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02/11/2008

Tu l'as vu, mon beau film fasciste ?

Rien ne vaut une bonne approche polémique pour se remettre en train (jeu de mot imprévu mais bienvenu). Je vais donc vous parler d'un film fasciste ou plus exactement de l'un de ces films qui se sont attiré l'infâmante épithète. Coïncidentellement, il y a quelques jours l'ami Tepepa me demandait à propos du gratiné Milano trema : la polizia vuole giustiza de Sergio Martino : « Tu y as vu un film fasciste ? ». Dans la foulée, je découvre avec plaisir qu'Hyppogriffe écrit à nouveau sur Préfère l'impair, un de ces articles passionnés et virulents dont il a le secret. Attaquant non sans raisons une attitude de Michel Ciment, il utilise au passage le terrible mot à propos de Patrice Lecomte et Bruce Willis. Comme je l'ai répondu à Tepepa, je n'utilise jamais ce mot pour parler de cinéma et je tique toujours quand je le vois employé. Cela doit venir de l'époque où, jeune adolescent, je lisais les critiques des films dans le Nouvel Observateur que prenait mon père. Nombre de films que j'aimais, dont pas mal de westerns, attirait le vocable redoutable. Ce que je ressens encore aujourd'hui, c'est que traiter un film ou un réalisateur de fasciste est particulièrement disqualifiant. Ca ne vaut guère mieux que « film rouge » utilisé à l'époque du maccarthysme, ou « antisemite » tartiné lors d'une affaire récente qui nous a beaucoup occupé. Tout cela manque un peu de nuance et d'à-propos. Cette histoire me fait toujours penser à Michael Cimino, dont le Deer Hunter (Voyage au bout de l'enfer) a été traité de fasciste avant qu'il ne se voit reprocher une « approche marxiste » pour Heaven's gate (La porte du paradis). Cimino, on le sait, a toute mon admiration.

Pour poser les choses, John Ford dans The man who shot Liberty Valance donne la définition la plus claire que je connaisse du fascisme. C'est la primauté de la Force sur le Droit. Valance, joué par Lee Marvin, est un fasciste qui maintien l'ordre de gros éleveurs par le fouet et le colt, tabassant au passage la presse libre et l'opposition démocratique. Cette dernière, c'est Ranse Stoddart – James Stewart, l'avocat qui organise les élections et l'éducation. Tom Doniphon, joué par John Wayne, représente ici l'ambiguïté et le déchirement des démocraties contraintes de recourir à la force pour établir le Droit. Pour Ford, Doniphon ne peut que disparaître après avoir accompli le sale boulot en éliminant Valance. Ford éprouve pour Doniphon un mélange d'admiration et de compassion, du même ordre que celui éprouvé par Sam Peckinpah pour sa horde sauvage.

A partir de là, j'avais l'envie de vous parler d'un film que j'ai redécouvert avec bonheur, Dark of the sun ou The mercenaries (Le dernier train du Katanga) réalisé par Jack Cardiff en 1968.

Congo 1960. Le capitaine Curry est chargé par le jeune président du pays fraîchement décolonisé de secourir un groupe de civils coincé en pleine révolte Simba et accessoirement de ramener un important stock de diamants pour le compte d'une grosse société belge qui fournit le régime en armes. Dark of the sun, c'est l'Aventure guerrière en majuscule : Train armé, mercenaires, rebelles pires que la mort, ancien nazi, duel avec tronçonneuse, attaque d'avion, médecin alcoolique, grandiose beauté des paysages, ville livrée au pillage, diamants, amitié virile, héroïne en détresse, sens de la parole, coups fourrés et violence, action, violence et violence. Dark of the sun fait partie de ces films qui ont choqué la fin des années 60 par leur façon directe de représenter la sauvagerie humaine, entre fascination et dénonciation. Avec un discours volontairement ambigu propre à faire hurler les bien-pensants. Tout à fait le genre à se faire traiter de fasciste. Aujourd'hui, forme et fond méritent d'être nuancés et le film, assez rare, d'être reconnu comme une oeuvre majeure en son genre.

