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06/12/2010

Godard contre Kubrick

Pour filer la métaphore cycliste, le Dr Orlof fait une belle course fond sur le col du St Godard avec un nouvel article, Godard décortiqué, sur la présence de notre homme deans le travail de Gérard Courant. De son côté, Ed de Nightswimming nous propose un de ces classements dont il a le secret. Êtes vous godardien ?

A l'origine de ce texte, il y a la découverte, voici quelques années, de la vidéo ci-dessous sur le toujours excellent et toujours multilingue O Signo do dragao. Cet extrait provenait de l'une de mes émissions cultes du temps que je regardais la télévision. Ah ! Cinéma, cinémas, la musique déchirante de Franz Waxman, les peintures de Guy Peellaert, le cri de Rita Hayworth dans Lady from Shanghai et les portes d'Aphaville. J'imagine que tous ceux qui suivaient ce magasine télévisé sur Antenne 2 dans les années 80 s'en souviennent avec les yeux humides. Donc je regarde et, comme souvent avec Godard, au bout d'une minute, je fais des bonds sur mon siège, excité, passionné et furieux. Les idées roulent dans ma petite tête, puis je temporise, je prends le temps de la réflexion en même temps que des notes, et puis le temps file, et puis comme on ne badine pas avec le contenu copyrighté, je constate que la vidéo a été retirée. Me voici avec un texte embryonnaire, une grande envie d'en découdre, mais plus de quoi travailler. Et pas question de se lancer de mémoire, la mienne est trop aléatoire. Je laisse donc macérer le temps que la vidéo ressorte, ailleurs. Magie d'Internet.

 

Donc voilà.

C'était ça, Cinéma, cinémas, et je trouve ça passionnant bien qu'en même temps ça me fasse grimper aux rideaux. Godard dans ses œuvres. Rien que sa façon de dire « C'est du Peckinpah, si tu veux ». Moi, je n'y tiens pas. En même temps c'est ici qu'il a cette belle phrase sur la télévision qui fabrique de l'oubli et le cinéma des souvenirs. Godard a la passion de la critique de cinéma. Devenu metteur en scène, il a fait vivre cette passion dans ses films. Rien ne l'enthousiasme plus que de confronter les images entre elles et nul peut être plus que lui n'a autant pensé (sur) les images. Reste que, comme toute l'équipe historique des Cahiers du Cinéma, il a construit cette réflexion sur des positions tranchées, des clivages marqués, une confrontation des films et des auteurs où se mêlent aux critères esthétiques des considérations politiques et morales. A cela s'ajoute chez JLG ce désir de la dispute dont j'ai déjà parlé. Il y a dans telle ou telle prise de position une part de provocation qui appelle une réponse. Mais son style, quelque peu ombrageux, puis sa réputation font que la réponse ne se fait pas.

La démonstration est ici exemplaire. Godard reçoit l'équipe de tournage (Guy Girard et Michel Boujut) au sein de son atelier ou de son laboratoire. Il confronte deux images, deux passages de deux films : Full metal jacket (1988) du réalisateur américain Stanley Kubrick et 79 veranos (79 printemps – 1969) du cinéaste cubain Santiago Álvarez. Il y a deux écrans l'un au dessus de l'autre, un peu comme Godard filmait Numéro 2 (1975). A première vue, tout oppose les deux films et leurs auteurs, la grosse production classique d'apparence, américaine (même si le film a été tourné en Angleterre) d'un auteur célèbre et célébré, face à un film poème, expérimental et très engagé d'un réalisateur cubain par ailleurs combattant de la révolution. Ce qui me gène, c'est le choix de la confrontation de ces deux films (au lieu d'une comparaison), les arguments utilisés et la plus value morale qui est donnée à l'un contre l'autre. Ce n'est pas tant sur le principe que je m'élève. Godard défend un cinéma qu'il aime et qu'il pratique, c'est son droit. Son dispositif est parfait. Mais sous l'habillage démonstratif, scientifique pourrait-on dire, il se permet de passer sous silence un certain nombre de faits, d'ignorer la spécificité de certaines situations et de passer en force au risque de l'énormité, le tout avec une parfaite mauvaise foi, renforcé du fait que ce n'est pas Boujut qui va lui faire la moindre remarque. Bien mieux, lors de l'échange autour du film de John Wayne de 1968, Godard se paie le luxe d'apparaître magnanime (ceci dit, il n'aurait plus manqué qu'il soutienne l'idée d'interdire un film). On sent trop le plaisir qu'il a de se mesurer lui-même avec Kubrick, n'abordant jamais le caractère particulier de l'œuvre et de l'homme.

