Mais si la scène est belle, elle arrive un peu tard, un peu décalée par rapport à la volonté de réalisme, de premier degré du reste du film. Elle raccorde mal, d'autant qu'elle est suivie d'un épilogue qui est peut être dans le roman original mais qui n'apporte rien à l'histoire que nous venons de suivre. C'est toute la différence entre littérature et cinéma. Le cinéma est un art de l'instant. L'épilogue de Hathaway avait le mérite d'être dans la continuité d'un récit linéaire. Chez les Coen, malgré l'utilisation de la voix off pour donner un côté conte, le finale reste gratuit. Et puis qu'est-ce que cela veut dire que ce dernier plan dans le cimetière à volonté fordienne ? Que le western est mort ? Depuis le temps, on en reparlera au prochain.

Il faut dire aussi que Hathaway pouvait s'en sortir en jouant sur le mythe John Wayne (comme je l'ai développé par ailleurs) alors qu'il n'est pas possible pour les Coen de jouer sur un mythe Jeff Bridges (quelles que soient ses qualités d'interprétation ici). Il suffit de comparer la démarche fatiguée jouée par Bridges et celle, unique, du Duke pour comprendre l'écart entre les deux acteurs. Par ailleurs, l'une des faiblesses du film réside dans le manque de développement de la relation entre Cogburn et Mattie. Bridges et Hailee Steinfeld fonctionnent bien ensemble, mais pas vraiment en profondeur. Par exemple, quand Wayne parlait à Kim Darby de sa femme, c'était un beau moment d'émotion alors que dans la même scène entre Bridges et Steinfeld le dialogue ne fait que meubler le voyage. Le diable, enfin, vient se loger dans les détails comme cette idée saugrenue de mettre Cogburn dans les toilettes pour sa première rencontre avec Mattie (idée inutile puisque par la suite, les Coen reprennent la même scène dans les escaliers du tribunal) ou le manque complet d'originalité du personnage du vieux chinois qui héberge Cogburn.

Restent quelques digressions originales que l'on était en droit d'attendre des réalisateurs comme la scène du pendu ou celle du trappeur et de sa peau d'ours, idées très visuelles mais très inutiles au sein du récit. J'ai l'air un peu dur comme ça, mais le film n'est pas désagréable à suivre. La photographie hivernale de Roger Deakins est belle, la musique de Carter Burwell plutôt bien dans le genre, mais bon sang, il aurait fallu que Joel et Ethan aient pu (voulu ?) faire au western ce qu'ils avaient fait au film noir avec Miller's crossing (1990). Peut être qu'au final, le problème de ce film pour rien, c'est d'être seul et donc de focaliser trop d'espoirs. Pas facile de faire un western, un vrai pour reprendre le stupide slogan publicitaire. Le seul depuis vingt ans a l'avoir réussi, parce qu'il était complètement sincère, c'est Kevin Costner avec Open range (2004).

Photographie copyright Paramount

Chez le bon Dr Orlof

Chez Edouard de Nigtswimming

Chez Pascale Sur la route du cinéma

Chez Buster de Baloonatic

Chez Ran et Nolan

Commentaires

Tout est dit, je rajouterais qu'il manque le chat, "Le général Lee".
"Open range" c'est vrai un filme solide que les amateurs du genre cite souvent en référence, comme le dernier vrai Western depuis au moins 1992 avec "Unforgiven".

Je crois que le "Western" comme genre est mort, mais un jour peut-être un ou une cinéaste viendra avec un nouveau souffle! "who know?