Katanga.jpg
Illustration façon James Bond ayant servi de base aux affiches

Jack Cardiff n'est pas le premier venu. C'est un grand chef opérateur auquel ont doit les images de plusieurs films de Michael Powell dont Black narcissus (Le narcisse noir - 1947) et The red shoes (Les chaussons rouges – 1948) mais encore le Pandora d'Albert E. Lewin, The barefoot contessa (La comtesse aux pieds nus – 1954) de Joseph L. Mankievicz et African Queen de John Huston. Excusez du peu. « Cinéaste mineur » pour Sorecki, il réalise une douzaine de films et a la redoutable tâche de remplacer John Ford malade sur Young Cassidy en 1965, avec déjà Rod Taylor qui joue ici le major Curry. Dark of the sun est adapté du roman homonyme de Wilbur Smith. Intelligemment, Cardiff et ses scénaristes, Ranal MacDougall (le Cléopâtre de Mankievicz) et Adrian Spies évacuent les tentatives idéologiques et psychologiques du livre avec ses côtés les plus déplaisants. Dégagée l'homosexualité du lieutenant Surrier dont le viol est rapidement suggéré. Dégagée l'intrigue sentimentale (et machiste) réduite à une caresse sur la joue et à quelques regards. Dégagés les discours sur le racisme et le colonialisme dont on ne sait jamais trop ce qu'ils cherchent à justifier. Dégagés les excès complaisants comme la découverte des gendarmes dévorés par les Simbas. Cardiff met en avant l'aventure et l'action en resserrant l'action sur trois jours et laissant les personnages se révéler par leurs actes. Comme chez Howard Hawks, ce sont tous des professionnels, agissant d'abord en tant que tels. Ainsi, les actes du salaud de service, Henlein l'ancien nazi, n'ont jamais le racisme comme motivation première. Quand il abat deux enfants de sang froid, c'est parce qu'il craint qu'ils ne servent d'indicateurs. Quand il assassine le sergent Ruffo, le partenaire congolais de Curry, c'est parce qu'il croit que celui-ci lui a confié les diamants. C'est une manière intéressante d'éviter les gros sabots. Le fond du film devient une réflexion sur la sauvagerie de l'homme, au-delà de son contexte particulier.

Ruffo est un personnage passionnant. Joué par Jim Brown, homme superbe et bon acteur, qui aura eu le privilège d'enlacer fermement Raquel Welch dans 100 rifles (Les cent fusils – 1969) de Tom Gries, étreinte inter-raciale grand public qui fit beaucoup de bruit. Brown, c'est déjà autre chose que Sidney Poitier. Ruffo est presque trop beau pour être vrai, patriote, pragmatique, décidé, il incarne l'espoir d'une Afrique moderne, comme d'ailleurs le jeune président aux allures de Lumumba, même s'il traite avec l'ancienne puissance coloniale. « On m'a proposé de descendre de mon arbre et je tuerais quiconque voudra m'y faire remonter » dit Ruffo à Curry. En combattant les Simbas, il combat la part sombre de son héritage. Mais il refuse de la même façon la sauvagerie occidentale de Henlein comme celle qui s'exprime chez son ami Curry. Car notre héros est loin d'être exemplaire. Tout en mâchoire et épaules carrées, Rod Taylor compose sans nuance un personnage de guerrier, toujours sous pression, éclatant en brusques accès de violence comme lorsqu'il essaye d'écraser la tête de Henlein sous les roues de la locomotive. Le règlement de compte final entre les deux hommes est d'une intensité peu commune et amène une scène étonnante entre Curry et un gendarme congolais, Kataki. Ce dernier, le visage bouleversé d'émotion, lui reproche durement son acte : « Tuer comme ça ? Tragédie... Je ne marche pas à vos côtés, nous essayerons une autre voie », un écho aux paroles de Ruffo. Dommage que ce personnage n'ait pas été plus creusé auparavant. Tel quel, il porte néanmoins un regard lucide sur Curry et d'une certaine façon, la morale du film. Une morale qui pour moi a à voir avec le discours fordien sur la Force et la Loi.