Prenons l'histoire du ralenti. Chez Peckinpah il est inclus dans un montage très fragmenté, rapide, enchaînant les points de vue. Il s'agit de dilater le temps, de donner une respiration au sein des déchaînements de violence. Chez Kubrick, qui l'a peu utilisé, c'est tout autre chose. Il s'agit de donner du poids à un moment précis, celui de la mort de l'un de ces soldats que l'on suit dans un tourbillon ininterrompu depuis le début du film. Là, il est isolé et le ralenti, comme le plan subjectif juste avant, très large, accentue le sentiment d'isolement et de vulnérabilité. Chez Peckinpah c'est un point virgule, chez Kubrick c'est un point final. On peut dire aussi que chez Peckinpah c'est une façon de faire avancer l'action en la morcelant, alors que chez Kubrick c'est une suspension du temps pour figer l'action. Il est difficile de croire que Godard ne fait pas la différence d'autant que le ralenti kubrickien est proche de celui qu'il utilisa dans Sauve qui peut (la vie). Donner de la densité à un instant , à un geste bien particulier. Et celui d'Alvarez n'est guère différent puisqu'il s'agit de figer, de densifier un instant, ici de douleur. La seule différence se situe au niveau du personnage. Alvarez fait un film dont le personnage est un peuple en lutte, disons comme quand Eisenstein fait Octobre (1927), alors que Kubrick fait un film sur des individus envoyés dans la guerre. Godard ne nous dit pas que Full metal jacket n'est pas un film sur la guerre du Vietnam, mais mais un film sur le conditionnement à la guerre et l'effet de ce conditionnement. C'est là que se situe le travail documentaire de Kubrick. La guerre du Vietnam, en tant que fait historique, politique, est une abstraction que Kubrick rend en ne montrant justement pas l'ennemi, en ne faisant aucun discours alors qu'Alvarez conclut son plan par un intertitre qui sonne comme un slogan. La guerre de Kubrick ce sont de jeunes gens qui tirent aveuglément sur la façade d'un bâtiment qui pourrait être de n'importe où. Et qui meurent parfois. Et quand ils découvrent leur ennemi, c'est une gamine de 13 ans. Car le contre-champ existe. Kubrick doute de l'homme quand Alvarez croit dans le peuple. Godard ne nous dit pas que Kubrick est un artiste misanthrope, obsédé de contrôle et farouchement individualiste. Comment imaginer qu'il ait pu faire un film « américain » ?

Côté mauvaise foi, la sortie sur les grands acteurs hollywoodiens jouant les officiers allemands est un grand moment. J'allais citer John Wayne mais, le saviez vous, il a bel et bien joué un commandant de navire allemand dans The sea chase (Le renard des océans – 1955) pour John Farrow. Il y est bien entendu un allemand anti-nazi. Inutile de vous dire qu'il y est crédible comme moi en pape. Évidemment très peu l'on fait. Stewart, Bogart, Cooper, Grant, McQueen, Eastwood, certainement pas. Et quand on voit ce qu'à donné Marlon Brando en officier de la Wermarch pour Edward Dmytryk, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. C'est un peu comme quand on a imposé des acteurs espagnols à John Ford pour faire les indiens dans Cheyenne Autumn (Les Cheyennes – 1964), cela ne fonctionne pas terrible. A plus forte raison, penser qu'un acteur américain puisse jouer un vietnamien, c'est difficilement imaginable. Tant qu'au contraire...

Ce dont Godard ne parle pas, qui est essentiel et sur lequel on pourrait se rejoindre, c'est la différence d'accès aux films entre Kubrick et Alvarez, une différence économique qui est aussi un acte politique. Mais chacun des deux faisait les films qui lui ressemblait. Les deux visions sont complémentaires, pas antagonistes. On peut penser à bien des films qui auraient été plus pertinents pour la démonstration de Godard. Mais il lui fallait un adversaire à sa taille.