Écrit par : claude kilbert | 05/03/2011

Il y a trois manières d'envisager le film :
Par rapport à l'original d'Hathaway (ce qui m'est impossible puisque je ne l'ai point vu). Peut-être mon adhésion serait-t-elle alors moins franche notamment lorsque je repense à Ladykillers, très inférieur à Tueur de dames.
Par rapport à la filmographie précédente des frères Coen : j'avoue une légère once de déception. En fonction de leurs précédents opus - notamment No Country for Old Men -, on pouvait espérer que le traitement de l'espace (leur thématique majeure à mon sens) soit mieux exploitée.
En lui-même et comparativement aux canons du western (même si Ford n'est pas leur référence première, me semble-t-il dans ce film) : et là, j'avoue avoir complètement adhéré même si le genre n'est nullement transcendé.
Et, puis bon, bah sur la fin, on n'est pas d'accord (mais j'écrivais dans mon texte pourquoi je la trouvais nécessaire et j'y revenais chez Edouard).
Quant à Spielberg, peut-être juste pour les serpents, I presume...

Écrit par : Ran | 05/03/2011

Je m'étonne d'être déçu parce qu'objectivement, je considère True Grit comme un des films qui m'a donné le plus de plaisir au cinéma depuis longtemps. Le fait est que la production de westerns n'étant plus la même que dans les années 40, chaque nouvelle incursion dans le genre se doit d'être exceptionnelle pour avoir une chance de se glisser au milieu de références innombrables. Et True grit n'est pas exceptionnel. J'essaie de trouver des raisons (personnage principal verbeux et sentencieux, méchants anonymes (en dehors de Quincy, veule à souhait), fin manquant d'ampleur) mais peut-être que la raison principale est la faiblesse du sujet de départ. Il me faut voir la version Hathaway pour avoir confirmation ou non de ce pressentiment.
Et sinon, merci pour votre papier que j'attendais avec impatience !

Écrit par : sonic eric | 05/03/2011

Je sens qu'il a falloir que j'achète le dvd du Hathaway...

Bon, je contresigne donc tes deux derniers paragraphes, Vincent, ainsi que ta dernière phrase, à ceci près : as-tu vu le remake de "3h10 pour Yuma" et "L'assassinat de Jesse James" ? Moi non, mais le second est sur mon étagère et ce serait le moment de me pencher dessus...

Écrit par : Edouard | 05/03/2011

John Wayne refusait encore de mourir dans un western.
Bridges lui, ne craint pas de se montrer vieux et cacochyme. C'est son dernier baroud quoi.
Je n'aime pas l'idée d'opposer/comparer les deux films vu qu'en fait ils ne traitent pas réellement du même sujet, même s'ils sont tirés du même bouquin.
Les frangins sont de plus en plus misanthropes non ?

Écrit par : FredMJG/Frederique | 05/03/2011

Personnellement, je les trouve de plus en plus amers. Ils vieillissent, quoi. Mais ça renouvelle de façon intéressante leur cinéma.
L'Assassinat de Jesse James, j'avais trouvé que c'était un des meilleurs westerns de ces dernières années (qui, d'ailleurs, traîne également sur mon étagère et qu'il faudrait que je prenne le temps de revoir). Par contre, à vous lire, il faudrait que je revienne sur mes préventions contre Kevin Costner et découvre Open Range.

Écrit par : Ran | 05/03/2011

Claude, c'est vrai qu'il manque pas mal de choses qui rendaient le Cogburn de Wayne plus sympathique (le chat, l'épisode du rat, la complicité avec le chinois) mais j'imagine que c'est une façon de se démarquer de ce qui avait été fait.

Ran, je commence à me dire que vous avez de la chance de ne point avoir vu l'original. Par rapport aux films de Coen, c'est quand même loin de l'inventivité et de la tension de "No country..." qui était très westernien et la composition de Bridges n'a pas toujours les subtilités de celles du Dude.
Par rapport au genre, je ne suis pas trop convaincu, mais je crois que Sonic Éric touche juste, l'un des problèmes du film, c'est d'être seul et donc condamné à être ou César ou rien. Je suis aussi d'accord qu'il y a peut être un choix sur le matériau de départ, ce qui rejoint mes réticences sur le principe des remakes. Peut être que s'ils avaient développé une histoire originale, les Coen auraient mieux pu s'approprier le genre d'autant que, je crois que nous sommes tous d'accord, le film de Hathaway n'est pas exceptionnel sans être un échec.
D'où, Edouard, mon avertissement : ne t'attends pas à un chef d'œuvre :)
Pas vu "3h10...", les remakes, etc. Ni l'autre, mais sur les conseils de Tepepa, je l'ai acheté et il est chez moi aussi dans la pile des "à voir".