Reste que c'est un film de blanc pour un public occidental, une oeuvre à grand spectacle d'autant plus ambiguë avec ses intentions que le spectacle est efficace. Cardiff a une extraordinaire maîtrise de l'espace et du montage. La plupart des scènes sont construites de façon musicale, comme autant de morceaux de bravoure, portées par une magnifique partition de Jacques Loussier. Grand jazzman, adaptateur de Bach en swing, compositeur pour Melville ou Jessua, Loussier donne là une partition inoubliable, très jazz, dans laquelle les instruments fonctionnent par pulsations, rythmant le suspense de l'ouverture du coffre, la séquence quasi expérimentale de la composition du train, la traversée par Curry et Ruffo de la ville livrée aux Simbas ou la poursuite sur les rapides. Pulsion du sang dans les veines, pulsion de violence, pulsion du temps. Il y a là une symbiose aussi importante que dans le couple Léone-Morricone.

Martin Scorcese classe ce film dans ses « plaisirs coupables ». Cette notion de culpabilité va bien avec son côté catholique. Ce n'est pas mon cas. Moi, l'électeur tranquille de Ségolène Royal, entre un éditorial de Laurent Joffrin et un autre de Philippe Val, moi qui admire la finesse d'Ozu, la délicatesse de Lubitsch et la tendresse de Truffaut, bien calé dans mon fauteuil, je me réjouis au spectacle de ces mercenaires au béret rouge, cigare vissé aux lèvres, mitraillant les Simbas pillards, violeurs et sans doute marxistes. Bien que n'ayant pas lu Bruno Bettelheim, j'imagine qu'il y a là-dedans un lien avec les contes de fée, leur violence et la façon dont ils nous font découvrir le « tumulte intérieur de notre esprit ».

Sur Psychovision

Par D.K.Holm (en anglais)

Commentaires

Et que penser, dans Hatari d'Howard Hawks (1962), de la scène des autruches échappées ? Et surtout de ce « Laisse, ça amuse les boys » ordonné par un Kurt Muller (Hardy Krüger) souriant mais néanmoins très aryen par sa blondeur et très teuton par son accent.
(Notons que je n'ai pas utilisé le terme "nazi")

Écrit par : il gatto del rabbino | 02/11/2008

C'est effectivement un intéressant cas de figure. Hawks tourne en Tanzanie (alors que Cardiff a fait son film en Jamaïque) comme si les noirs n'existaient pas. Son Afrique, c'est un territoire de fantasme d'aventure pour ses héros. Sinon, dans le bouquin de McBride, il y a une anecdote piquante. Hawks et sa famille sont invités à dîner par le tout nouveau président tanzanien et son jeune fils lui demande innocemment pourquoi ils mangent à la même table que des noirs alors qu'ils ne le font jamais à la maison. Hardy Kruger, lui, s'est tellement plu là-bas qu'il s'y est installé et j'ai eu le grand bonheur de dormir une nuit dans son lodge toujours actif.

Écrit par : Vincent | 02/11/2008

Petit morceau de ciné analyse :

Je devais avoir 12-13 ans et je regardais à la télévision cette chose inouïe en compagnie de mon frère. Peut-être y avait-il même un carré blanc... Ma mère fit irruption et après quelques instants, scandalisée, elle bondit et s'interposa entre l'écran et nous ... Elle ne pouvait accepter de tels spectacles ! Il fallut changer de chaîne ou aller se coucher.

Je ne sais plus très bien quels étaient mes sentiments alors que je voyais le film, si ce n'est que je comprenais bien que cela passait toute mesure et que cela ne pouvait pas être permis...