Commentaires

Godard contre Kubrick : ça ne date pas d'hier puisque le jeune Jean-Luc était fort critique concernant le film du jeune Stanley, L'Ultime Razzia, dans Les Cahiers du cinéma, trente avant Full Metal Jacket.
Je suis d'accord avec ce goût de la dispute chez Godard et sur la nécessité de se trouver un adversaire à sa taille. En même temps en choisissant Kubrick, s'il était sûr de trouver nombre de contradicteurs, il y avait peu de chances que le réalisateur lui-même entre dans l'arène.

Écrit par : Ran | 06/12/2010

Dans la vidéo, Godard laisse entendre qu'il appréciait quand même Kubrick puisqu'il dit que cette fois, il l'a déçu. Peut être avait-il évolué avec le temps et les films. Sur le fond, on peut rêver à ce qu'aurait donné une telle rencontre. Plus perversement, je serais curieux d'une rencontre Godard / Spielberg, puisqu'elle est encore possible. Mais je n'y crois pas. Encore des problèmes de type grec :)

Écrit par : Vincent | 06/12/2010

C'est vrai qu'à propos de "l'ultime razzia", Godard avait parlé "d'esbroufe gratuite". Cette confrontation entre les images "documentaires" et la "fiction" de Kubrick, il l'intégrera d'ailleurs dans un film (il me semble que c'est dans "les enfants jouent à la Russie").
Je suis un peu indécis quant à la démonstration de Godard. Je trouve qu'il souligne parfois des choses très justes, que j'appliquerais volontiers à certains cinéastes que je ne citerai pas pour ne pas relancer la polémique ;) Et même si sa comparaison paraît assez juste, je suis, en revanche, entièrement d'accord avec toi pour dire qu'il manque quelque chose de primordial dans sa démonstration, à savoir l'angle d'attaque des films cités. "Full metal jacket" n'est, effectivement, pas un film sur la guerre du Vietnam mais bel et bien une réflexion presque abstraite sur la guerre en général qui rejoint d'ailleurs les réflexions de Serge Daney sur le "contrechamp impossible" de certaines images d'horreur de ce siècle (la petite fille du ghetto de Varsovie ou encore la petite vietnamienne sous le napalm). Quand le documentaire ne permet plus d'offrir un "contrechamp" sur certaines images ("tu n'as rien vu à Hiroshima", air connu), il y a encore la possibilité pour la fiction de "créer" ce contrechamp, comme Kubrick avec sa gamine à la mitraillette ou ce gros plan sur le visage d'Ari Folman à la fin de "Valse avec Bachir" lorsqu'il découvre les victimes de Sabra et Chatila...
L'opposition documentaire / fiction me semble donc un peu plus complexe que ce que veut bien en dire le maître ici...

Écrit par : Dr Orlof | 06/12/2010

J'imagine pas mal de cinéastes qui auraient mieux fait l'affaire. Curieusement, autant que je sache, Godard qui a beaucoup débattu, n'a jamais rencontré un de ces cinéastes avec lequel la discussion aurait pu être stimulante. Soit il rencontre des "intellectuels" (les guillemets ne sont pas ironiques) venus d'autre horizons, soit il est l'élève respectueux (Je pense à sa rencontre avec Lang). Le choix de Kubrick n'est pas innocent, lui qui incarne mieux que personne le cinéaste-artiste américain (au point de s'exiler en Angleterre), et dont le travail, dès ses premiers films noirs, me semble proche de ce que feront les fers de lance de la Nouvelle Vague.
Pour en revenir à cette idée de débat (Je ne plaisante qu'à moitié en imaginant qu'il rencontre Spielberg, ça serait électrique), il n'y a jamais eu non plus ce type de débat avec ses confrères, sauf la fameuse dispute avec Truffaut qui est largement privée à l'origine. DeBaecque évoque l'idée émise par Godard d'un telle rencontre au début des années 80 avec Truffaut, Chabrol, Rohmer. Cela aurait été quelque chose, mais Truffaut l'a renvoyé dans les cordes et le projet a avorté.
Sinon, outre que, comme tu le dis, il y a beaucoup de choses très justes dans ce qui est dit, je n'aurais jamais creusé le sujet, réfléchi autant sur les images de Kubrick (et de Peckinpah que j'apprécie je crois encore plus) sans la parole godardienne. Ce qui boucle avec ce que j'ai écris au début du blogathon.