Frédérique, moi non plus je n'aime pas trop l'idée mais franchement je n'imaginais pas que les deux films se ressembleraient tellement. La mauvaise idée, c'est peut être d'avoir voulu revoir l'original deux semaines avant, mais dès fois, c'est comme une envie de ... enfin bon :)
En voyant certaines scènes, je repensais à la déclaration de l'un des frangins qui disait ne pas avoir vu le film depuis 1969. Ou tout le monde a suivi religieusement le bouquin, ou on ne nous dit pas tout. Je crois voir ce que vous voulez dire sur le sujet et je suis assez d'accord. Wayne et Hathaway avaient une idée claire et ils ont tiré le film dans leur direction. Ce qui me gène chez les Coen, c'est que je ne saisis pas bien leur idée. J'ai l'impression qu'ils ont suivi différentes pistes sans aller au bout d'aucune. D'où un certain nombre de bons moments, voire beaux, mais une impression d'ensemble déroutante. je serais curieux d"entendre ce qu'ils diront de ce film dans cinq ou dix ans.
Wayne enfin, vous allez me dire que c'est un cas particulier, mais il s'étaut fait empaler à la fin d'"Alamo" et "L'homme qui tua Liberty Valance" commence par son enterrement. D'ailleurs, je me demande s'il n'y a pas à creuser dans la noirceur du film de Ford (le "héros" qui s'efface et meurt, clochardisé, seul...).

Écrit par : Vincent | 05/03/2011

Vincent, je vois qu’on a à peu près la même approche du film. Pour l’anecdote, les Coen ont raconté que pour la séquence de la rivière, si Mattie en sort quasi sèche, ce n’est pas faute de lui avoir déversé des paquets de flotte dessus, mais rien n’y faisait, l’actrice était complètement étanche, un vrai canard!
Sinon si la plupart des dialogues du film des Coen sont identiques à ceux du film d’Hathaway c’est surtout parce qu’ils sont dans le roman (en revanche la phrase de Cogburn à propos de Mattie, "elle me fait penser à moi", est bien une invention d’Hathaway, enfin de sa scénariste)

Écrit par : Buster | 06/03/2011

"Ce qui me gène chez les Coen, c'est que je ne saisis pas bien leur idée. J'ai l'impression qu'ils ont suivi différentes pistes sans aller au bout d'aucune.", dites-vous Vincent.
Et je suis bien d'accord lorsque lors de ma lapidaire note (http://eightdayzaweek.blogspot.com/2011/02/true-grit.html), je suspectais les Coen bros de ne trouver ni l'équilibre ni la distance adéquats de leur sujet.

Écrit par : mariaque | 06/03/2011

Moi aussi, j'ai gardé un bon souvenir d'Open Range.
Je fus désarçonné (ah ah) en sortant de la séance de True Grit en me demandant bien où le film allait. Ca n'est pas forcément mauvais signe. En l'espèce, ce ne fut donc pas le cas pour moi après l'avoir laissé reposer. Mais j'ai également l'impression que, chez ceux qui l'ont trouvé moyen, s'est distillé un ennui poli (le manque d'émotion est souvent souligné et parfois un problème de rythme) alors que je suis rentré dans le film immédiatement.
Je n'ai pas vu la version d'Hathaway et je ne suis pas un spécialiste du western mais il est vrai que Jeff Bridges n'est pas un mythe et qu'il ne pouvait donc pas y avoir de mise en abyme. Par contre, j'ai remarqué qu'il fait référence au Big Lebowski. Un peu comme si les spectateurs voulaient voir la décontraction du Dude dans l'Ouest sauvage, ce qui occasionne une déception supplémentaire.