Il devait s'être écoulé une dizaine d'année quand je l'ai revu. Toujours à la TV, sur un poste au fonctionnement erratique qui altérait sérieusement les couleurs ; et en VF comme il se doit. Comme je comprenais bien que je me confrontais à un quasi souvenir d'enfance, que j'étais sans vraiment l'avoir voulu en train de lever un formidable interdit, il entrait dans l'affaire quelque chose de fascinant. Mais dans le même temps, le film m'apparut comme une série B complaisante dans sa mise en scène de la violence : une manière de pornographie datée, pleine de stéréotypes ; un divertissement vulgaire qui ne pouvait fonctionner qu'au second degré. Bref, ça ne faisait pas sérieux.

Comme quoi !

Dans un tout autre registre, Hatari m'a lui aussi ménagé une grosse déception quand je l'ai revu il y a 4 ou 5 ans de cela. J'en conservais le souvenir d'une comédie drôlissime. Je l'ai trouvé bien raide et artificiel. Trés loin des sommets que Hawks peut atteindre. Mais là c'était seulement une histoire de cinéma.

Écrit par : Arnaud | 03/11/2008

C'est amusant, je pense que nous avons du voir le film au même moment parce que je me souviens de cette histoire de carré blanc. Mon souvenir, c'était un film un peu décevant par rapport à ce qui était annonçé. En le redécouvrant, c'est la qualité de la mise en scène qui m'a le plus frappé. Ca l'éloigne franchement du côté série B, disons que le film ressemble plus aux "Douze salopards" d'Aldrich ou ce genre de choses. Sur les stéréotypes, ça me semble plus juste. Le personnage du doteur alcoolique, clairement un hommage au Doc Boone de "Stagecoach" de Ford, est un joli stéréotype dans son genre. Mais le film joue aussi là-dessus, je crois que comme chez Hawks, le fait de laisser la psychologie des personnages se révéler par l'action et leur interaction permet de dépasser le simple stéréotype.
Sur "Hatari", j'ai ressenti ce que vous dites il y a longtemps, mais depuis je l'ai vu une bonne dizaine de fois et là aussi, c'est l'adhésion au groupe, le plaisir des personnages qui fait toute la réussite du film. C'est devenu pour moi LE film d'aventure par excellence. Et une comédie très réussie. C'est marrant que vous parliez de raideur alors qu'on lui a parfois reproché son côté trop décontracté.

Écrit par : Vincent | 03/11/2008

Et on en revient presque naturellement à 300 de Snyder. « Tu y as vu un film fasciste ? » Pourquoi comment ? Ce n'est pas cette fois un problème d'époque de l'intrigue trop proche de nous. Peut-être, alors, un problème de date de sortie trop proche de nous. Comme si tu pardonnais des choses dans les films anciens que tu ne pardonnes plus dans les films récents? Si 300 avait 40 ans, aurais tu vu le même film?
Cette question je me la pose aussi, moi autre électeur tanquille de Ségolène Royal. Je ne sais pas si 300 révèle le tumulte intérieur de mon esprit, mais j'ai décidé de continuer à aimer ce film malgré les relents nauséabonds que tu décrivais naguère. Et ça m'embête un peu parce qu'il est difficile d'ignorer sciemment les relents de 300 un jour pour louer le fumet "peuple de gauche" de Saludos Hombre le jour suivant.