Écrit par : Vincent | 06/12/2010

Mais avec qui aurait-il pu débattre ?
Les critiques de cinéma se sont toujours beaucoup battus pour obtenir que les cinéastes soient traités d'égal avec égal avec les intellectuels (et ce dès avant que les futurs réalisateurs de la Nouvelle Vague signent dans les Cahiers et cela a continué après).
Mais cela reste problématique (il n'est que de voir comment l'on considère Spielberg). Depuis quelques années, Godard ne satisfait-il pas, d'une certaine façon, d'être l'un des seuls (si ce n'est le seul ; Kubrick, adversaire à sa mesure, vivait plus ou moins retiré du monde - chacun ses manies...) réalisateur à être pleinement reconnu comme intellectuel important ?
Sinon, c'est étonnant de remarquer qu'en relisant l'article de Godard sur L'Ultime Razzia, on trouve à peu près les mêmes reproches que certains formuleront quand sortira A bout de souffle. La critique est facile...

Écrit par : Ran | 07/12/2010

C'est un peu ce que j'ai essayé de développer dans mon texte "Histoire(s) de Godard", quand il revient dans les années 80, le cinéma a changé de visage et il se retrouve dans une position paradoxale, respecté mais à la marge. Il y avait peut être quelque chose qui le satisfaisait là-dedans mais j'ai toujours pensé qu'il en souffrait un peu.
Je n'ai rien contre les débats avec les intellectuels, au contraire, c'est un apport majeur de la critique des Cahiers, mais je pense qu'il y avait une effervescence dans les années 60 qui s'est perdue au sein du cinéma. Comme le montre le Doc dans son dernier post, le débat, Godard le porte alors à la télévision.

Écrit par : Vincent | 07/12/2010

C'est tout un paradoxe qui émerge. A la marge de la sphère cinématographique dans les années 1980 - ce dont il souffre effectivement sans doute -, Godard est peut-être le seul acteur du monde cinématographique à être pleinement intégré à celle des "intellectuels" (dont les débats m'intéressent par ailleurs) au sein de laquelle le cinéma est, lui, très en marge (en lisant quelques productions historiques sur les intellectuels au XXe siècle, on découvre d'ailleurs que le cinéma y est quasi-complètement ignoré ce que je déplore - autant en amateur d'histoire que de cinéma). Et de cette situation, je pense que Godard trouve tout de même une certaine source de satisfaction.
C'est d'ailleurs peut-être un peu ce que je voulais dire en disant qu'il avait un peu perdu de son humour. Du fait de sa position même (et il contribue à l'entretenir quelles que soient ses réticences), le cinéma n'est plus, pour lui, le lieu par excellence de fusion entre cultures populaire et élitaire - ce que, pour moi, il doit être et ce que les films de Godard incarnaient presque à la perfection dans les années 1960. En fait, il bascule, selon moi, vers un certain élitisme.
Enfin, il me semble que même avant Les Cahiers, les critiques de cinéma ont essayé de raccrocher cet art nouveau aux grands arts - notamment en multipliant les références à la littérature. Les Cahiers se sont inscrits dans cette tradition et, par leur importance, ils ont créé - et d'autres sont apparus depuis - un espace de débat intellectuel sur le cinéma. Mais, encore une fois, celui-ci ne s'est pas vraiment intégré au reste du monde intellectuel. Bien sûr, le cinéma est entré à l'université et de grands "intellectuels" ont pensé le cinéma - de manière plus ou moins intéressante. Mais cela reste encore un fait relativement minoritaire. Et chez un de Baeque, par exemple, les activités cinéphiliques et historiques peinent à se rencontrer (on peut même penser, d'après ce que j'en sais, que les premières ont quelque peu ralenti sa carrière universitaire).
PS : J'ai regardé - enfin - l'analyse de Full Metal Jacket par Godard. Il se moque quand même un peu du monde de temps en temps.