Écrit par : nolan | 06/03/2011

Buster, pour être honnête, je me suis revu la scène du Hathaway et miss Darby n'est pas beaucoup plus mouillée. Il y a quand même deux trois plans où sa veste est bien humide et puis ça choque moins parce qu'on est dans une forme plus classique. Mais c'est amusant, à quarante ans d'écart, ces jeunes actrices imperméables.
Mariaque, je suis aussi d'accord sur la prestation pepperienne. J'aime beaucoup votre nouvelle formule concise, mais reviendrez vous à des développements plus nourris ?
Nolan, encore une fois j'imagine qu'avoir vu le film vierge de référence doit sacrément aider. Pour l'ennui poli, c'est un peu ça, quoique moi, dès qu'il y a des chevaux et des chapeaux... disons surtout que j'aurais aimé être plus surpris. Objectivement Bridges s'en sort très bien mais je n'ai pas réussi à faire abstraction de son illustre prédécesseur.

Écrit par : Vincent | 06/03/2011

Pas d'accord, bien évidemment :)

Sur la ressemblance des deux films, ok; mais de là à dire que ce sont les mêmes, non! Tu les cites d'ailleurs : pas de scène du pendu ou d'ours à cheval chez Hathaway et une fin assez différente. Ces deux scènes ne sont pas "inutiles" mais au contraire conduiseny tout doucement le récit vers sa dimension "conte" qui advient véritablement lors de cette course nocturne que je trouve magique (encore une différence notable : le film d'Hathaway est diurne alors que celui des Coen est nocturne!).

*La scène de la rivière. Là encore, pas d'accord. Assez terne dans la version 1969, je lui trouve beaucoup de souffle ici. Que la rivière soit trop "petite" n'empêche pas le plan d'ensemble d'être très beau.

*La charge de Cogburn me semble beaucoup mieux mise en scène chez les Coen avec un jeu plus subtil sur la perspective et la profondeur de champ. Tu ne notes pas non plus que le personnage de Leboeuf disparaît beaucoup plus souvent dans cette nouvelle version et devient comme une sorte de spectre qui accompagne de loin le duo Mattie (bien mieux ici : la jeune actrice étant plus convaincante que la potiche qui tenait tête à Wayne)/ Cogburn.
Je pourrais continuer longtemps...

Bref, comme je le disais chez Ed, j'ai l'impression que tout le monde a pris du plaisir à ce film mais que certains le boudent sous prétexte qu'il s'agit des frères Coen. Mais je n'exclue pas non plus que ce soit ce nom qui aveugle pareillement ceux qui, comme moi, défendent bec et ongle "True Grit" :)

Écrit par : Dr Orlof | 08/03/2011

Quoique demeurant d'accord avec Vincent, je concède, comme le suppose le doc, que le fond du problème, c'est d'avoir affaire ici à un Coen.
Je me suis rendu en salle (ce qui ne m'arrive que 6 à 8 fois par an, pas plus) convaincu que j'allais me prendre un sacré putain de film (idem de Black Swan) dans les dents... et suis ressorti en me disant que c'était... vraiment pas mal... mais juste pas mal.
"Pas mal" chez les Coen c'est toujours mieux que "Très Bien" chez plein d'autres, me direz-vous (et vous aurez raison) mais, du coup, la déception est plus souvent au rendez-vous que chez d'autres dont on attend moins, non ?
Ainsi tenez, moi qui vous parle, là, j'ai donc mis trois étoiles à True Grit et à l'Aronofsky, mais en ai mis autant au Potiche d'Ozon...
S'il va sans dire que ces trois étoiles n'ont évidemment pas la même poids ici et là, il est tout aussi indéniable que les dernières ont valeur de surprise "positive" et les premières d'honorable (voire très honorable !) déception"...

Suis-je bien clair ?