Écrit par : tepepa | 04/11/2008

Tu as tout à fait raison, mais je n'ai pas pensé à "300" de suite. C'est pourtant un des rares cas où je peux utiliser le terme "fasciste". Pourquoi ? Je peux te donner plusieurs réponses : "300" a été fait il y a 40 ans, c'est le film de Rudoph Maté "La bataille des Thermopyles". La comparaison des deux films était à la base de ma note. Si je me tiens à ma définition fordienne, "300" exalte bien l'usage de la force sur le droit, symbolisée par la meurtre des émissaires perses. Alors que dans le film de Maté, on est dans la justification du sacrifice pour permettre la défense du système démocrate grec. C'est plus une question de discours que d'époque. Pour ce qui est des westerns Zapata, il y a quand même dans les meilleurs une façon de montrer les choses plus complexe comme dans l'exécution de propriétaire terrien dans "El chuncho". On est très loin de la représentation des perses chez Snyder. Ceci posé, ce n'est pas très bon pour Cardiff parce que ses Simbas ressemblent plutôt aux mutants de "Ghosts of Mars" de Carpenter qu'à autre chose. Tiens, encore un film très influencé par "Dark of the sun"...

Écrit par : Vincent | 04/11/2008

En fait, ma deuxième vision du film n'est pas très récente. A cette époque là, je ne faisais pas vraiment de détail. Ford, Aldrich, la mise en scène... c'est venu un plus tard et très progressivement. Le traitement de la violence et les stéréotypes sur la sauvagerie africaine me dispensaient d'aller plus loin. Je ne pouvais rien imaginer d'aussi douteux si ce n'est peut-être un un film d'Eastwood : dirty Harry face aux Simbas ! Bien sûr, je n'avais jamais vu un film d'Eastwood... Dans ces conditions, je me garderai bien de porter un jugement sur le fond.

Quant à Hatari, effectivement, ce n'est pas de raideur qu'il s'agit. Mais il faut croire que le plaisir des personnages n'a pas été contagieux. A aucun moment je n'ai pu prendre leur affaire "au sérieux". Mais je réessaierai.

Écrit par : Arnaud | 04/11/2008

J’aime la définition du fascisme que vous inspire « L’homme qui tua Liberty Valance », Vincent, à savoir : la Force primant sur le Droit.
Quand je fais référence, dans mon texte, au « fascisme » de Leconte et Willis, c’est exactement à ça que je pense. Rappelez-vous de l’époque (il y a dix ans) où Leconte s’en prenait aux critiques qui, pas assez serviles à son goût, ne méritaient plus de voir ses films avant leur sortie. Ce droit légitime des journalistes n’a-t-il pas alors été bafoué par Leconte ? Et Bruce Willis de surenchérir à Cannes en évoquant « la critique qui n’est pas plus importante qu’un kleenex ».
Ces gens qui ont beaucoup d’argent et de pouvoir ont tenté de populariser là, en même temps que leurs amis Tavernier et Besson et une dizaine d’années après Claude Berri (souvenez-vous de « l’affaire Uranus »), le poujadisme anti-intellectuel, la haine de la critique et de la liberté d’expression, en bref l’idée qu’il serait bon d’en faire taire quelques-uns pour n’avoir plus si possible à informer de l’existence de leurs nouveaux produits que les lèche-bottes de la TV et les serpillières de la presse people. Voilà qui est selon moi agir et penser en fascistes pour qui la Force doit tout se permettre, à commencer par écraser le faible (et l’on sait à quel point l’écho de la critique est faible – je reconnais, cela dit, qu’elle est elle-même en partie responsable de son état, mais c’est une autre question).
Je ne parlais donc pas des films. Cependant, comme vous le savez, il m’arrive de trouver que traiter certains films de « fascistes » puisse se justifier, que ce soit pour leur contenu explicite ou pour leur manière d’imposer au spectateur tétanisé par le Dolby et le format scope un héros saturé de qualités inhumaines, une intimidation par la violence et la vitesse, la caricature sournoise de certains personnages, etc.
C’est pour ces raisons qu’Eastwood constitue pour moi l’exemple type du cinéaste fascisant, et mon seul regret est d’être aujourd’hui trop écoeuré par ses films pour chercher à le prouver par une analyse approfondie.

Écrit par : Griffe | 05/11/2008

Les mots de Leconte et Willis ne sont-ils pas le juste reflet de leur droit inaliénable à la liberté d'expression ? Leconte n'a-t-il pas initié un débat somme toute nécessaire ? Si la critique a si peu de portée, quelle portée ont eu les mots de Willis (je n'en avais pas pour ma part connaissance) ?