Écrit par : Ran | 07/12/2010

Sur Godard, "paradoxe" est sans doute un mot clef. On pourrait dire qu'en tant que cinéaste il a tout été, réalisateur de prestige filmant avec de grandes vedettes (de Bardot quand même à Depardieu), chef de file d'un mouvement marquant, cinéaste alternatif, quasi clandestin, allant jusqu'à se fondre dans un collectif, exilé au pays de son enfance, autonome, expérimentateur, travaillant pour la télévision... mais au fil des expériences, on peut sentir une sorte d'amertume ou d'angoisse, que je trouve plus apaisée depuis une dizaine d'années, d'où peut être ce que vous ressentez par rapport à son humour. Mais je pense que c'était présent assez tôt, dès les années 60. Il a eu une vie compliquée, difficile par certains aspects et ce depuis le début.
Sur la fusion entre cultures populaire et élitaire, je ne sais pas jusqu'à quel point il avait cela en tête. Truffaut avec son rapport à la littérature me semble être plus là-dedans.
Sur les Cahiers je suis assez d'accord quoique ave la théorie des auteurs, ils aient (re)mis le réalisateur au premier plan, ce qui n'était pas toujours évident avant.

Écrit par : Vincent | 08/12/2010

Il me semble que Godard a peut-être, plus que n'importe qui avant lui, envisagé le cinéma comme un lieu de fusion (entre tous les arts ; entre cultures populaire et élitaire donc). Un film comme Pierrot le fou en témoigne avec les différentes lectures de Ferdinand (d'Elie Faure aux Pieds Nickelés...) et l'opposition entre celui-ci et Marianne sur l'importance respective de le littérature et de la chanson. Et il joue du montage (ou du collage) pour rendre cela signifiant. Je trouve que cette tendance est plus marquée que chez Truffaut même si elle existe aussi.
Concernant les Cahiers, leur apport - notamment grâce à la politique des auteurs (quelles qu'en soient les limites) - est évident. Mais en construisant leur légende, ils ont eu tendance (c'est classique) à faire comme si rien ou pas grand-chose avait existé avant eux...

Écrit par : Ran | 08/12/2010

Trouvé dans un livre de textes et d'entretiens d'Antoine de Baecque (Feu sur le quartier général !), cette déclaration de Jean-Luc Godard en 2002 à propos du 11 septembre :
"Pas un corps, pas de traces de violence, ni de feu ni de sang, sinon la grandeur des ruines. Tout ce qui était en deçà ou au delà de la fiction ne trouvait pas sa place. les gens ont pris l'événement comme une histoire de plus, même inimaginable - mais c'est le propre des films dits américains que d'être incroyables. Et tout ce qui pouvait aller contre, des morts bien réels, des choses plus profondes et plus douloureuses que le simple "axe du mal", a été par système mis de côté. Que les citoyens des Etats-Unis ne supportent pas de voir la mort en face est une chose, mais qu'ils remodèlent l'image devient très troublant. Ils sont dans la propagande purifiée. On finit par ne plus devoir rien montrer. Alors règne, en maître incontesté, le commentaire de l'événement transformé en stéréotype visuel universel !"
Je suis parfaitement d'accord avec lui mais il me semble que c'est ce que Stanley Kubrick avait su parfaitement voir, montrer, démonter et dénoncer dans Full Metal Jacket...

Écrit par : Ran | 30/12/2010

Et moi, je suis d'accord avec vous. Ses réflexions sont brillantes. J'avais lu quelque chose d'équivalent sur les films de Roland Emmerich qui nous montre des apocalypses sans cadavres et quasiment sans sang, très éloignées de la réalité des catastrophes réelles, nettoyées de tout ce qui pourrait choquer. C'est d'ailleurs intéressant de le comparer à Spielberg qui, lui, a toujours eu une approche plus frontale de ces représentations et a donné des images très choquantes qui combattent les représentations "purifiées".
Il me semble moi aussi que Kubrick a fait le travail inverse, mais j'imagine que quand Godard le critique, c'est pour autre chose, plus profondément une vision politique, soit qu'il ne la comprend pas bien (Kubrick a une forte dose de misanthropie qui le rend difficile à cataloguer), soit qu'il ne l'accepte pas par principe.
Bonne année à vous, Ran, ainsi qu'à votre compère :)

Écrit par : Vincent | 31/12/2010

Oui, cela m'avait interloqué de lire cette réflexion en me rappelant de son commentaire sur Full Metal Jacket.
Je suis d'accord sur Spielberg mais, pour Emmerich, j'avoue que je ne sais pas trop, ça fait quelques années que je ne vais plus voir ses oeuvres...
En tout cas, bonne année !

Écrit par : Ran | 31/12/2010

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