Écrit par : mariaque | 08/03/2011

Mariaque je vous trouve très clair puisque je partage ce point de vue. Mon irritation est à la mesure de mon attente déçue et si ce n'avaient point été les Coen, je ne me serais peut être même pas dérangé. Je me souviens encore de mon enthousiasme devant certains plans de "No country for old men" et m'être dit combien j'aimerais qu'ils se mettent au western...
Pour reprendre une expression du Doc chez Édouard, on pourrait détailler les séquences une par une et s'accorder à leur trouver des qualités, mais en bougonnant, je pourrais dire aussi ce que je trouve qui cloche et pourquoi elles ne fonctionnent pas ensembles.
J'ai lu leur entretien dans le dernier "Positif", qui éclaire sur leurs intentions, mais quand je vois le film, je ne vois que les intentions. Pour moi, d'avoir situé l'action en hiver ou passer de diurne à nocturne, c'est cosmétique. Les scènes du pendu et du trappeur sont en effet des idées à eux et tirent vers le conte, mais je trouve que ça ne fonctionne que par à-coups et ne colle pas avec le réalisme de nombreuses autres scènes, ni avec l'essence linéaire du récit. Je crois de plus en plus qu'il y a un problème de matériau de départ (le livre) qui ne leur a pas permis de faire ce qu'ils avaient en tête. J'imagine que sur ce plan, tu as pu penser à "Dead Man" que je trouve plus abouti (sans l'aimer trop).
j'en profite pour m'élever contre ce qui se dit sur Kim Darby. Sur les deux photos que j'ai choisies, la différence d'âge est loin d'être si flagrante et Darby est à mon avis confondue avec son personnage dont elle fait une parfaite peste touchante. Je trouve qu'elle est très bien face à Wayne et une potiche n'aurait pas tenu. On parle beaucoup de la scène de marchandage, mais ce sont les mêmes dialogues et quasiment le même découpage dans les deux films, je ne suis donc pas plus impressionné que ça. Ceci dit je la trouve très bien la petite Hallie.
Pour revenir aux scènes que tu reprends, il circule une vidéo amusante sur internet qui compare différents passages. Sur la rivière, le champ de Hathaway est plus large, ses paysages plus amples et les deux hommes traversent en même temps que Mattie. Il y a donc un regard des uns vers l'autre, une tension supplémentaire, absents de la version Coen puisque là les hommes déjà passés se contentent de la voir arriver (et il n'y a pas la réplique admirative).
Sur la confrontation, outre la dimension mythique portée par le Duke, j'ai du mal à te suivre parce que les plans sont très proches d'une version à l'autre (et c'est bien ce que je reproche aux Coen, de ne pas m'avoir surpris). Hathaway découpe plus la chute de Wayne et ses efforts quand il essaye d'atteindre sa winchester, et il y a une réplique sur son cheval que je trouve plus subtile que les coups de pieds au cul de Bridges aux enfants indiens.
Laboeuf, oui, les Coen disent qu'ils l'ont fait disparaître pour donner place à leurs scènes "conte". C'est amusant cette idée de fantôme, sachant qu'il survit ici alors que Hathaway le fait mourir :)
J'y ai quand même pris un plaisir nettement plus important qu'à "Black swan" !!

Écrit par : Vincent | 08/03/2011

Bonsoir,
Je n'ai pas vu le film d'Hathaway mais je suis très intéressé par ce que vous dîtes de la scène de la traversée du fleuve. Je la trouve également emblématique du ratage du film. Et je suis sans doute pour l'heure plus dur que vous à l'égard de celui-ci.
Cette scène est la première pour moi à marquer cruellement "l'absence" des réalisateurs. Je viens de lire chez Buster quelque chose que je trouve très juste sur la manière dont le paysage ne s'actualise (presque) jamais autrement qu'en décor (ce qui pourrait être envisageable si le film faisait quelque chose d'un rapport avec ce statut de décor, mais ça ne me semble pas du tout être le cas). Mais je reviens à la traversée de la rivière : c'est la première scène qui révèle pour moi une absence totale de maître de l'espace (je ne dis pas du cadre) comme du temps (je trouve ainsi que les scènes s'enchaînent par simple juxtaposition, au mieux narrative). Cette scène donc, que je trouve incroyablement faible et convenue au regard de son potentiel, m'évoque, par opposition, la poursuite entre le chien et Brolin dans "No Country", film où, de mon point de vue, l'appréhension de l'espace et du temps est impressionnante.