Et si l'on se limite au cinéma, alors le cinéma fascisant selon votre définition regroupe la quasi totalité du genre western, du polar, du film d'aventures et du thriller sans oublier une bonne part de la science fiction, du film fantastique, du péplum et des capes-et-déperies.
Et c'est peut-être une définition qui se tient à condition d'accepter de dénaturer complètement le terme "fasciste", ce qui ma fois est une activité fort à la mode en ce moment (il y en a même qui se demandent sérieusement si Bayrou est alter-mondialiste).

Écrit par : tepepa | 05/11/2008

Leconte ne s'est pas contenté de parler, il a de fait interdit de projection les journalistes non alignés. Et je crois que les mots de Willis ont plus de portée que ceux qu'ils voulaient assassiner, parce qu'ils révèlent et alimentent un certain esprit, ce que j'appelais le "poujadisme anti-intellectuel".

Et non, ni tout le western, ni tout le polar, ni les autres genres que vous citez ne se définissent intrinsèquement par "le Dolby et le format scope un héros saturé de qualités inhumaines, une intimidation par la violence et la vitesse, la caricature sournoise de certains personnages, etc." (pardon de me citer à nouveau).

Enfin, savez-vous qu'à la fin de sa vie, voyant quels films se produisaient en Amérique, John Ford disait qu'il se sentirait "en état de péché mortel" s'il les avait réalisés?

Écrit par : Griffe | 05/11/2008

J'aurais tendance à vous répondre de la même façon que Tepepa, tout en nuançant certaines choses. La passe d'arme que vous rappelez entre Lecomte, Tavernier et la critique me semble plus relever du débat d'idée même si l'on peut penser que le débat ne vole pas haut. Ca me semble aussi révélateur d'une crise et d'un désarroi, des uns comme des autres, et comme vous le dites côté critique, c'est un autre débat. Je trouve d'ailleurs paradoxal l'attitude de Lecomte comme de Tavernier qui, après tout, ont été soutenu par la critique sur nombre de leurs oeuvres. S'ils ratent certains films ou si ceux-ci ne marchent pas, c'est leur problème. Ce rapport à la critique, c'est un peu "je t'aime moi non plus". Sur cette idée de ne pas publier de critiques négatives avant la sortie des films, comme sur les tentatives d'empêcher certains journalistes de voir les films, je suis plus de votre avis, encore que je me demande si ça ne met pas le doigt sur une perversion du système qui tend à utiliser la critique comme agent de promotion. Et qui donc se vexe quand elle fait son boulot.
Willis, c'est plus pour moi un mélange de bêtise et de prétention, mais il prêche des convertis. Dans tous les cas, il reste que si on les traite de fascistes, comment désignerons nous ceux qui le sont vraiment ? Ceux qui interdisent les films ou les empêchent de se faire ? Ceux qui exercent la violence économique ?
Ford, c'est intéressant, parce que l'homme est si insaisissable. C'est au moment ou il vire conservateur, ou il exprime son rejet du Hollywood des années 60 (amertume d'une fin de carrière difficile ?), qu'il fait aussi des films qui parlent autrement des noirs, des indiens et des femmes. Qu'il réalise un film aussi complexe et fondamental que "...Valance". Je trouve Ford passionnant parce qu'il fait alors de ses contradictions le moteur de son cinéma. Ce qui nous mène à Eastwood qui me semble faire le même travail dans ses films les plus réussis. Mais bon, je sais que vous ne le portez pas dans votre cœur. Je pense toujours à une réflexion sur "La prisonnière du désert" (de Moullet je crois), qui dit que l'étude du racisme y est intéressante parce que c'est joué par John Wayne et non par Gian Maria Volonte.

Écrit par : Vincent | 06/11/2008

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