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31/07/2007

Le feu de la lanterne magique

Je ne suis pas venu facilement au cinéma d'Ingmar Bergman. Il avait pour moi une image assez austère. Pourtant j'avais aimé Fanny et Alexandre à sa sortie mais je n'avais pas accroché à celui que tant mettent si haut : Persona. Et je n'avais rien compris à L'heure du loup. Plus tard je découvris avec enthousiasme Le 7e sceau et quelques années après, à l'occasion d'un cycle assez complet, une quinzaine de films en deux mois. Ce fut un grand moment de ma « carrière cinéphilique » si j'ose ainsi m'exprimer. Un monde se révélait à moi et je tiens depuis lors l'essentiel de ses oeuvres entre la fin des années 40 et le début des années 60 pour ce que l'on peut voir de plus beau et de plus émouvant sur un écran. Je voudrais éviter de déballer les superlatifs d'usages et je ne me sens pas d'humeur pour une dissertation. Hier, en apprenant se disparition, j'ai ressentit une grande tristesse. A la projection de En présence d'un clown à Cannes en 1997, je m'étonnais déjà qu'il fut encore vivant. Je m'étais habitué à ce qu'il continue de vivre et de tourner, nous envoyant depuis Fårö un film, et puis un film encore. On aurait pu le croire immortel, comme un dieu de l'Olympe des cinéastes, retiré sur son île lointaine. Lui qui poursuivait son oeuvre, imperturbable dans un monde ou l'on avait empaillé la sienne par bêtise. Car on ne risque pas de diffuser Les fraises sauvages ou Cris et chuchotement alors qu'il y a a tant de beaux discours convenus à disposition pour ensevelir une oeuvre vivante sur les étagères des musées. Mais elle crie, cette oeuvre, elle se débat, elle est vigoureuse encore. Moi, j'aime les beaux films des années 50, ceux qui ont le noir et blanc luisant, perlé, ceux qui ont l'humour de Nils Poppe et l'insolence de Eva Henning. J'aime ses femmes, toutes ses femmes, Maj-Britt Nilsson, Harriet Andersson, la grande Eva Dahlbeck, Bibi Andersson, Ingrid Thulin, Liv Ullman, et Eva Henning ma préférée quand elle déambule en déshabillé dans la chambre miteuse de La fontaine d'Aréthuse. Plus qu'aucun autre, Bergman a su filmer le couple, filmer ce qui tient ensemble, ce qui parfois sépare, un homme et une femme. Ce n'étaient pas des films à voir pour moi à vingt ans. Ce sont des films que j'aime aujourd'hui. J'aime les été suédois, les reflets sur l'eau, les sombres quais des villes portuaires, les saltimbanques sur la falaise, le bois près de la source, Beethoven et Mozart, l'élégance du chevalier joueur d'échecs, la grâce des danseuses. Je reste réservé sur ses oeuvres plus âpres. Apres trois visions, je reste peu enthousiaste devant Persona même si je le comprends mieux. Je reste de marbre aux Communiants et je me suis toujours réjouis qu'il ait retrouvé, avec Mozart, de la légèreté des Sourires d'une nuit d'été. Alors je suis triste, un homme est mort et avec lui encore un peu d'une conception du cinéma de la plus haute exigence, exigence qui restait alors compatible avec le succès public. Une exigence si rare aujourd'hui, si fragile que l'on n'ose même plus la prendre dans les mains de peur qu'elle ne disparaisse tout à fait. Le cinéma de Bergman est vivant.

 

Post scriptum : je viens juste d'apprendre le décès de Michelangelo Antonioni. Vivement dimanche.

Commentaires

"exigence qui restait alors compatible avec le succès public", oui, c'est bien en cela que son cinéma peut désormais terriblement manquer

Écrit par : Ludovic | 31/07/2007

jusqu'à présent je n'ai jamais osé tenter Bergman, et Dieu sait si j'en ai vu des films ! Votre texte, à la fois vibrant hommage, pudeur et respect, m'invite à le faire, à réparer cette erreur car c'en est une. Ceci dit, si ma décision est prise, il me reste quand même le douloureux problème du choix : la filmograhie du cinéaste est si dense en chefs-d'oeuvre qu'on ne sait pas par quel bout la prendre...

Écrit par : karamzin | 31/07/2007

J'ai commencé Bergman par Cris et Chuchotements, ce fut un choc. Depuis, j'ai regardé une dizaine de ses films. J'ai beaucoup aimé Le Silence, Le 7è sceau, Le Visage... Certains films de Bergman sont difficiles à encaisser, éprouvants. C'est toujours une expérience de regarder un film de Bergman. Sinon, je conserverais en tête toujours ces images de la Pieta dans Cris et Chuchotements, qui m'ont beaucoup marquées... Chapeau monsieur l'artiste pour cette grande oeuvre laissée en partage...

Écrit par : Casaploum | 01/08/2007

Mon premier souvenir de Bergman, c'est la découverte de "Monika" au ciné-club de Claude Jean Philippe , suivi la semaine suivante par "le 7ème sceau". Ce fut deux chocs et je tombais immédiatement amoureux de toutes les déesses nordiques qui peuplaient ses films (surtout Harriet Andersson et son regard caméra si troublant à la fin de Monika). Puis, il y eut également une grande rétrospective Bergman au cinéma d'art et d'essai de ma ville et je découvris tous les chefs-d'oeuvre du maître.
Il y a tant à dire sur ce cinéaste, sur l'intensité de ses films et sur la beauté de ses écrits...
Ton hommage est très beau.

Écrit par : Dr Orlof | 03/08/2007

Pour ma part, c'est La Source, je n'y trouve aucun défaut ; tout y est dit : l'humanité face à la mort, son besoin de foi. Immense émotion, avec à la fin l'un des plus beaux plans de l'hitoire du cinéma. Quant à filmer la mort, Bergman vous remue l'âme comme jamais. A tort, il reniera le film.

Écrit par : Rom | 05/08/2007

Et le mieux est de ne pas oublier que Bergman pouvait être très drôle (Sourires d'une nuit d'été, Les Fraises sauvages...) Sur les photos, on le voit souvent hilare. Ses fils ne sont pas que des drames que on veut le prétendre de manière caricaturale

Écrit par : Jano | 09/08/2007

Certaines des oeuvres emblématiques des années 60 ont sans doute masqué la légèreté, la musicalité et l'humour de ses plus beaux films des années 50. Mais c'est un tout et son humour n'en est que plus précieux.

Écrit par : Vincent | 09/08/2007

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