Écrit par : D&D | 21/03/2011

Bonsoir, D&D, merci de votre passage. je pensais avoir été assez dur, mais il vrai que c'est quand même un western et que j'ai un cœur d'artichaut pour le genre.
Je crois qu'ils sont passés à côté de quelque chose par rapport au paysage, ce qui est fondamental dans le western. Je parlais de cosmétique, j'imagine que c'est ce à quoi pense Buster quand il parle de décor. Je suis ravi que vous évoquiez la scène du chien dans "No country...", d'une part parce qu'elle m'avait beaucoup impressionné aussi, d'autre part parce que c'est à ce moment précis que je me souviens avoir eu une folle envie de les voir faire un véritable western. Là, avec la découverte de la tuerie, avec la fusillade à l'hôtel, il y avait peut être leurs scènes les plus impressionnantes (avec pour moi certaines de Miller's crossing) en termes d'espace, virtuoses et intenses. dans "True grit", évidemment...

Écrit par : Vincent | 21/03/2011

Pour ma part, j'ai trouvé la scène de la rivière très réussie. Je commence aussi à croire que j'ai bien fait de ne pas chercher à revoir le Hathaway. Le film des Coen est honnête, bien fait, plaisant, drôle, noir, beau, divertissant. Pas assez pour faire un chef d'oeuvre mais je ne vois guère comment ce film pourrait être inférieur au John Wayne...

Écrit par : tepepa | 22/04/2011

@Tepepa Exact. Il n'est pas inférieur mais "différent"

Hello Vincent ! comment va ?
A mon tour d'être en vacances
A vous revoir :)

Écrit par : FredMJG | 22/04/2011

Comme disait Nanni Moretti, nous sommes tous différents mais nous sommes tous pareils (ou le contraire). Parlant de Hathaway, j'ai revu un gros morceau de "Nevada Smith".
Frédérique, mes vacances se terminent. Ça va autant que ça peut :). A bientôt et je n'ai toujours pas trouvé le numéro 8. Bonnes vacances !

Écrit par : Vincent | 23/04/2011

Ne vous inquiétez pas, d'aucune s'en est chargée. ^^
Et Thomas n'est pas un numéro, mais un homme libre :)
Bon retour alors. Et n'hésitez pas à repasser lundi, j'ai concocté de quoi patienter jusqu'à mon retour que j'ose espérer prolixe.

Écrit par : FredMJG | 23/04/2011

Les frères Coen on eu le courage de réaliser un "Western" le seul de l'année 2010 comme la bien dit ironiquement Vincent sur le blog de Tepepa.
Ce filme restera dans l'oeuvre des "brother," avec ses qualités et ses défauts. J'avais beaucoup aimé "No country for old man" western moderne âpre et sans espoir, assez proche de l'univers du Sam Peckinpah, une grande réussite visuel et une adaptation fidèle de livre ce Cormac McCarthy, grand auteur de l'Amérique d'aujourd'hui, il es l'auteur d'un roman, "Le méridien de sang". Western halluciné, si vous le connaissez pas, je vous le recommande!

Bon dimanche à tous

Écrit par : claude kilbert | 24/04/2011

Je n'ai jamais lu McCarthy mais ça viendra :) J'aime bien votre rapprochement de "No country..." avec les films de Peckinpah. Bon week end, Claude.

Écrit par : Vincent | 24/04/2011

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